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Icare

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Created at 11 Apr. 2015 - Contact

Ce qui m'a gêné dans Man of Steel

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  • Avant d'aller voir Batman Versus Superman, j'ai décidé de revisionner Man of Steel. Pour être honnête, je n'avais pas envie de le revoir. La pilule avait été trop amère. Mais j'ai cru comprendre que le nouvel épisode s'appuyait littéralement sur les bases du premier. Or, après ce second visionnage, je confesse avoir changé d'avis. Car j'ai trouvé Man of Steel plutôt bon, avec quelques moments poignants. Étrangement, j'avais même oublié la prestation remarquable d'Henri Cavill (et de l'acteur qui le double en français). Bien sûr, ce Man of Steel n'a rien perdu de ses failles. Et je me dis qu'il a fallu passer par l'étape de leur digestion pour apprécier ses qualités. C'est donc sur ses défauts que je voudrais m'attarder. A la fois parce qu'ils sont restés intacts mais encore parce qu'ils empêchent le film d'être ce monument qu'il esquissait... J'en retiens 3 majeurs :


    - Krypton

    Le premier défaut tient à la chute de Krypton, dans une scène d'exposition qui sape les fondations du film. Le postulat est simple : le scientifique Jor-El se présente devant le conseil de la planète. Quelques mois plus tôt, il l'avait alerté - en pure perte - du risque majeur d'exploitation du noyau. Cette fois, nous y sommes : Krypton n'en a plus que pour quelques semaines. Fataliste, le conseil reconnaît son erreur : "nous n'avions pas le choix". Devant tant d'incompétences, le général Zod déclenche une rébellion qui échoue
    . Le gouvernement l'exile dans la zone fantôme.

    Si les bases sont posées, le souci de cette grande scène introductive tient peut-être à son ambition. Elle n'a que 20 minutes pour présenter l'organisation politique, la technologie, les personnages, déclencher puis résoudre une guerre civile et, enfin, expliquer la chute de Krypton (que ce soit sur le terrain de la géologie comme de la morale). C'est en partie ce qui l’empêche de déployer ses intrigues. Tout y est trop rapide. Les présentations, les résolutions sont brutales. Finalement, Zach Znyder délaisse le nœud dramatique au profit d'une exposition superficielle avec, au surplus, des éléments mal venus (je pense à cette touche d'héroïque fantaisie sortie de nul part - cf la monture de Jor-El -).

    Mais l'enjeu est plus profond. La destruction même de Krypton est ravalée à un élément secondaire. Son manque de densité transforme le point d'orgue en simple péripétie : 

    - Symboliquement parce que le film ne s'attarde que peu sur sa destruction (quelques plans sur une éruption puis sur l'explosion de la planète, rien de plus). 

    - Structurellement car sa chute n'a pas été préparée charnellement. L'introduction reste froide, décrit une civilisation plutôt que de l'incarner. 

    Krypton meurt et personne ne semble en être dérangé. Il n'y a pas plus de réactions de la part du conseil (n'a-t-il pas cru Jor El ?) que des autres Kryptoniens, déjà terriblement absents. Reste la mère de superman qui pleure le départ de son fils mais dont la douleur devient factice dès lors qu'on comprend qu'elle aurait pu l'accompagner, qu'elle en avait le temps, les moyens et l'envie.

    En vérité, c'est comme si Krypton attendait la mort mais sans ressort sacrificiel, suicidaire ni héroïque. Pourquoi cette civilisation qui maîtrise le voyage dans l'espace, fonde des avant-postes, découvre d'autres dimensions (zone fantôme) et sauvegarde sa civilisation dans une base de données génétique (le codex) accepte-t-elle de disparaître ? Pourquoi un telle passivité ? Surtout quand le parallèle avec la Terre est immanquable...

    Bref, à mon sens, ces 20 premières minutes étaient la plus mauvaise entrée en matière. Sans doute auraient-elles gagné à être racontées, du moins partiellement, par Zod lors de son face-à-face avec Superman. Ceci dit, en reprenant une partie du canevas, il aurait été intéressant que Krypton sombre de manière rapide, devançant les prédictions de Jor-El. C'est au moment de son discours devant le conseil qu'elle aurait pu entrer dans sa phase critique. C'est alors sous la pression d’événements imminents que Jor-El aurait envoyé son fils sur une planète habitable. Mieux, l'explosion de la guerre civile à ce moment clé aurait ajouté à la dramaturgie, présentant un conflit inutile comme réponse à une détresse absolue. Voilà qui aurait appuyé la citation de Superman : "Ils ont eu leur chance". Autre idée, il me semble qu'il aurait été pertinent, cette fois dans la vision manichéenne du film, de rendre la guerre civile à l'origine de la destruction de Krypton, et de faire de Zod le grand fautif. 


    - Zod

    Le deuxième défaut du film tient justement au personnage de Zod. Ce général n'apparaît jamais comme le guerrier prestigieux et valeureux dont on nous dit qu'il fut. Il apparaît si puéril qu'il ne reste rien de ce passé 
    supposé. De même, on ne le sent pas prisonnier de ses gènes mais bien davantage de ses humeurs. La caractérisation est ainsi manquée tandis que sa présentation s'accompagne d'une mauvaise gestion de ses capacités. Lui, le général, perd un combat à main nue contre Jor-El, le scientifique ! Cette fois le personnage et sa cohérence sont sacrifiés pour mettre en valeur le co-héros du film. Or cette manie de déséquilibrer des protagonistes au profit d'autres est une facilité. Pourquoi parer Jor-El de toutes les vertus ? Pourquoi grandir un personnage en lui attribuant des qualités qu'il ne saurait justifier ? C'est un thème qui me fait souvent réfléchir. Dans Thrènes, par exemple, j'essaye constamment de garder cette idée en tête. Les personnages secondaires ont des qualités que ne possède pas l'héroïne (Chloé). Et l'héroïne cède devant ces qualités dès lors qu'elle rentre sur un terrain qui n'est pas le sien. Quoiqu'il en soit, on peut penser qu'il s'agit d'un détail, mais la construction de Zod l'empêche de devenir l'ombre qui planerait sur le destin de Superman et de la terre. 


    A mon sens, il aurait été intéressant de faire de Jor-El et de Zod des alliés, conspirant pour sauver Krypton et mettre fin à l'exploitation du noyau. C'est l'évolution même de la planète qui aurait condamné leur plan. Devant l'inéluctable, Jor-El aurait choisi de sauver de son fils en l'installant dans une sonde prototype, seule capable de quitter à temps le périmètre de l'explosion. A l'inverse, Zod aurait choisit refuge dans la zone fantôme au risque d'y souffrir pour l'éternité (et peu importe l'histoire canonique). Avec une véritable présentation de la zone, le choix de Zod aurait été fort, absolu. On devinait par là que Superman allait trouver un adversaire à sa mesure. Mieux, dès cet instant, on pouvait imaginer l'évolution de Zod. En introduisant la Terre comme dernier monde habitable pour les Kryptoniens (à condition de la terraformer à l'aide de machines), le voilà qui luttait légitimement pour son peuple, au prix de la destruction de l'humanité. On retombait sur la faiblesse de Krypton : sa radicalité, sa "déshumanisation par la science", ses lignées génétiques (dans le sillon du Meilleur des mondes), son jusqu'au-boutisme. Et la morale de l'histoire liait de belles manières les deux civilisations : le meilleur de Krypton (Kal-El) préservait la terre des erreurs à commettre.


    - La mort de Jonathan Kent

    Pour mémoire, Jonathan Kent, père adoptif de superman, brave la tempête pour sauver son chien resté dans leur voiture, elle-même coincée dans un embouteillage. Rattrapé par une tornade, il demande à Clark de ne pas intervenir, de le laisser mourir. En effet, pour Jonathan, l'humanité n'est pas prête à accepter un tel don. Le pire pour Clark serait donc de révéler son identité. Malheureusement, s'il est héroïque de mourir pour préserver son fils (et l'humanité d'elle-même), il n'est pas très glorieux de risquer sa vie pour un chien. Je ne minimise pas du tout l'attachement profond entre un homme et son animal. Mais le ressort reste tout même assez faible. En tout cas, il n'est pas universel. De plus, il n'a guère était préparé (que sait-on de l'amitié qu'entretient Jonathan et son chien ?) Surtout, il me faut avouer que depuis mon visionnage de The Majestic, véritable bijou avec Jim Carrey, je vois très différemment l'introduction des chiens au cinéma (voir l'extrait à la fin du billet). C'est pourquoi je ne doute pas un instant que cette décision obéit à une vision plus commerciale qu'artistique.
    Clairement, il aurait mieux valu que Jonathan Kent tente de sauver un humain, par exemple un jeune garçon. Par son sacrifice, il prouvait à Clark son amour, la valeur de son secret mais aussi le prix à payer. La figure de Jonathan Kent était alors transfigurée, faisant écho à son discours sur la possibilité de sacrifier des innocents pour protéger un tel don (Kevin Costner est impérial en Jonathan Kent). Mieux, Superman tuant Zod, c'était alors faire écho au discours de son père, le contester (rien ne vaut la mort d'un innocent) tout en acceptant l'idée du sacrifice (le meurtre salissant). Ainsi Clark embrassait sa nature de sauveteur de l'humanité. Et de meurtrier. Plus de secrets : quoiqu'il en coûte.

    Conclusion

    Me voilà prêt pour regarder Batman versus Superman. J'ai évidemment entendu ci-et-là des échos désastreux. J'ai aussi remarqué qu'il était âprement défendu par des fans de Stars Wars 7 (ce qui m'inquiète bien d'avantage). Néanmoins, j'espère trouver une photo aussi belle que celle du premier (donc séance sans 3D qui pourrit les couleurs), un Henri Cavill parfait et des scènes d'actions monumentales.