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Page vérifiée Created at 11 Apr. 2015 - Contact

Ce qui m’a gêné dans Alien Covenant

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  • A la fois suite directe de Prometheus et épisode d’Alien à part entière, Alien Covenant hérite des tares du premier et des vices d’un système hollywoodien qui n’en finit plus de dévorer les grands mythes de son cinéma de science-fiction. Un cinéma où tout n’est plus qu’ambition commerciale démesurée, écriture indigne, surenchère permanente, fan service dégoulinant. Ce Covenant vient en quelque sorte sublimer cette dérive monumentale  qui a conduit au massacre de licences d'envergure en les ponctuant de navets retentissants tels que Kong : Skull Island, Star Wars 7 (ma critique ici), Star Wars : Rogue One  (idem ici), Indiana Jones 4, Terminator Genysis, Jurassic World, Total Recall : mémoire programmée, Independance Day Resurgence. Purge après purge après purge


    Slasher

    Bien qu’élaboré sous la houlette de Ridley Scott, ce nouvel Alien emprunte ses mécaniques aux slashers les plus grossiers. En effet, si le slasher se caractérise par un canevas extrêmement méthodique reposant sur la décimation spectaculaire de ses personnages, les emprunts assumés de Covenant et la surenchère permanente en font un exemple du genre. A ce titre, il est amusant de remarquer que le film abuse des mises à l’écart puisqu’un personnage isolé devient un personnage condamné. C’est la raison pour laquelle, à peine arrivé sur la planète, l’équipage se sépare en deux groupes. Dans le premier, l’un des hommes s’éloigne pour aller fumer une cigarette : il est contaminé. Plus tard, dans le deuxième, une jeune femme prend quelques minutes pour se rafraîchir, elle est décapitée. A la fin, un couple s’isole dans la douche ? Je vous laisse deviner. D’ailleurs, quoi de plus agréable qu’une douche alors qu’on vient d’apprendre le massacre du reste de l’équipage ? Faut savoir en profiter ! Malgré tout, ce canevas pour le moins grossier cherche – comme souvent – à compenser sa prévisibilité par une sophistication des mises à mort. Covenant devient même le premier Alien à proposer une telle «variété» dans la boucherie : chestbuster, backbuster, throatbuster, différents types de transpercement (du petit néomorphe qui utilise sa queue comme un opinel au xénomorphe qui s’en sert plus classiquement comme d’une lance), sans oublier le capitaine brûlé dans son caisson. Outre la complaisance de la mise en scène (oh la glissade sur la mare de sang, oh les problèmes permanents de télécommunication), celle-ci reste souvent absurdement exagérée, à l’image de cette jeune femme qui survit de manière improbable à l’explosion de son vaisseau pour mieux s’écrouler brûlée vive. On pense également à ces quelques scènes utilisant la caméra subjective avec l’objectif de nous mettre dans la peau de l’alien, là encore une approche classique du slasher. Finalement, Covenant donne l’impression de se retrouver devant un mélange de Jason X et du remake de Freddy. Et ce d’autant que le genre aime s’autoréférencer. Aussi nul ne s’étonnera des clins d’oeil appuyés aux précédents épisodes (le 3 utilisait déjà la caméra subjective), particulièrement au premier : que ce soit à travers l’ersatz d’Ellen Ripley, le réveil de la stase, le message, l’isolation du Xenomorphe, etc. Malheureusement, Covenant ne s’inspirera jamais de ce qui faisait la force du 8ème passager : son dosage. On pense particulièrement à cette scène ô combien puissante de cette membre d’équipage paralysée par la peur, obligeant son équipier à laisser tomber son lance-flamme pour ne pas la brûler vive. Tout le contraire de la surenchère. De toute façon, que dire d’autre quand une parodie des slashers réalisées par les Inconnus colle si bien à ce film qu'il prédit en plus la scène du couteau :


  • Personnages transparents


     A dire vrai, la comparaison avec les slashers ne s’arrête pas à la seule mécanique de progression et au spectacle de la mise à mort. En effet, c’est encore un genre dans lequel des personnages sans épaisseur servent de victimes expiatoires. C’est évidemment le cas de Covenant. L’exemple le plus probant tient justement à cet homme qui s’éloigne pour fumer sa clope. Un travail en amont nous l’aurait montré dépendant à la nicotine, plaisantant sur la première bouffée au réveil de la stase, etc. Il n’en sera rien. Ce manque de préparation systématique rend les personnages inconsistants (que la scène de la veillée funèbre est creuse). A mon sens, cette transparence tient au concept des scénaristes qui ont cru bon structurer l’équipage sur la base de couples pour mieux s’en contenter. De sorte qu’au lieu de s’affirmer par eux-mêmes, les personnages se déterminent par rapport à leur conjoint. C’est le serpent qui se mord la queue. Or, pour créer du lien entre les protagonistes, les précédents films prenaient le temps de les mettre en scène collectivement (les scènes de repas) mais aussi de les marquer individuellement à travers leurs interactions (les scène de complicités, par exemple entre les deux mécanos du Nostromo).  Absurdité du marketing, Ridley Scott a coupé une séquence essentielle dans la construction de ses personnages pour en faire un matériau publicitaire. Un matériau que j'ai découvert (comme la plupart d'entre vous) a posteriori. Elle s'appelle "le dernier repas" :


  • Plus dommageable encore, les personnages de Covenant n’ont souvent aucune cohérence. La pilote bad-ass du début qui faisait des blagues de cul avec son mari est la première à craquer sous la pression. Que dire du capitaine qui fait preuve d’une naïveté confondante en se penchant au-dessus de l’oeuf alors qu’il qualifiait David de « diable» quelques secondes plus tôt ? La fin elle-même se fait au mépris de la férocité du seul personnage intéressant. Au lieu de servir sa volonté de puissance, elle finasse la complexité, les retournements pour gâcher son apothéose. Entre nous, la conclusion aurait pu être nettement plus efficace si David avait tué l’équipe d’exploration, abandonné l’héroïne sur la planète avant de s’emparer du Covenant (quitte à lâcher un alien pour le nettoyer). Les derniers membres de l’équipage auraient servi à autre chose qu’à jouer les faire-valoir dans une scène de douche plus-cliché-tu-meurs. L’ironie ? Certains tiennent Psychose d’Aldfred Hitchcock pour le premier slasher. La scène en tout cas était d’un autre niveau : 

  • Sans imagination et sans logique

    Le sacrifice de la cohérence renforce encore et toujours l’impression de slasher bas de gamme. Pourtant, c’est davantage la dimension science-fiction qui s’en trouve avilie. Car, somme toute, les procédures ne sont jamais respectées (l’équipage débarque dans un environnement inconnu sans casque ni combinaison mais avec des armes à feu, personne ne soulève l’idée d’une quarantaine au retour de la navette), les Deus Ex Machina déprécient la technologie (tempête stellaire imprévisible, message miraculeusement capté, planète providentielle, ouragan qui interdit les communications) et les explications purement techniques sont passés par pertes et profits sans doute parce qu’aucune ne pouvait être satisfaisante : comment justifier l’incinération dans le caisson de stase ? Pourquoi les dégâts très légers des voiles solaires provoquent une panne générale du vaisseau ? Que justifie l’excellente conservation du corps d’Elisabeth Shaw ? Comment le vaisseau de David s'est-il écrasé ? Pour quelles raisons organiser une mission sur la base de couples ? A moins qu’il ne faille se féliciter de l’absence de certaines réponses puisque chaque fois que le film en propose, elles se révèlent effrayantes. J’en veux pour preuve la justification de l’exploration d’une nouvelle planète par le refus de retourner en stase, processus qui, rappelons-le, consiste dans une sorte de sommeil profond qui fige le vieillissement cellulaire. Finalement, une fois les éléments mis bout à bout, Covenant se résume de la sorte : une équipe de colons amateurs, en charge d’un vaisseau à la technologie faiblarde, part s’installer sur une lointaine planète. Réveillée par une avarie, l’équipage refuse de se rendormir et préfère abandonner sa destination pour un environnement plus proche. Malheureusement, l’équipe finit par se faire tuer pour n' avoir respecté aucune des précautions d’usage et cherché à sauver leurs conjoints. 

    En vérité, on le comprend, rien n’est tangible dans ce Covenant qui se révèle bavard quand il faudrait de l’économie et silencieux dès lors qu’on aurait besoin d’explications. Pour autant, le sacrifice de la cohérence sert l’objectif d’un spectacle rythmé comme du papier à musique, où l’important consiste à placer les scènes chocs à intervalle régulier quitte à les relier comme ils peuvent, façon jeu d’été dans un Télé 7 jours. Il fallait donc que le film commence par des explosions, que le tout s’enchaîne par un réveil en catastrophe, un message miraculeux pour vite aboutir à du gore, des morts et des twists. Emballé, c’était pesé. 

    Plus personnellement, un point m’a beaucoup dérangé. En effet, le Covenant est un vaisseau de colonisation mais sa mission tient aussi de la reconnaissance. Sans revenir encore une fois sur la fameuse suspension consentie de l’incrédulité, quelle civilisation moderne enverrait des colons vers une terre inconnue sans mission scientifique préalable ? Voilà qui me permet de faire une incise à propos de mon roman puisque dans Thrènes, l’humanité s’est lancée elle aussi dans l’exocolonisation. Du coup il existe une « division » scientifique appelée les Précurseurs. Elle a pour mission de visiter chaque planète au potentiel habitable, de répertorier les principales espèces, de décider des sites possibles pour la première implantation. Le rapport est ensuite transmis au Commissariat colonial. Celui-ci valide une mission de colonisation, nomme un commissaire colonial qui reçoit les pleins pouvoirs mais aussi l’honneur de baptiser la nouvelle planète en choisissant parmi un répertoire de la mythologie grecque (Clio, Héméra, Epiméthée) par opposition aux divinités latines du système solaire (Jupiter, Mars, Uranus).


  • L’esprit d’Alien

    Le plus triste dans ce Covenant reste de constater que l’esprit de la saga Alien a totalement disparu. Ridley Scott tente bien de compenser l’absence d’Ellen Ripley par une pale copie mais celle-ci s'avoue vide, faible et sans inspiration. Concrètement, si chaque épisode proposait une femme forte, ce dernier opus rompt avec la tradition. A son corps défendant, il faut dire que la pauvre fille connaît un deuil dès les premières minutes avant de se faire complètement balader par David, le tout entre deux séquences nous expliquant son rêve de construire une cabane avec son époux. Si on ajoute sa coiffure de mémé et son jeu de chien battu, on est loin de la femme intelligente et autoritaire, celle qui ne lâche rien pour dominer sa peur. Outre cette question du personnage principal, l’esprit d’Alien s’évanouit peut-être davantage dans les explications liées aux xénomorphes puisque la créature perd à la fois son mystère, son aura, sa beauté et sa radicalité. Clairement, le fait d’apprendre leur création par David les rend très commun au point de les abâtardir. Voilà un mythe de la science-fiction ravalé au rang d’arme biologique featuring docteur Frankenstein. Une déception. Quant à l’aura, elle est grandement diminuée en raison de la surenchère qui pourrissait déjà tous les secteurs du film. Non content d’ajouter au bestiaire une créature aussi inutile que le néomorphe, non content de l’animaliser (« souffler sur les naseaux »), Scott filme l’humanisation des xénomorphes : la fameuse posture à la naissance, la pose christique apprise par David. Après l’humanisation, place au dressage ! Absurde. Et dans quel but ? Enfin gageons que, contrairement aux 3 premiers épisodes, les effets numériques pour le moins désincarnés empêcheront ce Covenant de remporter l’oscar des meilleurs effets visuels… Et je ne parle pas des nombreux ratés de la direction artistique. Qui a eu l’idée de d’orienter le xénomorphe vers l’insecte ?  Voilà qui rappelle les jouets alien qui offraient des croisements avec n'importe quel animal (scorpion, crocodile, taureau).


  • Pour terminer sur la question de l’esprit d’Alien, le thème de l’amour me paraît essentiel pour montrer le contre-sens à la fois du film et des critiques qui l’ont encensé. En effet, nous l’avons vu, l’équipage est construit par couple. Mais dans la logique de cet opus, tout devient sacrifiable aux relations intimes : l’intérêt général, l’intégrité du vaisseau, la sécurité des colons. Pour la première fois dans un Alien - et comme dans les plus mauvais slashers -, les personnages sont moins victimes des créatures que de leur propre bêtise. Si le contraste diminue encore la figure du xénomorphe, c’est la mièvrerie du propos qui dérange. Comment ne pas s’en trouver frustré? Ce traitement complètement superficielle de couples sans enfants - sans quoi ils n’auraient jamais eu ces réactions - est d’autant plus niais que la dimension sexuelle a totalement disparu (la fameuse métaphore du viol). Pire, le film n’a plus rien de féminin et s’oriente vers un récit très adolescent, plein de testostérone. Cet aspect est renforcé par la dimension action qui trouve son apogée dans un combat à main nue complètement inutile entre les deux androïdes façon Freddy contre Jason Bourne. De même, soulignons que les créatures cassent des vitres en veux-tu en voilà, y compris celles du cockpit de la navette spatiale !! C’est bien simple, il n’y a aucun respect du matériau ni du sujet. Le xénomorphe est vu littéralement comme une créature à laquelle il faut ajouter de nouvelles capacités, de la résistance (mon dieu la scène du réacteur), des cousins germains, des victimes expiatoires, des designs insectoïdes. Véritablement, Ridley Scott n’a rien compris à la saga qui reposait sur deux éléments essentiels : le xénomorphe et Ripley. En faisant du premier une attraction du cirque hollywoodien et de la nouvelle héroïne une copie ratée, il ne pouvait qu’aller contre ses racines.
  • La mise à mort d’une franchise 

    Covenant ne fait pas seulement que détruire l’esprit d’Alien, il réussit l’exploit de ruiner la licence. D’abord en contredisant une grande partie de sa mythologie. Malgré la longueur de la liste, je ne peux m’empêcher de donner quelques éléments qui s’opposent aux précédents épisodes : le facehugger dont l’un des personnages arrive à se débarrasser (le plaisir que Scott prend à détruire le mythe, c’est quand même quelque chose), l’acide qui ne fait que ronger la peau alors qu’il perçait l’acier, le Nostromo qui captait une transmission des ingénieurs alors que le Covenant n’est pas capable d’entendre celle d’Elizabeth Shaw, les problème de raccords technologiques entre les androïdes). A ce propos, que feront les prochains épisodes de ces nouveautés ? 
    En outre, Covenant détruit littéralement l’univers étendu (tiens, ça rappelle une autre compagnie). En effet, puisque David a créé les xénomorphe au début du 22ème siècle, leurs apparition dans les œuvres le précédant devient impossible. Adieu Alien versus Predator, adieu films et comics. Adieu également Predator 2 et le trophée de la reine alien. Enfin, par mise à mort, je tiens à souligner l’effet rétroactif de ces nouveaux films qui arrivent à déprécier une saga toute entière en ruinant ses mythes ou simplement en créant un effet de dégoût. Un effet d’autant plus fort que Ridley Scott reste l’initiateur d’Alien. Comme Georges Lucas avec Star Wars, il sabote sa création. Je pose donc la question : quelle sera désormais la portée d’un revisionnage d’Alien ? 
    Enfin, s’agissant du futur, le succès relatif de Covenant (comme de toutes les daubes citées en introduction) est très préoccupant. Il rend le scénario accessoire alors que le cinéma consiste principalement à raconter de bonnes histoires et développer de bons personnages, fussent-ils simples ou légers. On en revient ici à cette histoire de casque qui montre à quel point l’écriture est devenue accessoire. Dans le premier Alien, John Hurt est contaminé malgré le port de celui-ci tandis que Ripley essaye de maintenir la quarantaine. Finalement, celle-ci sera levée par l’androïde dont on apprendra plus tard qu’il obéissait à des ordres secrets. Tout est plausible et renforce l'aspect machiavélique du cycle du xénomorphe. Or, dans Covenant, en enlevant le simple casque lors de l’exploration, l’esprit de plausibilité, de simplicité et d’efficacité s’est évanoui. Le but n’est plus que de prétexter la contamination par des spores. Malheureusement ce détail pose une question fondamentale : si les gens qui sont aux commandes nous propose un tel niveau, que nous réservent-ils pour la suite de la franchise ? Se rendent-ils compte de leur mascarade ? De leur parodie ? Franchement, quand on regarde les travers de Covenant, notamment les combats du néomorphe, on est plus proche d’Ace Ventura que de la saga Alien

  • Prometheus 2 

    Non seulement Covenant échoue à être un véritable épisode d’Alien mais il rate l’occasion d’offrir une béquille à Prometheus. Clairement, ce dernier n’était pas un bon film mais il gardait le mérite de proposer quelque chose de par ses thèmes (la religion, la quête des origines) et le développement d’une nouvelle mythologie (les ingénieurs). Pour autant, la nullité des dialogues (« parce que j’ai choisi de croire ») dissolvaient la pertinence des sujets et les mots se perdaient déjà dans la bouche de personnages incohérents et superficiels. Les chiens ne font pas des chats. Pour autant, Covenant gâche le lien avec son prédécesseur. Par exemple, la religion - thème premier de Prometheus - est repris par le petit bout de la lorgnette. Elle est incarnée, ou désincarnée devrais-je dire, par le personnage du capitaine remplaçant. Je dis désincarnée car le protagoniste est incompréhensible. On apprend qu’il est très croyant mais sa foi ne lui sert à rien si ce n’est à introduire le thème de la discrimination religieuse. Outre que l’idée ne sera jamais exploitée (à quoi bon en parler dans ce cas ?), on se demande l’intérêt de l’insuffler dans un épisode d’Alien. Car il est important de comprendre que Covenant est tout autant une suite de Prometheus qu’un opus d'Alien à part entière et que les thématiques du premier n’aident pas vraiment celles du second. Or comme il a fallu relier les deux, on assiste à la création de des ponts mais sans aucun talent et de manière purement artificielle. Après, entre nous, à quoi fallait-il s'attendre alors que les seules scènes opérant la transition entre les deux métrages avaient été expurgées de Covenant pour servir, là encore, la campagne marketing.

  • Par ailleurs, le véritable thème de Covenant n’est pas la quête des origines mais la création pervertie. Là, on manque totalement le raccord entre les films. La première erreur est dûe à Prometheus. En effet, si la version director’s cut n’est jamais sortie, les scènes coupées montraient une perspective totalement différente du rapport à la création et l’on subodorait (voir séquence ci-dessous) que les Ingénieurs avaient décidé la mort de l’humanité justement en raison de leur création d’être artificielles. La création qui créé à son tour : l’hubris. A mon sens, Scott ne sait pas vraiment où il va simplement parce qu'il ne comprend pas les thèmes de ses propres films. C’est pourquoi il a supprimé cette scène fondamentale. C’est pourquoi, il rate tous les raccords possibles dans Covenant. Clairement, la réaction des Humains envers David ne pouvait être que celle des Ingénieurs envers les Humains. L'horreur devant le viol de la vie par des apprentis-créateurs. Tous Prométhée !

  • Enfin, le personnage de David  – qui représente le seul intérêt du film et par contraste redonne paradoxalement un peu de souffle à Prometheus – n’est pas traité de manière à être le prolongement de ce qu’il était. Il lui reste certes ses penchants de tueurs en série, agissant soit lui-même, soit par procuration (permettant ainsi à Covenant d’intégrer définitivement le genre slasher, lequel présuppose un ou une meurtrière) mais rien de plus. Par exemple, il écoutait le Prelude Op. 28, No. 15 de Frederic Chopin lors du vol du Prometheus. Or c’est ce morceau qu’il aurait dû jouer en ouverture de Covenant pour ensuite terminer par Wagner et montrer sa transformation, sa libération, son entrée dans la divinité. Voilà qui aurait rendu le début moins pompeux, moins prétentieux, moins grossier, évitant la redite prévisible de la fin. Voilà qui aurait fait le pont.

  • Mieux, une référence à un autre poème (en complément de celui de Shelley) aurait pu être utilisée pour lui apporter la contradiction. Je pense au Paradis Perdu de John Milton ce qui aurait permis à l’autre androïde d’ajouter une dimension religieuse (« mieux vaut régner en Enfer que servir au Paradis ») à la dimension créatrice. Idem, où sont les références à Lawrence d’Arabie dont David était fan? C’est comme si le personnage avait été écrit sans lien profond avec Prometheus ? Il y a tellement de détails à fournir pour créer des ponts entre les films qu’on se demande si les scénaristes ont pensé à l'analyser ? Surtout, le meilleur dialogue restait justement la réponse de David à la pique d’un membre de l’équipage : 

    - On se rapproche du modèle [NDLR : de l'Homme], pas trop je l’espère.

     - Bien trop, je le crois. 

    Là on pouvait très joliment repartir sur cette idée dans Covenant. De même, dans Prometheus, David expliquait que « chacun désire la mort de ses parents ». C’était l’occasion de nous montrer son regard sur les Ingénieurs considérés peut-être par lui comme les parents de ses parents. Enfin, on se souvient de cette ligne du créateur de David :« Parfois, pour créer, il faut détruire ». Pourquoi David n’a-t-il pas repris cette citation pour la balancer à son alter égo androïde ? Au-delà, je trouve que le film rate un certain cynisme. En effet, il aurait été assez excellent d’apprendre que les Ingénieurs avaient créé l’être humain comme une sorte d’arme de destruction massive, destinée par l'évolution à devenir des guerriers, des colons, des conquérants. Vision pessimiste de l’homme, très opposée à la « destinée manifeste » que nous nous imaginons. La destruction de l'Humanité marquant alors la fin de l'expérience.

    Médiocratie

    Je l'avais expliqué lors de ma critique de Star Wars : Rogue One, il est important de s'intéresser à l'équipe technique. On réduit trop souvent un film à son seul réalisateur. Or Ridley Scott, bien qu'omniprésent, à la fois producteur et réalisateur, n'est pourtant pas le seul maître à bord. Et s'il faut reconnaître que ses derniers films préfiguraient de l'absence quasi-totale de qualité de Covenant (les catastrophiques Robin des Bois, Prometheus et Exodus: Gods and Kings sans oublier le plus que moyen Seul sur Mars), le reste de l'équipe n'a pas un CV beaucoup plus reluisant. Au scénario ? Le scénariste de Green Lantern (Michael Green), celui de Spectre (John Logan -  qui, comme Ridley Scott, connaît une deuxième partie de carrière désastreuse alors qu'on lui devait pourtant les scénarios de Gladiator et du dernier Samouraï -) et celui du médiocre Transcendence (Jack Paglen).

    Au rang des producteurs nous trouvons les deux historiques de la franchise qui se sont aussi occupés de donner Alien Versus Predator et Alien Versus Predator : Requiem à Paul W Anderson et aux frères Strause (David Giler et Walter Hill). Quant au reste de l'équipe, certains brillent par le peu de relief de leur filmographie (comme le compositeur, la productrice exécutive, le 1er assistant réalisateur). On pourrait également citer le chef monteur, ce dernier ayant tout de même gagné 2 oscars au début de sa carrière avant de suivre un chemin moins glorieux. 

    Enfin, à l'exception des scénaristes, une bonne partie des personnes sus-mentionnées ont évidemment travaillé sur Prometheus. On ne change pas une équipe qui perd !

    Finalement, en repensant à tous les films cités en introduction, je me rends compte qu'Hollywood est devenue une médiocratie qui recycle en permanence des gens qui ont échoué ou qui sont tombés dans la facilité.


    En conclusion, Alien Covenant et Prometheus sont deux gigantesques ratés comme on a rarement vu au cinéma. Un magazine ne serait d'ailleurs pas de trop pour y revenir en détail (j’ai laissé de côté tellement de choses). Mais si le premier pouvait être excusé en raison de sa volonté de poser un nouvel univers en attendant une version longue capable de l’améliorer sensiblement (promise par Scott mais qui n’arrivera sans doute jamais), le second est impardonnable pour avoir enterré l’esprit, l’intérêt et le mythe de la saga Alien. Malgré tout, ces deux films laissent peut-être derrière eux une forme d’ espoir : celui d’être remakés par un cinéaste qui saura s’appuyer sur de bons scénaristes et, plus globalement, une bonne équipe. A dans 20 ans ! 


    Ps : petite précision, exactement comme pour Prometheus, je n’avais regardé qu’une courte bande-annonce. Exactement comme pour Prometheus, je suis entré dans la salle en pensant que ça serait excellent. Et exactement comme pour Prometheus, je suis sorti dégoûté.


    Ps2 : en parlant de Thrènes, je marque un grand respect pour la saga Alien puisque j’ai fait de mon héros une héroïne. J’ajoute à titre amusant que si l’accroche est « Dans l’espace, tout le monde les entend crier » (une autre référence à Alien), le morceau qui représente le mieux mon bouquin, c’est encore celui-ci, utilisé justement pour le trailer de Prometheus :