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Page vérifiée Created at 11 Apr. 2015 - Contact

Ce qui m'a gêné dans Batman versus Superman.

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  • [La critique de la version longue est à la fin de ce billet, sous la vidéo, et elle change l'appréciation globale]

    Étrange vague de haine que celle qui s'est déchaînée contre ce film. A mon sens, imméritée. Ici, je pointe moins les critiques que leur intensité, leur violence... Car l'amour du sujet transpire de chaque plan, quand bien même Snyder se perdrait en route dans son déluge de son et lumière, quand bien même il ferait imploser son sujet pourtant très bien tenu durant la première heure. Voici d'ailleurs les points qui m'empêchent de trouver le film monumental.

    - Le contraste

    Batman versus Superman semble, en apparence, proposer un traitement équilibré des deux antagonistes. Mais le personnage de Batman imprime davantage sa marque. Bruce Wayne et son alter ego sont les pièces centrales du puzzle. Après tout, il faut bien l'introduire comme il se doit. Logiquement, Snyder lui offre des passages plus longs, un traitement plus abouti. Par opposition, Superman apparaît un peu en retrait malgré quelques scènes d'intimité avec Loïs Lane. Des séquences qui étoffent joliment les personnages. Mais la relation d'amour n'est pas suffisamment exploitée, approfondie, pour permettre au film de développer "ce monde" intérieur capable d'équilibrer la balance. D'autant qu'en face, la figure d'Alfred est très réussie, à la fois cynique, dense et paternelle. Sa relation avec Batman effacerait presque celle de Loïs et Clark. Plus fondamentalement, et sur un plan psychologique, Superman doute quand Batman puise dans ses certitudes. Or l'opposition de leur trajectoire n'est pas suffisamment mise en valeur, que ce soit dans la construction ou la symbolique.


    - Coqs de combat

    Reste que le duel entre les deux personnages est d'une puissance rare dans le cinéma ô combien faiblard des super héros. La première moitié du film se consacre ainsi à leur aveuglement, à leur vanité. C'est peut-être là où le personnage de Superman manque de déployer sa bonté. Ses efforts, sa recherche de dialogue avec Batman auraient mérité d'être introduits bien avant leur combat pour renforcer le contraste, éviter de trop verser au combat de coq. D'autant plus que la résolution de l'intrigue manque de finesse et fait appel aux mécaniques usées des histoires de super héros (ah les enlèvements...). Ceci dit, on apprécie les leçons données par Superman... De même, il est splendide de voir ces deux héros lutter pour leur vision du monde autant que leur vision d'eux-mêmes... Finalement, la densité et l'intelligence de leur opposition (très bons dialogues les concernant) offre un grand moment de cinéma, intelligent qui plus est. Malheureusement, celui-ci se trouve parasité par les autres protagonistes. Quoiqu'il en soit, j'attends désormais de pied ferme le Batman avec Ben Affleck. Le personnage surprend par sa prestance, sa violence (ses scènes de combat sont les plus réussies et tirent le meilleur des jeux Rocksteady). On le sent constamment sur la corde. C'est peut-être aussi l'une des raisons qui explique la déception de certains. Car Batman a perdu ses idéaux quand Superman renie les siens. Les super héros sont nus. Ils ne retrouveront leur superbe que dans un final certes éblouissant mais sombre. Ici le deuil interdit le happy end et donne au film un goût délicieusement amer.


    - Ménage à trois

    Le vrai souci de Batman versus Superman tient à son éparpillement, au déséquilibre induit par les forces qui le conduisent. Lex Luthor incarne l'une de ces forces. Très mis en en avant, trop sans doute, le personnage cabotine à l'overdose. Pire, son personnage se radicalise pour devenir inconsistant, incohérent, incapable de déployer sa logique, multipliant les intrigues, les thèmes avant de rendre le dernier tiers aussi confus qu'hors de propos. La raison de ce gâchis tient sans doute à l'interprétation, au casting, mais aussi à l'écriture qui demande à Jesse Eisenberg d'endosser pour partie le rôle du Joker, d'être tout à la fois enfant gâté, autiste, psychotique et psychopathe. Quoiqu'il en soit, il n'est pas à la hauteur du duo qu'il affronte. Et le coq se transforme vite en roquet. A ce titre, il est regrettable de ne pas s'être servi de Loïs Lane pour déstabiliser son discours, lui apporter la contradiction. Car Loïs peine à imposer sa figure et sa personnalité se trouve comme éclipsée. On pointera ici la nécessité de faire de la place à Wonder Woman. A regret, le ménage à trois terminera en ménage à quatre.


    - Du coq à l'âne

    L'autre défaut majeur tient à l'articulation de certaines scènes, à l'incompréhension qu'elles suscitent, à la dilution qu'elles provoquent. Je vise ici principalement les rêves et les hallucinations des personnages. Le cauchemar de Batman qui se retrouve dans un désert n'est pas mauvais en soi mais trop extravagant, trop long et mal amené. Bien sûr, il permet de montrer à quel point la figure de Superman hante le bat justicier mais quelle lourdeur. De même, l'hallucination du retour de Jonathan Kent est parfaitement ratée : trop mièvre, sans beaucoup de tenue. Il y a comme cela des séquences qui interviennent très rapidement, essayant d'appuyer de manière disproportionnée un point précis ou, au contraire, faisant apparaître des trous, quitte à perdre le spectateur ou à diminuer l'intensité. A l'image de la réconciliation de Batman et Superman qui tombe comme un cheveu sur la soupe, comme si le réalisateur était pressé d'entamer son dernier acte. Pour le coup, la demi heure prévue dans la version longue pourrait véritablement élever le niveau du film (et si j'ai bien compris, modifier pour partie la perception de Lex Luthor : #link-839-246 ).


    - Doomsday

    Le dernier acte, justement, parlons-en. Il correspond tristement à la surenchère qu'on retrouve dans les films Marvel mais avec une maestria qui leur est inconnue. En effet, sur le plan de l'image et de la mise en scène, Snyder enterre littéralement la plupart des films de super héros. Malgré tout, ce dernier tiers reste parfaitement inutile. Certes, le combat est puissant mais il s’éternise et dévoile des faiblesses formelles inconnues jusqu'à présent (les jeux de lumière sont audacieux mais maladroits) et propose des designs peu inspirés (le monstre-troll tout droit sorti du seigneur des anneaux, Wonder Woman et son armure toys "r" us). Néanmoins, l'amour du réalisateur pour ses personnages fait qu'il prend le temps de souligner le mouvement des corps, l'impact des coups, la pyrotechnie des pouvoirs dans une sorte de ballet hypnotique. Toutefois, l'intrigue qui conduit à ce ballet reste plutôt faible, contribuant à diluer l'intérêt autant qu'à mettre la tête sous l'eau au personnage de Luthor. Pour la première fois, la volonté de spectacle rompt avec la tragédie patiemment construite. Ce n'était pas le cas avec les précédentes séquences (le ravage de Metropolis, l'attentat au congrès, les course-poursuites).


    - Justice ligue

    En soi, le personnage de Wonder Woman n'est pas nul mais il aurait dû rester un trait d'union plutôt que de s'affirmer dans le dernier tiers. D'ailleurs, sa figure diminue celle de Loïs Lane, plus fade que dans Man of Steel. Globalement, Wonder Woman et les autres "méta humains" jouent un rôle de fan service. Mais seule cette dernière s'en sort très honorablement. C'est là une volonté du studio qui veut refourguer ses super héros et dérouler une liste de films dont on subodore qu'ils seront du même niveau que les nanards de la concurrence (exception faîte de l'excellent Gardiens de la Galaxie). Ce fan service a tendance à émietter le métrage qui avait réussi à se concentrer sur le duel entre Batman et Superman. Malgré tout, on aura du mal à condamner Snyder, lui qui arrive à intégrer la justice ligue sans trop de dégâts. Certes, c'est nul mais au moins, c'est court.

    - Le mort de superman

    Moment grandiose, le personnage superman s'élève par sa fin héroïque, triomphe dans ses funérailles. On est saisi par les dernières minutes en se demandant si Snyder a osé l'impensable. Assez sobre alors qu'on aurait pu craindre un déluge de pathos, le film se termine magnifiquement, boucle de le thème de la divination et fait oublier aussi bien son dernier tiers que ses errements pour revenir à son traitement intimiste. Brillant !

    Conclusion :

    Redoutable, inégal, superbe, fort, dispersé, magistral, confus, radical, grandiloquent, génial (cette scène au congrès) Batman versus Superman ne plaira pas à ceux qui cherchent un film d'action/aventure quand il n'est rien d'autre qu'une belle tragédie un peu coincée entre la nécessité d'offrir un spectacle hors norme et l'obligation de lancer un univers étendu. Mais quelle tragédie, quel Batman et quelle fin !  


  • A propos de l'Ultimate Cut (30 minutes supplémentaires, parfois par petites touches, parfois en ajoutant des scènes entières).

     Je dois avouer l'avoir trouvée magistrale, sans doute d'ailleurs parce que j'avais déjà intégré les défauts, les déceptions et les incongruités (la Justice League) du visionnage ciné. Clairement, cette version longue de Batman v Superman modifie largement la perception du projet en proposant un véritable équilibre en Batman et Superman, mais aussi en renforçant les personnages faibles à savoir Loïs lane et surtout Lex Luthor.

    En fait, la plupart des critiques que j'adressais se trouvent gommées. Par exemple, la figure de Clark Kent/Superman bénéficie énormément de l'apport des nouvelles scènes, celles-ci épaississant son personnage tout en soulignant davantage son caractère empathique mais aussi la déception que représente fatalement l'Humanité. L'opposition entre Batman et Superman devient plus explicite, plus fondamentale, grâce à l'enquête que mène Kent à Gotham City. Sans spoiler, cette investigation permet non seulement de ramener un équilibre à la fois entre Batman et Superman mais aussi entre les couples que chacun forme avec son mentor (Alfred pour l'un, Perry White pour l'autre).  De l'autre côté, Batman profite également de nouvelles scènes, notamment du rallongement de sa fameuse prémonition. Le personnage gagne en violence, en tourment. 

    Les personnages faibles bénéficient également des différents apports. Le plan de Lex Luthor ne souffre plus des manques et des approximations. Tout est clair, crédible, machiavélique malgré une interprétation toujours trop puéril à mon goût. Il manque néanmoins une scène explicite marquant son tournant "psychopathe" sous l'influence du personnage qui se dessine à la fin. Enfin, Loïs Lane également se trouve renforcée, davantage prise au piège entre son métier et son homme.
     
    En conclusion, le version longue permet de faire gagner en densité et en cohérence non seulement les personnages, l'intrigue mais aussi les thèmes et la logique intrinséque du métrage. C'est comme une sorte d'écho qui raisonnerait dans tous les compartiments de ce Batman v Superman pour lui redonner sa puissance dramatique. A mon sens, malgré la grande déception du charadesign de Doomsday et certaines fautes de goût, cet opus vient se placer en deuxième position des meilleurs films de super-héros, derrière Logan. En soi, un petit miracle que l'on doit à la version longue.

    ps: en relisant, j'ai vu que j'en parlais de l'annonce de cet version ultimate et je ne m'étais pas trompé : elle élève totalement le niveau du film.