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Page vérifiée Created at 11 Apr. 2015 - Contact

Ce qui m'a gêné dans Star Wars : Rogue One.

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  • Voici la liste des principaux problèmes que me posent le dernier Star Wars : Rogue One et qui l’empêchent, à mon sens, d'être un bon film. En y réfléchissant, il m’apparaît que la saga Star Wars a complètement raté son retour, au point de faire regretter la prélogie. Impensable il y a encore deux ans !


    Initiation

    Les Star Wars sont des récits initiatiques à travers lesquels les héros mûrissent, grandissent (y compris du côté obscur), aidés par des maîtres qui les poussent à s'accomplir et leurs donnent les armes, physiques comme mentales, pour le faire. Dans le cas du réveil de la force, nous avions vu que le film s’en moquait éperdument. Dans Rogue One, la situation est peut-être pire puisque l’initiation se trouve ravalée à la seule mécanique de progression du récit. Les personnages se résument désormais à leur fonction. Voilà qui explique la succession de personnages creux et juxtaposés. Par exemple, Jyn Erso, l’héroïne, ne nous apprend rien de sa famille, de ses amours, de ses haines, de ses années de fuite. Pas plus qu’elle nous éclaire sur ses coéquipiers. De sorte que lorsque l’un d’eux lui lance « petite sœur », on ne peut qu’hausser les épaules. Comment deux personnages qui n’ont jamais partagé la moindre connivence ni la moindre intimité pourraient être aussi proches ? Loin d’être anecdotique, cet élément est révélateur de l’artificialité du récit.Il en va de même de son mentor, Saw Gerrera. Plutôt que de laisser transparaître de véritables liens, le film utilise leur relation comme un instrument de progression de l’action ce qui nous laissera autant dans la confusion que dans l’expectative. Tout ça pour ça ? Pas de flashback, pas de souvenirs, peu de mentions pour un final entre deux personnages qui ne tient aucune promesse puisqu’aucune promesse n’a jamais été faite (et c’est bien là le problème).  C’est une des failles principales de ce Rogue One qui désincarne ses personnages sans réussir pour autant à créer un groupe ou des relations cohérentes. Impossible même de se souvenir du nom de la plupart des protagonistes. C'est d'autant plus difficile que le début n'aide pas en multipliant les situations, les environnements. Or en tentant de nous proposer une progression en parallèle, dans des temps et sur des planètes différentes, le montage, trop compact, nivelle l'intérêt et désoriente le spectateur.

     

    Gestes fondateurs.

    C’est justement parce que les personnages ne se résument qu’à leur fonction que les contradictions apparaissent au grand jour. L’héroïne ne se meut pas mais se retrouve ballotée d’évènement en évènement. Je le redis, on ne saura rien de ses sentiments pour sa mère. On ne ressentira rien du traumatisme de son enfance, de l’influence de son mentor ni de sa vie chaotique après le départ de celui-ci. Tous ces éléments n’ont laissé pratiquement aucune trace dans son comportement, aucun pli dans sa conscience. Au contraire, cette absence de caractérisation rend le film confus. On sent bien que l’idée était de présenter une jeune fille fuyant l’Empire après la mort de sa mère. On sent bien qu'elle devait trouver le courage de le combattre après avoir hérité de la volonté de son père. Mais à refuser d'étoffer des éléments simples pour créer des effets de manches (à travers l’exploitation de l’univers et une recherche de maturité), on aboutit un film simpliste et incohérent. Je pense, entre autre, à cette scène qui nous laisse penser que l'interrogatoire du pilote l'a rendu fou jusqu'à ce que le film nous révèle, par un montage absurde, qu'il n'en est rien.
    Quoiqu’il en soit, le contraste entre ces gestes fondateurs et leur absence d’empreinte chez les personnages trouve son apogée dans l’histoire d’amour. Le réalisateur n’a pas pris le temps de nous montrer leur rapprochement. Que celui-ci soit né de la peur de mourir, d’une improvisation ou d’un véritablement sentiment amoureux, le résultat est vide. Sans préparation comme sans spontanéité, la scène se résume à une ligne dans le script : baiser des deux héros sur fond de destruction. Aucune émotion. Reste la beauté de la scène à défaut d’un sens à lui donner.  Inversement, on notera que le film s'épaissit un peu lorsque les personnages reviennent sur la mort du père de Jyn sous les bombes de l'alliance. Malheureusement, l'écho ne durera pas.
    De même, le comique est essentiellement distribué par un seul personnage, le robot K-2SO. Lui aussi colle à sa fonction. Lourdingue, il provoque malgré tout l’empathie en raison de sa personnalité atypique et peut-être de ses bides. Car, et c’est bien là l’ennui, le personnage mouline à vide, sans complicité avec le reste de l’équipage (je donne un exemple
    à la fin de l'article). Peut-on faire plus mécanique ? Et moins "Star Wars" quand on se souvient des duos Han Solo/Chewbacca, C6PO/R2D2 voire même de Jarjar et de ses multiples taquets (cf vidéo plus bas) ? Néanmoins le personnage s’impose comme le plus intéressant en raison de sa fraîcheur dans un ensemble extrêmement caricatural et surfait. Car, et c'est là où le bas blesse, on utilise encore et toujours les mêmes ressorts, sans profondeur.


  • Jar Jar Binks Tongue Grab
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    Jeu de guerre

    Ce Star Wars ne fait pas non plus de la guerre son traitement principal (à distinguer de son sujet). Il n’y a aucun travail sur le ressenti des personnages ni sur les soldats qui meurent au combat. Ce n'est qu'une toile de fond, un sujet que l'on rapproche à mesure du premier rang. Je n'ai pas vu de plans sur des visages crispés, apeurés, défaits. Je n'ai pas vu de sacrifices, de spontanéité, de moments d’attentes chez les simples trouffions. Je n'ai pas vu le courage des soldats de l'empire, la lâcheté des combattants de l'alliance. Je n'ai pas vu la camaraderie, le soutien, la protection sur le champ de bataille. En revanche, j'ai vu des scènes imposées entre des personnages principaux, j'ai vu des passages obligés pour tenter de donner un peu de substance, presqu'une sorte de temps d'antenne. Pour le reste, il n'y a que des protagonistes qui tombent comme on pousse des dominos, le tout emballé dans des chorégraphies et des effets spéciaux. La mort ne compte pas. C’est d’ailleurs parce qu’elle ne compte pas qu’elle est utilisée systématiquement pour conclure une séquence. En effet, chaque personnage important meurt après avoir épuisé sa fonction :

    1/ Mort de la mère. Il n'en restera pratiquement rien si ce n'est un souvenir du père (voir plus bas).

    2/ Saw Gerera disparaît après avoir transmis le message du père (en contradiction avec la très courte présentation qui nous avait été faîte de ce jusqu'au boutiste).

    3/ Le père décède après avoir donné un sens et un but à sa fille (ce qu'il ne pouvait pas faire en vie, cela va de soi).

    4/ Le maître chinois tombe après avoir justifié/épuisé l’utilisation de la force.

    5/ Le bourrin de service, alias le copain chinois du maître chinois, meurt la seconde d'après puisque l’un n’allait pas sans l’autre. Ce personnage n'a franchement aucun sens : on le sent sceptique alors même que son ami aveugle (!!) combat excellemment. Que lui faut-il de plus ?

    6/ Le robot est détruit dès lors que le film entame son acte final, afin de ne laisser place qu’au tragique.

    7/ La tragédie s'achève par la mort du héros et de l’héroïne.

     

    A défaut d’avoir une âme, la mécanique est bien huilée. A contrario, seule l’exécution d’un informateur au début de l' "aventure" apportera un minimum de sens pour dépasser le cadre de la structure.

    Malheureusement, il me semble que le portrait de la guerre imposait de briser ces règles, de percer l’âme humaine, d’imposer le danger, l’implacabilité, l’injustice, l’aveuglement. En lieu et place, le film déroule une histoire prévisible qui ne s’empare jamais vraiment de son sujet mais qui place des morts comme on borne l'autoroute. « Attention, au prochain décès, l’histoire tournera à gauche ». Si on ajoute la musique qui grossit encore le trait pour vous tirer des larmes, on tombe dans le pire d’Hollywood. De toute façon, le pari du film de guerre était mort-né. Comment le réussir avec des personnages désincarnés et un didactisme aussi ampoulé ?
    Enfin les quelques idées un peu plus nuancées du début finissent par s'évanouir elles aussi dans un flot plus candide. L’espion/assassin se normalise pour devenir un chevalier-servant, l’héroïne un peu paumée devient plus résistante que la résistance, l’alliance se ressoude, le méchant est puni, etc, etc …

    A ce titre, on peut dire de ce Rogue One qu’il développe une vision héroïque et manichéenne de la mort au combat. Je ne le lui reproche d’ailleurs pas, je le précise pour les fans qui cherchent à convaincre la terre entière de sa maturité. Quant à la réalisation, les scènes de batailles multiplient les plans très courts, les changements de positions, d'angles, de situations. Il n'y a pas assez de caméras à l'épaule, peu de personnages que le réalisateur suit avec intérêt. On est dans le zapping pour donner l'illusion de la furie. C'est tout sauf personnel, profond et engagé.

     

    Encéphalogramme plat

    A mon sens, Rogue One est avant tout victime de son rythme relativement plat. Cette mollesse est annoncée dès la mort de la mère. Mal préparée, sans émotion, sans logique, la scène prédestine la suite. On pourrait pointer les erreurs d’écriture, le côté mécanique, l'utilisation de grosses ficelles (les impériaux qui s'étonnent d'un traître alors qu'il ont tué la femme de leur ingénieur pour le forcer à travailler sur l'étoile noire) mais la réalisation manque l’humanisation des caractères, ne demande rien à ses acteurs et se repose exclusivement sur les scènes d'action pour tenter d'injecter du carburant dans la machine. On suit donc sans plaisir la vie de ces personnages, presque aussi détaché de leur sort que de celui de la galaxie. Par la suite, l’absence de crescendo et l'utilisation de procédés grossiers achèveront d'apesantir le métrage avant l'arrivée d'un dernier quart, plus épique, mais qui doit l’essentiel de sa saveur à son déluge d’effets spéciaux. Clairement, c’est dans son gigantisme et par quelques fulgurances que le film secoue enfin son spectateur.
    Du reste, le rythme est alourdi par des dialogues d’une fadeur inédite. De ce point de vue, le film est indigent ("Save the rebellion. Save the dream."). D'autant que les conversations servent trop souvent à décrire, à répéter et même à commenter l’action au mépris de la fameuse règle « Show, don’t tell ». Bien sûr, quand on voit le nombre de réécritures, d’intervenants et les contraintes de production, on comprend le ratage. A voir si, comme pour la trilogie du Hobbit, le réalisateur viendra nous expliquer les raisons de son échec.

    Enfin, je n'ai été convaincu ni par la musique qui surjoue le pathos, ni par le casting. La jeunette en héroïne, on en a soupé. C'était frais avec la princesse Leïa, du reste très mature et autoritaire. Là, on a l'impression d'un formatage. Que n'ont-ils utilisé une baroudeuse façon Katee Sackhoff ? Quel est le projet de prendre une adulte qui passe pour une jeune ado tout en ayant le visage d'un top modèle ?
    Le pire, c'est que j'y croyais après avoir vu le trailer (voir ci-dessous) puis le story trailer. Tout le potentiel que ça laissait supposer, le charisme de l'ennemi avec sa cape, le ping pong comique avec le robot (cf uniquement dans le story trailer), la scène au pied des quadripods impériaux. Même l'héroïne avait davantage de classe (le "I rebel" en disait plus sur sa personnalité) et des dilemmes autrement plus forts (le discours de Saw Gerera). Or tout cela a été coupé. Quel gâchis ! On se demande si, avec le nouveau montage et les 40% de prises possiblement refaîtes et substituées, Disney n'a pas tout simplement étouffé le film pour en faire un produit mainstream. Vu le succès critique et commercial, voilà qui confortera les pontes dans leur choix. En soi, une petite catastrophe.


  • ROGUE ONE: A STAR WARS STORY Official Teaser Trailer
  • La démystification de la force.

    Il a beau être différent, Rogue One partage de nombreux points commun avec Star Wars VII. En fait, il est frappant de voir que ces films ne sont rien moins que les faces d’une même pièce. En cela, Rogue One continue le travail de sappe de son prédecesseur. En effet, la force représente pour la plupart des spectateurs une mystique. L’explication pseudo scientifique de Georges Lucas dans la prélogie avait entamé cette dimension sans la ruiner totalement. Il tentait de justifier rationnellement un élément mystérieux qui se suffisait à lui-même. Dans le 7ème épisode, la force se retrouvait banalisée ce qui lui enlevait là aussi son aura. Dans Rogue One, elle perd une nouvelle fois de son charme en prenant la forme d'un mantra. Répété 100 fois, la prière marque elle aussi le côté mécanique : elle rapproche la spiritualité du culte et évacue la sagesse au profit, à mon sens, d’une forme d'infantilisme. A ce titre, l'épisode emploie probablement le mot "force" plus que n'importe quel autre. En conséquence, elle se normalise et devient fade. Cette insistance est d’autant plus absurde que la force lâchera finalement les personnages qui s’en réclamaient. Non qu’il y ait une logique dans son utilisation, ou un respect de la mythologie (je rappelle que le personnage du maître chinois avait dans les 20 ans à l'époque où les Jedi pullulaient !!), mais parce que les personnages auront épuisés leur fonction. C'est ainsi, alors même que les mots les plus essentielles de la mère à sa fille concernent la force (trust the force), jamais Jyn ne s'en réclamera ni n'en fera mention. La mère avait épuisé sa fonction, le geste fondateur ne fondait rien. Il en avait l'apparence. Cela en dit long aussi bien sur la construction des personnages que la question même de la force : des passages obligés.

     

    La transparence du côté obscur.

    Là aussi, le défaut est le même que dans Star Wars 7. Il y a un vrai problème à installer une figure charismatique ou, à tout le moins, pertinente. L’ennemi principal de cet épisode, responsable de la construction de l'étoile noire, est parfaitement secondaire. Il aurait été intelligent d’en faire un protégé de l’empereur, de jouer sur l’opposition ou la création de factions à l’intérieur de l’empire. Franchement, qui croit bon de mettre en place la figure de l’ambitieux servile, incompétent, grossièrement arriviste et dépassé par les évènements, sans même lui ajouter une bonne dose de fourberie ? La résistance affronte une carpette. Qui s’étonnera de sa victoire ?  Pourquoi déséquilibrer une faction au profit d’une autre ? L'empire se résumerait-il à l'empereur ou Dark Vador ? Faut-il que les autres soient médiocres pour grandir par contraste les personnages les plus importants ? Du reste, le film est confus. L’amiral annonce clairement qu’il entend prendre le contrôle du projet, et s’approprier les résultats de l'étoile noire. A ce stade, on s’attend à un assassinat propre et en règle. Evidemment, non. Dans ce cas, à quoi bon avoir sorti l'amiral de son formol numérique ? Quel intérêt ? La transparence du côté obscur n'apparaît que plus encore à la lumière du fan service. Seul Dark Vador tirera son épingle du jeu puisqu'il lui suffisait d'être lui-même (la scène est tout de même très forte). Surtout, au lieu d'être la cerise sur le gâteau, son arrivée est l'un des rares intérêts du film. C'est un paradoxe absolu, à l'heure où de nombreux films-produits se retrouvent critiqués pour leur fan service, que l'apparition de Vador donne un peu de goût et de crédit à l'aventure.

    Retour au réél.

    Il y a un vrai problème à Hollywood avec le placement ethnique. C’était d'ailleurs le cas avec l’épisode 7. La présence du maître chinois me paraît pour l'occasion relativement anachronique (dans une sorte d'inversion). On se croirait dans un film de Kung Fu. Personnellement, étant donné l’influence de la spiritualité et culture médiévale japonaise, je trouve que sa présence jure quelque peu avec l'esprit de la force (moins celui de la saga). Peut-être le manque de stoïcisme. Malgré tout, soyons honnête, on ne voit pas vraiment des personnages mais un casting destiné à vendre le film à l’international. Chacun doit pouvoir se reconnaître. Les personnages me semblent donc obéir à une question quotas ce qui renforce l’impression "mécanique" de l'ensemble. Plus finement, on aurait pu s’attendre à ce que ce maître soit interprété par un membre d'une race extraterrestre. Après, tout, la saga leur a toujours fait de la place. On pense à Yoda, Chewbacca, Jarjar. Même chez les ennemis, on en croisait souvent (Jabba, Sebulba). Est-ce à croire que les nouveaux épisodes remplacent les minorités galactiques par des minorités bien réélles ? Que fait SOS Extraterrestres?
    Pour autant, le vrai souci de cette politique, c’est qu’elle est très visible donc qu’elle nous ramène au réél. Et malheureusement, le film nous sort de l’immersion à de multiples reprises (c'est aussi le problème des accents). Certes, il y a Kung Fu master, mais il ne faudrait pas oublier l’amiral Grand Moth Tarkin en CGI (mal fait), la princesse Leïa, - elle aussi mal faîte en CGI - ou encore les références à la modernité (les armes de destruction massive, le référentiel à la seconde guerre mondiale, la question de la bombe atomique). Le manque de finesse et la grossiéreté dans la mise en oeuvre des procédés condamne davantage que les procédés eux-mêmes (quoique se pose le problème éthique et moral de faire revenir des acteurs décédés sous forme d'images de synthèse). Le pire c’est que le film ne se donne jamais les moyens de dresser intelligemment ses parallèles, exactement comme l'épisode 7 en son temps. Le combat sur la plage n’a rien d’un débarquement des troupes de l’empire contre les rebelles (l’inversion aurait été géniale), l'arrivée dans la jungle puis sur la plage est tout sauf digne d'un film de guerre. Il n'y a même pas de recherche de tension dans la simple progression de résistants dans un milieu hostile où être vu signifierait la mort de tous, la fin de la résistance. Puis la lutte contre l’empire est si mal traitée que l’ambivalence n’apporte aucun intérêt...

  • L’équipe technique

    Evidemment, le peu de qualité du métrage s’explique de manière beaucoup plus concise. Il suffit de s’intéresser à l’équipe technique. La logique est respectée : le résultat est conforme.  

    1) Au scénario :

    - Chris Weitz : réalisateur d’American Pie, scénariste de Shangaï Kid, d’A la croisée des mondes : la Boussole d’or (l'auteur tourne encore dans sa tombe) et de Cendrillon (2015).

    - Gary Whitta : scénariste d’After Earth et du Livre d’Eli.

    - Tony Gilroy : coscénariste de la trilogie des Jason Bourne (qui ne sont jamais que des adaptations) et coscénariste de L’associé du Diable (lui aussi tiré du livre éponyme). C'est le script doctor appelé à la rescousse pour reprendre le scénario, Disney étant mécontent de la tournure des évènements. Il aurait également supervisé et/ou réalisé les reshoots. Du reste, il est venu avec son frère, John Gilroy, monteur, pour reprendre le montage. Le dernier travail de celui-ci ? Suicide Squad.

    - Enfin, l’idée principale vient de John Knoll, superviseur d’effets spéciaux. J’ai beau avoir cherché, je ne lui ai trouvé aucune compétence en écriture. Ceci explique peut-être cela.


    2) A la production :

    - Kathleen Kennedy : triomphante dans les années 80 et 90, elle s’est mise à produire essentiellement des daubes telles qu’Indiana Jones IV, Star Wars 7, Le dernier maître de l’air, ou des films très moyens comme Lincoln, Sully.

    - Simon Emanuel : directeur de production des Harry Potter depuis L’ordre du Phoenix (à mon sens les plus mauvais de la saga alors que les premiers étaient très sympathiques). Producteur de Fast and Furious 6.

    - Allison Shearmur : Son plus haut fait d’arme reste la production exécutive d’Hunger Games : La Révolte. Bonne idée si on veut faire de Star Wars le nouvel Hunger Games.

    3) A la réalisation

    - Gareth Edwards : s’il n’a réalisé que deux films, on lui doit le puissant et contemplatif Monstersainsi que le sympa mais inégal Godzilla (brillant dans son premier tiers avant de se normaliser puis de s’éteindre). A noter qu'il fut le producteur délégué de la suite nanardesque de Monsters. Après, soyons honnêtes, les trailers proposaient des scènes de guerre au plus près de l'action, des personnages beaucoup plus iconiques, une vraie cohérence. Il est probable que le réalisateur s'est retrouvé dépossédé de son film, lui-même charcuté pour devenir un objet mainstream.

    En fin de compte, certains voudraient nous faire croire que le scénariste de Shangaï Kid, la productrice éxécutive d’Hunger Games 3, la productrice d’Indiana Jones IV, le monteur de Suicide Squad et le réalisateur de Godzilla auraient réussi le casse du siècle ? Qui plus est avec tous les problèmes de production que l'on connaît désormais ? Enfin, puisque les chiens ne font pas des chats, on retrouve également une partie de l'équipe de Star Wars 7 (j'ai écrit ici même tout le mal que j'en pensais). Ouch !

     

    En conclusion, le film est bourré de problèmes d’écriture et de structure qui l’handicapent tout du long : scènes, personnages, dialogues, situations, montage. Il ne reste qu’une réalisation soignée, sans attache, parfois belle, impressionnante, pour une saga qui n’en finit pas de sombrer. Quand il n'y a plus besoin de faire de bons films pour faire de l’argent, il y a moins de bons films. C’est le drame du cinéma grand public de nos jours. C'est aussi la responsabilité des spectateurs qui applaudissent.
  • ---- Il y a une scène qui montre bien comment la réalisation et les dialogues se conjuguent dans des mécaniques finalement nuisibles. Lorsque le tsunami de roches et de poussière arrive vers la base de Saw Gerera, le robot discute à la radio avec son capitaine. Il annonce "There is a problem with the horizon. There is no horizon ». Puis le montage revient à l’intérieur de la base. A mon sens, il y a deux erreurs dans cette scène. La première concerne le montage. En nous montrant le tsunami avant la plaisanterie, la réalisation désamorce l’effet comique. En effet, si le spectateur ne rit pas (mon cas), il perçoit le moment de solitude et ressent la gène (ce qui n’était clairement pas dans les intentions des scénaristes). Evidemment, cela passe si le spectateur rit (j’ai noté que peu de spectateurs s'étaient esclaffés dans la salle). Ensuite, la scène montre bien à quel point le robot porte seul l'humour. Il n’y a pas le ping pong qui aurait permis de développer sa relation avec son capitaine. D'autant qu'il aurait été possible de garder la personnalité un peu sèche/rude de ce dernier :

    - There is a problem with the horizon.

    - What problem ?

    - There is no horizon.

    - Tell me this is one of your joke.

    - I… don’t think so. (sur un ton un peu subtil à la fois inquiet et ironique). Ou bien - If by joke you mean death then it is.

    Ensuite plan sur le tsunami (ou bien on aurait pu montrer le plan et placer sa dernière réplique en hors champ / on aurait pu aussi bien intégrer le robot, soit en plaçant les reflets du tsunami sur sa tête de métal en gros plan, soit en le plaçant de dos devant la vitre). En y réfléchissant, le mieux serait de ne pas placer la dernière réplique.

    ps: ci-dessous, en avant-première (toujours mes connexions chez Disney), le générique alternatif de fin que l'on retrouvera dans la version collector en bundle avec la figurine de BB8 !


  • Lââm - Petite Soeur
Icare
Icare

Je mets ici l'un des commentaires que j'ai reçu, signé Tenjin :

" Le Rogue One je l'attendais. Bah j'ai été décu. Ce n'est pas un mauvais film, mais c'est le théatre d'une plétore d'occasions manquées. Quel dommage.
Alors oui les gens n'ont pas forcément conscience des problèmes de production d'un film, ils s'en foutent d'ailleurs, et ils sont capable d'apprécier le résultat final comme un simple divertissement.
C'est bien la, la grosse différence. La PERCEPTION. Pour reprendre l'image du grand chef de cuisine précédemment citée, il y a des gens qui se régalent en mangeant du mcdo, et d'autres, conscients de ce qui peut exister au plus haut niveau de cuisine (meme moyen en fait) ne pourront trouver plaisir devant tel produit industriel sans ame, sans qualité gustative, sans ingrédients de matière premiere noble.
Le problème du cinema, et des autres arts populaires en général, est la. Face à une telle déferlante de médiocrités et de nullités, le public de masse en a fait sa moyenne de référence. Il se contente donc de ce qui est à peine passable. C'est le principe meme de toute notre société occidentale acutelle d'ailleurs... mais c'est un autre débat.
Confucius disait que celui qui sait se contenter de peu sera toujours satisfait. Donc si des gens apprécient ce que d'autre jugent comme inférieurs ou mauvais, tant mieux pour eux.
Mais en finalité ce qui est dommage, c'est que nous pourrions vivre dans un monde où la qualité est la norme. Un monde ou nous refuserions de cautionner le médiocre, le facile, et tout ce qui est rapidement baclé serait rejeté. Ce monde la punirait les gens qui n'auraient l'argent comme unique moteur, incapable de produire quelque chose de qualité et possèdant une âme.
Donc oui je pense aussi que Rogue One aurait pu etre bien meilleur, déjà rien que sans le charcutage de la prod (faut vraiment rien connaitre au cinema actuel pour nier le gros probleme que pose les financiers depuis la fin des années '90). Je suis pas fan de Gareth Edwards mais meme sa vision aurait été meilleure que celle d'analystes de marchés d'exploitation.
Bien sur Star Wars a la base ce n'est pas du chef d'oeuvre non plus, mais c'est un bel univers, vaste et aux possibilités innombrables à exploiter. Des visions d'artistes sur cet univers seraient potentiellement incroyables. Du menu 3 étoiles! Et non on nous sert un big mac et les gens applaudissent. Encore une fois je ne l'ai pas trouvé mauvais, mais c'est un film décevant, souvent ennuyeux dans son développement et frustrant dans ces occasions manquées. Un gros dommage. "