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Les Mondes de Romain d'Huissier

Les Mondes de Romain d'Huissier

Created at 28 Jan. 2017 - Contact

L'inspi du jour.

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  • La déesse pâle attendait, assise sur un rocher nu. Elle savait se montrer patiente - c'était l'essence même de sa fonction, après tout. Attendre, être là au bon moment, accomplir sa mission. Et et jour-là, elle ne pouvait manquer l'occasion.
    Les sous-bois où elle se tenait se révélaient bien trop calmes. Aucun oiseau ne chantait, aucune branche ne bruissait. La naturelle elle-même semblait retenir son souffle. Seul la terre tremblait légèrement - annonçant l’événement à venir. Sur la plaine en contre-haut de la clairière où patientait la déesse pâle, des hommes en armes revêtus de fer froid martelaient le sol de leurs pas. 
    Deux armées se firent bientôt face. Les clans Kenrig et Lomarh avaient une vieille dette de sang à régler et leurs chefs s'étaient entendu sur le jour et le lieu. A présent, des guerriers se tenaient en garde, se dévisageant d'un œil farouche. Épées, haches, broignes et boucliers scintillaient sous les faibles rayons du soleil. Le temps lui-même observait le spectacle, suspendant son cours un instant. Puis la bataille commença - sur un cri de pure haine.
    La déesse pâle leva les yeux. Elle ne distinguait pas les combats mais ce n'était pas ce qu'elle voulait voir. Quelques minutes après le début des hostilités, une légère brume se mit à dévaler la pente vers elle, s'enroulant paresseusement autour des roches et des arbres. Ce brouillard rampant s'épaissit à mesure que l'affrontement gagnait en intensité et bientôt, c'est un véritable nuage lactescent qui entoura la divinité, se mêlant à sa propre substance.
    C'était là les âmes des guerriers morts pour une simple histoire d'honneur. Le cœur de leur être, leur essence profonde, s'échappait de leurs corps en même temps que leur sang. Et la déesse pâle récoltait ce flot aussi blanc qu'elle, elle l'accueillait en elle - dans son esprit immense où existaient d'autres mondes, des dimensions vers lesquelles toutes ces âmes étaient aspirées pour y connaître une nouvelle existence. 
    Quand advint le crépuscule, le fracas de la bataille se tut et les âmes se tarirent. La déesse avait rempli son office. Elle se leva et se dissipa sous le vent léger.
    Dessin de Thorn Spine.
    https://www.artstation.com/artist/thornspine

L'inspi du jour.

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  • Comme chaque jour depuis qu'elle est âgée de six ans, Jeanne se risque au cœur de la belle et verdoyante forêt qui s'étend derrière la maison de ses parents. Tout l'y attire : l'émeraude scintillant des feuilles quand le soleil brille, le chant harmonieux des oiseaux qui s'ébattent dans les branches, l'odeur de la terre mouillée après une averse, la douceur de l'herbe fraîche sous ses pieds... Il s'agit de son petit coin de paradis et elle aime à s'y perdre durant de longues heures. 
    Surtout, c'est au plus profond de ce bois - dans une clairière où tintinnabule une cascade azur - qu'elle rencontre régulièrement son ami, le cerf blanc. L'animal semble l'attendre chaque fois qu'elle s'y rend, majestueux lorsqu'il se tient sur son promontoire. La jeune fille n'en doute pas : il est le roi de la forêt et ses bois forment sa couronne. Son pelage d'albâtre lui octroie une dignité empreinte de noblesse. 
    Jeanne n'a jamais touché le cerf blanc. Elle se contente de l'observer de loin et il lui rend ce regard - qui exprime bien plus que des paroles. Il existe une réelle communion entre l'humaine et l'animal ; Jeanne sait que par sa volonté, il la garde en sécurité dans la forêt. Et elle lui en est reconnaissante, simple invitée dans son domaine. 
    Quand leur conversation muette se termine, le cerf blanc baisse la tête en une forme de salut puis s'en va vaquer à ses occupations. Jeanne sourit alors et sait qu'il est temps pour elle de rentrer à la maison - l'âme apaisée et le cœur gonflé de gratitude. 
    Dessin de Justin Sweet.
    https://www.artstation.com/artist/jsweet/profile

L'inspi du jour.

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  • Rajena Sidh avait rejoint l'Alliance rebelle peu après la destruction de la première Etoile de la Mort - comme tant de jeunes idéalistes avec elle. Cet exploit avait redonné espoir à toute la galaxie et nombreux étaient ceux qui voulaient grossir les rangs des opposants à l'Empire.
    Possédant une licence de pilote, Rajena put prendre les commandes d'un cargo de ravitaillement : un poste modeste mais qui contribuait à l'effort de guerre à sa mesure. Les premiers mois, tout se passa bien mais lors d'une mission d'approvisionnement d'une base rebelle, un escadron de TIE attaqua le convoi où se trouvait Rajena. Touché, son vaisseau se crasha sur une planète oubliée où la jeune femme faillit périr mille fois. 
    Mais c'était une survivante. Avec le matériel récupéré sur son cargo, elle bricola de quoi tenir en attendant les secours - même si elle doutait de les voir jamais, au vu de l'état de ses systèmes de communication... Et puis les cauchemars commencèrent. Rajena entendait une voix tentatrice dans ses songes, elle distinguait une ombre aux yeux dorés. Suivant son instinct, elle explora la zone de crash et y découvrit des éléments du terrain correspondant à ses visions. 
    Quand elle entra dans la grotte, Rajena sut qu'elle touchait au but - quel qu'il soit. Elle découvrit un temple rudimentaire taillé dans la roche et sur l'autel central se trouvait un holocron. L'esprit qui se manifesta se présenta sous le nom de Sadom Gomr - Seigneur Sith des millénaires passés. Il prit la jeune femme sous son aile et lui enseigna la maîtrise du Côté obscur - lui promettant que ce savoir l'aiderait à survivre et à se venger de l'Empire. Parmi les artefacts rouillés entassés dans la caverne, Rajena trouva un vieux sabrelaser qu'elle personnalisa - en faisant jaillir une lame aussi rouge que sa chevelure. 
    A présent, la pilote attend encore les secours mais cette fois-ci, elle sait qu'ils viendront. Elle a pu réparer le poste de communication avec le matériel de la grotte et son signal est encore amélioré par la Force. Au loin, elle distingue déjà un X-Wing en approche. Rajena sourit. Sa vengeance est à portée de main.
    Dessin de Dylan Kowalski.
    https://www.artstation.com/artist/dylan-kowalski

L'inspi du jour.

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  • Les grands cercles existent depuis toujours, d'après les plus anciens du clan. Ces constructions de pierre, à présent recouvertes de mousse, forment un chemin à travers les bois sacrés - mais nul animal ne s'y risque jamais. D'après les croyances, traverser tous les cercles permet de rejoindre le royaume des dieux courroucés - une race d'antiques divinités commandant aux forces les plus primaires de la nature. Mais c'est un voyage dont nul ne revient, d'après ce qui se murmure au crépuscule. 
    Aujourd'hui pourtant, le jeune Tomahn McUnrel s'y risque - une boule dans la gorge. Le druide débutant sait qu'il défie un tabou ancestral mais les déités que prie son peuple ne répondent pas et les Romains progressent toujours plus haut sur l'Île d’Émeraude. Leurs cohortes revêtues d'acier abattent les arbres-esprits et chassent le petit peuple - vidant le monde de sa magie. Leurs propres dieux les soutiennent et s'approprient les territoires des autres.
    Alors Tomahn a décidé de solliciter d'autres puissances - celles qui existaient avant les autres, avant le monde lui-même, quand le temps et l'espace s'organisaient à peine. Leur nom même - les dieux courroucés ! - en dit suffisamment sur le danger qu'ils peuvent représenter mais les Romains détruiront de toute façon la culture du peuple du jeune druide. Alors autant s'abîmer avec eux dans le feu primordial de la création, s'il le faut ! 
    Tomahn continue à avancer droit devant lui, traversant cercle après cercle. Tout autour, la forêt se tait peu à peu et la lumière décline - plongeant le monde dans une obscurité grisâtre. Des voix étranges résonnent aux oreilles du druide et il frissonne - mesurant l'ampleur de sa folie. Mais il est trop tard pour reculer : il se redresse et continue son chemin vers l'univers d'avant l'univers.
    Dessin de Espen Olsen Sætervik.
    http://espenartman.com/

L'inspi du jour.

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  • Rondes-cornes était l'animal préféré de Ling Ling. Buffle puissant, il se montrait toujours d'une grande douceur envers elle - et envers tous les enfants du village. La plupart du temps, il paissait tranquillement dans la plaine à côté de la ferme mais dès lors qu'il fallait tirer charrue ou chariot, on pouvait compter sur lui. Et Ling Ling aimait par-dessus tout grimper sur son dos et cheminer par monts et par vaux au pas tranquille du grand bovidé. 
    Rondes-cornes adorait la petite fille. Et pour cause : c'était la sienne ! Alors qu'il n'était qu'un simple paysan, il avait péri lors d'une crue de la rivière locale. Ses dernières pensées avaient été pour son enfant à peine née et qu'il n'aurait pas la chance de voir grandir. Ému par cette détresse, Bouddha avait alors décidé de réincarner l'homme dans un buffle tout juste venu au monde au sein de sa ferme.
    Ainsi, Rondes-cornes put veiller sur Ling Ling tout au long de sa vie. Sans que l'un et l'autre en aient conscience, le bovin et la petite fille étaient liés au niveau karmique. Leur complicité - voire leur amitié - s'avérait aussi solide et pure que le meilleur jade impérial. Il suffit de les contempler, marchant de concert dans les vallons, pour se rendre compte qu'ils sont bénis de s'être trouvés. 
    Puisse le Bouddha leur accorder encore de longues années ensemble - à se promener sous les rayons du soleil et les larmes de la pluie comme le feraient un père et sa fille. 
    Āmítuófó !
    Dessin de Juan Pablo Roldan.
    https://www.artstation.com/artist/roldan

L'inspi du jour.

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  • G2R5 est perdu dans une forêt pluvieuse. Il sent le crachin qui se déverse à travers la canopée pour frapper sur son crâne en fer blanc. Il pleut tant que le sol se détrempe et devient boueux. Le robot a même du mal à marcher, soulever ses pieds pris dans la vase met ses muscles hydrauliques à la torture. 
    Pourtant la machine continue à avancer, ses yeux luminescents perçant la brume humide devant lui. Ses capteurs perçoivent des cris d'animaux - certains comiques, d'autres lugubres. Il n'a pas peur - il n'est pas programmé pour. Mais il n'est pas programmé non plus pour ressentir du chagrin alors que tous ses circuits lui crient leur manque. Le manque de ses maîtres, qu'il a perdu dans la confusion de la bataille.
    G2R5 se souvient des tirs de blaster, des cris, des soldats en armure blanche. Il se souvient de la fuite et de la grosse branche devant lui. Et là, il ne se souvient plus - jusqu'à ce que son cerveau positronique se remette en marche. Et il se trouvait déjà seul dans les profondeurs de cette forêt.
    Alors le droïde marche, dans l'espoir (encore une émotion qu'il n'est pas censé connaître) de retrouver ses propriétaires - sains et saufs. Mais la pluie continue à tomber sans discontinuer et les grondements venus des sous-bois s'intensifient.
    Quelle planète de cauchemar ! 
    Dessin de João Paulo Bragato.
    https://www.artstation.com/artist/bragato

L'inspi du jour.

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  • Le Monastère du Sol penché portait bien son nom. Tout y était construit de guingois et le bâtiment lui-même versait dangereusement d'un côté. Il fallait bien fixer les meubles au parquet afin d'éviter qu'ils ne glissent. Dormir s'avérait aussi plutôt complexe quand on avait la sensation de se trouver au bord d'un gouffre.
    Mais parvenir à se faire à cet environnement se révélait la première étape de la maîtrise d'un kung-fu aussi conspué que redoutable : la tristement fameuse boxe de l'homme ivre. Quiconque parvenait à se déplacer au sein du temple comme il le faisait sur un sol plat acquérait les qualités nécessaires à l'apprentissage de cette technique et pouvait prétendre devenir un expert. 
     Les bonzes du Monastère du Sol penché auraient scandalisé leurs pairs d'autres régions. Loin des vertus bouddhiques d'abstinence et de tempérance, ils faisaient grande consommation d'alcool - liqueur de riz et vin jaune en tête. Leur but était de parvenir à un état d'ébriété suffisant pour rendre leurs mouvements imprévisibles mais pas trop pour ne plus maîtriser leurs gestes. Ils visaient l'équilibre entre relâchement et contrôle. 
    Seule une poignée de disciples parvenaient jusqu'à cet endroit et moins nombreux encore ceux qui tenaient les mois nécessaires pour s'habituer à la configuration des lieux. Mais les plus tenaces se voyaient ouvrir les portes d'un enseignement unique, qui les transformait en combattants d'élite. 
    Et une fois la boxe de l'homme ivre apprise, ces disciples d'exception retournaient dans le jiang hu et y propageaient la légende du Monastère du Sol penché.
    Dessin de Juan Pablo Roldan.
    https://www.artstation.com/artist/roldan

L'inspi du jour.

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  • Enguerrand sillonnait les cieux sur son fidèle Chryséos - un dragon au yeux d'or et au pelage blanc. Frôlant les cimes des montagnes qui séparaient le Rodhamon de la Télucie, il guettait d'éventuelles incursions. Les Téluciens se montraient de plus en plus audacieux ces derniers temps - en dépit des traités passés entre les deux royaumes. Divers rapports indiquaient qu'ils envoyaient des draconiers survoler les positions rodhamones, sans doute en vue d'une offensive prochaine.
    Là ! Une silhouette fendait le ciel avec une célérité peu commune. Enguerrand tira la bride de Chryséos afin de dériver vers l'intrus. Le draconier sourit en reconnaissant Bertronde, l'une des plus fameuses dresseurs de sauriens du royaume rival. Le guerrier tira sa lame et vit que la femme en faisait de même. Pour envoyer l'un de leurs meilleurs éléments en territoire hostile, les Téluciens devaient être sur le point de lancer leur attaque ! 
    Les deux draconiers se croisèrent dans une explosion d'étincelles quand l'acier rencontra l'acier. Le dragon de Bertronde était une bête légère et vive - plus rapide que le massif reptile d'Enguerrand. Ce qu'elle perdait en puissance, elle le gagnait en vitesse. Pour autant, le Rodhamone ne comptait pas se laisser déborder par les manœuvres de la Télucienne. Il adopta un vol stationnaire et l'invita à revenir croiser le fer - ce qu'elle fit. A nouveau, leurs épées se heurtèrent sans que l'un ou l'autre prenne l'avantage.
    Les deux dragons se mirent à décrire des cercles, nerveux. Le ciel se couvrait de nuages sombres - un orage montagnard allait bientôt éclater. Tant mieux ! Le tonnerre sonnerait aux oreilles d'Enguerrand comme les acclamations de la foule lors des Grands Jeux Draconiques de printemps. Affermissant sa prise sur la poignée de son arme, il chargea à nouveau - alors qu'un éclair illuminait son visage avide de sang. 
    Dessin de Dongjun Lu.
    https://gumroad.com/ludongjun

L'inspi du jour.

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  • Quelques minutes auparavant, l'océan était aussi calme et immobile qu'une tortue en méditation. Mais actuellement, il se déchaînait contre le Serpent de Jade - la jonque amirale de la flotte de Zheng He. Les vents en fouettaient les voiles tandis que d'immenses vagues s'écrasaient contre ses flancs. Mais le navire tenait bon - majestueux et titanesque, il restait à flot même aussi violemment ballotté. 
    Non loin de la barre, l'amiral Zheng He en personne s'agrippait au bastingage. Le plus grand navigateur que la Chine ait jamais connu affrontait la fureur du dragon noir qui régnait sur cet océan décidément bien peu pacifique - donnant à voir à ses hommes l'exemple du courage.
    Car l'eunuque ne comptait pas se laisser impressionner. Il avait déjà visité bien des contrées lointaines au cours de ses expéditions : les royaumes au midi de la Chine, les îles de la grande Mer du Sud et même jusqu'à l'Afrique dont ses bateaux avaient sillonné les côtes. Et Zheng He en était certain : au-delà de l'océan, loin à l'est, se trouvait une terre à nulle autre pareille - emplie de richesses et bénie par les dieux. Peut-être le fameux Paradis de la Terre pure où se réincarnaient les justes et les sages ? 
    Des éclairs fendaient le ciel et les marins murmuraient des prières. L'amiral n'avait pas peur - il avait supervisé en personne la construction de chacun des vaisseaux de sa flotte. Ils représentaient l'aboutissement de la science chinoise et étaient insubmersibles. Le dragon pouvait bien crier tout son saoul, seul le rire de l'eunuque lui répondait. 
    Et quand les eaux se calmèrent enfin après de longues heures de colère irraisonnée, Zheng He put contempler avec fierté ses navires - certes abîmés mais toujours vaillants. Il se tourna vers le soleil et sourit. Les acclamations de ses hommes baignèrent son âme et le rapprochèrent un peu plus de la divinité à laquelle il aspirait.
    Dessin de Juan Pablo Roldan.
    https://www.artstation.com/artist/roldan