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Star Wars : Année Zéro / Chapitre 9 : Riss Delatossa

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  • Elonn s’assoit sur le bord du lit. Pensive, elle relève doucement la tête. Son sort est cruel. Elle le sait autant qu'elle le ressent tandis que son regard se perd dans les fonds bleus et verts de cet horizon sous marin sur lequel donne l'immense fenêtre de sa chambre. Ses larmes coulent.

    Deux jours auparavant, Lian l’a coupée de la force. Depuis, elle se sent vide, seule. Terriblement seule. Elle ne sait pas comment palier cette absence, ce déchirement qui la ronge, comme si on l'avait amputée. Pour combler son manque, elle a invité à Lian à l'aimer. Encore et encore. Pour oublier, pour vibrer, pour ressentir quelque chose. Et si sa langue s’est attardée dans tous les recoins, que ses doigts et sa fougue l’ont investi, qu'elle s'est sentie aimée, prise, adorée, réconfortée par ses bras forts, quelque chose reste cassé. Irrémédiablement. Une chose qui ne reviendra plus. Son âme, sa conscience, chaque atome de son être s'est trouvé fracturé, incapable de se ressouder. A vif. Seul réconfort, son amour pour Lian n’a pas diminué. Elle avait eu peur de sombrer dans le côté obscur, de le haïr. Mais tout cela était faux. Aussi faux que présomptueux. Il n'y avait plus de Force en elle, plus de sensation, plus d'ambivalence, plus de tentation : ni côté obscur, ni côté lumineux.... Une sorte de néant. Mais dans ce néant, son cœur n'avait pas changé, nul abri pour la haine ou le reproche. Au centre pourtant, un trou s'était formé, aspirant son sentiment de connexion, sa soif de vivre, d'exister. Elle aimait Lian, certes. Elle n'avait pas de colère. Seulement, une partie d'elle-même était morte. Une image l'avait frappé d'ailleurs et elle semblait lui correspondre : celle d'un être décomposé ne laissant qu'un creux dans le sol. Quelque chose qui avait existé là où la terre s'était légèrement affaissée, là où la vie s'était échappé. Là où le néant avait pris place. De la même manière qu'il y a ce qui est, il manque ce qui n'est plus et ne sera jamais plus.

    En vérité, à l'instant même qui avait suivi sa coupure, Elonn n'avait eu ni l'instinct ni le réflexe de sonder la Force. Le mystère s'était dissipé au sens le plus littéral. Ne restait qu'une vérité froide, presque sale : juste ce creux. En un instant, elle avait compris : compris à quel point le pouvoir de Lian était sombre, glacial. Un abysse. Indéniablement, cette capacité provenait du côté obscur. Il lui paraissait même absurde, maintenant que sa chair l'avait subi, qu'un Jedi puisse commettre un acte aussi terrible et violent. Aussi cruel. Pour autant, à la manière dont Lian l'avait caressé, plein de délicatesse, ses remords étaient évidents. Ce pouvoir était un fardeau, une malédiction. Peut-être aussi un espoir. Celui de terrasser Darth Aetius. Malgré tout, pouvait-on combattre le mal par le mal ? Pouvait-on rester Jedi après avoir causé une douleur aussi immense ? Elonn avait le sentiment que s'en servir les mènerait au côté obscur, qu'une victoire à ce prix deviendrait une défaite. Et pourtant, malgré l’ambiguïté, elle voyait le moyen de le vaincre, elle voyait une fin, la concevait heureuse. Elle se voyait garder Lian du bon côté : par son amour, par leur lien unique, par sa présence. Elle lui interdirait ensuite de s'en resservir. Ils quitteraient l'ordre, iraient fonder leur famille sur une planète paisible où ils tiendraient un petit commerce de speeders. Un avenir plein de charme. Mais un avenir sans la Force. Un avenir fatalement sans bonheur mais sans doute plein de joies.

    Sur les conseils de Maître Dook', Lian s’entraînait quotidiennement pour projeter son pouvoir, frapper sa victime à distance. Ce devait être la condition sine qua non. Bientôt, avait-il assuré, il s'en révélerait capable. "Couper un être à distance" avait-il murmuré à voix basse, si basse, comme s'il avait espéré secrètement ne jamais y arriver. A ce moment, répondait Elonn, il vaincrait Aetius. Cette pensée redonnait du sens à son sacrifice, gonflait sa poitrine, soulager sa perte, son manque sans pour autant la combler. Mais elle s'illusionnait. Et le blamin'khu de l'aquarium le lui rappelait. Cet animal longiligne, à petite tête en forme de pique, qui se divisait en deux, en quatre, en huit, en seize, avant de redevenir un seul. A cause d'elle, Lian ne s'arrêterait jamais plus de développer son pouvoir, de chercher encore et encore à l'approfondir pour espérer comprendre et l'inverser. Sa soif de connaissance, son envie de la guérir à tout prix, tel était le danger. Le péril ! Voilà la seule route que les destins de Lian amèneraient à prendre. Celui de ne voir plus qu'un mirage. Celui de s'aveugler de l'unique sens qui compte : la présence de l'autre. C'était pour cela que le sith s'était fracassé la tête. Isolé des autres, la vie sans la Force devenait inutile. Insupportable.

    Elonn baisse le regard vers la moquette en mousse naturelle. Elle est fatiguée de penser. Son esprit aimerait s'oublier. Puis elle entend le bruit sourd, celui du martèlement, ce crâne qui se fracasse contre mes murs. C'est dur. Si dur. Même de ne penser à rien quand tout vous le rappelle. Alors elle se retourne, réveille Lian en l’embrassant doucement et les deux amants reprennent leur ballet. Elle sait qu’il n’est pas dupe. Mais ils s’aiment et tant qu’ils s’aiment, elle s'en sortira. Ils s'en sortiront. Ils s'endorment.

    A peine quelques heures plus tard, les deux Jedi quittent définitivement leur lit. Fatigués, ils reprennent malgré tout leur ballet sous la douche puis s'habillent et quittent leur chambre. Elonn a gardé son sabre. Elle reste un chevalier, quoiqu'il arrive. Même si elle n'est plus une Jedi... Prêts, tous deux quittent la chambre, suivent un couloir qui mènent à l'ascenseur. Ils y entrent, en sortent au rez de chaussée. Ils ont rendez-vous dans le restaurant de l'hôtel. Aujourd’hui est un autre jour, pense Elonn en laissant Lian s'avancer seul tandis qu'elle fera le tour. Cette fois leur mission commence : déterminer l’origine des droïdes utilisateurs de la Force. Trouver leur créateur. Comprendre.

    - Riss, s'exclame Lian en voyant son vieil assis à une table. Je vois que tu as pensé à tout.

    En effet, la table est pourvu de nombreux amuses-gueules - trisses, detolias -, de bouteilles hors de prix - Camelac, Emi-Lion -.

    - J'ai un certain train de vie, mon ami, sourit-il. Si j'avais voulu rester pauvre, je vous aurais suivi à l'académie.

    - Je vois ça.

    - Par contre, je ne sais pas si un Jedi a droit à ce genre de bouteille, s'amuse Riss en pointant l'Emi-Lion. Est-ce que ton humilité ne t'oblige pas à refuser ?

    - Je pense qu'on va faire une exception, s'amuse Lian. Je ne vais pas laisser un ami boire tout seul. C'est aussi ça la Force : le soutien en cas de coup dur.

    - Tu m'as l'air beaucoup plus heureux que la dernière fois, Lian. C'est le jour et la nuit. Moi qui pensais te réconforter. Tu as des nouvelles ? Quelque chose sur Elonn ?

    - Tu vas constater par toi-même, sourit Lian.

    - Bonjour Riss, vient l'embrasser la jeune femme en le surprenant par derrière pour déposer un baiser sur sa joue. Comment vas-tu ?

    Riss se lève, éberlué, aux anges. Les larmes lui montent aux yeux.

    - Elonn... Ma belle... Ahah, cachottière. je savais que tu t'en sortirais. Non, en fait, je n'arrive presque pas à y croire !

    - Ahah, ça me rappelle notre escapade dans les sous-sols de la Tintoret. Tu avais dit la mêle chose.

    - Mais là, c'est sans commune mesure. Je suis tellement heureux... La meilleure nouvelle qui soit... Laisse-moi te regarder. Cela fait quoi ? 3 ans et demi ? Tu n'as pas changé ? La Force conserve, y'a pas à dire. A moins que ce ne soit le côté obscur...

    - Riss, s'agace Lian.

    - Pardon... Tu me connais. Si je peux créer le malaise.

    - C'était drôle, sourit Elonn. Et ça fait 3 ans et 8 mois, Riss.

    - Ca me fait tellement plaisir. Et pour moi, et pour Lian, et pour toi. Par contre, vous m'avez l'air fatigué tous les deux. Crac Boum Hue toute la nuit ?

    - Quelque chose comme ça, sourit-elle.

    - Ahah, vous n'avez pas changé. Faut grandir un peu. Vous n'êtes plus des tourtereaux hein.

    - On va y penser, Riss.

    - Oui, j'y crois fort. Ahah, allez j'arrête de vous taquiner. Faut bien rattraper le temps perdu. Mais c'est parfait. Tout est retourné à la normal. je l'avais dit à Lian. Je savais que ça se passerait bien. Ça s'est toujours bien terminé pour nous. Regarde-moi. Est-ce que t'aurais parié sur mon succès ?

    - Mille fois.

    - Mais tu sais que ma boite a été rachetée ?

    - Rachetée et toi nommé directeur mécanique. Lian m'a tout dit.

    - On est loin de la petite bande de filous, d'amateurs de sensation forte.

    - Pas tant que ça. Et comment va Job ?

    - Mieux. Il enquête pour moi en ce moment. Il est sorti de ses problèmes. Il a repris sa vie en main.

    - C'est triste ce qui est arrivé.

    - J'ai toujours dit que ce n'était pas une femme pour lui. D'ailleurs, tu ne l'aimais pas beaucoup plus Elonn.

    - Je sais. Mais je ne pensais pas qu'elle le détruirait. Enfin bon, tu l'aides et c'est parfait. Il remonte la pente. Tout s'arrange. Sauf pour toi : toujours célibataire ?

    - Plus depuis 3 mois. Je prépare même mes fiançailles.

    - Non ? Ahah, cette fois, je veux tout savoir.

    - Elle vous le racontera elle-même. Elle sera là dans 10 minutes, j'allais la présenter à Lian.

    - Petit cachottier, s'amuse m'intéressé.

    - Dans ce cas, répond plus directement Elonn, nous allons passer aux choses sérieuses. Il faut qu'on parle.

    - Vous n'êtes pas là pour des retrouvailles ?

    - Nous sommes en mission, Riss.

    - Déjà ?

    - Oui. Ce qui nous intéresse, c'est ton point de vue de Directeur mécanique. Tu conçois les squelettes des droïdes haut de gamme du secteur, tu supervises la recherche, on a besoin de tes lumières.

    - Pourquoi, tu veux acheter un droïde ?

    - Non, sois sérieux. C'est important. Tu as sans doute entendu parler des machines qui ont fait leur apparition ? Celles qui utilisent la Force.

    - Les Forcïdes ? La, c'est toi qui ne l'est pas si tu me poses cette question. On ne parle que de ça dans les boites du secteur.

    - Et ?

    - Entre nous, personne ne comprend comment ils parviennent à utiliser la Force. Je travaille dessus, je n'ai pas encore d'idée. Il paraît que les Sith ont des pièces de certains d'entre eux. J'aimerais bien en récupérer. Pour le reste, personne n'a pu faire d'études.

    - N'essaye pas de faire affaire avec les Sith. Même pour récupérer des pièces.

    - Rassure-toi, j'ai une excellente sécurité. De toute façon, ils ne les lâcheraient jamais.

    - Je te le répète. Tu ne les approches sous aucun prétexte. J'ai vécu parmi eux. Tu es mort ou pire si tu t'y frottent.

    - Je sais. Arrête de me couver. Je suis l’aîné ici.

    - N'en parlons plus. Tu penses quoi de ces droïdes ?

    - Rien tant que je n'ai pas vu de pièces. On espère qu'ils passeront sur Mélone, nous leur avons envoyé une invitation. Sans réponse pour l'instant. Mais ils viendront, nous sommes incontournables.

    - Tu sais de quelle manière ils manipulent la Force ?

    - Pas à ce niveau. Il y a eu des modèles qui l'ont fait auparavant mais c'était pathétique. Davantage un artifice qu'autre chose. Là, ce sont de vrais utilisateurs. Du niveau des meilleurs Jedi ou des meilleurs sith. Et je n'ai vraiment aucune idée de la manière dont ils procèdent. C'est pour cela je voudrais proposer un partenariat aux Jedi. J'aimerais qu'on tente de construire les nôtres. Tu vois que je ne regarde pas vers les siths.

    - Ils n'accepteront pas.

    - Pourtant ces droïdes remettent tout en cause.

    - Même. Après, tu peux toujours demandé. Nous t'appuierons. Mais je connais déjà la réponse. Maintenant, nous ne sommes pas là pour ces robots à proprement parler mais pour trouver leur créateur. Est-ce que tu saurais quelque chose ? Ou peut-être qu'ils sont plusieurs.

    - Tu te doutes que nous avons mené notre enquête. Job se charge d'une des pistes à l'heure qu'il est. Pour l'instant, j'ai quatre noms à te donner. Teroni Doval, Aqual Princeps,Feren Tsum et SP456, le fondateur de la secte des transformateurs. Si quelqu'un a fabriqué ces robots, que son nom a traversé les frontières de son monde alors c'est l'un de ceux là. Si c'est un autre, il nous est inconnu et nous devrons élargir les recherches. Mais pas avant d'avoir épuisé les précédents.

    - Tu penches pour lequel ?

    - Aucune idée. Nous avons déjà réduit la liste à 4, tu n'imagines pas les ressources que nous avons dû utiliser. Nous n'avons pas votre base de données. Mais pourquoi ? 4, ça ne te suffit pas ?.

    - Si, c'est très bien. Nous allons suivre tes pistes. Nous commencerons par la première. Teroni Doval.

    - Pour elle, je peux te conseiller d'aller trouver un petit revendeur. Visiblement, il connaîtrait la plupart des légendes qui entourent les meilleurs concepteurs. C'est un bon bidouilleur. Il a refusé de parler à mon deuxième enquêteur. Job est censé prendre le relai mais avec vos pouvoirs, vous arriverez à lui tirer les vers du nez. Si vous vous en occupez, Job passera sur Aqual Princeps. J'aimerais qu'il le fasse le plus tôt possible

    - Pourquoi ?

    - A cause des lois princeps évidemment. Mais bon, ce n'est pas une piste très sérieuse. On ne connaît rien du bonhomme. En fait, hormis Teroni, la plupart sont des ingénieurs un peu fous, solitaires, entourés de légendes. Si je devais parier, je miserai sur Feren Tsum. Ce sont les lois de Tsum qui régissent le contrôle de l'IA. Après, ce n'est pas mon domaine. Alors qu' en savoir plus sur Aqual Princeps, c'est bon pour moi. J'aurais dû le faire il y a longtemps.

    - Bien. Merci. J'imagine que c'est ta femme qui arrive là-bas. La rousse au grand chapeau. Elle donne un pourboire au chauffeur.

    - Toujours les rousses, s'amuse Lian.

    - Ahah oui, c'est bien elle.

    - Dans ce cas, je termine vite. Personne ne doit savoir que nous enquêtons ni que je suis de retour. Tu es l'un des rares à qui je fasse confiance. Les Siths eux-mêmes ne savent pas que je suis parti. Je ne sais pas quand ils s'en rendront compte. Ils voudront se venger. Fais attention à toi. Passe le mot aux autres. Aucun contact avec des siths.

    - Très bien. Je transmettrai.

    - Maintenant, j'ai un autre service à te demander. Tu connais les droïdes DCR3 ?

    - Non.

    - Tu peux regarder dans ta base de données ?

    Riss est déjà en train de taper les informations sur sa tablette.

    - C'est un très vieux modèle, annone-t-il. Il date de la fin de la république galactique, un peu avant l'empire. 38 avant yavin. Sa production a été arrêté 117 ans plus tard. Il y a quasiment 1000 ans ?

    - Tu es sûr ?

    - Certain.

    - Aucune erreur possible ?

    - Aucune. C'est un modèle assez standard. 8 millions d'exemplaires produits.

    - Tu aurais la liste des acheteurs ?

    - Ahah, mais tu en demandes trop là. Ca remonte à loin. Personne ne garde ces infos. Même pas vos archivistes. De toute façon, tu n'aurais que les clients directs alors que ce genre de modèles s'achètent le plus souvent d'occasion.

    - Je vois. Ca veut surtout dire qu'Aetius et Marionetis sont plus âgés qu'on ne le croit. Tu pourrais me dire si on en trouve encore ?

    - Non. On ne fait plus les pièces détachés depuis 7 siècles. Ce sont des modèles totalement obsolètes.

    - Tu es sûr de toi ? demande Lian, visiblement inquiet, en direction d'Elonn.

    - Oui, répond elle. Marionnetis a souvent insinué qu'il était beaucoup plus âgé. Je le crois. Ce n'était pas innocent. Exactement comme il n'a cessé de me répèter : "Tout commence avec Aetius".

    - Mais Aetius est un nom sith, donné par le maître à son élève.

    - Justement. Marionetis est trop intelligent pour avoir prononcé ses mots innocemment. Et si Aetius n'en était pas un ? Et si tout commençait véritablement avec ce nom ?