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Icare

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Created at 11 Apr. 2015 - Contact

Ce qui me gène dans le décodex

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  • La plupart de ceux qui me suivent sur Facebook savent que je ne tiens pas les rubriques politiques et internationales du Monde en grande estime. A ce titre, c'est bien parce que la campagne américaine était horriblement couverte par ce journal (et d'autres) que j'avais décidé d'en faire un suivi régulier. Or il me semble important de revenir sur le cas du Décodex initié par Le Monde. En l'occurence, il s'agit d'un outil de vérification des médias où chacun se retrouve jugé suivant son approche de l'information (en schématisant, pastille verte = fiable, pastille d'une autre couleur = pas fiable). A ce stade, j'aimerais lister les raisons qui me font douter de cette méthode.


    1) Censure

    L'idée de demander aux lecteurs de vérifier systématiquement la source de l'information qu'ils viennent de lire, plus ou moins fortement d'ailleurs suivant la couleur de la pastille, me paraît très discutable. Dans notre monde hyper connecté, ou l'information va à 100 à l'heure, quelle est la part des lecteurs qui prendra le temps de vérifier les sources ? Infime sans doute. De sorte qu'il s'agirait plus volontiers de pousser les lecteurs à écarter un site par principe. J'y vois donc une volonté de censure.


    2) Autocensure

    Il me semble que l'objectif du decodex tend également à mettre en place une forme plus perverse d'autocensure. En effet, dans un groupe social où Le Monde est fortament valorisé, qui visiterait ou partagerait un site déconseillé par lui ?


    3) Errare Humanum Est

    L'erreur de base du décodex est le principe de validation de sites et non des informations elles-mêmes. Or on sait à quel point les journalistes peuvent se tromper. Comme ils peuvent tromper ou être trompés. Pas besoin de remonter au fameux cas du Lusitania, on ne compte plus les milliers d'articles du Monde à avoir été démystifiés, certains lecteurs en ayant fait des livres :

    https://www.amazon.fr/Quand-Monde-D%C3%A9cryptage-conflits-yougoslaves/dp/B00A6NXLL6

    On se demande donc pourquoi certains cas d'espèce serviraient à faire peser le soupçon ou, à l'inverse, pour quelles raisons une pastille verte suffirait à donner confiance ? On notera d'ailleurs la belle hypocrisie du decodex qui incite à vérifier et remonter toutes les sources, quelle que soit la couleur de la pastille. Du coup, à quoi bon distinguer les sites s'il faut tout vérifier ? Bref, on voit bien que le but est de conditionner le lecteur à épouser la vision du decodex. Demander de tout vérifier, c'est assurer que rien ne le soit tout en conduisant chacun à se décharger sur cette grille pré-établie.

    4) Quand l'information ne tient qu'à un fil.

    Les exemples fournis par Le Monde pour déconseiller/déconsidérer un site sont ridiculement chiches. Combien y'en a-t-il le plus souvent ? Un, voire deux. C'est pauvre. C'est encore oublier qu'il y a des exceptions qui confirment des règles, qu'on peut trouver des papiers douteaux sur de bons sites). Voilà que pèse maintenant un risque d'amalgame. Dans tous les cas, personne ne devrait se contenter d'un ou deux exemples. Ce n'est pas sérieux.


    5) L'irruption de la Justice.

    Lorsqu'on l'on cherche le point de vue du Monde sur le journal Minute, les sources qui servent à le déconsidérer sont des condamnations pour son humour douteux (le tribunal n'ayant pas goûté leur couverture "Bientôt, ils vont pouvoir s'enfiler... la bague aux doigts" ou encore "Taubira, maligne comme un singe"). Or Le Monde lui-même a été condamné à de nombreuses reprises. On se souvient de l'énorme scandale des accusations de dopage : http://www.francetvsport.fr/dopage-le-journal-le-monde-condamne-209623 On se demande là aussi pourquoi Le Monde ne s'appliquerait pas les critères servant à disqualifier d'autres médias. Enfin cette judiciarisation oublie qu'il faudrait distinguer ce qui relève de l'opinion de la simple énonciation. Dans ce cas précis, Minute a été condamné pour son humour gras (assimilé à de l'homophobie et de l'incitation à la haine raciale). Pour autant, cela implique pas une manipulation des faits. Surtout que seules les fameuses "unes" cités par le decodex ont été condamnées et non les articles dédiés, ceux-là même où figuraient faits et arguments. Enfin, plus subtilement, les journaux sont le plus souvent condamnés pour diffamation, une infraction pour laquelle l'exception de vérité est particulièrement restrictive. Malheureusement, la Justice française n'est pas synonyme de vérité, de bonne information, de liberté de la presse ou même de liberté d'expression.


    6) Parti pris

    Pour déconseiller un site, le decodex utilise souvent cette formulation : "Si la plupart des sources utilisées sont fiables, la présentation des faits par le site est souvent trompeuse." En cherchant une explication à cette histoire de présentation, on peut trouver ceci :


  • On se rend compte alors que le jugement du Monde est parfaitement grossier. Rien n'interdit à la fois une information factuelle, un ton appuyé, l'absence de contradiction ainsi qu'une opinion marquée. Inversement, les décodeurs ont prouvé maintefois leur biais idéologique caché derrière l'apparence de l'objectivité. On ne peut donc juger que sur des cas d'espèce, certainement pas en tirer un principe. Pire, cela dépend non pas de l'éthique du journal mais de celle du journaliste. Enfin, quel organe de presse n'a jamais fait preuve d'un ton violent, d'une opinion marquée et/ou de l'absence de contradiction ?
    Voyons ainsi comment Le Monde justifiait son utilisation de la photo du cadavre d'Aylan ?
    “Cette photo, terrible, est en elle même une prise de position,estime Luc Bronner (directeur des rédactions du Monde)”.http://makingof.blog.lemonde.fr/2015/09/06/pourquoi-nous-avons-publie-la-photo-du-petit-aylan/



  • 7) Juge et partie

    Il n'est pas forcément malvenu de voir un journal contester ses confrères. C'est arrogant mais voilà qui a le mérite d'afficher la couleur, de défendre une vision et de prendre partie. En revanche, on ne peut être à la fois juge, avocat et procureur. Or Le Monde occupe bien toutes ces positions dans l'examen des sites, sans possibilité de recours (autre que gracieux) pour ceux mis à l'index. C'est encore une fois la lutte du pot de fer contre le pot de terre. Le mastodonte contre le petit avec, qui plus est, le culot de faire croire au traitement équitable et non partisan. Car oui, Le Monde s'érige en autorité indépendante sans faire autorité (d'où la bronca de nombreux médias et jounalistes) et sans être indépendant (que ce soit sur un plan idéologique, culturelle ou financier).

    De surcroît, par cette opération, Le Monde fait de sa pratique la mesure du bon journalisme. Outre l'arrogance une nouvelle fois, voilà qui fait du travail du Monde (loin d'être irréprochable) un argument décisif contre le decodex : nul ne peut se prévaloir de sa propre turpitude ! Pour se défendre, un site n'aura qu'à souligner une erreur ou une manipulation dans n'importe quel article de n'importe quel média validé par Le Monde et voilà le decodex réduit à ses contradictions. Enfin, et c'est sans doute le plus inquiétant, Le Monde ne se sert pas du decodex pour se remettre en cause. En réalité, celui-ci n'existe que pour l'empêcher de faire son examen de conscience. Après tout, la défiance des citoyens à l'égard de la presse ne peut être que de la faute des autres et certainement pas de celle des médias institutionnels ou des journalistes. C'est le problème d'être juge et partie : on ne distingue plus de quel côté de la barre on se situe rééllement.

    8) Conflit d'intérêt ?

    Le Monde appartient à un groupe de presse. Comment pourrait-il juger convenablement des sites dont les intérêts économiques se confondent ou restent si proches des leurs sans que le soupçon n'entache leur démarche ? Ainsi, Olivier Berruyer vient de mettre en évidence le conflit d'intérêt entre Le Monde et Doctissimo avec un changement illustrant bien le poison du soupçon puisque ce dernier est passé de site sans fiabilité à site conseillé : http://www.les-crises.fr/tellement-previsible-le-decodex-victime-dun-conflit-dinterets-patent/

    Peu importe que la raison de ce changement soit légitime ou non, pertinente ou pas, le poison est dans la plaie. Qui les croira ?


    9) Corporatisme

    Le Monde appartient à une famille médiatique. Est-il possible qu'un journal institutionnel puisse remettre en cause ses pairs tout aussi institutionnalisés ? Malheureusement, Le Monde a validé par principe tous les grands organes de presse. Y compris des sites vitrines comme celui du Canard Enchaîné qui ne fournit pourtant aucune information ou presque. Y compris des journaux aux biais idéologiques extrèmement marqués (L'humanite, Libération, le Nouvel Obs). Qu'en est-il du fameux équilibre de la présentation ? Hormis quelques moutons noirs bien connus, on ne peut pas dire que Le Monde ait pris un risque, une position. Fort avec les faibles et faible avec les forts, il s'est contenté de légitimer la presse à papa.


    10) Confusion

    Le décodex met sur le même plan des sites d'informations, des revues de presse, des blogs, des associations. En soi, il se permet de condamner des analyses en les traitant sous l'angle de l'information. Ainsi le decodex sert également à disqualifier des opinions, non à rétablir une quelconque véracité. On pense au site fdesouche dont on sait que s'il propose une sélection orientée d'articles, il reste attaché à ne pas publier de fausses informations et rectifie rapidement dès qu'un élément semble sujet à caution. Après, on en vient au fait que des petites structures vérifient en aval plutôt qu'en amont. Question de moyens.


    11) Pouvoir et contre-pouvoir.

    Au lieu de lutter à la manifestation de la vérité, le decodex agit comme un prescripteur. En cela, il se désigne comme un opposant à la myriade de sites auxquels il appose des sigles rouge et orange. On constate ainsi que Le Monde se constitue en pouvoir. L'enjeu n'est plus la manifestation de la vérité mais la légitimité de celui qui pretend la détenir ou la fournir. Le Monde devient le garant d'un ordre. On est loin du journalisme. Pire, il légitime les sites qu'il dénonce et les érige de facto en contre pouvoir. Or n'est-ce pas là le rôle des médias que d'être un contre pouvoir ? D'ailleurs, n'est-ce pas parce que certains sites déconsidérés par la presse institutionnelle jouent en réalité ce rôle de contre-pouvoir que les journalistes les fréquentent eux-mêmes assidument ? Quel journaliste politique ne se rend pas régulièrement sur fdesouche ? A peu près aucun ! Donc le site leur servirait de source ou de matière mais il serait déconseillé au reste des citoyens ? Un peu de sérieux !


    12) Une vision verticale de l'information.

    Le decodex participe d'une vision hiérarchique du journalisme décidant de ce qui est fiable ou non, s'arrogeant le ministère de la vérité et de la bonne présentation. Par la-même, il va à rebours des pratiques horizontales offertes par internet (mise en commun de l'information, mutualisme critique, concurrence des démarches, diversité des opinions et des sources). Or les médias instutionnels seraient avisés de s'appuyer sur leur communauté et la confraternité pour offrir une meilleure information. Ainsi les commentaires les plus intéressants, à même de contester ou d'approfondir un article, devraient servir à reprendre, étoffer ou réorienter ces derniers. C'est par l'autocritique et le changement des vieilles pratiques qu'on gagnera une information plus riche, plus utile, plus précise et moins biaisée. Un exemple me vient en tête. Récemment, le canard enchaîné a publié une information sur le Mistral, repercutant l'idée que la Russie avait réussi à acquérir la technologie française.



  • Cet article a été repris sur BFM Business et ailleurs : http://bfmbusiness.bfmtv.com/entreprise/navires-mistral-comment-moscou-a-profite-de-la-volte-face-de-hollande-1099031.html?utm_campaign=Echobox&utm_medium=Social&utm_source=Twitter?cache

    Or en lisant les commentaires sous l'article de BFM, j'ai trouvé un forumeur copiant/collant une analyse du forum air defense. Celle-ci dénonce  une propagande russe répercutée sans nuance :

    Alexey Rakhmanov essaie peut-être de masquer certains échecs patents pour des raisons diverses des chantiers navals russes. Si tout avait fonctionné correctement, les forces armées russes devraient disposer théoriquement vers 2017-2018 de :

    - 4 BPC, les deux de St-Nazaire et les 2 de St Petersbourg théoriquement mis sur cale en 2014 et 2015 ->0
    - 6 Ivan Gren, finalement 14 ans de construction pour le premier, le second toujours un peu en l'air et les 4 suivants annulés devant cet échec ->2?
    - 6 types Krivak IV/Admiral Grigorovitch, actuellement assez problématiques pour cause de TG ukrainiennes -> 2
    - 6 Admiral Gorchkov, idem TG ukrainiennes ->1
    - 24 sous-marins Lada programmés dont 6/8 en service en 2016 ; 3 ont ou vont être mis en service si je ne me trompe pas et la série des 636 a du être relancée pour faire face -> 3?

    Je passe charitablement sur les problèmes de missiles des Borei mais sur les 46 bâtiments programmés au-dessus, 8 sont ou seront à peu près en ordre de bataille, 4 Grigorovitch et 5 Admiral Gorshkov devront être modifiées à grands frais pour y installer des turbines russes, pour les 29 restant...Cette suite d'échecs doit beaucoup faire parler dans les forces armées russes, surtout à un moment ou les unités s'usent beaucoup à transporter du matériel en Syrie et les navires de combat construits dans les années 1980 arrivent doucement à la fin de service. Alexey Rakhmanov n'est pas responsable de tout (interruption des fournitures ukrainiennes, décennie noire des années 1990, etc..) mais à un moment ou un autre, on cherchera peut-être des têtes à abattre. En ce moment, les BPC Vladivostok et Sebastopol pourraient croiser en face de la Syrie avec un chargement complet d'hélicoptères de combat (façon Lybie), en remplacement de l'Admiral Kuznetsov dispensé pour soins urgents. C'est tellement "sexy", tout pleins d'avions ou d'hélicoptères que l'on peut montrer aux médias... En présentant l'échec des BPC comme une formidable opportunité de transmission gratuite de savoir-faire au frais des français, Rakhmanov essaie sans doute de préserver sa petite personne, face à un Poutine qui se pose peut-être une question actuellement. Pourquoi je n'ai pas un pont plat, façon Vladivostok/Sébastopol, en face de la Syrie en ce moment pour faire le show ?

    Sur ce topic traine des photos très intéressantes du soit disant navire construit par les russes. Que ce commentaire soit juste ou non, voilà un excellent moyen d'approfondir l'information, de s'appuyer sur le lectorat pour mieux faire son travail .

    Voici un autre commentaire venant toujours du forum Air Defense :

    De mémoire les chantiers russes n'ont construit qu'une demi-coque vide (la moitié arrière du navire, radier + hangar).

    Comme ils n'ont jamais levé l'option pour les navires #3 et #4, je doute fortement qu'on leur ai transmis tous les plans et le savoir faire pour aménager les parties arrières (ascenseurs avia par exemple), et encore moins pour construire les parties avant qui incluent tous les systèmes critiques (systèmes de commandement, gestion de plateforme, réseaux de communication etc), qu'il leur faudra remplacer.

    Ils n'ont même pas les moteurs (diesels générateurs + pods), donc il leur faudra aussi réviser toute la propulsion et l'agencement interne.

    ...Bref ce n'est pas crédible.


  • 13) Un peu de philosophie.

    On inviterait volontiers les créateurs du decodex à se pencher sur le relativisme nietzchéen : "il n'y a pas de faits, que des interprétations", "celui qui doit combattre des monstres doit prendre garde de ne pas devenir monstre lui-même. Et si tu regardes dans un abîme, l'abîme regarde aussi en toi".  Ne serait-ce que pour garder un peu d'humilité, parfaitement nécessaire à la manifestation de la vérité.


    Bonus - Le problème du fact checking.


    Sous couvert de vérifier des faits, cette mode du fact checking tend à simplifier et surtout à adopter une vision à la fois politique, faussement scientifique, littérale et injuste de l'information. Trump en est le meilleur exemple.


    a) Instrumentalisation politique

    Le Monde a fait état de récentes déclarations de Trump sur la Suède, plaçant dans sa bouche le mot "attentat" alors qu'il ne l'avait jamais prononcé. En réalité, Trump faisait référence à la situation dramatique de la Suède du point de vue de la sécurité et de l'immigration. Son propos avait été motivé par un reportage vu à la télévision. Ici, la manipulation de son propos est le fruit d'une volonté d'opposition systématique, écartant toutes les précautions d'usage (ce qui explique l'effet de meute, la plupart des journaux ayant aboyé ensemble). Le fact checking se dispense ainsi de se fact checker lui-même. Trump n'est pas le seul concerné du reste, c'est assez général. Encore récemment, Nicolas Bay en a été victime, là encore par le journal Le Monde. Simplement parce que le fact checking offre, sous couvert de vertu, la possibilité de manipuler les faits, de les instrumentaliser (en l'occurence en découpant une séquence sur l'origine des terroristes pour supprimer tout ce qui la précisait et la nuançait), le tout au nom du sacro-saint combat politique. Quoi de mieux que de s'ériger en gardien de la vérité pour faire croire à la pureté de son glaive, au cristal de son bouclier ?


    b) Le fact checking n'est pas une science exacte.

    Au delà des énormes problèmes méthodologiques, la politique ne peut pas seulement s'appréhender sous l'angle de la vérification des faits. La volonté, l'intuition, la croyance, l'anticipation, le raisonnement entrent en compte. Il est même téméraire d'attendre de l'approche factuelle une garantie de résultat. Ce qui nous permet de rebondir à nouveau sur le cas de Trump. Car celui-ci a montré a plusieurs reprises une intuition remarquable. Pire, quand on connaît le cas suédois, la question n'est pas de savoir si la situation lui donnera raison mais quand elle lui donnera raison ! Car la Suède est une bombe à retardement. La vérité d'hier n'étant pas celle de demain, le fact checking exige donc une modestie ainsi qu'un recul propre à toutes les sciences humaines. Un homme politique peut parfaitement voir des signes annonciateurs d'évènements que les simples faits ne peuvent corroborer parce qu'il manque des liens, des liants, de la vision, de l'expérience, de la perception. Du reste, c'est bien parce qu'il existe tout un tas de facteurs et de nuances qu'il est possible de tirer d'un même fait des interprétations différentes ou, au contraire, de lui opposer un autre fait qui en modifie sa perception. Ainsi le taux de chômâge américain indique le plein emploi. En revanche, le taux de participation montre que plus de 100 millions de citoyens se retrouvent éloignés ou exclus du marché de l'emploi. On a donc un chômage faible dans un pays où beaucoup de gens ont abandonné l'idée de trouver du travail. Quel fait retenir dès lorqu'il s'agit de parler uniquement du chômage ?


    c) Journalisme littéral.

    Le fact checking tend également à une vision incroyablement pauvre de l'information, où l'intention n'est jamais prise en compte, où le propos est déconnecté de toute idée d'affect, de raisonnement. Là encore, le traitement de Donald Trump est exemplaire. Sur le cas Suédois d'abord, son discours était parfaitement compréhensible pour qui intègre sa manière de s'exprimer par association. La question des migrants l'a amené à penser aux attentats ce qui l'a amené à penser à la situation d'insécurité causé par les migrants ce qui l'a amené à repenser aux attentats. On ne peut isoler l'information de celui qui la professe. On ne peut pas décoder des paroles sans s'intéresser à celui qui les prononce. Clairement, Trump n'est pas un modèle de lisibilité ni de précision ou de cohérence. Il faut donc prendre en compte cet aspect pour mieux analyser son discours.


    d) Bonne foi

    Cette vision du fact checking pousse également à l'injustice. Récemment, Trump a déclaré en conférence de presse qu'il avait eu la plus grosse marge d'avance en termes de grands électeurs depuis Reagan. Evidemment, cela était faux. Néanmoins, son intention était d'expliquer à quel point son élection était historique. Or, oui, elle l'est. Il l'a emporté contre une coalition des grands médias, du camp démocrate, des stars d'Hollywood et de certains membres éminement de son propre partie, infirmant tous les pronostics et retournant des états traditionnellement démocrates. En soi, c'est absolument remarquable et clairement historique. Il faut donc chercher l'intention derrière un propos faux et comprendre les ressorts d'un individu plutôt que de se contenter de lui opposer des faits. Trump sait que son élection est historique, il formule simplement sa certitude de manière inexacte. Mais pour que la correction de son propos soit la plus équilibrée, il faut lui reconnaître une appréciation juste de la situation qui l'a amené à dérouler un argument fallacieux. Sans quoi, on manque l'idée qu'il voulait véhiculer en se contentant de la petite phrase. Cette question de la bonne foi est essentielle dans la manifestation de la vérité. Car l'idée vit plus longtemps que le propos. Les gens garderont en tête ce qu'il voulait dire, pas ce qu'il disait. Ils se foutront de savoir s'il y avait eu un attentat en Suède la veille de son discours et retiendront qu'il les a alertés sur la situation suèdoise. Or cette alerte leur reviendra au moindre incident en Suède et cela le renforcera. La presse, elle, en sortira encore une fois très affaiblie. Je crois que cette question de la justice et la bonne foi est un critère important pour comprendre à la fois son fonctionnement et sa popularité.  D'autant qu'il me semble que l'un des buts de la presse consiste rendre justice, à sa manière. C'est le contre-coup de la vérité.


    Conclusion

    La réponse du Monde à la crise de l'information et des médias consiste à faire comme avant, en pire, tout en se donnant le beau rôle. La vérité ne s'en portera pas mieux mais gageons que les décodeurs du decodex s'endormiront avec le sentiment du devoir accompli.

    ------ Pour aller plus loins, décryptage d'un article complètement débile du Monde sur le jeu vidéo et la guerre froide : https://www.tipeee.com/icare/news/10026