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Page vérifiée Created at 11 Apr. 2015 - Contact

Ce qui m'a gêné dans Star Wars VII : le réveil de la force.

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  • Voici la liste des principaux problèmes que me posent le dernier Star Wars et qui l’empêchent, à mon sens, d'être un bon film. A voir si l'épisode 8 y changera quoique ce soit.

    - Initiation

    Les Star Wars sont des récits initiatiques à travers lesquels les héros mûrissent, grandissent (y compris du côté obscur), aidés par des maîtres qui les poussent à s'accomplir et leurs donnent les armes, physiques comme mentales, pour le faire. Dans le cas du réveil de la force, le personnage de Rey n'apprend de personne. Elle est autodidacte, maîtrise excellemment le combat (au bâton) et le pilotage (véhicule comme vaisseau). En ce qui concerne l'utilisation de la force, elle semble naturellement plus douée que Luke et surtout qu'Anakin (pourtant engendré par les midi-chloriens), sans même avoir reçu de formation. Elle est encore mature, décidée et se paie le luxe de battre Kylo Ren lors de leurs deux affrontements (le premier mental, le second physique). Bref, c'est un personnage accompli, dominant. C'est aussi ce qui la détache des précédents héros. La seule aide pourrait venir de Maze mais le personnage n'a aucune influence. De fait, Rey contredit le genre auquel le film appartient puisque le récit tourne autour de l'évolution de jeunes gens, de leur découverte d'un monde nouveau (la force pour Rey, la liberté pour Finn), de leurs épreuves et de leurs rites de passages. C'est dire à quel point le récit est paradoxal, factice. Certains expliqueront que SW7 casse les codes (ce qui supposerait un film d'auteur), d'autres affirmeront qu'ils ne sont pas maîtrisés. A mon sens, la deuxième proposition ne fait aucun doute. Qui placerait une autodidacte dans un récit initiatique ?


    - Des questions sans réponses

      Le film laisse en suspend un certain nombre d’éléments. Alors que la politique a toujours été prégnante dans la saga, l'épisode 7 ne dit rien de ce qui a provoqué la guerre. On ne sait pas ce qu'est le premier ordre, ni la résistance. Du coup, cela donne l'impression que la fin de l'épisode VI n'était pas une conclusion mais une sorte de parenthèse. A noter que répondre à ces interrogations ne nécessitait que deux lignes de dialogue, utiles à la clarification des enjeux et à la mise à distance des deux films. Surtout, pour celui qui s'interroge, l'absence d'informations est une gêne. Il en va par exemple des Jedi. On peut comprendre que Rey -qui vit dans un patelin paumé- ne soit pas au courant de leur existence, et qu'on lui en parle comme d'une légende. Mais pour les autres personnages ? Surtout, pourquoi le film n'explique rien ? On sait que les Jedi l'ont emporté à la fin du 6 ème épisode. On sait surtout que 10 ou 15 ans avant les événements, Luke formait des Jedi et que ses apprentis ont été massacrés par Kylo Ren. Alors pourquoi ne pas expliquer comment ces fameux Jedi ont pu être rayés de la mémoire collective ? Idem pour Star Killer. Pourquoi n'avoir rien dit du temps et des ressources qu'il a fallu à sa construction ? Comment a-t-elle été dissimulée ? Le fait de ne pas donner les clés de compréhension au spectateur nuit à l'immersion, à la qualité de l'intrigue et à la cohésion de l'univers. Il y a de quoi être incrédule devant ce Star Wars qui semble utiliser l'univers de Lucas comme une sorte de prétexte. Il n'y a aucun travail de préparation, de construction, de temporalité. Alors peut-être que l'épisode 8 apportera des réponses mais ça ne rend pas ce premier visionnage meilleur. Au contraire...


      - La démystification de la force

      Le fait que Rey soit aussi puissante dès le départ, sans rien savoir de la force, tout en pensant que les Jedi sont un mythe, est gênant Mais le personnage est noble, intense, et bien joué. Elle sauve donc les apparences. Pourtant à partir du moment où Finn, son acolyte et simple stormtrooper, combat au sabre laser, il en diminue le mythe. Un peu comme si n'importe qui pouvait tirer Excalibur. 

      Les rapports de "force" eux-mêmes posent problème. Il en va de la capacité de Finn à s'opposer à Kylo Ren alors qu'il avait été battu, quelques temps plus tôt, par un stormtrooper armé d'un bâton électrique. La maîtrise de la force de Kylo Ren a également de quoi perturber. Il est capable d'arrêter un tir de laser mais ne montrera ensuite que des capacités inférieures à son rang (et à celles de Rey). On voit là comment l'absence d'initiation fausse les rapports entre les personnages et finalement les rapports de force. On voit aussi comment la force a été vidée de sa mystique. C'est une simple capacité et non plus une sensibilité, un travail sur soi, un engagement.

      Enfin, c'est problématique dans la perspective de l'épisode 8. Prenons simplement l'exemple de Finn. Soit il n'a rien à voir avec la force et il la normalise. Soit il s'avère descendant de je ne sais quel Jedi et on se trouve devant un trio de "fils de". Bonjour le sang neuf. Sans oublier que tous les personnages vont devoir passer par une phase d'initiation pour gagner en pouvoir. L'incohérence sera totale. Comment mettre rapidement ces protagonistes à niveau quand on a vu à quel point la maîtrise de la force les séparent ? Ou alors ils supprimeront cette phase et partiront sur une Rey entraînée depuis des années par Luke. Ça ferait un sacré trou : mais qui préserverait la logique d'un récit initiatique sans initiation. 


      - Redite

      Ce 7ème épisode emprunte beaucoup à la trilogie originelle. Il y a le droïde qui contient les plans que convoite le quasi empire, la quasi étoile noire qui détruit des planètes, la réunion des quasi rebelles, les bouclier à débrancher, le renégat de la famille, le mystérieux personnage qui tire les ficelles. Or les scènes sont souvent moins bonnes que dans la trilogie originale, parfois moins épiques (comme les quelques X-Wings qui attaquent star killer). De même, la tension dramatique est moindre. Il n'y a pas les pièges de l'empire ("it's a trap"), ni la menace ou la violence que représente le côté obscur, y compris pour lui-même (on se souvient de la manière dont Vador punissait l'échec). Enfin, les personnages font écho à ceux de la première trilogie. Rey rappelle Luke, Poe rappelle Han jeune, Hux rappelle le premier amiral de l'empire, Snoke rappelle l'empereur, Maz rappelle Yoda, BB8 rappelle R2D2, on retrouve le quatuor initial (Luke, Han, Leïa, Chewie). Bref, les personnages occupent la même fonction ou servent de décalque quand ils ne sont pas simplement les mêmes. Sans parler des décors qui se juxtaposent. De sorte que ce qui pouvait apparaître comme un prolongement forme une boucle. Et l'univers de la saga se ramasse sur lui-même. Un peu comme si vous proposiez la suite du Seigneur des anneaux avec des hobbits chargés d'aller au Mordor pour détruire un deuxième anneau. Sauf qu'on aurait changé la skin des persos et que Gandalf reprendrait son rôle. Mais qui oserait proposer ça ?


      - Personnages inconsistants

      La plupart des personnages ne se tiennent pas et se contredisent très rapidement. Par exemple, Finn décide d'abandonner Rey pour aller se cacher dans la bordure extérieure. Il connaît le pouvoir du premier ordre, il est au courant de Star Killer (par contre, il a oublié d'en parler), il ne rêve que de s'enfuir. Il est donc logique que lorsque Rey lui demande de rester, il refuse. Mais quelques instants plus tard, alors que le premier ordre attaque, il décide de rester et de se battre. Lui qui expliquait, quelques secondes plus tôt, que ce n'était pas son combat l'a fait sien. Bref, il fuit la guerre pour mieux l'embrasser. Après, certains diront qu'on a tous nos contradictions, que ça casse les codes, qu'il cherchait un prétexte pour rester, qu'il s'attache vite. Sur ce dernier point je suis d'accord, il aura fallu un peu moins de 30 secondes pour que Poe et lui deviennent les meilleurs amis de la galaxie. Malheureusement, Finn n'est pas présenté comme quelqu'un de versatile mais comme un personnage décidé. Là est le hiatus. Enfin, ce qui gène, c'est qu'on retrouve ces contradictions partout, dans d'autres personnages et dans le récit lui-même. On a l'impression que tout est factice, pesant. Ce qui nous amène à Kylo Ren.


      - Kylo Ren

    • Le personnage est présenté comme maîtrisant la force de manière remarquable. Il est capable de figer des lasers (c'est la seule bonne scène du film). Mais psychologiquement, il n'arrive pas à gérer ses émotions et pique des crises de colère. Il explique lui-même qu'il est tiraillé entre la lumière et les ténèbres, ce qui est sans doute la raison de son trouble. En soit, ce n'est pas un problème. On aime ou pas l'ado qui débloque en cassant du mobilier. Pour le coup, la moitié des gosses de la planète vont pouvoir s'identifier. De même, on aime ou pas l'acteur. Comme on peut trouver original d'avoir un méchant sans charisme. "Ca casse les codes !" Quoiqu'il en soit, le souci est d'ordre logique. Le personnage est inconsistant au possible. 4 exemples :

    • 1) Kylo explique qu'il est tiraillé entre le côté obscur et lumineux de la force. Il semble malgré tout avoir choisi dès le début de l'aventure puisqu'il fait massacrer des innocents. Surtout, rien dans le reste du film ne viendra justifier ou prouver son hésitation. Il ne fait que tuer, torturer, menacer et se mettre en colère. En fait, nous sommes là encore dans le prétexte. Le personnage ne prouve jamais ce qu'il révèle de lui. C'est une contradiction phénoménale. Et c'est très infantilisant comme caractérisation.


    • 2) Qu'est-ce qui justifie sa volonté de suivre les traces de Dark Vador ? Luke ne lui a-t-il pas révélé qu'Anakin était tombé du côté obscur par peur de perdre son grand amour ? Personne ne lui a dit que Vador avait tué l'empereur et rejoint le côté "lumineux" après avoir été formé par lui ? Pourquoi le fantôme du grand-père ne lui apparaît pas ? :D On sent bien, surtout,  comment la mise en scène échoue totalement à donner à Kylo Ren la même stature que celle de Vador, à montrer le parallèle. Ce qui faisait la force de Vador, c'était qu'il était craint aussi bien par les rebelles que par ses hommes. Il était impitoyable, mystérieux et ses "colères" se terminaient par la mort ou un châtiment. Là, Kylo Ren n' est qu'un ersatz. Sa prestance s'effondre au moment où il enlève son casque, ses dialogues sont médiocres, il se fait "marcher dessus" par le général Lux, par Rey et même un peu par Finn. Mais hé, ça casse les codes ! C'est vrai que c'est original d'avoir un méchant lavette et colérique, qui n'a aucune aucune consistance, et qui semble dérangé par un côté lumineux qui n'existe clairement pas (ou plus) en lui. En fait, il repose - comme tout le film - sur une successions d'idées empilées, sans cohésion.

      3) Si l'intensité du pouvoir de Kylo Ren avait jailli après le meurtre de son père, tout s'expliquait. Le fait même que son basculement définitif vers le côté obscur ne l'aide pas dans son combat final est ahurissant. Et si la mort de son père ne l'a pas fait basculer (peut-être qu'il connaîtra encore des doutes dans le prochain), c'est encore plus grave. La force est déjà complètement factice. Mais, là, l'idée achèverait totalement la filiation. Bref, alors que ce personnage est hésitant, le meurtre est trop radical pour le garder dans son état initial (sans même parler du fait que Vador avait refusé de tuer son fils, du coup on se demande en quoi il marche dans ses traces). 

    • En termes de jeu d'acteur,cela aurait dû le transfigurer mais il reste l'ado mal dans sa peau. En fait, quelle que soit la situation, il ne fait que faiblir (doute, colère, l'éclair de rédemption, meurtre). Rien ne l'empêche de pâlir. Ce n'est même plus casser les codes du récit initiatique, c'est aussi casser les codes du récit d'aventure. Du reste, il est important de comprendre que le personnage de Kylo Ren faiblit non pas pour obéir à une logique propre mais parce que les héros n'ayant pas été initiés, c'est un moyen un peu bidon pour les grandir. Aux uns, on donne des power up bien cheatés quand ils en ont besoin, aux autres, on met des bâtons dans les roues. On dirait un shonen écrit sur une nappe en papier.


    • 4) Le fait qu'il perde contre Rey et Finn illustre tous les problèmes du film : la mise en scène,  d'abord, est à côté de la plaque. Elle instille le doute, laisse penser qu'il perd parce qu'il est blessé. Or il est battu parce que Finn se révèle et que Rey le domine une nouvelle fois. En fait, il se bat plutôt bien Kylo Ren. Ce n'est pas son physique qui craque, c'est le pouvoir et le mental de Rey qui le surpassent. C'est à dire que le personnage aurait dû grandir après son parricide et vaincre malgré sa blessure. Ce devait être sa libération. Bien sûr, on peut repenser à Anakin lorsqu'il tue sa femme et qu'il perd le combat contre Obiwan. Redite une nouvelle fois mais sans compréhension. Il fallait qu'Anakin soit détruit pour devenir Vador. Parce que Luke sentait du bon en lui. Mais où est le bon dans Kylo Ren ? Et qui le sent ?

      4 bis) Quoiqu'il en soit, le point majeur est plus éclairant. On nous explique que la blessure de Kylo Ren justifie sa défaite. Mais que fait Kylo Ren pour amplifier son pouvoir au début du combat ? Il frappe sa blessure. Le côté obscur, c'est la colère, la douleur, la haine, la rage. Tous ceux qui veulent justifier la défaite par la blessure ne voient pas qu'il s'agit de la seule cohérence de tout le métrage ! Kylo Ren fait appel au côté obscur pour dominer ses adversaires. Et il échoue lamentablement. La force, ce n'est pas un physique optimal. Ça explique pourquoi Yoda la maîtrise aussi bien dans un corps vieux et chétif. 


    - La déception Sky Walker

    Ce qui était bien dans la prélogie, c'était qu'elle montrait l'échec total de Yoda, resté dans sa tour d'ivoire, et s'obligeant finalement à l'exil. Seulement, l'exil et l'échec de Luke paraissent incompréhensibles eu égard à ce qu'il a fait : rallier Vador et détruire l'empereur. Outre la redite (encore), calquer le comportement de Luke sur celui de Yoda nous renvoie non seulement en arrière mais dissout le sens de la conclusion de l'épisode VI. Luke était un héros. Luke avait triomphé de l'empire. Mais Luke n'est plus ce héros. Il n'a même pas réussi la formation de Kylo Ren. Son échec est total. On est passé de vainqueur à vaincu, sans aucune explication. Le seul moyen de sauver ce qui est sauvable, c'est d'en faire un personnage qui attendrait un signe de la force, donc l'arrivée de Rey. Mais là encore, quelle redite.


    - Phasma

    Je n'ai pas fait attention à ce personnage parce que je n'avais pas du tout suivi la promotion et le marketing de Star Wars. Avant d'entrer dans la salle, j'avais vu la bande annonce il y a 6 mois ou 1 an puis je l'avais oubliée. Je ne savais pas que ce caractère avait été mis en avant, décevant les attentes des fans (vu sa transparence, je pensais qu'il s'agissait d'une espèce d'officier random). Mais Matthew m'a écrit ceci pour me faire part de sa déception. Sa proposition est tellement limpide qu'elle montre bien le niveau abyssal de l'écriture :

    "Phasma aurait pu être beaucoup plus classe et importante : si elle avait surpris Finn lors de son refus de combattre/massacrer au lieu de Kylo Ren, si elle avait été en charge de l'attaque du temple de Maz et si elle s'était battue contre Finn, elle avec son bâton électrique, lui avec son sabre laser, on tenait quelque chose. Avec une ou deux petites scènes où Kylo Ren l'aurait rabrouée et menacée, lui reprochant la trahison de son stormtrooper, sa responsabilité directe, alors on aurait eu un personnage supplémentaire,une Némésis pour Finn et autre chose qu'une nouvelle armure. D'ailleurs, elle a l'air d'être la seule capitaine de toute l'armée. Je n'ai pas vu d'autres armures comme la sienne."


    Le retour des vieilles gloires

    On peut apprécier le clin d'oeil. Ce qui me gène dans le retour d'Han Solo et de Chewbacca, c'est l'absence de temporalité. On les retrouve comme si on ne les avait jamais quittés. Or qu'apprend-on au cours du film ? Que le premier ordre menace, que Leïa dirige la résistance, qu'ils se sont séparés et qu'ils ont eu un fils qui est devenu un boucher notoire. Non seulement, ces personnages ne semblent pas porter le poids de ces stigmates (ni même de l'âge, ce qui aurait pu être un ressort  autre que les vannes bien nulles qui sont balancées) mais il n'y aura jamais de finesse dramatique dans leur exposition, dans leur jeu ou dans leur dialogue. C'est comme si Star Wars avait été conservé dans le formol, sans tenir compte des nouveaux enjeux, déjà pauvrement installés (Ben Solo). Problématique également, la chirurgie esthétique, les lifting et les injections de botox ont transformé la princesse Leïa en patiente du docteur Troy. Voilà que le film nous ramène à la triste condition de l'acteur vieillissant à Hollywood. Ah et je précise que si le visage d'Harrison Ford avait été figé et ciré de la même façon, il aurait reçu les mêmes critiques.


    - Mise en scène plate

    La fin de Han Solo me dérange. Et je dois avouer qu'eu égard au rôle fondamental du personnage, la faiblesse de la dramaturgie (lorsqu'ils reviennent tous après sa mort) souligne un point terrifiant à savoir que la mise en scène ne fait qu'empiler les scènes sans crescendo dramatique. Il n'y a ni pause, ni attachement, ni deuil. C'est une succession de situations sans souffle, sans regard, sans temps mort (donc sans temps pour veiller les morts). Difficile d'y voir une réalisation qui casse les codes. On se retrouve vraiment devant quelque chose de très formatée (la scène où tout le monde lève les yeux pour voir le laser dans le ciel, on se serait cru devant un film catastrophe). Il y a aussi pas mal de petits moments d'insistance pour appuyer un propos déjà bien lourd (je me souviens d'Han Solo faisant une vanne et de la caméra restant sur lui pendant une seconde pour bien nous signifier de rire, de goûter le bon moment de papy rigolade). Et si la force elle-même n'est plus une mystique (malgré la justification idiote des midi-chloriens dans la prélogie, on se souvient tous de la scène, brillante, où Liam Neeson s'agenouille pour s'apaiser et faire appel à la force), c'est en raison de la réalisation. Cela dit, le plus significatif tourne quand même autour du personnage de Kylo Ren, de la direction de l'acteur, du moment et de la manière dont il enlève son masque, du parallèle avec Vador. Tout ça est fait à la truelle. Et c'est d'ailleurs ce qui nous amène au côté obscur qui arrive à cumuler tous les défauts du film, plus encore que les héros.


    - La transparence du côté obscur

      Le côté obscur est représenté par 3 personnages qui ont tout d'une équipe de bras cassés (cette défaite monumentale quand on y pense, les mecs terrassés par 2 novices et 15 X-Wings). Les 3 ténors - Snoke, Kylo Ren et le général Lux - sont en deçà de ce qu'on attendait et n'arrivent jamais à concrétiser l'idée de menace, de domination ou de pouvoir. Globalement, ils ne sont pas servis par un bon casting ou, c'est selon, par une bonne direction d'acteur. Les acteurs font ados de cours d'école. C'est incroyable de voir qu'un artiste aussi doué que Domhnall Gleeson (alias Hux) ait pu livrer une prestation aussi indigente (costume minable, jeu monolithique, dialogues risibles). Du coup, pour les renforcer, Abrams se sert d'artifice de mise en scène. Pour Hux, il va s'employer à faire un parallèle extrêmement grossier avec le 3ème Reich. Comme pour Leïa qui nous ramenait à la réalité à travers l'irruption du réel (la chirurgie esthétique), là on nous renvoie directement à l'Histoire. On sort le reich du formol.

       Un autre artifice de mise en scène complètement raté (il y en a bien une centaine) tient au grossissement de l'hologramme du personnage de Snoke. Puisqu'il n'est ni mystérieux, ni menaçant, ni autoritaire, ni démonstratif, que rien de ses relations avec ses subalternes ne laisse imaginer un pouvoir ou une intelligence supérieure, qu'il porte un nom ridicule et qu'il ne ressemble à rien, alors Abrams le grandit pour l'imposer dans l'esprit du spectateur. Où est le charme et le mystère de ces petits hologrammes des précédents épisodes ? Il y a un paradoxe permanent entre la petitesse de la vision et les artifices grossiers de mise en scène et d'écriture ou tout doit être bigger, louder. Etrange pour un film censé casser les codes. 


    - La musique peu inspirée

    La musique est très décevante (une première dans la saga). Il y a quelques beaux thèmes (celui de Rey) ou de bonnes envolées mais globalement, c'est fade. A l'image de l'insipide scherzo des X-Wings : https://www.youtube.com/watch?v=xJzuanMUuS4


    - Les Deus Ex Machina

    Le Deus Ex Machina est une expression latine qui habille mieux le classique "Comme par hasard", à savoir la résolution d'une situation par un artifice. Le problème de ce film n'est pas l'existence de Deus Ex Machina mais leur multiplication. Il se trouve que pour apprécier quelque chose de narratif (un film, un livre), une oeuvre fait appel un mécanisme psychologique qu'on appelle la "suspension consentie de l'incrédulité". En gros, on accepte les présupposés ce qui nous permet de nous immerger. Mais cette suspension est de moins en moins consentie à partir du moment où les présupposés apparaissent maladroits, incohérents, contradictoires ou infantiles. Par exemple, si un film fait croire qu'il existe une force mystique réservée aux élus, oui, on l'accepte. Mais si on nous montre que la force peut être utilisée par n'importe qui alors elle n'est pas réservée aux élus : on devient donc moins enclin à prêter foi à ce qui nous est dit et montré. Alors, bien sûr, nous ne sommes pas égaux devant la crédulité. Certains relèvent vite les contradictions, d'autres ne voient aucun problème. Mais on peut dire, malgré tout, que le film empile tellement de résolutions artificielles qu'il est normal qu'un certain nombre de spectateurs soient sortis ou aient été exclus de la narration. 

    Exemple du fameux empilement à travers l'héroïne. Ok Rey vit sur une planète où se trouve le faucon millenium. Ok Rey se trouve aussi sur la planète où se trouve BB8. Ok Rey est plus doué qu'Anakin sans formation. Ok Rey est capturée par Han Solo dès qu'elle s'empare du faucon (c'est plus de l'hyper espace, c'est de la téléportation). Ok Rey pilote le faucon millenium parce qu'elle sait piloter son scooter des sables. Mais Rey qui tombe sur le sabre de Luke, au fond, à gauche, dans la cave, ça serait pas un peu la goutte d'eau pour faire avancer le scénario au prix d'artifices toujours plus gros ? On a envie de lui dire : mais joue au loto ma fille !


    CONCLUSION


    Ce qui me gène, ce n'est pas de trouver des contradictions, des paradoxes, des ellipses en forme de trou noir, des deus ex machina, des erreurs de casting, une musique faiblarde, un "aménagement" de la mythologie (je suis pas fan de Star Wars mais j'aime bien), des facilités. Non, le souci, c'est leur succession permanente. Le film n'a pas des moments de faiblesse, c'est un moment de faiblesse du cinéma tout entier.
    Enfin, j'aimerais rappeler que ce Star Wars n'est pas un film d'auteur : il le prouve par ses paradoxes, ses contradictions, son pillage, ses incohérences. Alors comment se pourrait-il qu'un film ultra commercial, qui doit fédérer tous les publics, sous la férule de Disney, cassent volontairement des codes aussi élémentaires ? La réponse, c'est qu'il n'y a plus besoin de respecter des codes et de faire de bons films populaires pour vendre des billets. 

    Ps : Grâce à mes relations chez Disney, j'ai pu vous trouver un passage coupé inédit qui montre  la soirée pendant laquelle Kylo Ren est passé du côté obscur. Une soirée qui se passait à l'insu de Han et Leïa, dans leur résidence secondaire sur Dagoba. La meilleure scène du film. On devrait la trouver dans le dvd collector, incluant la figurine de BB8 :