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Page vérifiée Created at 11 Apr. 2015 - Contact

[Test : Castlevania Lords of Shadow] L'ombre et la croix.

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  • Qu’est-ce qui fait l’ADN d’un Castlevania ? Difficile de répondre. Faut-il un gameplay ? Une structure ?  Une identité ? Une mythologie ? Un titre ? A ce stade, on pourrait croire la question légitime mais Lords of Shadow la rend subsidiaire. On se demanderait plutôt : qu’est-ce qu’un bon jeu ?


    Si vous cherchez une histoire riche, captivante, avec des personnages nuancés, passionnés, ce Lords of Shadow vous décevra. Le scénario, assez commun, pêche dans sa narration autant que dans son écriture, leste les personnages au lieu de les grandir. Il n’y a ni fièvre, ni fougue, ni souffle mais de l’explicatif, du commentaire, réservant davantage la narration à ceux qui préfèrent les univers aux histoires. Les autres auraient aimé vivre l’aventure à travers les dialogues, les personnages, les situations plutôt que d’écouter les explications d’un narrateur qui n’assume jamais véritablement son rôle de biographe ou d’historien.

    Malgré tout, les ingrédients sont là. Il y a des trahisons, des retournements, des bouleversements, des camps mais de manière assez caricaturale, presque dans un éternel canevas. A moins d’être bon public, de prendre plaisir à sauver le monde, l’histoire a sans doute peu de chances de susciter de l’émotion, voire de l’intérêt. Sans doute parce que les modélisations et le charadesign empêchent de s’attacher aux personnages. Sans doute parce que le jeu n’emprunte aucune des pistes possibles pour s’approprier convenablement la thématique draculéenne. A la place, l’aventure s’oriente davantage vers la fantaisie, pour le plaisir des amateurs du genre. Trolls, géants, gnomes, fées côtoient donc vampires, loups garous et sorcières. Sans beaucoup de personnalité. Surtout qu’en est-il de la dimension érotique du vampirisme ? De ce questionnement perpétuel des limites de la vie ? De la mort ? De l’Homme ? Où est l’ambiguïté ? Paradoxalement, la profondeur sera apportée par la bande originale, très réussie, qui comble davantage qu’elle n’accompagne.

    Mais ce  Lords of shadow ne saurait être jugé sur sa seule forme. Gamedesign et jouabilité sont tout à fait capables d'apporter un surplus d’identité et de souffle. De ce côté, la recette ne prend pas vraiment durant le premier tiers. Le jeu est mou, presque monotone, ressortant tous les tics du jeu d’action/aventure (QTE, plateforme) dans des décors peu évocateurs quoiqu’exploitant un level design plus sophistiqué que la moyenne. Voilà qui explique pourquoi les deux tiers des joueurs "steam" ont abandonné au bout de 4 chapitres. Puis, à mesure, le gameplay se développe, l’expérience glanée permet d’acheter des combos, les niveaux s’étoffent, les décors s’imprègnent d’une belle ambiance et rendent la plateforme plus dépaysante.Il aura fallu attendre les terres enneigées et la découpe du château dans l’horizon. Un signe. D’ailleurs, le gameplay révèle enfin sa fluidité, sa richesse, son côté aérien. On lui trouve même une empreinte tactique avec des attaques impossibles à parer quand d’autres peuvent vous toucher dans le périmètre de votre esquive. Dans le même temps, la jouabilité trouve ses limites avec une garde très attentiste et des adversaires peu exigeants. Ici, pas vraiment d'approche circonstanciée si ce n’est à l'aide d'objets (fées, fioles d’eau bénite, dague en argent, invocation) dont l'efficacité dépend de la nature de vos ennemis. En outre, on prend le pli d’utiliser les techniques les plus efficaces parmi un panel certes large (de la chaine tourbillonnante au cocasse dragon punch en passant par la lumière de la croix) mais guère utile : souvent des variations ou des attaques avec "charge" qui se placent difficilement. Bref, beaucoup de choix pour peu de profondeur. Telle est l'ombre qui plane sur la jouabilité. D'autant que ces variations ne compensent pas le manque d’armes. Car à la différence de la plupart des beat them all moderne, ce Castlevania n’en propose que deux : le fouet et un gant vite placardisé.

    Plus globalement, on se rend compte que le jeu ne tranche jamais entre la furie d’un God of War et la virtuosité d’un DMC. Comme un moyen de ménager la chèvre et le chou. Pas un défaut en soi mais un système qui manque d’engagement. La lassitude finit même par pointer le bout de son nez malgré des idées intéressantes, la richesse du bestiaire, le nombre de combos, les spécificités de la plateforme (contrôle d’animaux, secrets), les énigmes étoffées, la mise en scène dynamique ou encore les épreuves qui fondent la rejouabilité du titre. Simplement parce que, dans l’ensemble, le jeu est trop lisse, trop conformiste.L'histoire est plate, la plateforme ne pose pas beaucoup de difficulté, les énigmes pas davantage, les combats encore moins. Seuls les DLCs proposeront quelquespassages frustrants ou des énigmes plus ardues. D’ailleurs, ces derniers se révèlent à l’image du jeu : ils font le job sans dire grand-chose. Pire, ils reviennent sur un élément majeur du scénario dans le prosaïsme le plus complet, désamorçant les enjeux les plus intimes. Et le titre se termine en eau de boudin avec un boss au design fade, au pattern ennuyeux, qui aurait pu figurer au casting de n’importe quel film d’héroic fantasy.

    Conclusion.
    Lords of Shadow est-il un Castlevania ? Sans doute. Bien sûr, le jeu délaisse les différents systèmes propres à la série et oublie quelques passages obligés pour lorgner vers d’autres sagas à l’identité marquée. Malgré tout, il est pétri de références, de clins d’œil et son univers intègre sa mythologie. Finalement, tout dépend de ce qu’on entend par Castlevania, de la perception qu'on a d'une licence qui se réinvente depuis des décennies. Mais la question fondamentale reste celle-ci : Lors of Shadow est-il un bon jeu ? Difficile de répondre tant il navigue entre les convenances, les facilités et les habiletés. On pourra lui reprocher ses emprunts, son manque de substance, son peu d’intensité, ou louer sa générosité, ses ambiances, ses appropriations. Entre les deux, il y a le gameplay...