Icare

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Page vérifiée Created at 11 Apr. 2015 - Contact

  • 1er chapitre ici / 2ème  / 3ème  / 4ème / 5ème chapitre ci-dessous. Bonne lecture. ;)

    Dans le précédent, j'avais glissé une référence à Starship Troopers (Zegaima pour Zeguema Beach), une autre à Berserk (Femto), cette fois vous trouverez un clin d'oeil à Dune, un autre à un jeu Capcom sorti sur Gamecube. 


  • Darth Aetius


    Elonn se réveille, allongée sur un canapé en sustentation. Elle garde en bouche le goût de cette mixture bleue que Marionetis lui fait avaler tous les soirs. Ses pensées s'éclaircissent progressivement. Elle sait qu’elle n’a rien rêvé ni cauchemardé malgré une semaine passée dans un état second, à somnoler la plupart du temps, à peine alerte pour prendre ses repas. Mais ce matin, pour la première fois depuis leur retour d’Oortha, son esprit est vivace, son corps en pleine possession de ses moyens. Elle s'est réveillée comme si elle avait 20 ans, comme si elle en avait effacé 15. Bien sûr, ce sentiment ne la rassure pas. Elle sait pourquoi elle se sent si vive. Les paroles de Marionetis résonnent encore : « tuer Aetius ». Aujourd’hui, quoiqu’il arrive, elle affrontera son Destin. En un sens, elle se sent délivrée du poids de l’interrogation. Et pourtant, un autre s’est substitué, infiniment plus lourd : celui de sa propre mort. A côté, l’incertitude restait un moindre mal. Son unique réconfort vient de ses pensées pour Lian. Malheureusement, l'instant ne dure pas et ses souvenirs se déchirent dans un sanglot. Elle aimerait tant le revoir, le serrer dans ses bras, l’embrasser une dernière fois. Il ne reste que des souvenirs… Elle essuie ses larmes avant de relever la tête, étonnée. Elle était trop absorbée pour faire attention et remarque désormais qu'elle se trouve dans le laboratoire de Marionetis. Pour la première fois en 3 ans de captivité, il l’a amené ici. Des corps flottent, parfois dans des cuves translucides, des cuves individuelles. Certains se décomposent, d’autres paraissent encore en vie tandis que le petit droïde DCR3 va de l’un à l’autre, recueillant et traitant les données. Sur les étagères se trouvent des membres et des organes rangés dans des bocaux.

    - Enfin, se réjouit Marionettis qui se tenait dans l’encadrure de la porte.

    - C'est ça que tu cachais ? demande-t-elle dégoûtée. Des expériences ?

    - Je suis un scientifique, Elonn. Je cherche mes réponses, je fais des tests. Je devais savoir. Maintenant, je sais.

    - Tu n'es qu'un monstre.

    - Il faut savoir faire des sacrifices, répond-il simplement alors qu’elle tente former une bulle de force avant de tomber à genoux sous l'emprise de son maître. La certitude, Elonn, c'est le secret de mon pouvoir. Je ne lâcherai rien. A personne. Toi non plus. Tu comprendras. Tu comprendras tout.

    Subitement, Marionetis appuie sur un bouton. L’acide injecté dans les cuves vient ronger les corps. Une fois dissous, l’évacuation se débarrasse du liquide brun.

    - Tout commence et tout s'arrête avec Aetius, annonce-t-il. De deux monstres, il faut choisir le moindre.

    Marionetis n'attend cette fois aucune réponse. Il prend immédiatement le contrôle de Cinna, s'aperçoit l'imperfectionde sa maîtrise. Elonn lutte. Pourtant, il n'a aucune inquiétude. La Force lui a souri cette semaine. DCR3 avait raison. Les variations positives annoncées par son droïde ont changé sa compréhension. Chaque pièce du puzzle se met en place, chaque action trouvera sa finalité.
    Cinna se lève, vient le rejoindre dans le hangar. Les deux se préparent, ceignent leur sabre laser, enfilent leur manteau sith, puis rejoignent la navette. Dart Cinna s’installe au poste de pilotage. Marionetis attend. Sa poche vibre. Il sort le petit appareil. Comme convenu, le message holographique contient les coordonnées de leur rendez-vous. Puis il s’efface aussitôt. Marionetis sourit en coin. Il sait à quel point Aetius est paraonïaque, il a contribué à le rendre ainsi.

    La navette sort de l’hyper espace. Le rendez-vous a été pris sur PN03, petite planète de sable à l’image de ses soeurs jumelles du système d’Orba, chacune baptisée des lettres PN suivi de leur ordre croissant par rapport à l’étoile : de 01 à 06. La navette suit les coordonnées, les radars ne détectent rien. Marionetis devine l’utilisation de brouilleurs dernier cri. Soudain, alors que le vaisseau a atteint la basse altitude, le temple se découvre. Ses colonnes, son dôme se dressent massivement dans des couleurs si proche de son environnement qu’ils se confondent. Des troupes s’entraînent sur les esplanades qui bordent l'ensemble. Elles aussi portent des tenues aux tons identiques. Marionetis fait rapidement le compte. Il y a 4 divisions de 10 000 hommes. Clairement, Aetius n’a plus l’intention de végéter. Oortha n'était que la partie émergée de l'iceberg. Il prépare une armée. 

    La navette plonge soudain, elle est passée en mode de pilotage à distance. La base a pris les commandes. Le vaisseau s'infiltre dans une faille, suit des veines à l'intérieur de la roche, avant de déboucher dans une galerie si longue et large qu'elle pourrait paraître infini. Plusieurs croiseurs interstellaires se cachent dans ses profondeurs, d'autres sont en construction. A peine posés, des gardes en tenues rouge viennent les chercher. Marionetis ne peut s’empêcher de sourire intérieurement. Aetius joue à l’empereur, ces hommes arborent la tenue de l’ancienne garde rouge, chargée de protéger le Chancelier Palpatine. Darth Cinna et Darth Marionetis sont immédiatement séparés. Marionetis se voit escorter vers la salle d’interrogatoire tandis que Cinna est menée à travers un long corridor. A mesure qu'elle s'avance, Elonn perçoit quelque chose de noir dans ce temple. Elle essaye de résister à l'emprise de Marionetis mais elle se met à douter. "Tu comprendras" n'avait-il cessé de répéter pendant 3 ans. Pouvait-il avoir raison ? Quel est ce sentiment ? Cette impression de ténèbres dans lesquelles elle s'enfonce ? A présent arrêtée devant une porte de la hauteur de 3 ranthars, elle voit les gardes s'écarter pour se poster de chaque côté. Elle doit entrer seule. Elle pose la main, tente de la pousser, échoue. C’est un test.Elle devine l’extraordinaire poids qui la rend si complexe à mouvoir. Aussi fait-elle immédiatement appel à la force, la concentre avant de parvenir difficilement à l’ouvrir. Mais elle y arrive, Lorsqu’elle relève la tête, son regard s'arrête immédiatement sur Aetius. Le Sith se tient au bout de la pièce en haut, assis sur son trône de pierre, en haut d'une plateforme, sorte de pyramide plate. Drapé dans une longue tunique cramoisie. Il porte un masque très sobre avec quelques arrêtes saillantes, deux longues encoches parallèles au niveau du regard d’où percent une lumière violette. En un instant, elle ressent toute la poisse, la haine, la terreur qui émane de lui. Elle a dû mal à respirer. Malgré le contrôle de Marionetis, son regard quitte Aetius pour s'échapper. Elle remarque aussitôt les deux siths qui se tiennent en bas de l'escalier. La première est une femme, dressée dans une robe noire et violette de combat. De l'autre côté, comme en miroir, elle reconnaît Darth Valel, assis à un pupitre. Enfin, à quelques mètres devant eux, il y acette longue table carrée où se tiennent les 12 maîtres sith, les 12 membres du conseil.

    Marionetis fait avancer Elonn. Il sait à quel point l'instant est sensible. Mais il ressent son affaiblissement. Elle ne lutte plus contre son contrôle. Elle est en train de lâcher prise. Indubitablement, Elonn voudrait quitter cette pièce où elle étouffe, où son corps la brûle. A mesure qu’elle s’approche de la grande table, elle lit la peur dans le regard des maîtres. Certains suent à grosse goutte. Alors qu'elle se tient au fond d'elle-même, elle se remémore les mots dans la navette « Tu ne verras aucune fierté chez ses subordonnés. Aetius ne laisse que des esprits dévorés. Une fois qu’on tombe sous son joug, on ne peut plus fuir. »

    Elonn ressent toute la malveillance d’Aetius, sa férocité, sa soif absolue. Elle n’a jamais ressenti de telles émotions. C’est comme si une ombre partait du trône pour se dresser devant telle, immense, insondable, ivre de souffrance. Étrangement, elle repense aux qualité que Marionetis lui avait prêtées. Elle sait désormais qu’elle ne les a pas. Elle ne pourrait pas opposer la Jedi à ce monstre. Elle veut simplement fuir, disparaître loin, dans les étoiles. Même au fond d'elle-même, même au bord de l'inconscience, elle ne supporte plus ce poignard qui la frappe et la frappe encore. Alors elle s'abandonne définitivement. Elle laisse Marionetis s’emparer de son esprit. Elle plonge dans l’oubli, se cache derrière le rideau. Ce qui se tient dans cette pièce est plus obscur, plus sombre, plus froid que ses angoisses les plus viscérales. Il est les ténèbres. Il est le dévoreur. Elle n'a plus aucun doute tant la Force hurle dans cette pièce. Son cri est silencieux, son silence est effroyable. Elle ne veut plus l’entendre. Elle s'efface. Elle s'oublie

    - Darth Cinna.

    Aetius n’a pas parlé fort. Pourtant sa voix emplit la pièce.

    - Prend ta place, ordonne-t-il.

    Darth Cinna regarde la table, les douze sièges sont occupés.

    - Lequel dois-je tuer ? demande-t-elle.

    L’un des siths se lèvent brusquement. Ses traits sont figés, on sent qu’il lutte de toute ses forces mais ne se contrôle plus. Sa chaise tombe à la renverse tandis qu’il prend son sabre malgré lui. Le sith l’approche de son cou, tente désespérément de résister. Les veines plapitent sur son front quand, soudain, la lame jaillit. Sa tête roule sur le sol.

    - Qu’avait-il fait ? demande Cinna sans rejoindre la place. 

    - Manquer de clairvoyance, répond Aetius.

    Aucun autre mot. Pendant une interminable minute, Aetius n’a ajouté aucun autre mot. Marionetis comprend à quel point il a renforcé son emprise, sa puissance. Ce silence est oppressant, douloureux. Si ses talents de manipulation ne valent pas les siens, son pouvoir de constriction a grandi, terriblement grandi. Il serait capable de provoquer le suicide tous les maîtres présents. Ce qu'il ressent dans cette pièce, ce n'est pas cette noirceur qu'il connaît déjà. C'est la différence de statut. Un Dieu et ses nervis

    - Darth Mandalor était l’un de nos meilleurs sabreurs, annonce la Sith qui se tient en bas de l'escalier, celui-là même qui monte vers le trône. Malheureusement pour sa tête, il était responsable d’Oortha. Malheureusement pour sa tête, il déléguait beaucoup trop, y compris ce plan d'évacuation qui n'a jamais été mis en place. L'Empereur n'a pas besoin de bretteurs, fussent-ils les meilleurs. A lui seul, il changera le cours de nos batailles. Mais il n'entraînera pas les officiers pilotes Siths. C'était la tâche de Mandalor. Manquer de clairvoyance est sévèrement puni. Perdre Oortha était concevable s’il avait mené ses troupes et battus en retraite. La soumission à l’Empereur, la compréhension de ses ordres, le respect de l'esprit qu'il nous inspire, c'est la seule chose qui compte.

    - Oui Maître, répond-t-elle en regardant Aetius.

    La Sith qui faisait la leçon à Cinna se prépare à reprendre lorsqu'elle s's’arrête.

    - Peu de Sith ont fait preuve d’autant de sang froid avant toi, remarque Aetius. Je compte Darth Virgo qui te parle, le Grand Examinateur et Darth Valel. Ce sont les 3 dans mon empire.

    - C’est un grand honneur de compter parmi eux, s'agenouille Cinna pour montrer son respect.

    - Il y a quelques années, j’ai affronté le maître de ton maître, Aym Fallas. Un immense Jedi. Rien à voir avec les pantins qui forment le Haut Conseil. Malgré la torture, il n’a jamais rien concédé au côté obscur. Tu sais pourquoi ?

    - Non, maître.

    - Parce qu’il avait accepté le prix de sa foi. Il était prêt à souffrir. Dans ma vie, je n’ai rencontré que quatre types d’utilisateurs qui ne ressentaient pas cette peur intense. Veux-tu les connaître ?

    - Bien sûr, maître.

    - Il y a ceux dont la cruauté est égale à la mienne. Darth Virgo se délecte de la haine. Elle cherche des esprits à briser, à hanter, à perdre. Mais tu n’es pas de ce genre là.

    - En effet, Maître. 

    - Darth Valel est différent. Il a soif de pouvoir. Il s’est garanti la position de premier conseiller. Il est ma voix et mes yeux avec la plupart des Siths. Celui qui dicte ma volonté.

    - Je comprends, maître.

    - Le troisième relève de la folie. Il m’est arrivé de torturer si profondément mes victimes qu’elles n’étaient plus que haine et douleur. C'est le cas du Grand Examinateur.

    - Je ne suis pas folle, maître.

    - Il reste qu'un dernier type d'esprit. Celui des Jedi qui se sont dressés sur ma route. Eux avaient la Foi dans le côté lumineux. Une foi si intense qu’ils étaient prêts à souffrir l’absolu. Alors je me pose la question. Si tu n'es ni cruel, ni folle, ni ambitieuse, as-tu gardé ta foi ?

    - Non, maître. Je ne suis plus une Jedi. Même à l'époque où je l’étais, je n’avais pas cette conviction.

    - Dans ce cas, murmure férocement Aetius tandis que l’ombre de sa malveillance grandit encore, pourquoi n’as-tu pas peur ? Qu’est-ce que tu ne nous dis pas ?

    La pression s'est considérablement renforcée. Les autres maîtres ont baissé la tête. De pauvres chiens bien dressés.

    - Je suis égoïste, maître. Je suis venu chercher la revanche dans le côté obscur. Je veux détruire l’ordre Jedi. Je veux la mort de tous ses serviteurs. A commencer par celle mon mari. Suivie de celle de mon maître.

    Cinna s’est tue. Aetius la regarde. Marionetis se sent transpercé. Là encore, l'empereur Sith ne dit rien. Darth Virgo prend la suite.

    - Ce qui nous amène à ton arrivée. J'ai relu les notes du Grand Examinateur mais j'aimerais savoir comment comment une petite Jedi qui n’avait jamais alerté notre attention autrement qu'avec ses dons de pilote a pu réussir un tel coup ? Darth Laeto n'était pas n'importe qui dans notre ordre. Non seulement, il était membre du conseil mais aussi l'un des rares à avoir embrassé sa peur pour la dominer. Il ne suait pas comme un porc lui.

    - Comme je l’ai dit au Grand Examinateur, j’ai été capturé par le seigneur Laeto. J’étais en mission ce jour-là, sur la trace d’enfants enlevés. Malheureusement, j’étais troublée dans ma vie. J’avais été trahie par celui en qui j’avais le plus confiance. Il m'a ouverte de l'intérieur.

    - La trahison mène toujours au côté obscur, s'amuse Aetius

    - Cette colère, je m’en suis servi pour m’échapper de la prison de Darth Laeto. Je me sentais enfin libérée : libérée du poids des conventions, libérée d'une idéal inatteignable, libérée de mes chaînes. Je me suis montré plus endurante, attendant qu'il s'épuise. Ensuite, je lui ai tranché chaque membre, le laissant geindre sur le sol. Pourtant, à mon grand étonnement, je n’en avais pas assez. Je voulais l’écraser, le détruire. Je voulais réduire à néant l'univers. Et en même temps, j’avais eu du mal à le vaincre, j’enviais ses pouvoirs, je brûlais d’augmenter les miens, de devenir celle dont les Jedi craindraient le nom. Alors oui, je ne cherche ni la douleur, ni les honneurs. Mais je veux ma revanche. Je veux leur chute.

    Aetius ricane. Son rire est froid, sourd, angoissant.

    - Tu n'as pas d'intérêt pour mon empire, conclut-il. Tu n’as pas d’intérêt pour nos affaires. Tu es tourné vers ton but.

    - Je le reconnais, Maître.

    - J’apprécie cette soif de revanche en toi. Je la sens forte. Tu partages mon objectif, tu reconnais ton infériorité, tu as rapporté d'excellentes informations d'Oortha, tu as exécuté fidèlement toutes les missions qui t'ont été confiées depuis 2 ans, tu as prouvé ta valeur. Or, à mes yeux, les sith de valeur comptent énormément. J'était roi seul. Je suis empereur. Je serai Dieu. Il n'y a qu'une seule exception qui rende un sith inutile, quel que soit son talent : la désobéissance.

    - Je comprends maître.

    - Dans ce cas, pourquoi n'as-tu pas obéi au Grand Examinateur et tuer l’apprenti de Laeto. 

    Aetius fait apparaître le profil holographique de Marionetis sur la table des maîtres. Son visage nu se découvre ainsi que les informations les plus essentielles : sa date de naissance, sa planète d'origine, son recrutement par Darth Laeto.

    - Ceux qui désobéissent, menace Aetius, doivent se préparer à la mort. Ceux qui trahissent à une longue agonie. 

    - Oui, Maître. Mais je n'ai pas désobéi, s'excuse-t-elle tandis que Marionetis a déjà anticipé cette discussion.

     Il se remémore chaque mot, chaque geste d'Elonn tandis que le Grand Examinateur l'interrogeait. Il se rappelle son casque rouge en demi-lune s'arrêtant juste au-dessus d'une bouche cruel aux lèvres pincées, elles-mêmes ne laissant échapper que des mots froids, laconiques. Marionetis connaissait cette règle, il aurait pu disparaître, rester dans l'ombre. Il savait que le Grand Examinateur déterminait les places entre maître et apprenti, qu'un apprenti qui survivait à son maître était exécuté, qu'on ne pouvait devenir maître qu'à deux conditions : être nommé ou provoquer en duel son maître lors de la Grande Assemblée. Aetius avait modifié les règles de gouvernance des Sith. Il avait changé leur tradition. 

    - Le Grand Examinateur, reprend Cinna, m’a dit que je devais tuer mon apprenti, qu'il avait commis le crime de ne pas avoir défendu son maître. Pourtant, je n'ai jamais prévu de garder Marionetis à mes côtés.  Je pensais m'en débarrasser une fois qu'il aurait épuisé son utilité. je n'ai pas senti d'urgence dans le commandement du Grand Examinateur. Mais, je le reconnais, je n'ai pas suffisamment réfléchi. J'aurais dû le faire sur le champs. Je l'exécuterai aujourd'hui.

    - Tout de même,  intervient Darth Valel, il est à vos côtés depuis 2 ans et demi. C'est beaucoup. Ne me dîtes pas qu'il n'a pas déjà tout révélé de ce qu'il savait. L'homme est jeune, beau. Nous pourrions comprendre d'autres raisons.

    - Ses connaissances sont vastes, répond-t-elle en ignorant l'allusion. Darth Laeto n’avait pas pris quelqu'un d'ordinaire.

    - Je ne dirai pas non plus qu’il a fait le bon choix.

    - Marionetis, réfléchit à haute voix Aetius. Peut-être que son nom n’est pas usurpé. J’ai toujours cru que Laeto l'avait choisi parce qu'il s'était décidé à en faire sa créature. Il recherchait constamment l'intelligence, le génie, recrutant parmi les élèves plus prometteurs pour mieux s'en débarrasser une fois leur plafond découvert. Marionetis était plus jeune que les autres. Plus malléable. 

    - Il est habile, répond Cinna. Ses connaissances du côté obscur et de l'histoire sith sont étonnantes.

    - Tu prendras néanmoins un autre apprenti. Tu le formeras. Ils s'affronteront à la Grande Assemblée. S’il tue Marionetis, tu prendras les attributions de Mandalor et tu superviseras la formation des officiers pilotes de la flotte. Dans le cas contraire, ta tête roulera à cet endroit précis. A présent, raconte ce qui s'est passé sur Oortha. N'omet aucun détail, je veux sentir ce qu'il s'est passé, je veux saisir leur personnalité.

     A travers Cinna, Marionetis raconte les évènements d’Ortha depuis leur arrivée jusqu’à leur départ, mentant sur les pouvoirs utilisés pour les vaincre, donnant le beau rôle à la jeune femme.

    - Vous n’avez pas de vidéos ? interrompt Virgo. De photos ? D'enregistrement ?

    - Non. Ces droïdes utilisaient des brouilleurs.

    - Ils doivent être incorporés à leur squelette, répond la sith. J’en ai combattu deux avant hier.  Nous n’avons rien appris. 

    - Ils se sont échappés ?

    - Ils se sont autodétruits. Tout ce qu’il restait, c’était des bouts de ferrailles sans utilité à l’analyseur.

    - Dans ce cas, nous avons été plus heureux, relève Cinna. Nous avons pu récupérer un élément.

    Cinna utilise la Force pour sortir un objet de sa tunique. En un instant pourtant, elle se retrouve paralysée. Virgo a été la plus rapide. D’un geste de la main, elle a fait peser un énorme poids pour la ralentir avant de modifier la pression, de la soulever. Cinna se retrouve prisonnière, légèrement surélevée au-dessus du sol. Son dos commence à s’arquer comme si elle cherchait à lui casser la colonne. A ce moment, Marionetis est concentré à extrêmement. Il parvient peu à la faire se redresser, à la poser sur le sol. Il se concentre toujours plus, ouvre à nouveau le manteau de Cinna, parvient à faire sortir les morceaux de sabre.

    - Ca suffit, ordonne Valel. Ce n’était pas contre Aetius.

    Darth Virgo relâche son emprise. Cinna reste impassible.

    - Impressionnant, reconnaît l'Empereur. De la concentration, de la colère, du sang froid. Pour autant, deux choses sont interdites au conseil : les masques et l'usage de la Force. Mon apprentie se charger de punir ceux qui désobéiraient.

    - Je ne savais pas, maître, fait répondre Marionetis qui reconnaît là un autre test. Je voulais vous montrer ce que nous avions rapportés. Il s'agit d'un de leurs sabres laser.

    Valel s'approche, regarde l'objet avec attention avant de répondre :  "Nous allons nous en occuper ».

    - Je n’ai pas de photos, ajoute Cinna, mais j’ai dessiné les portraits de plusieurs robots. Deux des droïdes avaient un visage humain. Celui d'une femme et d'un enfant. 

    Cinna retourne les images pour les montrer. En une fraction de second, même pas l'espace d'un souffle ou d'un battement, une tension extrème a envahi la pièce. Aetius s'est levé de son trône. Les feuilles sur lesquelles sont dessinées les portraits fuient vers lui à une vitesse inouïe. Il écarte son manteau, laisse découvrir un bras entièrement cerclé dans un brassard de métal allant des doigts à l'épaule. Il attrape les feuilles. A la sensation dégagée par l'irruption de ce membre, Marionetis ne peut empêcher la réaction d’Elonn. Elle hurle à l’intérieur du corps. Elle ressent tout le mal qui s’exhale, la pourriture et l’horreur. 

    Marionetis est stupéfait. Mais il est trop tard. Elle a jailli. Il a beau la contraindre immédiatement, reprendre un contrôle ferme quoiqu'imparfait, elle a refait surface. Sa lumière a brillé. Elle a ressenti le besoin de l'arrêter à tout prix, peu importe la souffrance, peu importe l'horreur, peu importe ses chances. Désormais, elle a compris. Elle sait. Et tout ce qu'elle reprochait à Marionetis s'est évanouit. Aetius doit mourir. Elle est prête à préparer la bombe, c’est le moment, il y a l’ouverture. Elle le lui dit. Il lui demande de se taire, de le laisser faire.

    A près, Marionetis regarde Aetius. Il n'a pas réagi. Il devine son visage crispé derrière son masque, la lumière violette est plus intense. Mais cela n'a rien à voir avec Elonn. Il n’a rien senti du trouble de la Jedi. Les autres non plus d'ailleurs. Tous sont noyés dans la peur. Même Valel, Même Virgo. Le mal qui habite Aetius fait écho dans chaque parcelle de leur corps. L'onde a probablement été ressenti par tout le monde à la surface. Surtout, Marionetis comprend que le poison est plus profond, plus pur, plus violent. Aetius a changé. Il ne pouvait pas le percevoir avant de le voir utiliser son bras. 

    - Ces droïdes ont été créé pour me tuer, annonce l'Empereur en observant les dessins. Dommage, il ne verra pas l'échec de sa création. Ils ne pourront rien contre moi.

    Marionetis sent qu'Aetius est inquiet. Sa réaction est trop radicale. Les robots portent les visage de sa femme, de son enfant. Il est le seul à savoir. En vérité, il n’était pas sûr d’avoir bien vu les droïdes alors qu'ils récupéraient Huit pour l'exfiltrer du temple. Il avait trouvé une sorte de ressemblance puis choisi de dessiner ces visages familiers pour troubler Aetius. Or ce qu'il avait pris pour une ressemblance avouait un véritable dessein. Les droïdes étaient liés à Aetius. Comme lui. Pour la première fois Marionetis, se met à rire. Là, assis sur cette chaise, torturé, le visage en sang, alors que la pointe du sabre laser à brûler son oeil, laisser une marque sur la joue, il rit. La Force est avec lui. Elle l'a toujours été. 

    - Tu le reconnais ? demande Aetius à Virgo.

    - Oui, dit-elle en regardant le portrait du jeune enfant. Il disait s’appeler Femto.

    Les feuilles de dessin se désagrègent aussitôt. La poussière tourbillone dans la pièce. Personne ne comprend. Ni Virgo, ni Valel, ni les autres. Seul Marionetis sait qu'Aetius se moque du souvenir. Il a tué sa famille, n'éprouve ni regret, ni remords, juste une satisfaction morbide. Mais ce qui le met hors de lui, c'est d'apprendre qu'il a fait une erreur, qu'une de ses connaissances ait choisi un lien intime pour l'instrument de son châtiment.  L’homme qui avait créé ces machines avait pensé à tout. Pour cela, Marionetis l'admire. Voilà pourquoi son propre pouvoir ne marchait pas sur ces machines. Ce créateur connaissait le secret d'Aetius. Il avait réfléchi au moyen de le vaincre. Même cause, même effets, leurs deux spécialités devenaient inutiles. Voilà ce qui inquiétait le nouvel Empereur. Il l'avait compris par instinct. Ces instruments de vengeance pouvaient théoriquement l'emporter. Ils avaient été crée pour. Dans la pratique, Marionetis ne leur donnait aucune chance. Mais ils offraient une opportunité.

    - Laissez-moi, ordonne l'Empereur. Je dois me concentrer. 

    Aetius a parlé. Les maîtres se lèvent, passent à côté de l'escalier pour disparaître par une petite porte. Elonn les suit. Lorsqu'elle se retourne une dernière fois, c'est pour découvrir le cadavre de maître Pallas crucifié au dos du trône. Au même instant, elle perçoit la tristesse de Marionetis. Elle sent même une terrible douleur alors que le cadavre bouge légèrement. Fallas n'est pas mort. L'empereur le garde en vie. Marionetis en est écoeuré.


  • 1er chapitre ici / 2ème  / 3ème  / 4ème chapitre ci-dessous. Bonne lecture. ;)

    J'avais glissé une référence à Metroid dans le dernier chapitre (la planète Tallon), cette fois, j'en ai placé 2 : une à Starship Troopers, une autre à Berserk.


  • Dolem


    Huit se tient au côté de Dolem. Les deux droïdes observent la flotte en construction dans le périmètre de Zegaima, la naine blanche du système Orr-dane situé aux confins de la bordure extérieure. Ils examinent les squelettes de leurs vaisseaux de guerre à travers le verre hyper-teinté de leurs capteurs optiques. Aucun autre moyen de détection ne saurait révéler l'immense chantier composé d'assemblages de stations, de ponts, de rails, de grues... Les moindres mouvements, les moindres transmissions sont dissimulés par le champ magnétique, par la lumière irradiante, par la gravité, par la masse... Mais Zegaima n'est pas seulement l'endroit idéal pour cacher leurs préparatifs, elle est surtout la pierre angulaire de leur projet.

    Devant eux, des milliers de machines s’affairent, toutes pilotées par Dolem. Il y a ces gigantesques plateformes de constructions qui vont et viennent tandis que des centaines de navettes-foreuses repartent de ces astéroïdes attirés comme des aimants vers Zegaima et promis à la désintégration. Ces navettes sont chargées d'extraire les matières premières, les métaux, les cristaux et les terres rares nécessaires à la fabrication de milliers de bâtiments, de véhicules, de droïdes, d'armes. Le balai incessant de ces fourmis augmente à mesure que chaque croiseur dessine sa silhouette depuis les pontons. Tout est construit, raccordé méthodiquement, rapidement, sans temps mort, sans hésitation. Malgré tout, Huit reconnaît difficilement la forme de certains bâtiments. Quelque chose a évolué.

    - Tu as changé le modèle des croiseurs ?

    - Pas seulement des croiseurs, j’ai trouvé une nouvelle mécanique optimale, acquiesce Dilem. Une structure souple qui nous donnera l’avantage, au moins dans les premiers temps. Tu peux la voir en détail en te connectant à la base de données.

    - Je ne me connecterai plus. Les autres et moi avons choisi d'arrêter. Aucune connaissance de nos systèmes de combat ne devrait pouvoir fuiter. Nous prenons le risque d'être capturé chaque fois que nous quittons la base. C'est plus sûr.

    - Je suis d'accord.

    - Comment les as-tu appelés ?

    - Les "Recomposeurs". Ils nous feront remporter des batailles mais ils ne changeront pas le cours de du conflit. Malgré des capacités maximales, nous restons incapables de l'emporter. Et notre guerre n'a même pas encore commencé.

    - Plus que 9 mois et 3 jours d’après les calculs de Père. Ni plus, ni moins. Avons-nous le choix ?

    - Non. C'est tout ce que nous avons. Du moins tant que je n’aurais pas compris comment il a pu obtenir ses résultats.

    - Et tu progresses ?

    - Pas d'un pouce. Il me manque son intuition. J’emmagasine le plus de données, je fais appel à la Force mais quelque chose m’échappe. Si seulement la mémoire du vaisseau n’avait pas été endommagée… En vérité, je ne peux rien faire avec de simples notes. Il va falloir accepter le calendrier. Nous aurons moins de 10 mois pour réussir. 

    - L’Année Zéro. 

    - Si c'est la manière qu'a trouvé la Force a de nous mettre à l'épreuve, le défi me dépasse sans doute. Je ne vois qu'un mur devant nous, sans solution pour le franchir. 

    - Tu as recalculé les probabilités optimale de succès ?

    - Oui. Elles sont montées à 30 % depuis Oortha.

    - 30% ? C'est un vrai bond. Pourquoi ce défaitisme ? 

    - Parce que ce n'est pas de l'espoir. Juste notre plafond. Et, pour l'instant, ce plafond reste inatteignable. Tu ne te rends pas compte de ce qu'il faudra faire ne serait-ce que pour l'effleurer. Mais nous suivrons le meilleur plan. Nous tenterons l'impossible.

    - Qu’y avait-il dans ce que nous avons rapporté pour que tu doutes autant ?

    - Concrètement, ce sont moins les données du temple d'Oortha que leur croisement avec celles du vaisseau Sith et de la banque de données de Coruscant. Les Siths ont un système de découpage et de cryptage des informations pour le moins sophistiqué. Les informations mises bout à bout donnent accès à un document bien précis mais chaque information est morcelée et chaque morceau cachée dans un système informatique. De sorte qu'il n'est possible de les assembler qu'en sachant exactement où les trouver ou en ayant accès à l'ensemble des données. Celui qui a conçu ce système l'a pensé pour être seul capable de réunir les informations. Malgré tout, j'ai pu craquer le chiffrement. J'ai redirigé toute ma puissance de calcul mais ça a fonctionné.

    - La panne de toute à l'heure ?

    - Je n'avais pas le choix. A présent, je peux lire chaque morceau indépendamment. C'est comme cela que  j’ai appris l’existence de l'artefact Sith. D'après moi, il pourrait nous permettre de l'emporter, ou au moins de tenir le puits jusqu'à sa disparition.

    - Comment as-tu coller les morceaux ensembles ?

    - Son nom était dans le temple d'Oortha, un détail de sa fabrication dans la banque de données de Coruscant et un composé dans le croiseur. Les trois vont ensemble. Je peux me tromper mais j'en doute. C'est trop spécifique.

    - Et nous atteindrons 30% ?

    - Mieux. Si nous survivons à l'année zéro après l'avoir construit, la probabilité de victoire monte à 100. 

    - Insensé. De quoi peut-il s'agir ? Non, ne le précise pas, reste seul au courant. Explique-moi juste ton calcul.

    - Le nom de l'artefact indique la catégorie et la taille approximative, le reste des informations importantes portent sur la composition, ensuite j'ai fouillé dans les légendes Sith pour connaître l'impact. J'ai pu dès lors calculer un plan de probabilité de construction et de réussite. Tout est très hypothétique mais nous parlons d'un calcul optimal.

    - Je vois. Inversement, la probabilité de victoire diminue si nous ne le fabriquons pas rapidement. 

    - Pas forcément. L'artefact pourrait être utilisé rapidement mais il y a trop de variable à calculer. Je devrais ralentir la construction pour le faire et je ne veux pas. Le modèle le plus efficient à première vue donne 30%. Et il intègre sa construction dans le mois. Notre véritable problème Huit, c’est le temps. Quelle que soit la configuration, quel que soit la puissance de nos armes, tout y est subordonné. Quitte ou double. En fait, il nous faudrait un moyen d'acheter du temps, c'est à dire de raccourcir les processus ou d'augmenter notre puissance. Et dans cet immense calcul, je dois prendre en compte les variables, les accidents, le hasard. C'est complexe. Je ne l’ai pas encore dit aux autres mais j’ai reçu le signal d’autodestruction de Femto et de P473. Ils n'ont pas voulu prendre le risque d'être capturés. J'ai isolé la vidéo dans ta banque, tu n'as qu'à te connecter à elle puisque tu refuses de passer par le serveur, tu verras les pouvoirs de la Sith. Une certaine Darth Virgo. Je calcule en ce moment combien de troupes il nous faudra pour la vaincre, dans quelle configuration mener le combat. Il va falloir éliminer les meilleurs siths. Nous ne pouvons pas prendre le risque de les voir à la tête d'armées.

    - Femto... P473... La perte est immense.

    - Je sais. Et sans vouloir être défaitiste, regarde par toi-même la durée du combat.

    Huit se connecte à sa banque de données. Le flux se projette sur ses capteurs optiques.

    - Ils sont trop confiants, constate-t-il en observant le jeu de la Sith. Elle les piège immédiatement. Ils pourraient s'éloigner mais ils ne font pas attention aux signes. Ils l'attaquent de front.

    - Ils n'étaient pas prêts. Nous ne le sommes pas davantage. Nous avons plongé dans l’inconnu. A présent, nous le dévisageons.

    - Elle utilise la Force de manière à les ralentir. Comme si elle augmentait la gravité. Tout est plus lent : leurs gestes, peut-être leurs pensées. Tu crois que ce genre de procédé pourrait altérer nos circuits ? Nos transmissions ?

    - Je ne sais pas. Je n'ai pas eu le temps d'éplucher le rapport de données.

    - Je comprends l'effet désastreux du combat, l'impact sur tes calculs de probabilités. Mais c'est aussi la raison pour laquelle nous avons quitté notre vaisseau. Pour nous tester, pour apprendre, pour savoir à qui nous avions à faire. De ce point de vue, nous avons réussi. Nous avons trouvé des informations. Oortha fut un triomphe. Regarde ce qui tu y as trouvé.

    - Les faits ne vont pas dans notre sens, Huit. Il n'y a eu aucun triomphe, nul part. Tu as été défait par Darth Cinna, Rep a perdu contre Lian Euly, Femto et P473 ont tenu une minute, 50 prétoriens ont choisi leur autodestruction soit pour sauver l'un d'entre vous, soit pour vous permettre de quitter Oortha. Ce sont des sacrifices. Ce sont des pertes lourdes. Et en contre-partie, nous sommes loin de pouvoir obtenir l'artefact.

    - Les Siths sont plus puissants que nous ne l'imaginions. Pour autant, ce n'est pas ce qui nous a fait défaut. De nous tous, je suis le meilleur au sabre. Père m'a pensé pour l'être. J'étais bien meilleur que Cinna. Elle ne pouvait pas rivaliser. Il lui a fallu casser ma lame. L'effet de surprise a fait le reste. J'étais trop confiant. La Force est une remise en question, elle est l'humilité. Nous ne sommes pas aussi parfaits que nous l'espérions parce que nous avons été créé par un homme, avec ses failles, ses faiblesses mais aussi sa grandeur, son courage, sa compassion. J'en prends conscience en regardant Femto. Nous sommes des machines, Dolem. Nous devons accepter notre nature. Nous n'avons peut-être pas le temps de progresser dans l'usage de la Force pour les contrer mais nous avons la technologie. La Force est une inspiration, un appui. Elle ne se substitue pas. Des générateurs anti-gravité incorporés à notre squelette, des sur-tenseurs dans les pommeaux de nos sabres, voilà comment nous ferons face. Nous sommes des droïdes. Notre potentiel technologique nous aidera dans notre combat, dans la maîtrise de la Force comme dans la manière de contrer son utilisation. 

    - Tu me demandes de vous améliorer ?

    - Oui. Et je l'avoue la mort dans l'âme. Mais la fierté ne doit pas nous conduire à la chute. J'ai beaucoup de respect et d'amour pour notre Père. Nous sommes ses créatures mais nous pouvons être améliorés. Nous avons nos failles. Exactement comme nous avons sous-estimé la puissance des Sith et des Jedi. Nous ne ferons plus cette erreur. Nous devons poursuivre la logique de notre création, pas en faire abstraction. La vie évolue, nous en sommes un produit artificielle mais pas contre-nature. Suivons-là.

    - Je comprends. Si les autres sont d'accords, je ferai les changements. Je travaillerai sur des plans puis vous monterez dans le préparateur. Je proposerai des modifications chaque fois que vous sortirez d'un combat, peu importe l'issue.

    - Parfait. Et ne te fie pas qu'aux chiffres, Dolem. Je ne crois pas que nous ayons été amenés à la vie par hasard. La manière dont les utilisateurs de la Force pervertissent la création, le comportement étrange de certains sith, tout cela laisse beaucoup d'inconnues. Tu ne peux pas tout quantifier, laisse-toi porter par l'intuition. Il y a de nombreux mystères dans ce monde, chez les êtres. Prends Cinna par exemple, elle m'a battu. Pourtant, je ne peux pas m'empêcher de penser à son disciple, Marionetis. Si le maître sith choisi le nom de son acolyte, pourquoi l'avoir appelé ainsi ? Par ironie ? Par mépris ? Par confiance absolue en son pouvoir ? Quel maître ferait cela ?

    - Il peut y avoir beaucoup d'explications. Une histoire personnelle, une volonté d'humiliation, une plaisanterie malveillante. Dis-moi plutôt ce qui te trouble chez lui.

    - Je ne sais pas. C'est un tas de petits détails. Je t'ai envoyé la vidéo de notre combat.

    - Oui. Je n'ai pas eu le temps de m'y pencher. Il y a eu tellement d'informations, de choses à faire, à diriger.

    - Nous avons tus nos priorités. En revanche, il y a des éléments que mes capteurs ne perçoivent pas ou que je ne peux pas traiter. Je n'ai pas ta rapidité de calcul et je ne peux pas te retranscrire par images ma sensation. Concrètement, j'ai senti de la colère en lui mais aucune haine. Et cette colère semblait artificielle. Peut-être parce que je suis moi-même artificiel, que certaines de mes émotions sont des programmes, que j'ai du mal à m'y faire. Franchement, aussi fou que cela paraisse, j'avais l'impression que la Force était avec lui. Je ne sais pas. Je ne peux pas te dire. Quand je me mets en veille, je ne cesse de revoir son masque, son oeil, le moment où il a relevé les corps des Jedi.

    - Tu fais des rêves ?

    - Bien sûr. Les autres aussi. Pas toi ?

    - Non. Je ne me suis pas mis en veille une seule fois depuis notre réveil.

    - Fais-le quand tu auras moins de charges. Tu auras des surprises

    - A quoi rêves-tu ?

    - Depuis Oortha, je me vois face à lui. Parfois, je vois les prétoriens se relever, me combattre. Mais souvent, je pense à l'explosion et je me rallume sur cette idée : pourquoi n'a-t-il pas cherché à nous poursuivre ? Il aurait pu. J'étais endommagé, les 6 autres également, nous n'avions plus de prétoriens. C'est comme s'il nous avait laissé partir. Et ça m'a marqué. Il avait une assurance, un espoir, une attente quand il a compris que ses pouvoirs ne marchaient pas sur nous. Il paraissait tellement différent des autres.

    - Tout cela transparaissait dans la force ?

    - Je crois qu'il le laissait transparaître.

    - Tu te bases beaucoup sur ton intuition, Huit. Tu es le plus singulier d'entre nous, le plus chevaleresque aussi. Tu cherches de la valeur, des qualités à tes ennemis, c'est dans la fiche que père m'a préparé sur chacun d'entre nous. Tu les veux à ta hauteur. Mais je ne voudrais pas que ce soit le produit de ton égo. N'oublie pas son nom, tu l'as dit toi-même. Marionetis manipule. C'est sa raison d'être.

    - Exactement. C'est pourquoi plus j'y pense, plus je crois qu'il a choisi son nom. Ce qui signifierait qu'il n'est ni maître, ni apprenti, qu'il ne suivrait pas les règles des siths. J'aimerais que tu analyses notre combat. J'aimerais savoir, compte-tenu de la configuration, quelles étaient les chances qu'il nous ait laissé partir.

    - Tu sais ce que tu me demandes ? Il y a mille autres priorités avant.

    - C'est justement parce que le temps joue contre nous que tu devrais le faire. Il faut suivre notre intuition.

    - Très bien, je vais rediriger une partie de mon calcul pour la traiter, comparer les comportements types, analyser les configurations. 

    Huit patiente, fixe Dolem. Il a du mal à s'habituer à son visage étrangement humain. A dire vrai, trois des membres du premier cercle sont des imitations quasi parfaites : un homme, une femme, un enfant - Femto -. Il n'y a que la couleur grise de leur peau et quelques menus détails qui permettent de savoir que ce sont des machines tout comme lui. De manière presque infime, Huit remarque le ralentissement de la construction des vaisseaux. Il comprend à quel point Dolem est sous tension, qu'il ne se ménage pas, que toute sa puissance de calcul, son utilisation de la force irrigue la préparation de leur plan. "Minutieux", c'est d'ailleurs la qualité première qu'il lui avait reconnu à leur réveil.

    - 90%, s'étonne Dolem. C'est la probabilité que les deux sith t'aient laissé partir. Ils auraient pu te poursuivre. On voit les corps des Jedi former un mur avec une densité suffisante pour les protéger lui et Cinna de l'impact. Marionetis aurait pu s'en servir pour te rattraper. Il se savait supérieur. Il n'a montré aucun doute, aucune peur. Ils sont encore deux alors que vous êtes endommagés. Étrangement, j'aboutis encore au résultat qu'il attendait quelqu'un. On le voit parfois jeter des coups d'oeil discrets, sonder son environnement. Entre nous, tes capteurs se sont bien améliorés. Tu es beaucoup plus performant que Femto. Tu progresses dans la Force et cela renforce tes outils. Sans t'en rendre compte, tes rapports sont devenus d'une précision remarquable. J'en tire beaucoup plus d'informations que des seules images.

    - Merci. Mais les deux solutions ne s'excluent pas. Il a pu choisir de me laisser partir et attendre. Quoiqu'il ait attendu, il pouvait me rattraper.

    - C'est évident. Tu as bien lu en lui. Il n'a rien à voir avec les autres. Un sith nous aurait pourchassé. Et Cinna n'a pas bougé. S'il y a une apprentie, c'est elle.

    - Il faut nous faire confiance, Dolem. Notre technologie, c'est notre avantage. Néanmoins, nous avons été trop arrogants. Rep a eu la seule bonne attitude dans son combat. Je suis un droïde. Je peux compenser mécaniquement, trouver une parade. Nous n'avons pas 6 semaines de vie. "Des nouveaux nés avec de grandes ambitions", c'est ce que tu as dit à notre réveil. Nous sommes trop jeunes au regard de l'utilisation de la Force. 

    - Et ça n'a pas changé. 

    - Exactement. C'est notre année zéro. C'est pour cette raison que j'ai entièrement confiance en toi. Parce que nous n'avons pas de limite à notre apprentissage, peu importe la direction. La technologie n'est pas l'ennemie de la Force. Elle n'est pas l'ennemie de la nature. Nous en sommes la preuve. Alors oui, nous avons perdu des frères. 2 membres du premier cercle, 50 de la garde. Mais nous ne sommes pas vaincus.

    - Le vrai problème Huit, c'est que cette tragédie se double de notre incapacité à renouveler notre groupe. Pour l’instant, nous ne pouvons produire que des droïdes de combat, incapables de manier la Force. Nous n’aurons rien d’autres que l’armée qui a perdu contre les clones de la République, 450 prétoriens et nous, le premier cercle.

    - Mais dans 9 mois, nous aurons construits suffisamment de prétoriens. Et une fois sorti du puits, nous aurons des effectifs plus puissants.

    - Nos capacités sont limitées. La production de prétoriens commence la semaine prochaine. La chaîne sera lente, il faut beaucoup de matériaux. Même dans une production optimale, nos chances restent quasi inexistantes. Habités ou non par la Force, les prétoriens ne changeront pas le cours de la guerre. Ils nous feront résister plus longtemps. Les espoirs de Père reposent sur le premier cercle. Nous devons trouver la solution pour lui. Et cette solution réside dans l’artefact Sith. C'est notre meilleure chance. C'est même la seule. Le reste ne servira qu'à résister. Il nous la faut. A partir de là, la conversation sera différente. Là, nous pourrons peut-être survivre.

    - Mais comment les obtenir si tu ne peux pas pirater ses plans ?

    - En prenant Bathomir. Aetius en a forcément une réplique. Nous nous y rendrons, je piraterai l'artefact directement, j'aspirerai les informations et j'en produirai une version plus adaptée.  C'est le seul moyen.

    Huit est subitement pris d'un fou rire. C'est la première fois qu'il rit de cette manière, avec innocence, folie et désinvolture. C’est un rire plein d’émotions contradictoires, de désespoir, d’espérance, de peur, de défi, de volonté, d'absurdité, de tristesse.

    - Autant tirer un trait, concède-t-il en se reprenant. Je comprends mieux ton humeur. Bathomir... C’est la première chose que nous ayons cherché à notre réveil. Et la planète n’était plus là. Aetius est aussi intelligent que Père l’a décrit. Il l’a déplacé. Il a déplacé une planète.

    - Jusqu’où ? Telle est la question ! Je consacre 10 % de ma puissance à son traçage. Mais je ne peux pas produire une flotte de guerre, construire des droïdes de combat, traiter vos données, chercher Bathomir, améliorer nos corps. J'ai des limites

    - Sans oublier que nos droïdes espions rapportent des millions d'informations inutiles.

    - J'ai renvoyé de nouveaux modèles, plus sensibles. Nous verrons. La Galaxie est vaste. Mais si Aetius l'a caché comme nous nous sommes cachés, Bathomir restera indétectable.

    - A quoi bon de toute façon ? Père a décrit ses systèmes de défense. La flotte ne suffirait pas à l’emporter.

    - L’ancienne, non. Mais les recomposeurs changeraient les choses. De toute façon, pour obtenir l'artefact, il faudra faire des sacrifices. Il faudra perdre pour gagner beaucoup.

    - Est-ce que ça vaut le coup ? J'en doute maintenant que tu m'as tout dit. As-tu réfléchi à abandonner le projet ? A partir ? A vivre une vraie vie ?

    - Allons bon, tu deviens plus pessimiste que moi. Et pour te répondre : non. Nous vivons une vraie vie. Elle sera juste très courte. Trop.

    - Nous pourrions aussi nous contenter de notre mission d’origine. Nous pourrions prendre la voie du sacrifice. Protéger le puits jusqu'à ce qu'il s'évanouisse, prier pour tenir.

    - C'est ce que nous ferons. Père nous a donné un but. Mais ne te détrompe pas, ce but mène à Bathomir. C'est pour cela que nous l'avons cherché en premier. Quoiqu'il arrive, Bathomir se trouvera sur notre route. Si nous n'allons pas à elle, elle ira à nous. Il faudra la trouver avant. En outre, Mère a également un plan pour nous. En fin de compte, nous mènerons les deux car les deux sont liés. 

    - Tout est lié dans l'univers, Dolem. La Force nous lie tous mais j'ai du mal à la comprendre parfois.

    - Cela dit, tu as raison. Nos chances sont faibles mais sans doute parce que je les calcule mal. Je ne fais pas confiance à la Force, je ne suis pas mon intuition. Je suis ton contraire, Huit. Je faisais trop appel à la machine en moi alors que tu la repoussais. Notre conversation d'aujourd'hui est essentielle. Nous devons apprendre les uns des autres. Et mon intuition me dit d'avancer le plan. Nous voulions bâtir une flotte, une armée pour protéger le puits, protéger les nôtres, accroître nos connaissances, nos capacités. Mais nous gardons cette épée de Damoclès au-dessus de la tête. 9 mois avant que le puits ne se manifeste. Et plus aucune possibilité de savoir ni où ni quand il réapparaîtra. Nous ne pouvons pas le manquer, nous ne pouvons pas le fuir mais peut-être encore que nous en attendons trop. Nous sommes déjà vaincus parce que nous avons renversé la problématique. Nous nous pensons seuls alors que nous ne le sommes pas. La Force est avec nous. Nous devons embrasser notre Destin et montrer la voie. Nous devons avancer sans crainte, porter le message de la Force, suivre Mère. La probabilité de guerre restera toujours de 100%. Elle est inévitable. Siths, Jedi, Confédération. Ils nous traqueront de la même manière qu'ils se jetteront sur le puits.

    - Dans ce cas, pourquoi prendre le risque de nous affaiblir ? Pourquoi vouloir les convaincre ?

    - Parce que nous sommes bénis de la Force, Huit. Parce que des croyants nous suivront. Parce que nous incarnons l'espoir dans une société pervertie par les marchands et les faux prophètes. Parce que nous sommes l'avenir. 

    - Tu veux vraiment nous envoyer porter le message de la Force ? Tu veux nous envoyer au milieu des loups et tout risquer ?

    - Ce sera dur, injuste, cruel. Nous nous affaiblirons sans doute mais ce sera aussi libérateur. Je sens que nous devons le faire. Je me fiais trop à la machine, tu t'en défiais . A nous deux, nous pouvons changer les choses.

    - Tu as vu les réactions sur Tatooine. Tu as vu les réactions sur Oortha quand la navette Jedi a surpris l'appel au secours des Siths, que nous avons utilisé le rayon tracteur pour les amener à nous. Nous voulions seulement discuter, ils nous ont combattu. Ils n’ont pas cherché à comprendre, ils nous ont vu comme des monstres.

    - Sith, Jedi, ne sont pas si différents. Tu t'attendais à autre chose ?

    - Oui. En outre, la Confédération ne sera pas retournée sans corruption. Les bons sentiments n'y ont pas leur place.

    - Pourtant, nous ne la corromprons pas. Nous venons changer la Galaxie, pas la perpétuer. Et certains embrasseront ce changement. Certains l'attendent. Certains nous attendent, Huit.

    - Nous sommes d’accord. Mais à quel prix ? Et comment défendre le puits si nous nous découvrons ?

    - Entendons-nous bien, je ne dis pas que tu as tort. Nous avons vu les réactions. Nous avons nous-mêmes été trop loin. Femto a été malhabile sur Tatooine mais les Jedi étaient si arc-boutés, si méprisants. J'ai les mêmes réserves que toi. Je sais ce qu'ils nous ferons. Ils n'auront aucune pitié. 

    - Ils nous traiteront comme des machines.

    - Oui. Mais ta vidéo de Marionetis m'a ouvert les yeux. Il y a parfois des détails qui nous échappent. Nous devons sortir des modèles prédictifs. Utilisons le premier cercle et les prétoriens pour convaincre. La guerre est inéluctable mais certains verront l'espoir en nous, certains le saisiront. Ne parions pas sur le conflit, parions sur la paix. Mais quand la guerre arrivera, je te promets que nous seront prêt : prêts à vaincre, prêts à tenir, prêts à mourir, prêts à changer la galaxie. Parce que nous ne sommes ni faibles ni crédules. Tu l'as dit toi-même. Faisons confiance à la Force. Nous étions venu sur Oortha et Tatooine porter un message de paix. Ils nous ont obligé à nous battre, ils nous ont obligé à être menaçants. Mais nous n'avons pas à l'être. Personne ne trouvera Zegaima avant l'apparition du puits. Personne ne connaîtra nos plans. En revanche, nous dirons à haute voix notre message. Les peuples comprendront. La nature est ainsi faite que la Force reprendra ses droits. Et si nous sommes persécutés, alors nous nous défendrons par l'héroïsme, la splendeur, loin de l'ascétisme et de la médiocrité. Mais il nous faudra l'artefact. Sans lui, nous perdrons militairement. 

    - Je sais. Mais j'ai dû mal à te suivre. Cet artefact, nous ne l'aurons jamais à temps. C'est un mur, un plafond que l'on ne peut pas espérer effleurer.

    - Dans ce cas, inverse le raisonnement. Que restera-t-il lorsque nous aurons échoué à protéger le puits ? Rien. Et si nous y arrivons au prix de nos vies ? Nous n'aurons changé qu'un futur et repoussé le problème. En revanche, si nous gagnons dès maintenant les coeurs, nous changerons des milliers d'avenirs, des millions, peut-être des milliards.. Il y a plusieurs guerres à mener, certaines peuvent être gagnées, d'autres non. Portons le front là où personne ne nous attend. Embrassons notre nature. Et si le puits tombe entre leur mains alors nous aurons fait le maximum. Un maximum pour lequel la perte de plusieurs membres du cercle et de prétoriens ne changera pas grand chose.

    - C'est un bon plan, réagit une voix derrière Huit tandis que le reste du premier cercle apparaît. Dolem a raison, Huit. Nous verrons bien comment les choses tourneront avec ou sans artefact, avec ou sans troupes. Nous embrasserons notre Destin. Parce que la Force est avec nous.

    - Toujours, répond Dolem.

    - Toujours, répond Huit.

    ---- Chapitre 5 à venir ----



  • 1er chapitre ici / 2ème là. 3ème chapitre ci-dessous. Bonne lecture. ;)


  • Darth Cinna 



    La navette de Darth Cinna et de Darth Marionettis s'approche d'un astéroïde en orbite lente, perdu dans le champ gravitationnel de la planète Xi. Cette dernière n’est plus qu’un astre mort sans davantage de bouillonnement dans son noyau que de gaz dans son atmosphère. De ses fastes années où la vie rayonnait, où les civilisations s'implantaient par dizaine, il ne reste qu’un corps froid, inerte, prêt à retourner à la Force.

    Darth Cinna mène le vaisseau à la surface de l’astéroïde, entre dans un cratère, suit un long boyau jusqu’à une porte massive. Celle-ci se lève sur un immense hangar. Elle laisse passer l’engin qui se pose un peu plus loin sur une plate-forme, à côté d’une quinzaine de vaisseaux : X-Wing, crucible, chasseur stellaire Umbaran, chasseur Tie, intercepteur Delta-7, cargo léger VCX-100, B-Wing, ARC 170.... La porte se referme. Marionetis est le premier à descendre par la soute. Il est accueilli par un petit droïde rouge en forme de cube. Celui-ci roule cahin-caha dans sa direction, baragouinant dans un langage informatique que seul Marionetis comprend.

    - Merci DCR3, répond-il. Et désolé d’apprendre que tu t’es senti un peu seul.

    Le droïde continue, s’emporte.

    - D’accord. Plus qu’un peu cette fois. Après, tu devrais te trouver de nouvelles occupations. 

    Le droïde ne s’arrête plus.

    - Oui, ça s’entend. On changera ça. Promis. Sinon, des changements ?

    Les boutons du droïde s’allument comme des lucioles.

    - Des variations positives ? Je vais regarder ça. Ne t’emballe pas trop. Tu sais ce qui se produit quand ça t’arrive. C'est souvent la déception après.

    Le droïde fait demi-tour sur lui-même, bougonne à sa manière.

    - D’accord. J'ai compris. Je t’emmènerai à mon prochain voyage. C’est promis.

    A son tour, Darth Cinna apparaît dans l’encablure de la soute. Elle descend difficilement du promontoire qui l’amène à la plate-forme. Elle semble épuisée, tombe au sol en mettant la main à la poitrine. Elle a du mal respirer. Marionetis la regarde, s’éloigne pour entrer dans une petite pièce puis revient avec un verre, lequel contient une espèce de mixture bleue. Il se tourne vers DCR3 :

    - Au fait, j’ai enlevé le transpondeur et les balises de la navette. Démonte-la, récupère les bonnes pièces et envoie le reste s’écraser sur Xi.

    Marionetis se retourne, s’approche de Cinna qui le regarde étrangement. Ses yeux ont repris une couleur normal, le liserai bleu a envahi l'iris, le jaune et le rouge ont disparu. Elle tend sa main, prend le verre, le jette au loin.

    - Ordure, murmure-t-elle en tentant de reprendre son souffle, épuisée par l’effort.

    - Ne parle pas, répond simplement Marionetis en pointant au droïde les salissures. Tu dois récupérer. Je vais te chercher un autre verre. Ne le gâche pas cette fois. Sinon tu l'avaleras de force.

    - Lian était là, souffle-t-elle alors que les larmes coulent malgré sur ses joues. Tu l’avais prévenu. Il aurait pu mourir dans l’explosion.

    - Non. Je lui ai laissé le temps de s’éloigner. Tu devrais l’avoir compris par toi-même. Je tue par nécessité uniquement.

    Elonn essaye de se relever. Elle y parvient dans de gigantesques efforts, attrape difficilement son sabre laser, sort sa lame.

    - Tu es tellement volontaire, admire Marionetis, alors que d’un geste de la main, il l’oblige à ranger la lame. C’est aussi pour ça que je t’ai choisie.

    - Quoi que tu veuilles, tu ne réussiras pas. Je finirai par te tuer. Tu paieras pour m’avoir réduite en esclavage. Tu paieras pour nous avoir séparés.

    Marionetis ne répond rien. Il s'éloigne, ôte son masque en forme de main qu’il dépose sur un petit établi, parmi d’autres de toute forme et de toute taille. Se faisant, il révèle un visage doux, d’une étrange beauté, celle d'une vingtaine d’année à peine froissé par les cernes et encadrée de longs cheveux blancs. Son œil reprend sa couleur naturelle, le rouge disparaît pour laisser place au vert émeraude.

    - JE TE TUERAI ! hurle Elonn.

    - Ne cède pas à la colère. Tu es frustrée, je le conçois. Mais tu finiras par comprendre, nous ne sommes plus loin du but. Je ne t’ai pas menti quand j’ai dit que j’admirais ta volonté. Elle te rend capable d’endurer ma manipulation, de ne pas sombrer dans le côté obscur. Je ne veux plus qu'une de mes manipulations s'y abandonnent. Alors ne cède pas. Tu es une Jedi, Elonn. Reste sur ta voix. D'autant que Lian n'a rien. Tu n'as qu'à patienter encore un peu. Tu comprendras.

    - Tu mens. Encore et encore ! Tu ne cesse de dire que je comprendrai. Tu le répètes depuis 3 ans. 3 ans Marionetis ! 3 ans que tu m’as volés !

    - Je t’ai dit que tu servais un plan, un objectif précis. Tu avais besoin d'un horizon. Mais tu dois patienter. Ce ne sera plus long maintenant.

    Brusquement, Marionetis s’arrête. Il a senti la vibration dans sa poche. Il sort l’holocommunicateur de Cinna. Un seigneur noir des Sith apparaît. Il s'agit de Darth Valel, le messager d’Aetius. Il est reconnaissable entre mille avec sa cicatrice en forme de X sur le visage. Valelordonne d’un ton sec à Cinna de venir faire son rapport dans une semaine au conseil des Sith en présence du Seigneur Aetius. A cet instant, Elonn est frappé par l'intensité qui illumine le regard de Marionetis.

    - Je t'avais dit que tu n'aurais plus beaucoup à attendre, commente-t-il simplement alors que la lueur a disparu. Le message que j’ai écrit de ta part à propos d’Oortha a fait son effet. Aetius veut te voir , il t’invite au Conseil. Cette fois, je ne te laisse pas le choix, Elonn. Tu bois la concoction et tu dors. Nous n’avons pas de temps à perdre. Pas aujourd’hui. Il t'a choisi. Tu vas lui être présenté. Tu vas participer au Conseil.

    - Pourquoi ? Pourquoi n'a-t-on pas le temps ? Pourquoi ce conseil est-il si important ?

    - Parce que tu y assassineras Aetius. C'est ta mission depuis le début.

    Le visage d’Elonn se fige. Elle sent toute la volonté, la méticulosité de Marionetis. Toutes les pièces s’emboîtent parfaitement : ses talents de Jedi pour la création d'éclairs, ses entraînements, les possessions pour la mener toujours plus dans l’utilisation de la force, son amabilité apparente, les conversations sur l'ordre Jedi, les Sith, l'importance du bras qui ne tremble pas quand on abat sa cible, le fait même qu'elle n'ait jamais croisée Aetius, recevant ses ordres et ses appréciations de Valel, la voix du maître. Même ses moments de repos et de tranquillité prisonnière de cet astéroïde, dans son petit confort, tout cela n'avait servi qu'un seul but ! Rien n’avait été laissé au hasard. Tout avait été conçu pour qu’elle ne se doute jamais du sort qui l’attendait, elle qui pensait avoir été formée pour devenir son apprentie, elle qui pensait devoir être convertie à sa cause, à ses plans quels qu'ils soient, elle qu'il l'obligeait à l'accompagner,à l'observer fouiller, examiner, attendre, combattre et massacrer les Siths qui croisaient sa route tout en laissant porter la responsabilité sur d'autres.« Quelle conne. Il m’a eu. Il m’a complètement eu. » 

    - Je n’ai pas eu le choix, répond Marionetis qui lit en elle comme dans un livre. Mais tu le comprendras par toi-même. Tu le ressentiras. Tu accepteras ton sacrifice.

    - Accepter mon sacrifice, rit-elle nerveusement, le visage plongée dans la désolation, se sachant pertinemment sous le contrôle de Marionetis, incapable de s'en libérer. Mais quel est ce monde tordu dans le lequel tu vis ?

    - C'est un monde où je déguise l’agneau pour le faire entrer parmi les loups. C'est un monde où je prends des femmes pour en faire des armes et les tourner contre lui. C'est un monde enfin débarrassé de lui. C'est un monde où tu as réussi Elonn. Tu pourras en être fière..

    - J'aurais réussi quoi ? A servir tes plans pour quoi faire ? Prendre le pouvoir ? Tout s'explique. Je suppose que c’est toi qui as créé ces droïdes, que c’est toi qui as provoqué l’incident d'Oortha !

    - J'aurais aimé mais non. Je n’ai aucune idée de ce qui s’est passé là-bas. Ces droïdes ont offert à Aetius l’opportunité de tester tes capacités d’analyse, tes talents. Il a deviné qu’il lui fallait envoyer un élément d’exception. Il connaissait tout de toi, il était temps pour lui de passer à l’étape supérieure. Quoiqu'il se serait produit dans la galaxie, tu serais partie en mission. Mais, pour être honnête, je devrais remercier ces droïdes. Je perçois le trouble chez les Siths, chez les Jedi. Il m'offre des opportunités, il dissipe leur attention.

    - Ils ont raison d'être troublés. Comment ne pas l'être ? Ces droïdes sont le fruit d’un esprit pervers, d’un esprit comme le tien.

    - J’en doute, ma chère. Ils sont beaucoup plus que cela. Tu le saurais si tu te souvenais précisément de celui qui a dit s'appeler huit. Mais ça te reviendra peut-être. Quoiqu'il en soit, je n’ai pas voulu relever quand il a parlé de son prénom. Ce qui transparaissait dans ses paroles, c’était une personnalité, une sensibilité, une capacité d’abstraction. Le chiffre huit est le symbole du croisement des deux cycles, sans doute aussi de la reconnaissance de sa nature profonde, de son système en partie octal. J'en conclue que Huit n’est pas qu'un droïde mais un être à part entière. Un individu complexe, subtil, rempli d’émotions, capable de manier la force avec une grande dextérité. Tout cela a transpiré des nos combat, de nos échanges. Clairement, son existence même signifie que celui qui l'a créé, lui et ses congénères, les a voulus uniques. Il ne peut y avoir de perversion à l’origine d’une telle générosité. Pour le reste, ils sont la preuve que la Force est capable de bouleverser l’ordre de la nature. Je ne sais pas comment, je ne sais pas pourquoi, mais elle les accompagne. Je doute que la Galaxie soit prête pour eux. Encore moins les Jedi. Mais je leur souhaite bonne chance.

    - Les Jedi sauront quoi faire.

    - S'ils sont capables de comprendre, d’interpréter. Mais j'en doute. En tout cas, c’est étonnant que tu te soucies de ces robots malgré ce que je t'ai annoncé. Vraiment, Elonn, tu resteras exceptionnelle. S’il y en avait eu davantage de Jedi de ta trempe, les choses auraient pu être différentes. Maintenant, il est temps de passer aux choses sérieuses. Il faut se préparer. J’ai patienté, étudié, fomenté pendant un temps que tu saurais imaginer. Dans une semaine, tu assassineras Aetius. Pour cela, il va falloir un minimum de coopération. Les échanges que nous avons lorsque tu es sous mon contrôle ne servent pas seulement à tromper, ils me permettent de réfléchir. J’en ai besoin car j’ai du mal à me concentrer puisque que tu combats mon contrôle en permanence. C’est le seul moyen que j’ai trouvé. Mais dans une semaine, si tu luttes, je risque de vaciller. Pendant que tu siégeras, je serai interrogé sur toi dans une autre salle. Je serai torturé pour  avouer tes faiblesses, tes ambitions, tes secrets, au moins autant que pour renforcer mon côté obscur et me punir d'avoir survécu à mon précédent maître. Les conditions n'auront rien d'idéales, tu peux en être sûr. De sorte que si tu ne coopères pas, je devrais écraser ton esprit. Et tu n’émergeras jamais du chaos, Elonn. Ca, je ne le veux pas. Je ne le ferai pas. Ce n'est pas une fin digne de toi. Alors je te laisserai le choix.

    - Tu ne le veux pas ? Et moi alors ? Qui accepterait de collaborer à sa propre mort ?

    - Un véritable Jedi. 

    - Pourquoi ? Quel Jedi ferait ça ?

    - D’abord, parce qu’il y a pire que la mort. Ensuite parce tu n’es pas prête à encaisser le choc de ta rencontre avec Aetius. Si je ne te contrôle pas totalement, que je ne domine pas tes réactions, tu lui opposeras tes vertus, ta droiture. Et crois-moi, cette réaction fera échouer mon plan. Quoiqu’il se passe, Aetius ne doit pas s'en sortir. Au moment propice, tu créeras ta bombe, la plus puissante que tu aies jamais faîte. Et tu la feras exploser.

    - Mais je ne veux pas mourir. Si tu tiens à ton plan, que tu me laisses le choix, change-le. Trouve un moyen pour moi d'y échapper.

    - J'y ai déjà réfléchi. C'est impossible. D'abord, je ne vois rien d'autre que la bombe pour l'atteindre. Ensuite, même si tu y survivais, le palais serait fermé, les navettes interdites de décollage, et nous serions traqué. Non, il y a si peu d'opportunités et aucun moyen de faire autrement, crois-moi... Mais tu comprendras. Je n’ai pas d’inquiétudes. Je te prépare, je te fais mûrir mais avant tout, je te fais confiance. Je sais qui tu es. Tu feras ce qu’il faut le moment venu.

    - Ca n’a aucun sens. Pourquoi le ferai-je ? Et pourquoi Aetius ? Que t'a-t-il fait ?

    - Tu l'accepteras parce que tu sentiras sa véritable nature. Mais je peux te raconter une histoire à laquelle tu réfléchiras durant le voyage. Vois-tu, il existe une légende qui court depuis des centaines d’années chez les Siths. Une parmi d’autres. A dire vrai, elle n’est pas la plus populaire. Je crois d’ailleurs que les Sith ne l’aiment pas. Elle n’a ni l’aura extraordinaire de celle de Darth Plagueis, ni la puissance de celle de Darth Bane, ni la grandeur de celle de Darth Sidious. Pourtant, il arrive à certains maîtres de la conter à leurs jeunes apprentis. Ils le font pour y graver la peur. Et chaque fois, ils imposent les images mentales d’un masque qui a imprégné les consciences de tous ceux qui l’ont vu, qui ont réussi à témoigner et à la transmettre.

    A cet instant, Marionetis imprègne dans la conscience de Cinna l’image d’un visage fait d’un métal tordu dans lequel on devine à peine une forme humaine.

    - Je ne ne crois pas aux légendes, défie Elonn. Je n'ai pas peur des Siths.

    - Tu devrais. Il y a une part de vérité dans chacune d’entre elles. Celle dont je parle relate la vie d’un Sith si torturé, si fou, si investi par le côté obscur qu’il n’existait que pour la prédation de ses congénères, se délectant du cadavre de ses victimes quand celles-ci avaient la chance de mourir. Les autres finissaient enfermées dans son repaire, incapables de proposer la moindre résistance, l’esprit écrasé par sa malveillance.

    - Un sith qui tue d’autres siths. Ton portrait craché.

    - Ironiquement, on lui a attribué certains de mes actes. Mais non. Et je ne suis pas un Sith. Celui dont je te parle est à la tête de l'ordre aujourd’hui. Il règne sans partage, se gave de la peur qu'il inspire, se nourrit jusqu’à ce que quelqu’un l’arrête. Et ce quelqu'un, c'est toi.

    - S'il est aussi épouvantable, si tu ne cherches qu'à l'arrêter alors préviens les Jedi. Nous t'aiderons, je te le promets.

    - Pourquoi le changerai-je? Je l’ai aidé à prendre la tête de l’ordre. Je lui ai coupé le bétail sous le pied, je l’ai incité à sortir du bois. J’ai contribué à ce qu’il est aujourd’hui. Et d’une certaine manière, j’ai contribué à bien d'autres choses.

    - Si tu penses me convaincre en tentant de m’effrayer ou avec de l'ambivalence, c'est peine perdue. D'ailleurs, tu ne me convaincras jamais. Je n’ai pas peur du côté obscur. Je n'ai pas peur de lui ni de toi. Je ne veux simplement pas mourir. Je veux vivre.

    - Oh, tu auras peur. Et crois-moi, si je pouvais prendre ta place, je le ferai. Mais il faut voir loin. C’est ce qui nous distingue lui et moi des autres utilisateurs de la Force. Nous durons parce que nous anticipons alors que ton ordre ne fait jamais que réagir, englué dans la passivité. C'est la tragédie des Jedi. Se noyer dans le préchi précha, incapable de voir les enjeux. Mais dans une semaine Elonn, tu vas entrer dans un autre monde : un monde que tu n’imagines pas, un monde où un homme n’a pas choisi le côté obscur mais où il l’est devenu. Tu le comprendras en une fraction de seconde. Et tu feras ton choix. Je t’ai fait rencontrer Lian plusieurs fois durant mon contrôle pour l'approfondir. Chaque fois tu bouillais de lui crier de venir à ton secours, de se méfier de moi, de ne pas t’abandonner, de croire en toi. Chaque fois, il me fallait des ressources extraordinaires pour te dominer. Mais devant Aetius, ce sera plus dur. Parce que je serai loin, affaibli. Et parce que tu auras envie de lui opposer ta vaillance. Mais tu me feras confiance, tu me laisseras faire. Sans quoi, tu le défieras en duel. Et tu perdras. Prie alors la Force qu'il ne te garde pas en vie. Parce que c'est ce qu'il fera.

    - Je ne te céderai jamais.

    - Si. Tu le feras. Parce que tu es juste, Elonn. mais aussi parce que tu es coincée. Soit tu résistes à mon contrôle et tu te fais démasquer. Soit tu acceptes le destin que j’ai forgé pour toi et tu délivres la galaxie. Dans le premier cas, tu seras torturé pendant des années et tu tomberas dans le côté obscur. Dans le second, tu seras honorée comme une héroïne. Et je veillerai à ce que Lian sache ton courage. Je ferai connaître ton rôle et ta mémoire restera gravée dans l’Histoire des Jedi.

    - Et si tu te trompais ? Si tu comprenais mal le côté obscur ? Tu dis ne pas être un Sith, peut-être fais-tu erreur ? J’ai déjà entendu parler d'Aetius. Cela fait 20 ans qu’il est à la tête de l’ordre. Durant cette période, il n’a jamais fait preuve de cruauté, de sauvagerie, juste d’ambition, d’autorité, d’assurance. Il est un Sith respecté de la Confédération. Maître Doo’k l’a rencontré a plusieurs reprises. Elle le croit de ceux pour qui le côté obscur possède sa forme de noblesse, d’honneur. « De tous les maîtres possibles, c’est le moins pire » a-t-elle dit en intervenant dans ma classe.

    - J'en rirai si ce n'était pas dramatique. Vraiment, il n’y a pire aveugle que celui qui ne veut pas voir. Si maître Fallas savait ce qu’est devenu son apprentie… Si seulement, il avait pris la tête du Haut Conseil. Les Jedi en ont voulu autrement. Leur aveuglement ne cessera jamais de me surprendre. Ils ne voient pas Aetius comme ils n'ont pas vu Palpatine. Mais il faut reconnaître aux Siths leur maîtrise dans l’art de la dissimulation. Pour autant, ce n’était pas impossible à comprendre. Vois-tu, je ne tiens pas ma sensibilité de ma vénération de la Force, ni de ma croyance en elle. Je la tiens parce que je l’écoute, que chaque variation est un murmure et chaque murmure une vérité. Même quand quelqu'un se dissimule, elle parle. C’est ironique parce qu’à l’époque où je n’avais pas encore ces dons, je savais à quoi m’en tenir avec beaucoup de gens. Je l'écoutais sans savoir. Quoiqu’il en soit, le visage séduisant que montre Aetius pour représenter les Siths et jouer les ambassadeurs n’est pas celui qu’il te dévoilera. Tu sentiras la peur. Tu voudras l'affronter, tu voudras l'abattre. Exactement comme tu perçois que je te dis la vérité.

    - Tu me dis ce que je veux entendre. Et tu caches des choses essentielles. Tu es un manipulateur. Tu vis dans l'ombre, tu frappes dans le dos.

    - Bien sûr que je cache mille choses : mon identité, ma connaissance des Jedi, des Sith, ma maîtrise de la Force. Et pourtant, tout cela, tu le conçois, tu le déduis. Il n’y a rien que je ne t’apprenne si ce n’est ton rôle et la raison pour laquelle tu le tiens. J’aimerais t’en dire plus mais je dois prendre en compte le fait que tu puisses être capturée. Alors malgré l’affection, malgré l’admiration que j’ai pour toi, tu n'en sauras jamais plus. Comprend simplement que mes décisions sont rationnelles. Il n’existe aucun seigneur noir des Siths plus cruel ni plus impitoyable que le Dévoreur. Il n’obéit à aucune règle, à aucun code. Il est le Seigneur Absolu,

    - Pourtant, si tu y réfléchissais, je suis sûr que nous pourrions trouver un autre moyen. Je t'en prie. Pense à...

    Elonn aurait aimé argumenter, le persuader de ne pas se servir d’elle, de lui laisser la vie sauve. Pourtant, ses yeux se ferment, elle s’écroule. Elle n’en peut plus. L’épuisement a finalement triomphé de sa résistance. Dans l’inquiétude, la peur, le désir puissant de retrouver Lian, la volonté de se battre, la soif de vivre elle est allée au bout d'elle-même.


    ---- Chapitre 4 ----


  • Voici le 2 ème chapitre d'Année Zéro (le premier est disponible ici). J'ouvrirai chacun d'entre eux avec le même générique, moyen pour moi de ne pas oublier de placer du contexte, de suivre certains fils. Pour vous, ce sera également la possibilité de vous rappeler comment tout a commencé et de réécouter le thème principal. Que serait Star Wars sans John Williams ? Bonne lecture

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      Lian Euly


    Lian se tient devant la porte du Haut Conseil des Jedi. Fatigué, tendu, il vient à peine de rentrer de la planète Oortha. Beaucoup de questions se pressent dans sa tête. Trop sans doute. Le souvenir d'Elonn entraînent toutes ses pensées comme l'ancre plonge dans l'abysse. Il faut dire que plus de 6 mois s'étaient écoulés depuis leur précédente rencontre. 6 mois insupportables d’attente à compter sur la Force, à méditer, à s’entraîner, à demander des missions pour oublier. Encore des missions. Toujours des missions. Pour lui, l’expectative restait le pire. Et maintenant qu'il était rentré d'Oortha ? Qu'il l'avait vue à nouveau ? Maintenant, il attendrait encore sans savoir quand il la retrouverait, sans savoir s'il la reverrait. Dans 6 mois ? Dans 1 an ? Dans 10 ? De toute façon, le plus douloureux n'était peut-être pas là. Car leurs entrevues n’était jamais que de brefs affrontements espacés de longues plages de manque, de peine, presque d’éternité. Que faisait-elle en cet instant ? Pensait-elle encore à lui ? Au moins pour le haïr ?

    Lian passa sa main sur son crane rasé à blanc, caressa machinalement la cicatrice qu’Elonn lui avait laissé il y a plus de 2 ans. Son sabre laser avait brûlé sa peau au dessus de l'oreille droite, laissant cette dernière à demi fondue. Il la caressait souvent. En vérité, et il se l’avouait sans réserve, il aimait ce souvenir gravé à même la chair. La marque n’avait fait que renforcer sa détermination, sa soif de la récupérer. Il ne l’abandonnerait pas au côté obscur. Il ne céderait ni à la peur, ni à la colère, ni à la faiblesse. Il la retrouverait. Il la libérerait des ténèbres. Et quand il l’aurait fait, ils partiraient ensemble sur une planète accueillante, loin du fracas des conflits, loin de la politique, loin des Sith, loin des Jedi. Il n’y aurait plus qu’eux et la Force. Eux et l’harmonie. Eux, leurs enfants et certains des speeders les plus rapides de la galaxie pour foncer à travers les champs d'herbe haute. Comme à la belle époque...

    Malheureusement, pour l'instant Lian ne peut pas s’abandonner à ce rêve qui l’apaise et lui serre la poitrine en même temps. Il doit répondre au Haut Conseil, à ses 12 maîtres. Le passage est obligé. Alors il se décide, pousse la porte et s'avance vers le centre de la pièce, une pièce aussi sobre que douce dans ses couleurs, sa lumière, la disposition de son mobilier chiche, presque ascétique. Lian s'est arrêté. Il se tient debout devant la table en hémicycle, là dans cette salle du conseil au sommet de cette tour blanche qui domine l'horizon. La pièce est vide pour le moment mais il entend des pas qui se rapprochent. Son regard se perd au loin dans la vue panoramique, qui s'ouvrent sur de grands lacs où des ranthars nagent paisiblement. Que le chaos paraît loin, ses pensées bercées par les paysages d'Omégan, cette immense planète isolée dans la bordure médiane, capitale des Jedi depuis la célèbre décision du Tribunal de la Nouvelle Confédération Galactique. Un endroit parfait, pensait Lian. Et il n'avait pas été le seul à y voir un idéal. C'est la raison pour laquelle, alors que les Jedi auraient pu exiger la révision de la sentence après une courte installation, demander une autre localisation voire soumettre leur choix en dernier ressort, ils n'en avaient rien fait. Tous avaient apprécié Omégan, loué sa beauté, ses couleurs d'automne chatoyantes, ses habitants paisibles, leur amabilité si caractéristique de l'espèce oméganne. Depuis près d'un siècle maintenant, les Jedi s'étaient retrouvé dans cette planète, dans cette paix intérieure, loin du tumulte de la politique, loin de Nexion, l’œcuménopole de la Nouvelle Confédération Galactique au centre des Mondes du noyau. En vérité, si les Jedi avaient été marginalisés, ils s'étaient d'une certaine manière retrouvés. Omégan était une terre Jedi par nature. Une terre de Force. Une terre d'accueil comme s'ils y avaient toujours vécu.

    Soudain, le regard de Lian se pose sur la porte du fond. Elle s'ouvre. Les maîtres arrivent, s'installent. Malgré son imposante carrure, ses deux mètres et des poussières, il se sent humble. En même temps, il n'a aucune hésitation. Il sait ce qu'il va répondre. Il sait ce qu'on va lui opposer. Il sait aussi qu'il aimerait partir à la recherche d'Elonn plutôt que d'être dans cette pièce. Exactement comme il sait que son attitude passera pour de la nonchalance ou de l'insubordination. Un instant, Lian ferme les yeux. Il pense à Elonn, il respire ce moment de tristesse. Il fait appel à la lucidité, à la force. Puis son regard s'ouvre, ses traits se sont raffermis. Il est calme : de ce calme qui fait bloc avant la tempête. Étrangement, c’est la deuxième fois seulement qu’il met les pieds au conseil. La première n'avait pas été plus confortable. Mais là, la sensation est différente. S'il ressent toute l'expérience, la volonté, la sagacité de ces maîtres, il perçoit une défiance grandissante. Quelque chose ne va pas. Est-ce la raison de leur retard ?  

    – Je te remercie de t'être pressé pour nous faire ton rapport, Lian. Je sais ta situation compliquée et je devine que tu n'as pas encore dormi. Mais il est important que nous sachions. Nous ne pouvions prendre le risque d’une communication holographique. La Confédération nous espionne. Or ce qu'elle apprendrait pourrait bien là conduire à entraver notre réponse. Nous l'informerons de ce qui nous préoccupe le moment venu.

    Le grand maître Doo’k Athis avait parlé. L'arkanienne avaient prononcé avec bienveillance des paroles empreintes de sagesse. Son regard blanc avait accompagné son message d'une lueur à destination de Lian qui le vit comme un clin d'oeil. Doo'k était son maître, leur maître, celle qui les avait sorti Elonn et lui des bas-fonds d'Amélone, la planète dortoir des ouvriers de la ceinture de Revêt dans la Zone d'Expansion. Ce jour-là, Doo'k n'avait pas hésité à les prendre son sous aile alors que les deux garnements, du haut de leurs 13 ans, avaient tenté de voler son speeder. La Jedi s'était amusé de leur audace, avait aussitôt décidé de les prendre sous son aile. Décidé ? Disons que la Force lui avait souri tandis qu'elle posait les yeux sur leur jeunesse. Elle les avait ainsi formé durant leurs premières premières années de padwan avant de les assigner à d’autres maîtres. Nommé à la tête du Haut conseil, Doo'k Athis avait hérité d'autres charges.

    C’est bien normal, maître, répond Lian.

    Dans ce cas, tu peux commencer. Raconte-nous ce qui s'est passé.

    Je me trouvais sur Galérade dans la bordure extérieure avec les chevaliers Samson Bienne, Ulu Di et maître Terran. Nous enquêtions sur l’affaire de corruption de l’Assemblée des planètes. Nous suivions la trace d’un seigneur sith, Darth Virgo. Nous espérions récupérer une preuve de son implication dans la loi des quotas d'extraction de chanlon.

    – Une preuve ?

    – Un député nous avait contacté. Il certifiait avoir piraté le brouilleur du sith, enregistré leur conversation. Nous devions récupérer l'enregistrement en échange de notre protection et d'un soutien à sa réforme de la protection des mineurs de la ceinture de Revêt. Malheureusement, il était mort à notre arrivée. C’est à ce moment que j’ai reçu un message. Il indiquait que je rencontrerai Elonn si j’étais capable de rejoindre la planète Oortha en un jour. J’en ai parlé à maître Terran, aux chevaliers Samson et Ulu. Nous avons pris la décision de nous y rendre.

    Sans en référer au conseil, remarque maître Direm Danesh-Pa.

     SI l'écho du masque respiratoire de ce seul représentant de la race Kel Dor donne une atmosphère presque menaçante à son propos, Lian sent également que son statut de membre le plus âgé du conseil ajoute du poids au reproche..

    – J’ai signifié ce que je comptais faire dans un message à maître Doo'k. Je n'ai rien fait en aveugle. Et le maître m’a répondu que la Force était avec moi.

    Maître Doo'k Athis a eu ses raisons de ne pas s’y opposer. Toi, en revanche, tu n’es plus son apprenti. Tu aurais dû tous nous informer. Le conseil doit savoir ce que tu fais dans le cadre de cette affaire. Or tu joues l’affection que maître Doo'k a pour toi contre nous. Tu te sers de sa bienveillance pour mener tes affaires.

    Mes affaires ? objecte Lian. Nous parlons de ma femme. Alors oui, je ne vais pas dire le contraire, je n’ai pas contacté le conseil. Mais rien n'était plus compréhensible. Le temps d'apprendre votre décision, même favorable, et je l’aurais manquée. Mes compagnons certifieront que nous sommes arrivés juste à temps. 

     A temps pourquoi ? L’as-tu ramenée ? As-tu changé quelque chose ?

    Vous êtes sévère, maître Direm, intervient maître Pau Candeleur. Son séjour sur Oortha devrait nous éclairer au-delà de son cas personnel.

    Maître Direm ne relève pas. Lian reprend.

    – Nous sommes sortis de l'hyper espace, nous avons plongé dans l'atmosphère d'Oortha en suivant la trace d'une signature radar. Nous avons aperçu une navette sur une plateforme, nous nous sommes posés à côté d'elle. C'est là que nous avons surpris un droïde sortant de la soute. Il était assez étrange, plutôt grand, orange et blanc, avec un faux air de droïde de protocole. Il devait pirater les données. Nous l'avons confronté mais il a préféré s'enfuir dans le hangar avant de s'enfoncer dans un dédale de couloirs. C'est en le poursuivant que nous avons remarqué que nous nous enfoncions dans un temple Sith. Quoiqu'il en soit, nous l’avons bloqué dans une salle d’entraînement. Plutôt que de se rendre, il a choisi de nous combattre. Il a sorti son sabre laser, une lame blanche.

    – Un droïde qui maîtriserait un sabre ?

    – Pas seulement un sabre. Lorsqu’Ulu s’est approché en sortant son arme pour accepter son duel, le droïde l'a projeté contre le mur à l’aide de la force.

    – Un droïde qui utiliserait la force ? s'agace maître Guon. Je le redis, c'est impossible. Ce ne peut-être qu'une illusion, un simulacre.

    – Croyez-moi, il s'en servait. Il a tout de suite créé une bulle qu’il a projeté à grande vitesse. Maître Terran l’a dévié sans voir qu'une seconde la suivait. C'était subtil. Et cette dernière l'a traversé sans que je puisse intervenir. Visiblement, le droïde nous avait pris très au sérieux.

    – Nous savons pour maître Terran. Le compte-rendu de l’hôpital mentionne plus de 200 fractures.

    – OOn m'en a informé également. J’irai le voir dès la fin de mon rapport.

    – Maître Terran est blessé parce que vous vous êtes jetés dans la gueule du loup, accuse Maître Gado Gans, seul togruta du conseil. Parce que vous vous êtes rendus sans escorte dans un temple Sith ! Parce que vous n'avez pas été précautionneux ! Parce qu'il vous a manqué la sagesse ! Parce que maître Terran a lui aussi beaucoup de compassion pour vous, que cela le rend perméable à votre témérité.

    – Ensuite, fait Lian sans relever l'accusation, j’ai ordonné à Samson de ramener Dan et Maître Terran à la navette puis de se préparer à décoller. Samson m'a laissé seul pour affronter le droïde. J’ai attendu qu’il projette ses bulles. Je les ai arrêtées, amplifiées puis renvoyées. Il a tenté de les éviter mais je leur ai fait changer de direction au dernier moment. Son bras droit et sa jambe gauche se sont désintégrés. Ceci dit, son autre bras s'est déconstruit tandis qu'une jambe de secours prenait la place de l'ancienne. Il en avait besoin pour s'enfuir. Je l’ai rattrapé peu après alors qu'il n’y avait plus qu’une énorme faille devant lui. Il s’est retourné, m’a confié avoir été ravi de notre combat, a espéré me revoir avec de nouveaux bras avant de se laisser tomber en criant son nom : " Rep ". Un vaisseau piloté par d'autres droïdes l'a récupéré dans sa chute pour mieux disparaître dans la faille. A cet instant, j'ai eu un pressentiment. J'ai suivi la Force en remontant par différents couloir. C'est là que je suis tombé sur Elonn et son apprenti. Je l’ai confrontée. Je lui ai dit qu'il y avait du bon en elle, que je pouvais le sentir et qu’elle reviendrait de notre côté.

    – En cela, tu t’illusionnes, répond Direm en le fixant intensément. Il est trop tard pour elle. Comme il est trop tard pour nous. Elle ne peut plus être pardonné.

    Il n’est jamais trop tard.

    L’amour t’aveugle, chevalier. C'est une nouvelle démonstration que l'union des Jedi n'auraient pas dû être autorisé.

    – Vous vous trompez, maître. Vous n’avez rien autorisé. En outre, les Jedi n'ont jamais eu besoin d'autorisation pour aimer. Ils l'ont toujours fait en supportant les conséquences. Combien d'enfants n'ont-ils jamais pu reconnaître ? Combien de doubles vies ? Combien de désertion pour rejoindre leurs familles ? Pire, c'est parce qu'une partie des jeunes finissaient par s'enfuir que le Haut Conseil a dû évoluer. Et pourquoi fuyaient-ils ? En raison de règles poussiéreuses, en raison de l'attraction de la Confédération, de ses corps d'élites commerciales. Non, il n'y a jamais eu d'autorisation de votre part. Ce n'était qu'un impératif, une obligation de reprendre pied, de conjurer la crise des vocations. Il fallait changer les choses au moment où les Siths sortaient de l'ombre, au moment où la Confédération reconnaissait leur culte.

     Nos règles n’étaient pas poussiéreuses, répond aimablement maître Doo'k. Elles étaient exigeantes. Elles menaient au meilleur de la Force, à l’Harmonie, à la Justice. Elles y mènerent toujours, Lian. Les Jedi ont simplement le choix. Mais la voie de la sagesse conduit à se détacher des passions de pour ne faire qu'un avec la Force.

     Pardonnez-moi, maître. Je veux simplement dire qu'il n'est pas trop tard, que je n'ai enfreint aucune règle et qu'il n'y a personne à blâmer. Ni moi, ni les réformateurs.

     C'est ce que je disais, répond Direm en haussant les épaules. Tu ne vois pas ce qui crève les yeux. Ce n’est plus Elonn. Elle est Darth Cinna. Elle est la bouchère de Sevanora. Et ton amour les confonds. Malheureusement, ton attitude te perdra. J'espère simplement qu'elle ne blessera pas d'autres Jedi. Ou pire. Le cas de Maître Terran devrait nous servir de leçon.

     Rien de ce que vous direz n'ébranlera ma foi, maître. Un chevalier n’abandonne pas ses compagnons au côté obscur. Un homme n’abandonne pas sa femme. Et un Jedi n’abandonne pas la Force. Je suis un chevalier Jedi, je le serai jusqu'à la fin. Exactement comme je ferai revenir ma femme. En attendant, j’ai toujours suivi le conseil et je continuerai. J’irai là où on me dira d’aller. Mais je ne perdrai jamais espoir. Je sais à quoi m'en tenir. Je crois en Elonn. Il y a du bon en elle, je le sens. Je ne sais pas ce qu’il s’est passé. Personne ne le sait. Pas vous plus que quiconque dans cette pièce. Elle a disparu il y a 3 ans, en pleine mission. Quelques mois plus tard, elle avait rejoint les Sith. Je ne peux pas l'expliquer. Je peux juste affirmer qu'elle reviendra. Et même si je m'illusionnais, même si j'interprétais la Force en lui imposant mes espérances comme d'autres ont vu l'Elu dans les Skywalker ou un retour miraculeux à l'équilibre dans la galaxie, je la ferai revenir sur le chemin des Jedi. Je la connais depuis que j’ai 5 ans, elle n’a jamais cessé de me surprendre. Alors oui, nous nous sommes trouvés il y a 30 ans. Mais si cela doit me prendre 30 autres années pour la faire revenir alors que la Force soit avec moi. Car elle reviendra. Elle vous surprendra. Elle le fait toujours.

     Maître Direm a raison, Lian, prévient maître Luc Weiler. Tu t'illusionnes. Les Siths jouent avec toi. Ils t’ont informé de l’existence de leur temple. Ils ont voulu te piéger. C'est triste à dire mais ils te font venir quand bon leur semble. Et toi, tu te précipites dès que sonne la cloche.

     A moins que quelqu’un ait  voulu nous informer de cette nouvelle menace, nuance maître Doo'k. Les Siths ne révéleraient jamais leur temple aussi facilement. De même qu'ils ne partageraient aucune information avec nous à moins que celle-ci ne soit critique. Mais termine ton récit Lian, s'il te plaît.

     Je me suis retrouvé dans une grande salle devant Elonn et son apprenti, Darth Marionetis. Il y avait eu un combat, une explosion. La roche était soufflée un peu partout, il y avait des squelettes de statues. J'ai encore découvert des corps de Jedi et de Sith déchiquetés.

    Des Jedis ?

     Celui de maître Adem. Les autres n'étaient pas reconnaissables.

     Adem ? Lui, plusieurs maîtres et leurs apprentis étaient en pèlerinage au temple de Delpe. Ils n'ont pas donné de nouvelles depuis 2 jours. 

     Je vois. Dans ce cas, je suis désolé de vous apprendre leur sort. 

    – Nous le sommes tous.

    – Ensuite, j’ai sorti mon sabre laser pour engager le combat. Elonn m'a ri au nez. Elle a concentré la force entre ses mains, créant une sphère. Puis elle a fait jaillir des éclairs qui ont fui au centre pour mieux se concentrer, briller de plus en plus en plus. Elle a laissé la sphère s'élever tandis qu'elle s'enfuyait. J’ai senti le danger, je me suis retourné, j’ai couru avant d'être projeté par le souffle. Quand je me suis retourné, la salle avait été entièrement rasée. Je les ai malgré tout poursuivis. A mon arrivée, ils s'étaient emparés d’un vaisseau dans un petit hangar, décollant sous mes yeux. Je suis retourné à la navette. J’avais envie de les poursuivre mais Maître Terran était trop mal en point. J'ai tout de même fouillé le vaisseau sur la plateforme, j'ai récupéré la mémoire. Puis nous avons décollé pour rejoindre la station la plus proche. J'ai laissé les deux blessés dans un vaisseau hôpital chalactéen en demandant à Samson de veiller eux. Et je suis venu faire mon rapport

    Je vois. Beaucoup de choses s'expliquent. Néanmoins, serais-tu capable de nous dire apprendre chose sur les droïdes ? Un détail ? Une observation ?

    Non, le reste ne serait que pure spéculation.

    – Très bien, conclut maître Doo'k. Je vais proposer aux membres du conseil de se retirer pour réfléchir aux conséquences de cette information. Des droïdes qui manipulent la force, c'est désormais un fait établi. L'observation du chevalier Euly le confirme. Le message de maître Terran également.

    – Une hérésie, répond Direm. A moins que quelqu'un ait pu synthétiser des midi-chloriens, ces histoires ne tiennent pas debout. Autant dire que je ne crois pas à une création artificielle. Il doit y avoir une autre explication. La Force est naturelle, nous y sommes liés par l'organique, par les midi-chloriens. Ceux-là ne fondent pas seulement notre sensibilité, ils respectent notre volonté. Ils nous connectent à la Force si nous désirons l'être au plus profond. De telle sorte qu'il n'existe pas d'êtres vivants sans midi-chloriens comme il n'existe pas de droïdes capables d'utiliser la Force. Précisément, ce lien organique empêche les espèces intelligentes de jouer au créateur, de changer la structure de notre univers, de casser le principe sur lequel tout repose. La Force elle-même ne le tolérerait pas. 

    – Je partage l'opinion de maître Direm, appuie maître Candeleur, chalactéen d'origine. Le lien entre la Force et les midi-chloriens prévient sa perversion par l'intelligence. Le cycle ne peut-être inversé. La Force est lié à la nature, à l'esprit, au coeur. Les droïdes en sont dépourvues. Ils le seront toujours. Personne ne les liera jamais. Nous n'avons pas ce pouvoir. Nous ne l'aurons jamais. Nul ne l'aura. Même les chalactéens ont essayé et ils n'y sont jamais parvenu.

    – Pourtant, les Sith savent pervertir la Force, fait remarquer maître Guon. Ils auraient pu aller plus loin. 

    – La Force ne prive pas du libre arbitre, objecte maître Direm. Les Sith sont égoïstes, cruels, vaniteux, ambitieux. Mais ils ne sont pas stupides.

    – A moins que leurs créations ne se soient retournés contre eux. Pourquoi ce temple ne figure-t-il sur aucune des listes transmises à la Confédération ? Parce que c'est un lieu secret, destinée à faire des expériences. Des expériences qui ont mal tourné. 

    – J'en doute. Mais nous le découvrirons. Mon point de toute façon n'est pas là. Les Siths ont choisi de faire un usage de la Force à leur image. Mais cet usage n'altère en rien l'ordre de la nature. Or dans le cas qui nous intéresse, nous parlons possiblement d'une monstruosité. Un droïde ne devrait pas pouvoir utiliser la Force. Les seuls exemples dans l'Histoire sont les robots équipés d'inhibiteurs de comportements modifiés, soit des implants organiques dont l'utilisation frisait le pathétique, indigne de la sensibilité d'un padawan de première année. Surtout, là, nous parlons de maîtres dans l'art du sabre, de la Force. Nous parlons de droïdes chez lesquels plusieurs Jedi n'ont senti aucune vie, aucun organe, aucun midi-chloriens. En vérité, seuls des cyborgs ont montré des aptitudes comparables mais il s'agissait d'être vivants mécanisés, non l'inverse. J'ai trouvé plusieurs cas, par exemple celui du général Grievous. A ce titre, je ne crois pas que quiconque ait pu aller plus loin vers la machine puisqu'il ne lui restait que son cerveau, ses yeux et son cœur. Ce qui laisse seulement deux possibilités : soit ces machines sont des cyborgs. Soit un fou a réussi à synthétiser des midi-chloriens. Mais je peux pas y croire. En disséquant l'un de ces fameux robots, nous trouverons un lien organique, c'est certain. La capture devrait être une priorité. Quoiqu'il en soit, dans tous les cas, il ne pourra y avoir qu'une seule conclusion : nous les éradiquerons. Nous les éradiquerons tous. Et si les Siths sont responsables, nous les traduirons devant le tribunal de la Confédération.

    – Restons-en là, termine Maître Doo'k alors que maître Gans s'apprêtait à répondre. Nous écouterons toutes les propositions et toutes les hypothèses cet après-midi en séance extraordinaire. J'en aurais moi-même à présenter. D’ici là réfléchissez et faîtes appel à la Force. Elle nous guidera.

    Les maîtres acquiescent, se lèvent, quittent progressivement la salle dans un silence de mort.

    – Reste, murmure maître Doo'k à Lian. J’ai besoin de te parler.

    Le maître attend que la porte se referme puis reprend.

    – Tu as pu t'approcher d'Elonn ?

    – Oui. J'étais suffisamment près. J'ai fait très attention à ce que vous m'aviez dit.

     Qu’en as-tu pensé ?

    – Elle avait l'air épuisée, tendue. Mais il y a encore du bon en elle. Je l’ai senti frémir en me voyant. Elle le fait chaque fois. C'est toujours plus discret, plus ténu, pourtant je le perçois encore. Elle s’est aussi considérablement renforcée. Si elle était déjà une des rares Jedi à savoir manier les éclairs de Force, elle est parvenue au sommet de son art. La dernière fois, elle avait cassé mon sabre. Hier, elle a créé une bombe de force. En l'espace de 6 mois, elle est devenue beaucoup plus forte. Bien plus que ce nous redoutions.

    – Pas plus forte, Lian. Le coté obscur est plus rapide, plus impitoyable, plus destructeur. Jamais plus fort.

    – Pardonnez-moi, maître. Je voulais dire que son pouvoir avait grandi. Je pense que je pourrai encore l’arrêter de manière traditionnelle. Seulement, elle trouve systématiquement un moyen de s'échapper. Je ne parviens jamais à rester seul assez longtemps pour la capturer. J'ai échoué 4 fois. 4 fois maître. C’est comme si j’étais prévenu uniquement pour la voir s'évanouir.

    – Je comprends ta frustration. Pour autant, ce n'est pas le nombre de fois que tu tentes qui importe mais celui où tu réussis. Sois confiant. En revanche, quelque chose m'échappe, crois-tu que ce soit elle qui t'ait prévenu de sa présence sur Oortha ?

    – Oui.

    – Dans ce cas, est-ce la Sith qui te torture ou son côté lumineux qui t'appelle à l'aide ?

    – A dire vrai, je n’en sais rien maître. Le sait elle-même ?

    – Je comprends. C'est peut-être la clé. Enfin, il me reste une dernière interrogation maintenant que ses pouvoirs ont évolué. Seras-tu prêt à faire ce qu’il faut le cas échéant ? Tu as un pouvoir plus puissant qu’aucun Jedi ni aucun Sith avant toi, Lian. Utilise-le si tu dois t’y résoudre.

    – Si je m'en sers, maître, elle me haïra pour toujours. Et je ne la récupérerai jamais.

    – Malheureusement, tu ne la récupéreras pas davantage si tu meurs. Aie confiance en la Force. Aie confiance en ton pouvoir. Aie confiance en ton amour. Elle reviendra à cette condition. Rien n'est perdu, Lian. Je fais des recherches, j'essaye de comprendre. Je ne veux pas te donner de faux espoirs. Je te dis juste qu'il y en a et que la solution pourrait être plus proche qu'on ne le croit. Je suis sur une piste. Mais tu dois être prêt à utiliser ton pouvoir si je ne comprends pas à temps.

    – Je ne sais pas, maître. Je doute. Si je le fais, je détruirai son monde. Je le détruirai même si elle n’était pas Sith.

    – Dans ce cas, entraîne-toi plus dur, bats-la dans la pure tradition Jedi et ramène-là.

    – Oui, maître. Je progresserai encore. Je vous le promets.

    – Je sais, Lian. Tu feras au mieux pour la ramener. Comme je sais que tu te sacrifieras si les conditions l'exigent. Seulement, je te demande une chose : ne le fais pas pour Darth Cinna. Si tu meurs, meurs pour Elonn.

    – Je le ferai, Maître. Je ne douterai pas le moment venu. J'embrasserai mon Destin.

    – Bien. Tu es devenu sage, mon apprenti. Un vrai maître. Je suis tellement fier de toi. Et tu me vois désolé de voir à quel point le sort est cruel. Mais confie-toi à la Force, laisse-là te guider, médite pour comprendre.

    – Toujours, Maître.

    – Bien. Je voulais te dire également autre chose. La mort de ces Jedi sur Oortha n’est pas un hasard. Il est très probable que les Sith ne les ait pas tués, qu'ils aient été victimes de ces machines. Nous avons eu une visite de deux droïdes il y a plusieurs semaines dans notre académie de Tatouine. Ils ont immobilisés nos maîtres, rassemblé nos élèves, déclamé un discours enflammé sur la vraie nature de la Force avant de prévenir qu’il s’agirait de leur seul et dernier avertissement. Soit nous les rejoindrons, soit nous retournerons à la force.

    – Retourner à la Force ?

    – Mourir, Lian. Mourir...


    ---- Chapitre 3 ----


  • Bonjour à tous, 

    Voici le premier chapitre de ma fan fiction Star Wars intitulée "Année Zéro". Je proposerai un chapitre par semaine. Au programme : des nouveaux pouvoirs, des combats, des retournements, de l'aventure, de la spiritualité, des civilisations, etc... Bref, je vous invite à plonger avec moi dans les étoiles et à monter à bord de grands vaisseaux spatiaux. N'oubliez pas votre sabre laser. 

    Avant toute chose, pour m'introduire, je ne suis pas un fan de la saga mais j'aime l'univers. Je le trouve fascinant. Et cela fait longtemps que j'ai envie de l'exploiter à ma sauce. Pour autant, je dois remercier les tipeurs puisque sans eux, je me serai sans doute pas lancé dans le projet. C'est toujours très motivant de se sentir soutenir. Vraiment, un grand merci à vous. Je dois aussi avouer que le fait d'avoir écrit de longues critiques des films Star Wars 7, Rogue One et bientôt Star Wars 8, m'a donné envie de me frotter au sujet. Je trouve beaucoup plus intéressant qu'un critique propose sa vision d'une oeuvre qu'il conteste plutôt que de rester dans la pure analyse. Alors voilà, je crois qu'on peut faire autre chose avec Star Wars que ces 2 derniers films risibles reposant sur des personnages malheureusement trop creux et des trames aussi peu inventives. 


    Pour ceux qui se lanceront dans la lecture, je ne propose pas là une version tout à fait définitive. Les chapitres seront très lisibles, avec des descriptions mais je pense les reprendre quand tous auront été écrits pour les densifier, donner davantage d'atmosphère. A voir. Quoiqu'il en soit, je suis assez content de l'histoire et je vous conseillerai d'attendre le chapitre 3 qui donnera un bon aperçu de la trame. Je sais que la petite vidéo d'introduction est un peu en retrait alors que ce 1er chapitre part sur les chapeaux de roue, mais j'ai conçu une histoire avec des personnages que j'espère intrigants, riches, nuancés. Enfin, je me rapproche beaucoup plus de l'univers étendu que de la saga cinématographique. Je sais que certains crieront au blasphème vu certaines libertés mais vous verrez aussi de nombreux raccords, des explications que je trouve cohérentes avec le background. Du reste, s'il me semble qu'on peut mettre sa personnalité dans son travail pour en sortir quelque chose qui nous ressemble, je ne cherche pas non plus à réinventer. Je vois Année Zéro comme un prolongement assez respectueux des codes, finalement, avec la volonté de les exploiter ou de proposer une lumière un peu différente. Et je publierai dans le topic Année Zéro du forum du magazine Icare, les critiques que je recevrai.


    Allez voilà, il est temps de commencer. Un petit générique pour introduire l'univers et hop. Que la force soit avec vous !


  •  

     HUIT


    Le vaisseau de Darth Cinna et de Darth Marionetis sort à peine de l’hyperespace. La planète Oortha se dévoile sur l’écran, petite bille en suspension dans la bordure extérieure, de la circonférence d’une demi-lune à peine. L'hémisphère sud se trouve en éruption permanente, terre noire striées de veines de lave, tandis que le nord offre des paysages de glace, abruptes, déchirés. Le vaisseau plonge immédiatement dans son atmosphère, traverse la couche de nuage et de brume. La pluie de grêlons de la taille de ballons sondes frappe violemment la carlingue. L'écho de ce tambourinage se propage dans l'habitacle sans troubler ses deux occupants. Un peu plus bas, sous la neige, le radar dévoile une base creusée au sommet de la plus grande montage. Les plans apparaissent, dévoilent le réseau à l’intérieur de la roche, ses pièces, ses couloirs, ses escaliers qui fuient jusque dans les profondeurs, vers le magma.

    Soudain, des canons s’actionnent. Des tirs lasers bombardent le bouclier du vaisseau. Darth Cinna entame une manœuvre, vrille, verrouille les canons hostiles, tirent plusieurs missiles qui détruisent lles défenses. Son pilotage est vif, précis, sec. Le vaisseau se pose sur la plate-forme d’atterrissage battue par la tempête. La seigneure noire des Sith, Darth Cinna, aux pupilles rouges et jaunes tout juste délimités par un fin liserai bleu, se tient sur la passerelle qui descend vers la piste. Elle se tient droite, drapée dans sa longue tenue noire qui la serre au corps, le visage dans la pénombre de sa capuche, quelques mèches blondes dépassant à peine, tandis que Dath Marionetis porte des vêtements couverts de lanières de métal ainsi qu’un masque noir en forme de main qui ne laisse apparaître qu'un oeil rouge ainsi que la partie haute de la moitié droite de son visage.

     Ils ont pénétré nos systèmes, retourner nos canons, constate Marionetis. Ce n'était pas prévu.

    Non. En revanche, je perçois de la crainte dans ta voix.

     Je crains d'être déçu une nouvelle fois, maître. Je crains de ne pouvoir rien faire.

    Bien, mon apprenti. La peur mène au côté obscur, le côté obscur au pouvoir. Tes sens devraient être aiguisés. Tu perçois quelque chose ?

     C’est très faible mais oui.

     Des vivants ? Des morts ?

     Des morts. Beaucoup. Et autre chose. Quelque chose de ténu, de discret, pourtant d’omniprésent.

    Darth Cinna sourit cruellement avant d'ajouter :

     Intéressant. De tous les utilisateurs de la force, tu es l'un des plus sensitifs. Et pourtant, tu n'identifies pas la menace. C'est une première depuis que je te connais. Depuis que j'ai tué ton maître...

    Tous deux quittent la passerelle, s’engagent sur l’air d’atterrissage. Cinna a dressé un mur de force, une sorte de toit sur lequel s’écrasent les grêlons, pendant qu'ils rejoignent l’entrée de la base. La porte est verrouillée. D’un geste de la main, elle force l’ouverture. L’énorme mur d’acier se lève. 5 corps gisent à l’entrée.

     Des Jedi, annonce Marionetis, penché sur les cadavres.

     Je sais, répond Cinna en observant un des corps coupé en deux. Celui-ci fut mon apprenti. Aken Munsh.

    Marionetis continue d'inspecter les corps.

     Aux blessures, annonce-t-il, leurs ennemis maniaient des sabres laser. Aucun tir, c’est certain.

     Le Seigneur Aetius n'aimera pas. Comment des Jedi ont-ils pu connaître l'existence de ce temple ? 

     Nous trouverons. Combien y’avait-il des nôtres ?

     Une quinzaine de maîtres, autant d’apprentis et les serviteurs initiés. En tout une centaine personne incapables de quitter la planète, ni d'émettre des communications.

     Je vois. S'ils connaissaient l'endroit, c'est que quelqu'un nous a trahi. Malheureusement, nous trouverons pas de survivants.

     Aucune fuite ?

     La force me dit que non mon maître. Je compte 128 cadavres. Et des formes, si évanescentes que je ne puis dire si elles sont mortes ou vivantes.

     Une idée de ce qu'elles pourraient être ?

     Non. Mais je pense que nous saurons vite. On nous attend.

     Oui, je le ressens cette fois. C’est étrange.

     On nous invite.

    Darth Cinna et Darth Marionnetis s’avancent, quittent le hangar, suivent un immense corridor, traverse d'autres salles, chaque fois vides, puis rentrent dans une immense salle. Les lumières sont éteintes. Darth Cinna tend sa main. Des éclairs de force jaillissent de ses doigts, fuient jusqu’au générateur, courent dans les turbines qui se remettent à tourner aussitôt. L’entrepôt s’éclaire entièrement, dévoile ses immenses colonnes noirs, ses arrêtes épurés, les statues de maîtres Sith. Des corps gisent un peu partout, certains ont gardé leur sabre laser dans leur main.

     Quelques Jedi là encore, pointe Cinna, une dizaine. Et les nôtres. Je n’ai pas l’impression qu’ils se soient battus entre eux.

     C'est juste. Les corps des Jedis sont morts depuis peu. Il y a encore de la force. Les nôtres ont été tués il y a plus longtemps.

     Tu en déduis quoi ?

     Que les Jedi ont été attirés sur notre base pour leur tendre un piège.

     Ou pour nous tendre un piège. Des Jedi morts dans un temple Sith non répertorié. Il y a de quoi lancer des hostilités.

    Brusquement, Marionetis tourne la tête. Il a senti quelque chose. Il regarde dans l’encadrure de la porte. Il y fait sombre. Quatre yeux mécaniques d’un rouge rubis percent au travers. Darth Cinna le remarque à son tour.

     Juste un droïde, s'agace-t-elle.

     Ce n’est pas qu’un droïde, Maître. Je sens la force. Presque imperceptible. C’est comme si elle se fondait en lui. Mais elle est là.

    Cinna observe alors plus attentivement le robot, voit le pommeau d'un sabre laser dans sa main. La lame blanche jaillit presque aussitôt, vient faire écho à la sensation de Marionetis.

     Intéressant, réagit Cinna. Je m’en occupe. Analyse ses capacités.

     Oui, Maître.

    Le droïde se précipite. Il court à une vitesse étonnante. Cinna tend sa main, projette une onde de force. La machine se replie sur elle-même, travers l’onde, se déplie, rallume la lame de son sabre et frappe. Le duel commence. Le robot est d’une rapidité étonnante. Pour autant, Cinna pare les coups sans difficulté, s'amuse avec son adversaire, teste ses réflexes, sa dextérité. Quand elle rompt soudain la charge... De son autre main, elle envoie ses charges électriques. Le robot tend sa paume, forme une bulle de force qui absorbe leur puissance.

     Absurde, pense-t-elle en abandonnant les décharges d'éclairs pour mieux serrer le poing. Comment pourrait-il avoir ce niveau ? 

    Elle y concentre sa puissance, l’ouvre subitement alors que le robot se précipite, lame en avant. Des piques de force sortent des doigts de la Sith, transperce la machine qui s’arrête sur place. Le robot est gravement endommagé. Pourtant, il tient encore debout.

     Il a concentré la force sur ses systèmes les plus importants, annonce Marionetis. Il a des réflexes de survie.

     Tu en as assez vu ?

    – Oui, maître. Sa maîtrise de la force est étonnante mais sans doute trop neutre pour que son intensité représente une menace.

    – Neutre ?

     C'est le seul terme qui me vienne en tête. Quoiqu'il en soit, je ne crois pas que ce droïde aurait jamais pu représenter un risque pour ce temple.

     Dans tous les cas, il est temps d’en finir. Nous rapporterons ses pièces. Nous saurons.

    Cinna tend la main vers le robot, serre le poing tandis qu'il se compresse sur lui-même pour ne devenir qu’une vague boule de métal et rouler sur le sol.

     En soi, ce n’est pas tant sa maîtrise qui m’interpelle, reprend-elle. Le problème est ailleurs. As-tu senti quelque chose d’organique ? Même un résidu ?

     Aucun.

     Je vois. En théorie, seul un organisme vivant peut utiliser la force. De sorte que cette chose ne devrait pas être concevable. Et, malgré tout, je l'ai devant moi, je l'ai combattu. Je sais bien qu'il y a déjà eu des mélanges d’êtres vivants et de machines capables d'utiliser la force mais la base était toujours organique. Là, il n'y a rien. Je ne sens rien. Mais il faudra l'analyser. Chercher des midi-chloriens. Un être artificiel ne devrait pas pouvoir utiliser la Force. Ça n'a pas de sens.

     C’est peut-être pour cette raison qu'elle est si ténue. J'ai l'impression de quelque chose de très particulier, d'à la fois familier et de distant.

     Même particulier, il n’aurait jamais pu détruire ce temple.

     Lui non mais avec les autres, si.

    Des dizaines d’yeux se découvrent au fond du couloir sur lequel donne la porte de derrière. Une trentaine de robots identiques au premier s’avancent sans un mot. Les lames blanches jaillissent de leur sabre.

     Puis-je m’en charger, Maître ? demande Marionetis alors que les robots enjambent les cadavres des Jedi. J’aimerais savoir jusqu’où va leur perception.

     Tu peux.

    Les droïdes continuent d’avancer parmi les cadavres. Marionetis tend le bras vers l’avant. Soudain, les robots s’arrêtent. Ils fixent les corps des jedis sur le sol, là juste à leurs pieds.

     Ils sont très sensibles à la force, remarque Marionetis. Ils ne comprennent pas ce que je suis en train de faire mais ils sentent ma manipulation. Ils ont une perception proche de la mienne. Des senseurs...

    D’un geste de la main, les cadavres des Jedi s’animent alors que les robots les surplombent. Les anciens cadavres attirent les sabres lasers tombés à terre, font jaillir les lames et tranchent d’un coup la moitié des machines. Les autres robots se regroupent, les affrontent avant d’être dépassés par la puissance de leurs opposants. Lorsque la dernière machine s’écroule, tranchée en deux, les Jedi retombent inanimés. Les sabres roulent sur le sol.

     J’aimerais récupérer des sabres également.

     Fais-le, répond Cinna. Je les apporterai au conseil.

    "Malheureusement, je ne peux pas vous laissez faire ça", résonne une voix métallique depuis le fond de la pièce. "Rien ne sortira d’ici." 

    A cet instant, un autre robot se découvre, plus racé, plus grand, un droïde à l'apparence assez noble. Il est drapé dans une sorte de moulure blanche qui épouse l'arrière de son corps, forme au sommet une  capuche sous laquelle perce une bille bleue artique, une iris posée sur un disque en argent. A l'intérieur circulent des câbles torsadés bleus nuit et gris qui courent sur le reste de son bustes, parfois jointoyés pour former les épaules, les muscles, le tronc. Ses deux bras se terminent par trois  imposants doigts de métal, ses deux jambes s'achèvent à l'identique. 

     En voilà un qui parle, s'étonne Marionetis.

     Nous parlons tous. Les Jedi à vos pieds pensaient que nous parlions trop. Désormais, ce sont eux qui ne disent plus rien. A moins, bien sûr, que vous ne puissiez faire murmurer des pantins ?

     Qui est le plus pantin des deux : les corps que j'anime ou le droïde qui suit un programme ?

     Encore un qui ne comprend pas. Nous sommes des centaines de voix propres, des centaines de personnalités. Bientôt, nous serons des milliers. Et vous ? Combien de Siths après la destruction de votre temple ? Combien de divisions ?

     Je ne sais pas. Un seul connaît notre nombre. Mais même si nous n'étions plus que deux, cela me paraîtrait suffisant. Certaines choses ne changent jamais.

     Nous verrons cela. Je constate en tout cas que votre Seigneur Aetius n'a pas envoyer n'importe qui. Un marionnettiste... La Force est pleine de surprise. A tel point que j'aimerais savoir si ton pouvoir marcherait sur nous.

     Je me posais la même question.

     Je sais. Je peux sentir en toi le désir de les réanimer. Vas-y, je t'en prie. La force ne les a pas encore quittés. Essaye de les manipuler, investi leurs automatismes. 

     Merci pour la permission, s’amuse Marionetis.

    Darth Marionetis tend sa main, cherche la Force dans les créatures, puis rabaisse le bras.

     Je ne peux pas. La Force est trop ténue. Mais tu l’avais deviné, n'est-ce pas?

     Je l'ai compris en te voyant manipuler les Jedi. Il n'y avait plus de vie en eux, juste la Force.

     En m’observant qu'une seule fois ?

     Mon programme l'a analysé. Le même qui m'annonce que tes pouvoirs ne suffiront pas. Il n’y a pas assez de corps dans cette pièce pour me vaincre.

     Décevant. Ou encore un qui ne comprend pas, devrais-je dire pour reprendre tes mots. Rien n'est plus faillible qu'une machine qui base sa stratégie sur des calculs de probabilités. Pourquoi penser que je me cache derrière ma manipulation ?

     Je vois. Dans ce cas, le combat risque d'être intéressant. Plus intéressant qu'avec les autres.


    D’un coup les Jedi se relèvent. Ils attirent les sabres lasers et chargent le dernier robot. Cette fois, ils se font tailler en pièce. Le style de ce nouvel ennemi est virevoltant. La lame de son sabre sort et disparaît en quelques micro secondes. Il bloque un coup, fait disparaître le laser qu'il rallume juste derrière et transperce chaque Jedi comme si de rien n’était. Ils s’écroulent.

     J’espère que tu te bas mieux que tes pantins.

     Remarquable, murmure Marionetis le visage stupéfait derrière le masque. Tu ouvres de nouvelles perspectives.

     Toi aussi à ta manière. Contrairement aux autres, tu ne ressens pas d'inquiétude, tu ne fais appel à la peur, au courage. Je dirai presque que je perçois une joie.

     Plutôt une révélation. 

     C'est aussi ce que je ressens maintenant en ayant affronter tes pantins. Je n'aurais pas cru qu'il était possible de ranimer des corps. J'aurais même une question si tu me le permets. J'aimerais savoir combien de temps dure la manipulation ? 

     Tout dépend du moment où j'en prends possession. Si la connexion est suffisante, je peux réanimer n'importe quel corps. Mais je ne peux pas prolonger la symbiose avec les midi-chloriens. Eux aussi meurent. Seulement, ils le font plus lentement, après l'hôte. En attendant, je peux m'en servir comme vecteur. Entre nous, nous sommes connectés à la Force dans des proportions que peu de Jedi ou de Sith imaginent. Nos corps en gardent la mémoire et réciproquement. Comme ce n’est qu’une mémoire, cela veut dire que mes pantins sont moins forts que les originaux, dépourvus de volonté, de personnalité, d’adaptation, d’anticipation. Ce sont juste des corps qui se meuvent en souvenir de ce qu'ils ont été. Mais ils restent techniquement du même niveau. Et ils ont surtout un avantage que tu ne vois peut-être pas.

     Lequel ?

     Ils sont déjà morts.

    D'un coup, les Jedis se relèvent. Marionetis sort son sabre laser, dévoile la lame turquoise.

     J’ai de la chance, s'extasie le robot. Nous avions choisi ce temple pour apprendre vos secrets, nous mesurer. Je ne pensais pas que je tomberai sur quelqu’un d’aussi talentueux. Quelqu’un qui nous sente et qui puisse exercer ce degré de maîtrise de la Force. Combien de corps peux-tu manipuler à la fois ? C'est ça le coeur de ton pouvoir.

     C’est une question à laquelle je répondrai une autre fois, se résigne Marionetis en rentrant sa lame. Tu ne le sens peut-être pas mais tu es la proie de quelqu’un d'autre. De quelqu'un de beaucoup plus fort que moi.

    Les Jedi retombent inanimés. Le robot tourne la tête, découvre le regard brillant et le sourire cruel de Darth Cinna.

     Je vois, fit-il. Le maître à la priorité.

     Toujours.

     C'est à mon tour, se délecte Cinna. Cette capacité à allumer et éteindre ton sabre aussi vite, c’est quelque chose de saisissant. Tu m'appartiens. Je vis pour ces moments.

     Dans ce cas, ta vie a bien peu de sens.

     C'est le seul possible. Mais avant de te détruire, donne-moi un nom ? Un numéro de série ? Je veux savoir qui figurera au panthéon de mes victimes.

     Huit.

     Huit ? Décevant.

     J’ai choisi mon nom pour sa perfection, sa signification. L'ironie, c'est que je ne savais pas encore que j'étais le huitième. Mais je ne crois pas qu’une Sith serait à même de comprendre. Tu es comme les autres. Tu finiras comme les autres.

    Le droïde se précipite à une vitesse sidérante. Cinna tend sa main, tente de le projeter avec la force quand il se déporte sur le côté d’un bon fantastique. Il sort sa lame blanche de son sabre, attaque sur sa gauche. Cinna, sort la sienne, rouge. Elle pare. La lame de Huit disparaît, réapparaît. Cinna ne peut rien anticiper ni prévoir, juste parer, éviter. Encore parer. Puis elle sent brusquement l'ouverture, elle attaque, il pare. Le combat s'équilibre lorsque Huit sort un deuxième sabre. 

    Cette fois, Cinna ressent la peur. Cela devient difficile pour elle de savoir quelle lame va sortir, rentrer, s’il s’agit d’une feinte. Les coups sont plus rapides, elle sent qu’elle perd le contrôle du combat. Si vite… Trop vite… Aussi dès que la première lame vient parer son coup, elle insuffle des éclairs sur son sabre. Ils s'ajoutent. Huit est surpris. Son premier sabre surcharge au contact avant de casser sous l’action combiné du laser et de l’électricité. Cinna profite de la faille, lui coupe son autre bras et sa jambe puis le projette avec la force.

     Je ne croyais pas cela possible, murmure-t-elle, la bouche barrée d'un rictus terrifiant. Mais je n’étais pas de taille. Tu manies mieux le sabre que moi. Tu le manies mieux et je déteste cette sensation. Tu es dangereux pour nous. 

    Le robot s’est relevé difficilement. Il tient sur une jambe.

    Cinna tend son bras. "Mais c'est fini", lance-t-elle. 

     Fini ? tance le robot. Pour qui ? 

     Ecarte-toi, crie soudain Marionetis à Cinna.

    Les têtes des droïdes dispersés dans la pièce explosent au même instant avec violence. Leurs yeux ont brillé une dernière fois suivie d'une détonation phénoménale. Lorsque la fumée se dissipe, les corps des Jedi morts ont dressé un mur tout autour de Cinna et de Marionetis. Le rempart de chair est déchiqueté mais il a tenu.

     J’ai bien fait de te garder comme apprenti. 

     Merci Maître. 

    Les corps des Jedi retombent et laissent la salle desespérement vide.

     Il avait un plan pour s'échapper.

     Je sais.

     Lui et les 7 autres. D'autres droïdes. Ils nous observaient. Ils se réservaient l’explosion pour préparer leur fuite. Prévoyants même si je ne crois pas qu'ils s'imaginaient être surclassés.

     Peu importe. Il a fallu que j'abatte ma meilleure carte. Le Seigneur Aetius n’aimera pas ça. Ils n’étaient qu’une poignée. Ils ont écrasé ce temple.. Ils nous ont humilié.  Il m'a humilié. Une centaine de Sith, des Jedi. Et j'ai dû briser son arme.

     Je ne crois pas qu'ils aient littéralement écrasé ce temple. Les 7 autres semblaient endommagés. Et nous ne connaissons pas leurs pertes. Il y a une différence entre ceux qui se sont enfuis et les premiers que nous avons combattu. Une différence énorme. Reste qu'il n'est jamais une bonne idée de compter sur le nombre pour faire grandir le côté obscur.

     Cette décision ne nous appartient pas.

    Soudain, un cri retentit derrière eux. Un cri puissant, sorti du fond du coeur, un cri qui porte le prénom de Cinna. Son prénom avant de devenir Sith :

     Elonn !

    La Sith se retourne, découvre 5 Jedi. L'un d'entre eux lui décoche une sourire de dégoût..

     Lian. Encore toi.

    ---- Chapitre 2 ----


    ps : je terminerai chaque fois sur une musique de Star Wars. Là, je commence avec le thème de Darth Revan.


L'Empereur Homme-Fraise

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  • Ho ho ho, c'est bientôt Noël,

    Voilà l'occasion de vous parler de mes références en terme de série B exploitant un monstre. Parce qu'il n'y a rien de mieux que de voir un chouette film de streum pendant les vacances de Noël (ah un cri dans l'océan sur ce bon vieux lecteur dvd de ma PS2). 


    Bien sûr, il serait sans doute idéal - avant de commencer - que je vous donne ma définition de la série B. Historiquement, les séries B correspondent à des films à petit budget projetés dans les salles de cinéma américaines dans le cadre d'un double programme (2 films pour le prix d’un). Depuis, le terme a beaucoup évolué pour devenir très passe-partout. Pour autant, j’aimerais apporter ma définition qui se rapproche finalement de la première. En effet, à mon sens, la série B continue de proposer ce double programme mais cette fois en un seul film. Ce dernier est alors constitué par un genre très précis (action, horreur, science-fiction) auquel s'ajoute l'intervention de la comédie. Oui, pour moi, une série B se définit avant tout par l’humour qui constitue son caneva et participe de son esprit si séduisant. Piège de Cristal n’est pas qu’un film d’action. C’est aussi une comédie grâce aux personnages truculents et aux répliques explosives de John McClaine. C’est cet aspect humoristique qui fait toute la jouissance de la série B. De sorte qu’au sein de cette famille, on trouve naturellement des films de monstres, c’est à dire qui réussissent à la fois dans leur domaine mais qui y allient le comique de manière exceptionnel.Si vous voulez rire et frissonnez en même temps (parfois plus l’un que l’autre), voici ma liste de quelques immanquables avec leur bande-annonce. En espérant qu’elle vous pousse à me conseiller des films. Rien de tel que de découvrir une bonne série B monstrueuse.


    - Un cri dans l’océan

    Pour moi, la série B parfaite. De manière générale, j’aime beaucoup ce que fait Stephen Sommers. Or avec ce film, il a tout compris : une créature originale, un casting aux petits oignons (Famke Jenssen), une histoire cool, des rebondissements, du gore et des répliques qui piquent salement ! Je le regarde tous les ans et, tous les ans, c'est le même plaisir.

  • - Peur Bleue

    THE film de requin !! Là encore, gros casting (Thomas Jane, Samuel L Jackson). Surtout, un long métrage qui vaut son pesant de cacahuètes pour ses scènes d’attaques, ses grands moments de rigolade, ses surprises et son rythme parfait. Je l'ai vu 2 fois au cinéma. La 3ème fois, l'ouvreuse m'a refusé l'entrée car j'étais le seul à être venu pour la séance. Les gens sont fous, que voulez-vous ! 

  • - Horribilis 

    Quand une créature extraterrestre vient s’emparer du monde en commençant par une petite ville, ça commence bien. Surtout quand cette dernière se compose de péquenauds, de couples mal assortis et de son maire hyper vulgaire. Avec Nathan Fillon.

  • - Lake Placid

    Sans aucun doute le plus drôle grâce à ses répliques monumentales. Honnêtement, si vous ne l'avez pas vu avant vos 50 ans, vous avez raté votre vie. :D A voir en famille puisqu'il est court et pas gore (il met une belle tension sans pour autant abuser d'artifices faciles).

  • - Starship Troopers

    A mon humble avis, l'un des plus grands films jamais réalisés : c'est mordant, délicieux, parfaitement mené avec un casting tellement pas évident sur le papier mais qui fonctionne pourtant merveilleusement. L'une des claques de ma vie au cinéma et le premier dvd que j'ai jamais regardé. C'est le modèle de la série B avec du streum puisqu'elle contient en plus un discours politique aussi ironique qu'acide. En fait, si la plupart des séries B ne volent pas très haut, le sous-texte de celle-ci résonne chaque fois. Voulez-vous en savoir plus ?

  • - Anaconda

    John Voight, Jennifer Lopez, Ice Cube, Owen Wilson, que dire d'autre ? Drôle, bien mené, avec ses effets spéciaux toujours corrects (si si, arrêtez de faire la fine bouche, c'était bluffant à l'époque et ça a bien vieilli). Je l’ai vu 3 fois grâce à la fête du ciné (à l’époque où on payait 10 francs) et j'ai adoré chaque séance. La réplique du film ? « Petit colibri ». Et si j'avais pu, j'y serai allé une quatrième fois.

  • - Tremors

    Le plus farfelu mais aussi l’un des plus géniaux et barrés. Pour moi, le cinéma, c'est ça. Une espèce d'énorme délire bien loufoque où on sent que tout le monde a pris du plaisir : des scénaristes aux producteurs en passant par le réalisateur, les acteurs et les spectateurs. Ahah, du tout bon (le reste de la saga est bien cool).

  • - Dog Soldiers

    Des loups garous, du bidasse, beaucoup d’humour, un côté burlesque et une atmosphère très particulière, assez cottage. A voir absolument. En fait, le cinéma anglais produit pas mal de séries B horrifico-fantastiques très sympas. Limite, ça mériterait un article à part. 

  • - Frankenfish

    C'est fauché mais pas trop, pas super bien fait mais très cool à la fois. C'est drôle, bien senti, on rigole, les répliques fusent, ça charcle. Ouaip, super moment.

  • - Pacific Rim

    Non, je déconne. Histoire bidon, personnages insupportables, clichés neuneus, humour zéro, casting foireux. C’est pour moi l’exemple de la série B forcée qui réussit nul part.

  • - Kong : Skull Island

    Sans conteste, l'une des pires séries B de ces 10 dernières années (ça se bat à la lutte avec Pacific Rim). On dirait un film des producteurs de Resident Evil : Chapitre Final, écrit par les scénaristes d'Independance Day 2, réalisé par le yes man de Jurassic Park World, librement inspiré de La Grande Muraille de Yimou Zhang et drôle comme une comédie avec Jennifer Aniston. Cerise sur le gâteau, les incrustations et la balance des couleurs parviennent à convoquer le fantôme de Capitaine Skye et le Monde de demain. Je ne pensais pas qu'il était possible de saboter un univers à ce point. C'est quasiment hors de proportion. En résumé, c'est une sorte de parodie de film de guerre et d'aventure au pays de King Kong avec la collection de tous les effets spéciaux les plus désincarnés réalisables avec un budget de 200 millions et la petite touche intellectuelle (oh les références bien appuyées à Joseph Conrad) qui sied comme une rose dans une fosse sceptique. En fait, le seul qui s'en tire, c'est Tom Hiddleston.

  • - Mentions honorables

    Pour être honnête, il faut que je revois certains films afin de les glisser dans les immanquables que j'ai présentés plus haut. De mémoire, The Host était exceptionnel (vu au ciné, c'était mortel). De même, je pense faire une section spéciale vampires -bah, ça peut se considérer comme des monstres, non ? - en plaçant 3 bijoux (dont le génialissime Génération perdue). Mais pour ce qui est des mentions honorables et sous réserve que je change d'avis en les revoyant parce que pour certains, ça fait un bail, je dirai : Piranhas 3D, Arack attack et le Loup Garou de Londres. De chouettes films sans atteindre non plus des sommets. Surtout pour les deux premiers.

Ce qui m'a gêné dans "Ça" !

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  • Film d'horreur de l'automne, apprécié tout autant par la critique que par les spectateurs, Ça tient du divertissement de qualité mais manque de substance pour en faire le bijou décrit par certains et certaines. Voici en tout cas les principaux points qui m’ont interpellé :


    Le casting

    L’un des défauts du film repose sur la difficulté non à percevoir la bande de copains comme homogène (le quatuor du début fonctionne merveilleusement) mais à y intégrer les pièces qui vont progressivement s'y ajouter. En effet, deux personnages vont vite se greffer aux « ratés » : Beverly, la fille de la bande, et Mike, le jeune noir. Ici, l'adolescente est la première à poser problème puisqu’elle s’avère trop âgée et surtout trop mature pour se fondre dans le groupe. Si l’actrice possède environ 12 à 18 mois de plus que le reste du quatuor, à un âge où un tel écart s'avère essentiel, elle possède surtout des traits d’adultes et un talent bien supérieur aux autres membres de la distribution. De sorte que l’enfance a quitté ses expressions, ses gestes, son allure. Finalement, à travers Beverly, on ne navigue plus dans cette jeunesse à l’aube de l’adolescence mais on entre, tout au contraire, dans cette dernière. On comprend évidemment les raisons de ce choix et la difficulté qu’il y aurait eu à sexualiser une enfant plutôt qu’une ado. Pour autant, le contraste est gênant.


  • Il en va de même pour Mike. Son absence de charisme, son physique étrange (l’acteur a 17 ans) en font un boulet que l’équipe traînera jusqu’à la fin. En soi, le comédien n'est pas si mauvais mais il est dépourvu de l'aura nécessaire et vient faire tâche dans la bande (en plus d'être une sorte de doublon du petit gros, lui aussi étant pour le moins enveloppé). En vérité, toute la difficulté d’un casting d’enfants consiste à réussir la création d’un groupe complémentaire pour mieux faire naître une alchimie, une empathie. Or en choisissant une actrice trop mature et un autre trop impersonnel, Ça ne réussit jamais à élargir la bande de copains pour créer LE club des ratés.


  • Pop Horreur

    La première moitié du métrage offre un excellent dosage d’horreur et de tension. Étrangement, on lui a pourtant reproché de ne pas faire peur. Il me semble pourtant que ce reproche ne tient pas. La mort de Georgie en offre un aperçu. Le gore surprend par la mâchoire qui sectionne le bras, le sang qui jaillit en abondance tandis que la disparition du gamin dans les égouts, sous le regard du chat, donne un mélange d’implicite et d’explicite particulièrement efficace. Il en va encore de cette scène saisissante du garage, de son petit effet 3D-sans-lunettes du plus bel effet. On pourrait également citer d’autres scènes angoissantes comme celle du tableau dans le bureau du rabbin ou cette autre dans la salle de bain, dure et spectaculaire. Pour autant, plusieurs séquences sont moins réussies ou, quand elles fonctionnent, c'est pour venir rappeler certains modèles, déniant au métrage une partie de sa créativité voire de son identité. Ainsi sent-on grandement l’influence du Silent Hill de Christophe Gans que ce soit dans le travail de la chair, de la difformité, dans la composition de certains plans ou bien sûr dans cet esprit général de glissement/superposition entre la réalité et le monde de l'horreur. Une influence évidemment édulcorée. On pense à ce corps sans tête qui poursuit Ben dans la bibliothèque, à ces mains brûlées vives qui tentent de pousser la porte peu avant que celle-ci ne s’ouvre sur un Grippe-Sou caché derrière un rideau de plastique dans une posture mystérieusement épouvantable.



  • Malheureusement, on trouve également des tableaux beaucoup plus pauvres qui cèdent davantage à la pop culture contemporaine avec sa présence impérative de zombies, de jump scares. En cela, l’utilisation du lépreux se révèle presque contre-productive. De même, le côté très scolaire de la maison hantée avec ses enfants séparés et sa succession de moments stéréotypés diminuent l'intérêt sans pour autant nous priver de belles sensations. Au final, il y a presque une opposition entre des moments très travaillés, riches et d’autres beaucoup plus faciles donnant l’impression de vouloir satisfaire un public jeune pour lui offrir ce qu’il est venu chercher : des montagnes russes, un terrain conquis. De la même manière, il y a de la paresse à utiliser trop souvent les mêmes procédés, quitte à amenuiser les effets (la mâchoire et la démarche ultra rapide/saccadée du Gripsou revenant, par exemple, un peu trop à mon goût).

  • Les adultes

    Autre point dérangeant, celui de la quasi absence des adultes. En effet, non seulement les parents sont trop peu présents et mais les « grandes personnes » n’existent jamais vraiment. Le film sacrifie clairement cette dimension. A tort, me semble-t-il, puisqu’au fameux « show, don’t tell », il préfère s’appuyer sur le récit des "ratés" pour expliquer les réactions aux disparitions. C’est là une faiblesse puisqu'en supprimant le regard des adultes, en empilant les avis de recherche, Ça rate à la fois un angle pertinent mais encore une caractérisation des événements et fatalement une épaisseur supplémentaire. Sans oublier ce cadre oppressant où Grippe-Sou aurait trouvé dans ces adultes des sortes de complices ou de "malgré-nous". Finalement, à travers leur absence, c'est la ville de Derry elle-même qui se trouve privée d'un portrait complet. D'évidence, on aurait pu imaginer la séquence d'un conseil parents/professeurs destinée à évoquer publiquement les dernières disparitions ou même une simple discussion hors-champ pendant l’enterrement d’un cercueil vide avec l'objectif de révéler le déni planant sur Derry. Pire, le deuil lui-même est trop absent alors qu’il aurait pu s’agir de la pierre angulaire : deuil de l’enfance, deuil des autorités et des figures d’autorité incapables de protection ou d'écoute, deuil des camarades (uniquement vu par le prisme de la mère qui guette sa fille devant le lycée ce qui représente une contradiction avec le discours tenu sur les adultes). En cela, Çaéchoue à faire de son sujet une matrice capable de le nourrir tout du long, d’offrir l’opposition de la vision des adultes et des enfants, des innocents et des coupables pour en sortir un axe fort. En outre, les seuls adultes que l’on rencontre véritablement sont les géniteurs des "ratés". Et s'ils sont caricaturaux, ils peinent en sus à donner une image solide des habitants. Il en va aussi bien du père qui abuse de sa fille que de la mère possessive. En fait, il manque les parents démissionnaires, les absents, les lâches, les rigides, les faibles, les rationnels, ceux qui se cherchent perpétuellement des excuses. Bref, à exclure les adultes ou à les renvoyer à quelques figures extrêmement simplifiées, leur regard manque non seulement pour tendre un miroir à cette jeunesse mais encore pour développer le discours et épaissir l’atmosphère d'angoisse et d'isolement.


  • Le clown

    J'avoue être relativement partagé sur l'apparence (et non le jeu, excellent) de Grippe-Sou. D’abord parce que celui-ci me fait penser à une sorte de Pierrot-la-lune un peu poupin : des couleurs claires, unies, une recherche esthétique, des lignes douces, de bonnes joues, la bouche en cul de poule. En définitive, le personnage n’est en soi ni vraiment effrayant ni franchement clownesque. De telle sorte que la recherche artistique du maquillage diminue la tension des apparitions tandis qu'il faudra à l'acteur d'excellentes grimaces, ponctuées de très bons trucages (prothèses, SFX), pour susciter l'angoisse. En revanche, il peut avoir une attitude de séduction particulièrement intéressante mais qu’on retrouvera peu (d'abord à travers son interaction avec Georgie, ensuite avec la séance des diapositives). Finalement, alors que le Grippe-Sou du téléfilm était repoussant, comme tout bon clown qui se respecte (entre nous, c'est ignoble un clown), la nouvelle version rechigne à la laideur. Et c’est peut-être là un autre paradoxe. Car le film lui-même est très soigné avec une photo absolument magnifique et des environnements jamais vraiment laids ni répugnants (contrairement à Silent Hill soit-dit en passant). Il y a presque une contradiction inhérente à donner à un sujet d'horreur une apparence trop lisse, du moins esthétiquement. D’autant plus qu’on observe des manquement, des demi-mesures. Par exemple, le pourpre est la couleur d’annonce de Grippe-Sou. Elle fonctionne avec les ballons mais aussi avec certains éléments du décors, comme le panneau de sortie lorsque Ben ramasse les œufs. Malheureusement, cette idée d'un fil conducteur "pourpré" va finir par disparaître. Les éléments les plus identitaires, trop mécaniques et de courte haleine, finissent par s'épuiser ou se perdre au lieu de suivre le monstre et les enfants jusque dans son antre.



  • Années 80

    Dans Ça, les années 80 font office de madeleine de Proust aussi bien pour les trentenaires et quarantenaires qui les ont connues jeunes que pour les générations suivantes qui les fantasment (bon, entre nous, c'était top). A ce titre, j’ai beaucoup apprécié l’utilisation de la musique de The Cure, sans doute le groupe qui exprime le mieux la nostalgie (In between days, Close to me, Friday I'm in Love, Boys don't cry pour ceux qui aimeraient découvrir). Le souci principal tient malheureusement dans la reconstitution idyllique de cette époque, à travers ses boys band (les New Kids On The Block), ses gadgets, son esprit mais aussi une photo trop lustrée, très lumineuse. Ici, toutes les dimensions viennent en renfort du bon vieux temps, de l'empathie, du confort. Or en refusant de présenter toute la ringardise, l’aspect malsain et hypocrite de ces années (les scandales financiers, sanitaires, la drogue, les jouets biens dégueus façon les crados), le film désamorce une partie de sa tension. En fait, et c’est là tout le paradoxe, il est question ici de biberonner le spectateur à coup de nostalgie, d’enfance, de jeunesse et de le mettre en prise avec un Grippe-Sou revêtant lui-même cet aspect presque douillet. Le tout pour retomber dans les travers du cinéma de notre époque - affadissement, recyclage - à la manière de ces films trop démonstratifs qui finissent par s’épuiser, se contentant de touches d’originalité dans des canevas trop balisés. Enfin, il me semble que cette volonté de faire revivre les années 80 autour d'une bande de copains ne devrait être pas être utilisée comme le décorum d'un Goonies certes effrayant et viscéral mais plutôt comme la matière première d'un film où les enfants seraient les proies de leur époque autant que de leurs peurs. 



  • En conclusion,Ça est globalement très maîtrisé, efficace, mais il doit supporter le paradoxe de réussir un film d'horreur "doudou" à la gloire de l'enfance et des années 80, tout en donnant à la jeunesse d'hier et d'aujourd'hui ce qu'elle recherche désespérément : une bulle de réconfort qui n'éclatera jamais. De ce point de vue, la réussite est remarquable.


    ps: je fais pas gaffe mais je partage souvent des petites critiques de film sur mon FB (pas la page fan, j'oublie de c/c dans 95% des cas ). Donc allez voir Blade Runner en salle si vous le pouvez. Ca vaut largement le déplacement. Idem pour Seven Sisters que j'ai adoré. Même Thor Ragnarok, c'était étonnament cool alors que j'apprécie rarement les films de super héros. De même, j'avais été très impressionné par Kingsglaive. Puis j'avais recommandé aussi quelques séries : Frankenstein, L'Exorciste et surtout The Expanse, Ash versus Evil Dead et Westworld.


    edit : à propos du retour des années 80-90. Chouette vidéo de Tatiana Ventôse :


  • Bonjour à tous,

    Le 10ème extrait de Thrènes est désormais disponible. Il se veut plus dynamique, plus tranchant et plus typé "action" si j'ose dire. J'en profite d'ailleurs pour remercier tous les tipeurs qui ont financé ces publications et continueront à le faire. D'autant que cette fois, nous avons réalisé un petit clip avec Corentin Guillaume.

  • A présent que vous avez pu voir la vidéo, j'aimerais revenir sur sa création. En fait, j'essaye toujours d'imaginer des visuels. Pour Marmosa Mexicana, j'étais venu avec un montage très précis que Dan avait appliqué. Là, j'avais réfléchi à un visage caché sur un écran. Et puis je me suis dit que j'avais déjà vu un procédé similaire quelque part. Je suis alors retourné voir des cinématiques de Deus Ex : Human Revolution et je suis retombé sur le modèle qui a finalement servi d'inspiration. Alors est-ce qu'on peut parler de plagiat ? Non. D'abord, parce que je le cite ici comme référence. Ensuite, parce que je n'ai pas eu besoin de Deus Ex pour avoir cette idée. En revanche, j'ai cherché dans ma mémoire quelque chose d'approchant pour des questions de facilités. Créer une vidéo de A à Z était juste impossible. Enfin parce que ça reste tout de même assez différent (concept, ambiance, histoire, etc...). Le but de la vidéo n'est pas du tout de cacher un personnage, de verser dans la conspiration mais de crypter et d'imposer un message. On aurait pu poser un vrai visage ce qui m'aurait plu mais cela aurait été absurde sans charadesign (on aurait acheté une tête dans une banque de données) et surtout sans animation. Quoiqu'il en soit, Human Revolution nous a servi de modèle.

  • En outre, il faut bien voir les contraintes de temps ou de matériel pour Corentin. J'avais pensé à différentes choses, des messages textes, des discussions sur l'écran, des trajectoires, des mouvements de caméra. Puis finalement, j'ai proposé un grossissement en début et un rétricissement à la fin pour donner un peu de dynamique. J'ai aussi acheté une image de vaisseau spatial pour le décor. Parfois, il y a aussi des limites dues à ce qu'on peut récupérer. Par exemple, j'aurais aimé que la planète Mars tourne plus lentement et surtout qu'elle traverse l'écran de gauche à droite pour donner l'illusion du mouvement d'un vaisseau spatial. Malheureusement, c'était impossible en raison même de la vidéo d'origine. J'aurais aussi aimé qu'on change le visage, qu'on fasse des visages différents pour les hurlements à la fin. Cette fois, cela aurait demandé trop de travail. J'espérais aussi pouvoir les multiplier plusieurs fois à la fin mais cela demandait des ressources en termes de performance et de puissance que nous n'avions pas. Mieux, si on avait eu du temps, on aurait pu tester un vrai début à la Resident Evil. Je parle de l'excellente introduction du film avec un scale assez génial (le fameux grossissement de l'image).

  • En conclusion, je suis vraiment très content de cet extrait qui me plaît beaucoup. Et j'assume parfaitement les références et les inspirations. Je regrette juste de ne pas avoir gardé la première version de l'audio, plus professorale et calme pour vous montrer la différence. Et pour ceux qui se posent la question, la piste audio provient du film Interstellar qui m'a réconcilié (légèrement) avec Christopher Nolan. Je dois avouer que la plupart de ses films me déçoivent terriblement même si Dunkerk restait une vraie expérience en Imax. Mais son cinéma s'avère tout de même très creux, et peu esthétique.

    ps: dans les prochains extraits, on trouvera deux chants (dont moi a cappella ahah), deux lectures de "description" et un dernier extrait dont je n'ai pas encore l'idée. ;)