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Page vérifiée Created at 11 Apr. 2015 - Contact

[Test - Binary Domain] B, Robot !

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  • Plein d'humour, palpitant et dynamique, Binary Domain déploie une science fiction de qualité au coeur d'une série B jouissive. Si vous aimez rire, en éparpillant du robot, à l'affut de révélations aussi efficaces qu'improbables, n'en doutez pas, vous avez devant vous l'un des jeux de la décennie.

    Série B

    On ne saurait trop rendre hommage à l'univers de Binary Domain tant il évoque l'imaginaire des films de robots (I Robot, Terminator) pour en garder une identité particulière, très japonaise dans son exubérance et sa capacité à marier les traditions. Ici, l'univers robotisé invoque les problématiques de concurrence, d'intelligence artificielle et de troubles métaphysiques. Bref, autant de jalons au service d'un récit subtil et iconique. D'ailleurs, le jeu utilise à merveille les recettes du film d'action en proposant son lot de personnages archétypaux, de retournements habiles et d'humour percutant. Mais Binary Domain ne serait peut-être pas si plaisant sans l'oscillation permanente de sa version française entre cliché et justesse. Car son doublage apporte une touche nanardesque désopilante, sans ruiner pour autant le cœur de sa narration. Évidemment, ceux qui ne goûteraient guère ce supplément d’âme apprécieront la qualité de la version anglaise, plus naturelle... En tout cas, voilà un jeu qui se sait se montrer facétieux, parfois à son détriment, sans jamais entacher sa substance. C'est pourquoi, en dépit de saillies drôlatiques, de répliques mal jouées et d'une touche de dérision typique des films d'action des années 80 et 90, la narration reste solide, portée par de bons personnages, forte de retournements et de situations improbables, capable de plaire aussi bien au grand public féru de série B qu'aux amoureux d'anticipation.


    Third Person Arcade

    Contrairement à l'image qu'on a pu parfois lui coller, Binary Domain n'a rien d'un TPS générique ni d'un sous Gears of War. En vérité, il a ceci de particulier qu'il dissimule un véritable jeu d'arcade, parfaitement calibré pour la manette. Les combats sont vifs, dynamiques, riches d'enchaînements qui vous gratifient à la fois de points de confiance mais aussi d'argent destiné à l'amélioration de vos armes et au renforcement de votre personnage. C'est la raison pour laquelle on ne pense jamais à lui reprocher sa linéarité, lui qui nous guide de décors en décors, de scènes d'action en boss gigantesques, sans jamais fléchir le rythme, dopé par l'efficacité de sa musique techno. Mieux, la jouabilité alterne constamment entre phases sur rail et pilotage, tir au pigeon et corps à corps, toujours au service d'affrontements spectaculaires. Surtout, il faut souligner l'attention portée à l'intelligence artificielle, à la physique et à l'animation des robots. Quel plaisir de les voir s'émietter, ramper et bondir (ah, l'araignée géante). Et quelle fluidité ! Enfin, les combats sont littéralement transfigurés par le soin attaché à leur réaction. Vous détruisez la tête d'un robot par un tir bien placé ? Celui-ci se tourne contre ses acolytes, apportant malgré lui la diversion et le support nécessaire. Vous arrachez le bras qui tient le fusil ? L'autre attrape un pistolet. Et si jamais vous les privez de leurs jambes, ils ramperont dans la foulée. De fait, la réaction des robots et leur variété contribuent à livrer une ambiance dantesque, faite de chargement et de contournement, de corps à corps et d'explosion, d'assaut et de défense. Mieux, les unités aériennes et les débarquements aéroportés lève le voile sur un aspect "jeu de tir au pistolet" terriblement jouissif. Comme un goût de Time crisis. Finalement, malgré quelques lourdeurs, la variété est telle qu'on ne s'ennuie jamais. Puis, chose rare, l'ambiance du jeu change totalement suivant les nombreux modes de difficulté. C'est bien l'une des rares fois où je conseillerai le mode facile, justement pour profiter de la dimension "corps à corps".


    L'aventure, c'est l'aventure.

    L'autre aspect étonnant tient au côté aventure de Binary Domain. Ainsi, quelques secteurs permettent de discuter le bout de gras avec les habitants de Tokyo. Voilà qui occasionne des répliques comiques ou, à l'opposé, des réflexions très à propos. Surtout, l'aspect aventure est renforcé par le système d'upgrade et la présence de nombreux coéquipiers. Si leur support est utile, il est toujours appréciable de sélectionner les personnages qui nous accompagnent (2 parmi les 5 proposés). Voilà qui permet de découvrir leur personnalité, d'éprouver le système de dialogues à choix multiples et de noter l'importance de la jauge de confiance. On remarque alors que l'aspect aventure vient en renfort de la dimension arcade. En effet, la jauge de confiance se remplit grâce à nos exploits. Il faut enchaîner les tirs, varier les coups, faire des combos sans que ceux-ci ne soient jamais soulignés autrement que par la réaction positive ou négative de nos coéquipiers. Cette fois, la formule arcade est totalement fondue dans la partie aventure, cette dernière densifiant littéralement le TPS. Voilà qui déclenche des scènes originales, renverse des positions, modifie le comportement des alliés jusque sur le champ de bataille (moments de bravoure, refus d'obéissance), ouvre sur la mort d'un personnage, le retour d'un autre, et offre une fin particulière (quelle rejouabilité !). Au fond, comment ne pas saluer l'attachement aux détails ? Comment ne pas s'étonner de voir le soin apporté à tous ces aspects, jusque dans l'arborescence des dialogues ? D'autant que, quelque soit la combinaison de coéquipiers, ceux-là ont toujours une réponse qui fait mouche. Sans oublier le système de reconnaissance vocale, très optionnel, qui vous permet, bon an mal an, de leur donner des ordres : pour le meilleur ou pour le rire !


    Conclusion :

    Série B désopilante, science fiction affriolante, jeu d'arcade très habilement fondu dans un genre TPS avec un côté aventure insoupçonné, Binary Domain s'avère passionnant et si habile dans son mélange des genres qu'il faut bien lui reconnaître son statut de jeu culte. L'échec commercial et critique n'en est que plus cruel : on aurait adoré une suite ! Annoncée à l'E3 2032 ?