Icare

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Page vérifiée Created at 11 Apr. 2015 - Contact

La couverture du prochain Icare

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  • Bonjour à tous,

    Je tenais absolument à revenir sur les meilleurs sketchs du duo comique Key and Peele qui s'avoue comme ma révélation de l'année. Certes j'en avais vu plusieurs auparavant (notamment le fameux Office Homophobe) mais sans m'arrêter davantage. Or je ratais l'un des meilleurs duos comiques de l'histoire. C'est tellement drôle, parfois acide, dingue et d'une originalité flamboyante. Ce n'est pas pour rien qu'ils correspondent, à mon sens, à ce que nous avons connu avec Les Inconnus. Du coup, j'ai décidé de vous faire une sélection de leurs meilleurs sketchs (ceux que je peux regarder en boucle) avec des petites explications sur le sous-texte. 

    ps: au passage, je viens de découvrir qu'on peut choisir des sous-titres anglais et ils sont très bien faits. De sorte que si vous avez un peu de mal à comprendre, n'hésitez pas à les mettre.


     Substitute teacher 

  • Ce sketch, leur plus populaire (120 millions de vues), est particulièrement brillant. Pour en saisir toute la mécanique, il faut avoir à l'esprit plusieurs éléments. D'abord, le professeur est un "substitute", c'est à dire un remplaçant. Il explique notamment avoir enseigné pendant 20 ans en centre-ville ("inner city"). Du point de vue de l'urbanisme, il faut savoir que les USA ont évolué de manière très différente de l'Europe puisque les centre-villes sont l'équivalents de nos banlieues avec leur lot de quartiers difficiles, de ghettos, de concentration de populations de couleur, de gens pauvres (petit article dans la rubrique opinion du New York Times si vous voulez en savoir plus). C'était d'ailleurs une critique adressée à Donald Trump lors de la campagne présidentielle, lui qui assimilait les populations afro-américaines aux centres-villes (le fameux "They're living in Hell"). 
    Le professeur arrive donc de la "banlieue" dans un lycée plus bourgeois et blanc. Le décalage lui fait inverser une particularité propre aux populations afro-américaines, à savoir celle des prénoms créatifs. En effet, depuis quelques décennies, de plus en plus de familles afro-américaines préfèrent donner des prénoms originaux plutôt que de piocher dans le répertoire traditionnels des noms de baptême anglosaxons. C'est une sorte de réappropriation culturelle, un peu à l'image de ce qu'avaient fait les protestants pour se distinguer des catholiques, en choisissant leurs prénoms dans l'Ancien Testament (Samuel Beckett, Abraham Lincoln, Isaac Newton). A ce titre, si vous regardez les sports américains, vous aurez forcément noté l'originalité de ces nouveaux prénoms. Rien que dans la NBA, vous trouverez Lebron James, Javale McGee, Dejounte Murray, LaMarcus Aldrige, DeAndre Jordan, Tayshaun Prince, Dwyane Wade, DeMarre Carroll, Kentavious Caldwell, Jrue Holiday... Il s'agit souvent d'un mélange de sonorités françaises, anglosaxonnes. A ce titre, si le sujet vous intéresse, je vous invite à lire cet article sur wikipedia

    Quoiqu'il en soit, l'idée du sketch de Key and Peele consiste à plonger un professeur de banlieue qui s'avère incapable de croire à l'existence de prénoms traditionnels. Dans sa tête, Jacqueline devient donc Ja Cqueline, Blake B-Laké, Denise De Nice et, le meilleur, Aaron A-Aron. C'est même devenu un running gag puisque le duo a fait d'autres sketch en s'appuyant sur le Foot Us. Au-delà, on retrouvera le fameux substitute dans un autre sketch, tout aussi hilarant.



     Slap-Ass : In Recovery.
    Il s'agit ici de la suite direct du sketch Slap-Ass (lui-même résumé au début de ce deuxième épisode) et que je vous encourage à regarder ici.

  • Il y tellement de choses dans ce sketch, incroyable d'intensité dramatique. C'est d'ailleurs l'une de leurs facettes les plus exceptionnelles. Au-delà, ce qui marque peut-être le plus, c'est le talent des deux comiques pour les accents, spécialement Key (le grand chauve). J'y reviendrai avec le prochain extrait.

    Quoiqu'il en soit, ce sketch Slap Ass : In Recovery est truffé de petites pépites, de références. En premier lieu, écoutez bien la musique lorsque Garcia laisse tomber son gant : on est dans le pur hommage au thème de The Thing composé par Ennio Morricone. Globalement, le réalisateur qui officie sur les sketchs a lui aussi un talent de malade. Il arrive à saisir les expressions, à respecter le rythme comique, tragique, c'est remarquable.
    La deuxième référence qui marque vient du "We gonna need a bigger boat", reprise hilarantissime de la ligne de dialogue la plus fameuse des Dents de la mer.
    La troisième référence m'a été apprise par la lecture des commentaires sous la vidéo. En effet, le passage "I am so excited. I am so excited. I am so so scared" vient d'un épisode de Sauvés par le Gong. Un épisode dans lequel le personnage de Jessica était censé prendre des amphétamines pour l'aider à tenir le rythme scolaire mais où, après censure, les amphétes sont devenus des cachets de caféine.



     Make-a-wish

  • Ce "skit" est très particulier. D'abord, parce que j'ai connu l'existence de l'association Make A Wish grâce à un sketch mémorable de Dieudonné. Ensuite, parce que l'accent indien de Peele est incroyable. A ce niveau, c'est de l'art pur (si vous en voulez davantage, vous retrouverez le perso dans cette séquence). Enfin, parce que ce sketch est l'un des plus horrifiques et que le talent montré dans son écriture annonce l'oscar que recevra Jordan Peele pour le scénario de Get Out. On l'avait vu avec The Thing mais cette séquence montre une reprise des codes, un détournement remarquable puisqu'on navigue aussi bien dans l'Exorciste, que dans le 6ème sens ou encore dans Le village des damnés (ahah, la coupe au bol). Mais le cinéma est régulièrement une matière première, à l'image de ce détournement extraordinaire d'Usual Suspect ou encore de ce sketch énormissime sur Michael Jackson qui glisse un clin d'oeil à Bad Taste de Peter Jackson.

    Au-delà, j'ajoute que Key and Peele arrivent souvent à orienter leurs sketchs vers l'horreur de manière très habile. Comme dans Shining, Family Matters, Little Homie ou la très bonne parodie de LMFAO.



     Mister T PSA

  • Encore un sketch absolument époustouflant où Mister T n'a que faire du racisme, de la pédophilie, de la drogue ou de l'alcool pour ne s'intéresser qu'aux problèmes qui le touchent : les vêtements bizarres, les noms bizarres et les coupes bizarres. Ahah...
    Mais ce qui rend ce sketch hilarant, c'est bien que Mister T ait véritablement participé à une vidéo d'éducation contre la drogue financée et diffusée par le gouvernement américain (ce qu'on appelle une PSA pour Public Service Announcement). Vous pouvez voir cette vidéo ici et accrochez-vous !
    Ce que j'apprécie encore dans cette séquence, c'est la qualité de l'imitation de Mister T. Là aussi, comme les inconnus, ce sont d'excellents imitateurs. On appréciera donc mille petits éléments dans la gestuelle, l'intonation. Pour autant, ce qui me parle le plus reste clairement la reprise du célèbre gimmick de Mister T à savoir "I pity the fool" puisque cette expression est devenue l'accroche du bonhomme après son rôle dans Rocky III. C'est même l'une de ses plus fameuses répliques écrites par Sylvester Stalone. Un Stallone à qui Mister T doit sa carrière (Dieu, que ça donne envie de revoir les Rocky).



    Obama's anger translator

  • Pas mon sketch préféré mais il est rare que les comiques entrent dans la sphère politique. Les Inconnus l'avaient réalisé de manière assez phénoménale lorsque François Mitterrand leur avait collé à chacun un contrôle fiscal pour les punir de leur fameuse chanson Rap tout. Autre temps, autre moeurs, Peele a repris son rôle de l'angry translator pour offrir un sketch AVEC Obama lors du fameux discours à la presse (cf discours aux correspondants de la Maison Blanche). En soi, c'est franchement dingue. Quelle reconnaissance... Quel accomplissement...
    On notera quand même le "I said Bitch" totalement hilarant à la fin du premier extrait et qui nous vient là encore d'un de leurs meilleurs sketchs.



     Scat Duel

  • A la manière des Inconnus (et j'arrêterai la comparaison ici), ce sont de vrais musiciens. On leur doit des parodies particulièrement bien trouvés aussi bien sur la country music que sur les comédies musicales. Le sketch que j'ai placé en haut est un duel de Scat proprement hilarant. Entre nous, je ne sais pas quoi dire tant le niveau est remarquable. De vrais chanteurs accomplis, de purs parodistes qui explosent d'ailleurs lors d'un autre sketch sur le coût des clips.



    Leprechaun

    Cette fois, je vous enjoins à regarder d'abord une vidéo qui n'est pas d'eux puisque de manière saississante, plusieurs américains avaient déclaré à la télé locale avoir vu un Leprechaun. Quand la réalité dépasse la fiction, quelle version est la plus drôle ?




  • Je pourrai continuer très longtemps tant leurs sketchs sont nombreux, variés, riches et à mourir de rire. On pourrait parler des problématiques sociales et de leur vision souvent hilarante du racisme, allant parfois à l'encontre du politiquement correct comme ce sketch sur l'esclavage ou cet autre sur Obama. Cette vision bon enfant mais néanmoins piquante n'est pas sans doute pas étrangère au fait que Peele fut victime de racisme de la part de ses camarades noirs pour avoir eu une mère blanche. Quoiqu'il en soit, on trouvera la réunion de tout leur talent dans le brillantissime Negrotown

  • Il y a tellement de séquences créatives, intelligentes, hilarantes qu'il serait difficile de choisir mais je termine sur certaines de mes préférées. En espérant vous avoir permis de découvrir un duo absolument génial. Perso, je me régale.






  • Enfin je conclue avec "Black ice" qui signifie verglas en anglais. Ahah !!

  • ps: je viens de découvrir celui-ci. Là encore, on ne peut que rester pantois devant le dosage de tragi-comique, la réalisation dynamique, le rythme parfait. 

  • 1er chapitre ici / 2ème  / 3ème  / 4ème là / 5ème  / 6ème  / 7ème , 8ème chapitre ci-dessous. Déjà le 8ème, ahah.  Merci de votre soutien, chers tipeurs. Vraiment. Je l'aurais jamais fait sans vous. C'est drôle d'ailleurs parce que ce chapitre ouvre deux choix possibles pour le reste de l'histoire. L'un est un retournement qui ferme la narration mais magnifie un personnage et ajoute de la profondeur. L'autre rend l'intrigue plus épique mais aussi plus classique. En fait, la première possibilité développe un personnage au détriment de l'univers. Et l'autre permet l'inverse. Je sais vers quoi m'orienter  mais j'aurais forcément des regrets. Sinon, je le dis maintenant mais je proposerai deux fins. Une canonique, dans l'esprit du récit, et une autre façon climax. Bonne lecture. ;) 

  •   

    Elonn


    - Pourquoi tu n’es pas venu seul ? demande timidement Elonn, presque honteuse de faire son retour de cette manière, sans trop savoir quoi dire, sans savoir vraiment par où commencer.

    - Mon amour, vient-là.

    Elonn vient se serrer contre Lian. Les deux Jedi s’embrassent. Les retrouvailles sont inespérées, là, dans l’ombre de la station du communication qui flotte dans l'atmosphère d'Omégan.

    - Je suis désolée, se met-elle à pleurer en caressant sa cicatrice, son oreille à moitié fondue. Tellement désolée.

    - Ce n’est rien, ma chérie. Tu es là, c’est tout ce qui compte. Rien ne t'oblige à voir notre maître si tu ne veux pas. Elle ne sortira pas de la navette. D'ailleurs, je voulais te parler seul avant même que tu ne t’expliques. Tu n'as pas besoin de rendre des comptes. Tu n'as pas besoin de te justifier. Suis-moi et partons. Laissons tomber les Jedi, trouvons-nous une planète, fondons une famille et menons notre vie. Elle sera belle et douce. Dis oui, Elonn. Je t'en prie. Je ne veux plus te perdre. Plus jamais.

    - J’aimerais tellement, Lian. Tu ne peux pas l'imaginer. Mais je ne peux pas. Pas après avoir rencontré Aetius.

    - Pourquoi ? Qu'a-t-il de si particulier ?

    -  Parce qu’il n’y aura nul part où aller, mon amour. Nul part où échapper à son ombre. Nous n'avons pas d'autre choix que celui de le combattre. Alors oui, j’aimerais te dire "partons". J'aimerais tant. Mais j'ai croisé sa route et je ne peux plus m'en détourner. Et toi aussi, si tu l'avais vu, tu me dirais la même chose. Nous sommes des chevaliers, Lian. Plus que jamais ! La Force a besoin de nous. La Galaxie également.

    - Je ne comprends pas tout, Elonn. Je croyais qu’on t’avait forcé à devenir une Sith. Et tu es là, comme avant, sans trace apparente mais il y a une faille si profonde. Que t'est-il arrivée ?

    - Je suis triste, Lian. Triste pour tellement de raisons. Triste à cause de ce que je vais te demander de faire. Triste parce que je n'ai pas le choix. Mais je n’ai jamais été une Sith. Et je ne le serai jamais.

    - Je sais, ma puce. Tu seras toujours une Jedi. C’est pour cela que j’ai prévenu notre maître. Elle arrangera tout.

    - Elle ne pourra rien, Lian. Elle n’en a pas le pouvoir. Le conseil m’enfermera. Il y aura des actes d’accusation. Je devrais apporter des preuves de mon innocence alors que je n'ai que ma parole. De toute façon, même innocentée, je serai traitée comme une pestiférée et ils auront raison. Je ne suis pas fiable Lian. Il faudrait me mettre en quarantaine.

    - Fais-toi confiance, ma belle ! sussure-il tendrement pour la rassurer alors que ses bras l'enserrent.

    - J’ai été sous son emprise. Je ne peux plus lui échapper.

    - De qui ? D'Aetius ?

    - Non. De Marionetis.

    - Ton apprenti ?

    - Il n'a jamais été mon apprenti. Il avait besoin de moi mais je ne sais toujours pas pourquoi. Je ne comprends rien : ni les raisons pour lesquelles il m’a capturé, ni ourquoi il m’a laissé partir. Je ne sais plus quoi penser, Lian.

    - Tu veux dire qu'il t’a libéré ?

    - Il m’a dit qu’il n’avait plus besoin de moi. Il m’a donné un vaisseau et c'était fini.

    - Comme ça ?

    - Je sais, c’est incompréhensible. Et ça cache quelque chose. Il a passé tellement de temps dans ma tête, j’ai l’impression de le connaître, comme s'il faisait partie de moi. C'est étrange. J'ai pu le sentir, le jauger. Il n’est pas mauvais au sens sith du terme. Mais il est implacable. Il n'hésitera jamais. En un sens, il est monstrueux. Et son pouvoir Lian, tu n’imagines pas… Il est si profond. Non, je ne suis pas fiable.

    - Qu’est-ce que tu veux dire exactement ? Que tu retomberas sous son contrôle ?

    - A tout instant s'il le désire.

    - Dans ce cas, nous t'entraînerons. Maître Candeleur t’aidera.

    - Maître Candeleur est extraordinaire, je sais. Il résisterait à l’emprise de Marionetis. Mais pour moi, il est trop tard. Il es trop tard, mon amour.

    - Je vois. Mais j'ai besoin de te poser une question. Ne m'en veut pas de le faire, je dois savoir : est-ce qu'il est trop tard pour nous également ?

    - Non, bien sûr que non. Je t’aime. Je t’aimerai toujours. Tu es mon géant.

    - Et tu es ma speedeuse.

    Les deux amants restent fronts contre fronts pendant quelques instants. Lian sent l’amour d’Elonn, son doute, sa crainte mais aussi sa certitude. Il appréhende ce qu’elle va dire.

    - Il connaît tes capacités, Lian. Il a lu en moi. Il sait de quelle manière tu peux agir sur les midi-chloriens. Il sait que tu peux couper n’importe qui de la Force, que tu peux augmenter nos pouvoirs. Je ne sais pas ce qu'il compte faire. Il t'estime beaucoup. Mais il n'aura pas de pitié.

    - Dans ce cas, murmure-t-il en souriant, je ne le laisserai pas me tuer.

    - Ne le sous-estime pas, Lian. J’ai senti une volonté si grande, si pénétrante. Il ne lâchera rien, à personne. Il brûlera tout pour sa revanche. C’est une forme de mal. Une forme absolue.

    - Tu as toujours été une meilleure Jedi que moi, sourit Lian en l’embrassant. Je te fais confiance. Je ne le sous-estimerai pas. Promis.

    - Si je devais donner une image, rougit Elonn devant le regard plein d'admiration de son époux, je prendrai celle d'un Sith blanc. C’est te dire à quel point il est contre-nature. Plus que ces droïdes, plus qu’Aetius, il a quelque chose qui transcende la Force. On ne peut pas se fier à lui. Comme on ne peut plus se fier à moi. Il me retournera contre vous. Il me transformera en bombe. Il faut que cela cesse, Lian. Tu comprends ?

    - J’ai peur, ma chérie, de ce que tu vas me demander.

    - Je sais, mon amour. Je sais. Mais j’ai beaucoup réfléchi, j’ai sondé la Force, je suis allé au temple d'Ahch-To pour méditer. Je n’ai pas trouvé d’autres solutions. Il n’y en a pas d’autres. Tu dois me couper de la Force, Lian. Sans elle, il ne pourra plus rien. Sans pouvoirs, je n'ai pluis d'utilité.

    Lian la serre plus fort encore. Il sait qu'elle a mûrement réfléchi et que ce choix la déchire. Cette fois, c’est à son tour de pleurer. Il vient nicher sa tête dans son cou.

    -  Je suis tellement désolé, mon amour. Tellement.

    - Je sais, mon coeur Je sais.

    - J’ai vu ce que ça fait. J’ai ressenti tellement de honte la première fois qu'on m'a demandé de priver un sith de son pouvoir.

    - Je me souviens.

    - Mais je ne t'ai pas dit ce qui arrivé ensuite. Je ne t'ai pas dit qu'il s’est tapé la tête contre les murs, qu'il ne supportait plus d’avoir été séparé. Il s’est tué, Elonn. Je l’ai condamné à la pire des morts.

    - Je le supporterai, Lian. Je tiendrai.

    - Mais ça sera si dur.

    - Tu m’aideras.

    - Mais tu m’en voudras. Je resterai celui qui t’a coupé de la Force. Tu ne pourras plus me regarder en face. Et je ne pourrai pas revenir en arrière. Ma technique est définitive. Jamais plus, tu ne seras en relation avec la Force. Il n’y aura plus plus de méditation, plus d’harmonie, plus de chaleur. Tu me demandes de t'arracher les ailes.

    - Il y aura toi. Tu me porteras.

    - Et comment feras-tu pour te défendre ?

    - J’utiliserai un blaster. Et je garderai mon sabre. Tu as oublié ?

    - Tu sais ce que je veux dire. Que feras-tu contre un Sith ?

    - J’espère bien que tu seras là. A partir d’aujourd’hui, on ne se quitte plus.

    Lian sourit. Ses yeux sont rougis. Leurs regards s'éclairent d'une tendresse infinie. Ils s’aiment plus que tout et il va la faire souffrir. Il va la couper. Elle connaît les risques pour elle, pour eux. Mais il sait que si quelqu'un dans la galaxie peut le surmonter, c’est elle. En échange, il la soutiendra. Il l’aimera jusqu’au bout de lui-même, par-delà la Force. Alors il l’embrasse. Leurs lèvres se collent l’une à l’autre, mêlant le goût salé de leurs regrets, de leur appréhension et de leur Force.

    - Quand veux-tu que je le fasse ? finit-il par demander.

    - Demain matin. A l’aurore. Je veux passer la nuit avec toi. Je veux nous retrouver. Je veux que la Force soit avec nous. Ensuite, tu me couperas.

    - Où veux-tu aller ?

    - A l’arche de Luth. J’aimerais voir les poissons bulles, écouter leur chant.

    - C’est une bonne idée. Nous allons partir. Mais avant, je dois te le demander : est-ce que tu accepterais de parler à Maître Dook ?

    - Bien sûr. Fais-là venir.

    Maître Dook’Athis descend de la navette à l'appel de la Force émis par Lian. Elle marche lentement, comme si elle portait un poids.

    - Bonjour maître, s’incline respectueusement Elonn.

    - Ah, mon apprentie !

    Elonn sourit. Elle n’est plus son apprentie depuis longtemps mais son témoignage d’affection la touche. Il y a tellement de bienveillance en elle. Quelle chance d’avoir été trouvée par elle. La Force l'avait bien inspirée. La Force...

    - J’aimerais que tu me racontes ce qui s’est passé. Mais sois brève où Lian ne me pardonnera pas de te retenir.

    Elonn explique brièvement son enlèvement par Marionetis, son entraînement, ses missions, ses soit disant meurtres alors qu'il se chargeait des assassinats pour faire grandir sa réputation, l’amener à la table du conseil Sith.

    - Pourquoi t’a-t-il relâché ? 

    - Je ne sais pas. Je ne comprends pas maître. Je sais juste qu’il ne voulait pas me souiller. Et en même temps, il était prêt à mon sacrifice. Mais ce projet de bombe n’aurais pas pu marcher. Il devait le savoir. Non seulement la table du conseil était trop éloignée du trône mais l’usage de la Force y était prohibée, surveillée.

    - Il n’a pas passé 3 ans avec toi sans avoir un plan. Tu t’en rends compte, j'imagine ?

    - Oui, Maître. Mais il y a encore quelque chose que je ne vous ai pas dit.

    - Quoi ?

    - Aym Fallas. Il est en vie. Je l’ai vu cloué au dos du trône d’Aetius.

    Dook’Athis prend terriblement la nouvelle. Elle s’affaisse.

    - Que sais-tu sur lui ? demande-t-elle en se reprenant.

    - Ce que vous m’avez appris , maître. Qu’il était un Jedi légendaire, un peu fou.

    - Pas fou. Passionné. Indomptable. Incapable de respecter la hiérarchie. Mais le plus vaillant des utilisateurs de la Force que j'ai jamais rencontré. Et le meilleur professeur. Sans lui, je ne maîtriserai pas la méditation de combat. Il a été si bon avec moi. Comme un père.

    - Je suis désolé, maître.

    - C'est à moi maintenant de te révéler quelque chose. Quand nous nous sommes vus pour la dernière fois, il enquêtait sur un sith. Un sith qui manipulait la Confédération pour réintroduire l'ordre noir. Un sith qui cherchait parallèlement à limiter la puissance des Jedi. Ce sith, m’a-t-il confié le jour de sa disparition, avait un don particulier. Il manipulait les morts.

    - Marionetis ?

    - Exactement.

    - Je ne crois pas maître. Je ne saurais dire pour quelles raisons mais il était troublé de voir Aym Fallas. Il a éprouvé de la compassion, de la pitié, de la tristesse. Non, c'est Aetius qui...

    - J’ai rencontré Aetius, Elonn. Je n’ai pas senti la monstruosité dont tu parles. Nos espions parmi ses serviteurs n’ont rien révélé qui sorte de l'ordinaire Sith. Pas plus que les agents de la Confédération qui maîtrisent la Force. Il n'y a rien de tout cela dans leurs rapports. Or certains de leurs espions sont devenus des maîtres.

    - Où voulez-vous en venir ?

    - Au fait que je ne crois pas qu'Aym soit encore en vie. Je l’aurais su, je l’aurais vu. Marionetis l’a tué. Comme je l'ai toujours suspecté. En revanche, je crois qu’il est entré dans ta tête, qu’il t’as fait voir des choses. C'est de cette manière qu'il a pu tromper autant de gens. Il prend le contrôle des morts et des vivants. Il peut contrôler les esprits à sa guise, leur faire croire ce qu'il veut. Mais nous ne lui donneront plus le plaisir de se servir de toi. Nous le vaincrons.

    - Je ne pense pas avoir imaginé quoique ce soit, maître. Tout ça était trop réel.

    - Je sais Elonn. Mais je te le prouverai. En attendant , je suis très inquiète. Il va nous frapper, je le sens. Il sera aidé de ces robots qui prêchent contre notre ordre. Peut-être les ai-je pris trop à la légère. Nous étions 6 voix pour et 6 voix contre au conseil. Je n'ai pas voulu les déclarer ennemi de la Force. Je n’avais pas vu la menace. A présent, il en a fait ses alliés. 

    - Je ne sais pas ce que Marionetis trame, maître. Et peut-être avez-vous raison. Peut-être est-ce un sith de la pire espèce. C'est de base un meurtrier. Il n'a pas ma sympathie. Mais vous n’auriez aucun doute sur la menace qui pèse si vous aviez vu le vrai visage d'Aetius. 

    - N'en parlons plus, Elonn. Je ne te convaincrai pas. De plus, ça n’a pas d’importance à ce stade. Marionetis ou Aetius, notre priorité va à la paix, à la consolidation de la Confédération. Pour l’instant, la menace vient des droïdes. Ils viennent de détruire Fort K.

    - Ce n'est pas une grande perte, répond-elle machinalement.

    - Toujours aussi spontanée, sourit maître Doo'k. C’est vrai que Lian et toi venez du système Mundu.

    - De la troisième lune de Kléros pour moi. De Fandis pour lui.

    - Le souci Elonn, c’est que nous n’avons trouvé aucun survivant. Tout a été nettoyé. Comme sur Oortha, les droïdes n'ont pas fait de quartier. Notre vaisseau espion a capté les images de leur fuite, je peux te les montrer si tu le souhaites.

    - Non, je vous crois évidemment.

    - Marionetis les a fait embarquer dans sa navette. Alors je ne sais pas ce qu’il cherche avec toi. Mais il le fait contre nous, contre la Confédération et contre les Sith. Et je le redoute. Mon maître n’aurait jamais disparu s'il n'avait pas eu un adversaire à sa mesure. Et le pire, mon enfant, c'est que j’ai recherché Aym. Mais je n’ai jamais retrouvé sa trace. Puis il y a quelques mois j’ai commencé à suspecter ce Marionetis d'être le manipulateur dont il parlait. J'ai cherché, enquêté, relié. Et j'ai vu sa main derrière nombre d’événements en apparence anodins. Et j'ai commencé à le soupçonner d'être derrière ton changement.

    - Je ne voudrais pas vous contredire, maître. Vous avez beaucoup plus d’expérience que moi et je peux me tromper. Encore maintenant, je peux être manipulée. J'en suis consciente. Mais je ne crois pas qu’on puisse faire ressentir et imaginer la sensation que j'ai eu en présence d'Aetius. La Force hurlait maître. Elle hurlait.

    - Prend garde à tes émotions, Elonn. Celui qui t’as manipulé était capable de te faire passer pour une Sith. Tu avais des yeux jaunes, infestés de haine. Il peut te faire ressentir ce qu'il veut.

    - La colère est son vecteur, maître. Je le reconnais. Il est capable de la susciter, de l'exploiter de l'augmenter. Mais pas cette peur viscérale, pas ce dégoût. Malgré tout, vous avez raison sur un point : il joue un double jeu.

    - C’est bien. Tu restes objective. J'ai toujours apprécié ton sang froid. C’est pour cette raison que j’ai besoin de toi. Je veux que tu enquêtes à ton tour. Il est difficile de savoir à qui me fier. Certains Jedi répondent à l’appelle des droïdes. Ils croient leur message, ils se persuadent que nous nous sommes détournés de notre mission.

    - Mais nous ne l'avons pas fait.

    - Je le sais, Elonn. Malgré tout, il y a des éléments radicaux, des maîtres et des apprentis qui doutent. D’autres pensent trouver une nouvelle puissance auprès d’eux.

    - La quête de puissance est la voie des sith.

    - Tu dis vraie, Elonn. Nous faisons corps avec la Force par l’harmonie, l’assiduité, l’équilibre, l’abnégation, le courage. C'est la voie des Jedi. Mais ces droïdes ont quelque chose d’hors du commun. Et j’ai besoin d’en savoir plus. Nous avons cherché partout. Nous n’avons rien trouvé. Mais tu as d’autres connexions. Tu es moins classique dans tes raisonnements, dans tes fréquentations. Toi et Lian étaient des hors-la loi. Vous avez toujours eu votre façon d’entrer dans les milieux les plus interlopes. Vous avez le bon langage. De mon côté, les enfants de bonnes familles qui font le gros de mes espions ne peuvent rien. Nous nous sommes trop intéressés à certaines classes sociales. Nous les voulions capables de nous élever, de nous introduire, de changer la loi. Ce fut une décision malheureuse.

    - Je comprends. Pourtant, je ne pourrai pas vous aider, maître. Je ne serai plus une Jedi demain matin. Lian me coupera de la Force. Malgré tout ce que je vous ai dit, je suis consciente du danger, de la noirceur de Marionetis. Je dois échapper à son emprise.

    - Je sais. Je l’ai compris au son de la voix de Lian. Tu es courageuse, Elonn. Si courageuse. Mais tu n’as pas besoin de faire corps avec la Force pour rester une Jedi. Tu le seras toujours. Et tu pourras m’aider. Je ne veux pas ton utilisation de la Force, je veux ton esprit, ton audace.

    - Que voulez-vous que je fasse ?

    - Toi et Lian, trouvez-moi le créateur ces robots. Ils ne viennent pas de nul part. Tu auras toutes les accréditations. Met un masque respiratoire. Personne ne doit te reconnaître. Apporte-moi des informations sur ces robots, que je puisse éteindre le feu qui couve dans notre ordre. Ensuite, je persuaderai la Confédération de les bannir.

    - Je le ferai maître.  

    - Je sais, mon apprentie. Je n'ai jamais douté de toi. Je ne douterai jamais. Et si ces robots sont liés à Aetius comme tu me l'expliquais alors apporte-moi les preuves. Prouve-moi qu'ils ont été construits pour l'abattre. Et nous nous occuperons de lui. 

    - Je le ferai, maître. 


                                                           --- chapitre 9 à venir ---



  • 1er chapitre ici / 2ème  / 3ème  / 4ème là / 5ème  / 6ème / 7ème chapitre ci-dessous. Bonne lecture. ;) ps: en référence, le nom du système Mundu vient d'un personnage de DMC. Moins le "s" :D.

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    Ev-A


    5 heures du matin. Une navette se pose à quelques kilomètres de la capitale klerosienne. Deux membres du premier cercle émergent de la cale : T4 et Algo. Ils sont suivis d’une cinquantaine de prétoriens. Tous observent les signaux lumineux qui clignotent comme des lucioles au pied de la colline. Ils y retrouvent des mineurs. Dolem ne s’était pas trompé lorsqu’il avait pris la décision de répandre le message de la Force. Oui, ils gagneraient des alliés. Et ceux-là se manifestaient depuis les discours et la victoire contre Maître Nidas et Darth Zion. On murmurait déjà leurs noms dans mille endroit de galaxie : Huit, Rep, Orol, Algo, T4, Zemla,Vlad-Ozimonor, Sostè, jusqu’à ceux des prétoriens. Comme une traînée de poudre...

    Pour autant, si Dolem avait pris la décision de révéler leurs existences, il n’acceptait pas que ses compagnons puissent être arrêtés, emprisonnés, étudiés, démontés. Au contraire, tout devait être fait pour préserver leur intégrité. Si bien que les droïdes avaient ordre de quitter n'importe quelle planète aux premières tentatives sérieuses d’arrestation puis de passer à la suivante. L’objectif était de dévoiler leur message, de compter sur la viralité d’attendre, d’être recontactés via les holocommunicateurs. Pas de provoquer des incidents. Clairement, ils ne pouvaient plus perdre d’autres membres après l’autodestruction de Femto, de P473 et de la cinquantaine de prétoriens.

    Bien sûr, les risques resteraient inhérents. Prise au sérieux, leur tactique trouverait rapidement une réponse impitoyable. En attendant, le manque d’implication des autorités leur accordait une sorte d'immunité. Peu de gouverneurs à part Artem Mandialis et Iséphine Xept avaient exigé leur arrestation. A ces exceptions près, ils pouvaient donc aller et venir, sans craindre la répression. Pour cette raison, Huit aurait dû fuir vers un système plus accueillant.  Or Kléros n’était pas seulement la planète des mineurs d’abssysses, elle abritait également « Fort K » un verrou militaire doublé d'une prison parmi les plus réputées de la galaxie : 1000 soldats d’élite formés au maniement des lances électriques et de fusils sniper laser, 5000 droïdes en veille, 200 pilotes  d’intervention rapide, J-Wings dernière génération, des casernes capables d’accueillir les renforts venus de la capitale et surtout des batteries de canons antiaériens suffisamment puissants pour repousser des destroyers stellaires.

    C'est justement parce que Fort K était imprenable - sauf à employer des moyens militaires d’envergure - que deux ailes avaient été aménagées pour accueillir des détenus. En premier lieu, il s'était agit d'enfermer les chefs de syndicats de mineurs, parfois leur famille, afin de calmer les velléités de révolte. Puis, du fait de son inexpugnabilité, la prison avait reçu les pirates les plus endurcis de la bordure extérieure avant d'élargir ses capacités d'accueil à d'autres criminels : tueurs, assassins, chasseurs de prime dégradés... A Fort K, bruissait la galaxie, on savait quand on y entrait, pas quand on en sortait.

    Dolem avait donc une bonne idée de ce qu’il faisait lorsqu’il avait proposé à Huit de se faire capturer. Il avait d'ailleurs obtenu les plans du complexe en dépêchant Rep et Orol auprès du Bha’lir Noir, une mafia introduite dans la plupart des sytèmes. En échange, 7 de leurs membres devraient quitter leur cellule pour rejoindre un transport anonyme. Pas de questions. Pas d’excuses. La réussite ou les représailles. Dolem avait accepté. Il avait besoin d’un coup d’éclat qui résonnerait socialement. Terrasser des sith, battre des jedi, transmettre le message de la Force était une chose. Obtenir la sympathie et l’espoir des habitants de la Galaxie en était une autre. Fort K les leur offrirait. Dans l’imaginaire collectif, le complexe incarnait l’oppression, continuant d'exhaler son parfum éventée d'autoritarisme avec son lot de règles absconses, d’humiliations, de décisions arbitraires, d'ajouts d'années d'enfermement pour des faits aussi futiles que d'avoir refusé une promenade par moins 30 degrés. L'évasion de Huit jouerait un petit air de révolution.

    Les plans obtenus, Dolem les avaient minutieusement analysés. A priori, il n’existait que deux moyens de sortir Huit de sa cellule. Le premier, le plus rapide, ne permettait pas l’évasion des 7 chefs du Bhal’hir. Le second, plus risqué, avait l’avantage de la réussir. Fruit de son approche, cette seconde possibilité lui avait  été révélé par les mineurs klérosien. Il faut dire que ces derniers avaient mangé le sous-sol pendant des générations, perçant à travers les minerais. Lentement, patiemment, les mineurs avaient élaboré des nouvelles techniques de forage, creusé des galeries dans ce sous-sol capable d'effriter les tiges les plus dures au premier tour de chauffe. Bien sûr, une telle entreprise avait pris un temps fou mais, désormais, les mineurs étaient capables d'entrer dans le Fort, de délivrer les leurs et pourquoi pas de s'emparer de l'arsenal. D'évidence, Dolem percevait l’utopie d'un tel projet. Que pourraient faire 10 000 ou 20 000 gueules noires contre des troupes entraînées et réactives ? Rien. Il n'en restait pas moins que ces galeries offraient le moyen d’entrer. Lui se chargerait du reste. Il piloterait les deux plans conjointement. D'ailleurs, le premier allait commencé.

    En effet, une navette confédérale s'approche de Fort K. Les barrières de protection s’abaissent automatiquement et le petit vaisseau se pose dans la cours. Ev-A sort en premier suivie d’officiers : des mineurs déguisés. Dolem s’inquiète malgré lui. Il ne voulait pas la choisir, il aurait aimé prendre sa place. Créée par Père d'après le modèle de la femme d’Aetius, elle a reçu une capacité de mimétisme étonnant : corps et visage. Des 3 membres du premier cercle construits pour imiter les humains, les infiltrer, elle reste la plus remarquable. Dolem admire son code, ses formes, sa prestance, son nez si fin, si droit. Il y a une alchimie particulière, une beauté dans ce mystère mathématique où le métal prend des airs organiques. La femme d’Aetius était-elle pleine de cette grâce, elle aussi ? Les machines ont-elles des sentiments ? Qu’est-ce que l’amour ? Il y a quelque chose qui le gène terriblement à l’avoir désigné pour organiser le transfert de Huit : quelque chose qui lui tord les circuits. Il avait d'ailleurs refusé qu’elle porte la parole de la Force, prétextant le problème de l'anthropomorphisme même s'il était certain que des imitations apporteraient la confusion. Les droïdes devaient rester des droïdes pour ne pas provoquer de malaise. Il le pensait. Mais il pensait à Ev-A plus encore. Peut-être parce qu'elle le fascinait. Sans doute également parce qu'elle le renvoyait à lui-même. Si elle et le défunt Femto tenaient leur apparence de la famille d’Aetius, à qui ressemblait-il. Père n’avait rien écrit à ce sujet. Qui était-il dans l'équation ? Que signifiait Dolem ? Cette interrogation avait gonflé son premier rêve. Ev-A avait peuplé le second. De manière si naturelle, il se voyait elle et lui comme une famille. Infortunément, puisque les autres avait refusé qu'il se rende sur Kléros, il s'était résigné à lui confier cette mission.

    Ev-A se présente donc en uniforme devant la porte du Fort, escortés des faux soldats de la Confédération : des mineurs déguisés. Elle glisse son passe. La barre d'acier de 3 mètres de large pour 12 de longs et 5 de hauteur s'ouvre tandis que le virus élaboré par Dolem entre dans le système. 

    Étrange. Lui-même aurait dû prendre possession des caméras mais la plupart se révèlent hors service. Ev-A s'avance. A travers ses capteurs, Dolem découvre le sang qui ruisselle sur les murs. Dans la nano-seconde, il lui ordonne de courir au vaisseau. Il est trop tard. Ev-A se fait transpercer par la lance laser qui l’emporte et la cloue au mur. Ses capteurs s’affolent. Dolem dévisage le Sith.qui l'a frappée. C’est un géant, extrêmement élancé, d'une maigreur presque maladive. Il donne l'impression d'être tenu par son habit échancré. Son chapeau rouge en demi cercle qui couvre le haut de sa tête pour s’arrêter au-dessus de sa bouche lui ajoute un air indescriptible. 4 autres lances dépassent de son dos. Il sourit, révèle des dents tranchantes. Dolem désespère. Il aimerait pleurer. Que pourrait-il faire d'autres ?

    Le Grand Examinateur s’approche d'Ev-A. La droïde a accepté son sort, déclenche son autodestruction. Le sith place sa main vers l’avant, concentre la Force, contrôle l’explosion vers l’intérieur tandis que de son autre main, il ferme la porte sur les mineurs qui meurent écrasés.

    Dolem est sous le choc. La construction de son armée s'arrête. Lentement, elle reprend. A-t-il le choix ? Il circonscrit ses circuits émotionnels. Il ne peut pas supporter ce qui vient de se passer, efface Ev-A de sa mémoire, prévient Algo et T4 qui patientent dans le sous-sol, sous la buanderie de l'aile sud. Faut-il entrer ? Faut-il fuir ? Que deviendra Huit ? Est-il possible de tout perdre ? Non, si les Siths étaient au courant de l’existence des tunnels, ils les auraient effondré. Ils ne savent pas. Alors Dolem prend la décision. Algo et T4 percent aussitôt le sol, entrent dans la buanderie suivis de 50 prétoriens. Il s'emploie à les guider jusqu’à la cellule 455 située dans le bloc B, au bout de l'aile sud. L’absence de caméra le rend aveugle aux mouvements des gardes mais les plans restent les plans. De toute façon, comprend-il en observant à travers les capteurs, il n'y aura aucune résistance. Partout, les murs ruissellent. Hommes et Femmes ont été massacrés.

    Soudain, T4 aperçoit le Grand Examinateur.  Trois prétoriens sont embrochés par une de ses lances. Il est arrivé depuis le couloir. Il leur fait face.

    Comment ? s'étonne Dolem. Comment a-t-il pu les trouver ? Connaissait-il l'accès par la buanderie ? Et l'itinéraire qu'il choisirait parmi les 20 possibles pour retrouver Huit ? Sont-ils plusieurs ? Non, la reconnaissance faciale ne ment pas. Ce bas du visage, c’est le même. 

    - Fuyez ! ordonne-t-il. 

    Mais T4 sort ses deux sabres et fonce avec une dizaine de prétoriens. Le Grand Examinateur sort une autre lance, allume la lame. Les prétoriens chargent. Soudain, Dolem s'effare.. Le Sith a découpé les robots. Il a anticipé chaque coup, frappé pile dans la zone faible. 10 mouvements, 10 prétoriens découpés puis envoyé au fond d’un geste de la main pour éviter le contre-coup de l'explosion tandis que sa dernière lance transperçait le crane de T4. Dolem réfléchit, détermine un autre itinéraire jusqu’à la cellule de Huit. Les droïdes courent. Dolem ferme porte sur porte en utilisant son programme pour ralentir le sith. Ses compagnons s’échappent, atteignent enfin le bloc B. Ils traversent les cellules. Les prisonniers sont morts. L'air est légèrement opaque. Quelqu’un a utilisé un gaz sophorique à un niveau léthal. Le mécanisme de défense censé endormir les détenus en cas d’urgence a été poussé au-delà des limites. Mais pourquoi tuer les prisonniers ? Dolem tente d’échafauder des hypothèses tandis que ses compagnons continuent à travers le bâtiment, empruntent des escaliers, montent, descendent, courent. Finalement, ils atteignent la cellule de Huit. Il ne reste que son tronc et sa tête. Le resté a été démembré pour l'empêcher de fuir, de se servir de la Force.

    - Enfin, prononce simplement Huit. Ça fait des heures que je n’ai vu aucun garde, que je n'entends plus aucun bruit. Est-ce que quelqu'un peut me dire ce qui se passe ? 

    - Tout le monde est mort, répond Algo en sortant son sabre pour trancher les barreaux. 

    - Qui a fait ça ?

    - Les sith !

    Huit est extirpé de sa cellule. Les droïdes s’apprêtent à repartir lorsque le Grand Examinateur leur coupe leur retraite. C’est comme si il avait anticipé leur timing. Exactement comme toute à l'heure lorsqu' il donnait l'impression d'avoir lu les gestes, les attaques, les déplacements. Dolem a une sensation désagréable : ils vont tous mourir, là, dans cette prison. A moins que… Non, ce n’est pas possible… Et pourtant, c’est la seule explication. Oui, puisqu'il ne peut plus y avoir de fuite, il y aura un combat. T4 avait dû le sentir. Dolem sait ce qu’il doit faire. Mais il a besoin de temps. Il leur propose un itinéraire pour s’enfoncer dans vers le Bloc C, lui laisser le temps de se télécharger en partie.

    - Mêmes si tu l’emportais, tu perdrais tout.

    Dolem vient de recevoir ce message par l’holocommunicateur. Parmi des milliers de réclamations, de réflexions, de prières, celui-ci l’a interpellé. La Force l’imprègne étrangement.

    - Qui es-tu ?

    - Est-ce que ça a de l'importance ?

    - Evidemment.

    - Je suis celui qui vous a laissé fuir d'Oortha.

    - Marionetis.

    - Et tu es ?

    - Dolem.

    - Bien. Tu es le planificateur. Dans ce cas, tu as compris le pouvoir du Grand Examinateur.

    - Oui, j'ai compris. Mais je peux le battre. Toute est question de prédictibilité.

    - J'en doute. Même si tu calculais toutes les probabilités de coups, d’attaque, de défense et que tu dépassais ses capacités de prédictions, tu perdrai quand même

    - Je perdrai en le battant ?

    - A cet instant, tous les moyens d'écoute des sith et de la Confédération sont employés pour te trouver. Depuis son trône, Aetius sonde la Force dans des proportions que tu n'imagines pas. Si tu te sers de ta puissance de calcul et que tu te connectes profondément à des compagnons pour affronter son pion, il te trouvera. Et sa flotte sera devant ta porte en moins de temps qu'il ne faut pour dire "bip". Crois-moi, il n’y a pas de victoire possible.

    Dolem hésite. Marionetis a sans doute raison. Aetius doit le chercher en ce moment. Mais dans toute guerre, il y a des risques.

    - Vous êtes trop pressés, lâche Marionetis. Aetius l’a compris. Exactement comme il a compris que vous aviez chacun votre rôle. Il te cherche, toi le planificateur. Il y en a toujours un. Et si je ne me trompe pas, tu dois avoir une petite cicatrice au-dessous de l’oeil droit.

    - Comme le sais-tu ?

    - Ton créateur connaissait bien son ennemi. Sa femme Alba, son fils Peel, tu boucles la boucle ?

    - C'est à dire ? De qui suis-je le portrait ?

    - D'Aetius.

    - Tu mens. Je connais son visage, je ne lui ressemble pas.

    - Tu ressembles au véritable Aetius. Ce n'est qu'un nom d'emprunt. Mais tout cela n’a pas d’importance. Tu ne peux pas fuir la prison. Le Grand Examinateur s’est placé entre toi et la sortie. Il y a la porte d’entrée mais elle a été conçue pour empêcher des utilisateurs de la Force de pénétrer dans la base. Vous n'y arriverez pas.

    - Et les navettes ? 

    - Détruites. Il est arrivé dans la nuit. Il a tout nettoyé.

    - Seul ?

    - Bien sûr. Que craint-il ?

    - Dans ce cas, il n'y a pas de solution. Soit je tente de le battre au risque de tout perdre, soit je perds mes camarades ici et, ultimement, j'ai perdu.

    - C’est le dilemme dans lequel Aetius place ses ennemis. C'est le risque quand on le sous-estime.

    - Sous-estime ? Parce que je n’ai pas envisagé qu’un Sith pourrait voir le futur ?

    - Parce que tu t’es révélé trop tôt, répond Marionetis qui sait parfaitement que seuls ses dessins ont déclenché un tel degré de férocité dans la riposte. Mais ton raisonnement n’était pas faux. Tu as besoin d’alliés. Me voilà.

    - Un allié ? Et que peux-tu faire contre le Grand Examinateur ? Qui peut battre quelqu'un qui voit l'avenir ? Comment nous sauveras-tu ? N'a-t-il pas déjà vu le tien ? 

    - Si. D'ailleurs, il m'aurait exécuté si j'avais représenté une menace pour l'empereur. C’est son rôle. Pour autant, observer l’avenir demande une concentration extraordinaire. C’est une faculté que peu de Sith ont pu acquérir. Les Jedi ont plus facilement accès à la prescience mais leur vision sont diffuses. Elle manque de précision. Le côté obscur est plus rapide, plus focalisé. Dans le cas qui nous intéresse, le talent du Grand Examinateur arrive à conjuguer les deux.

    - Seulement, personne ne peut voir le futur entièrement.

    - En effet. Un utilisateur de la Force ne verra que des moments plus ou moins longs, plus ou moins précis, plus ou moins datés, plus ou moins situés. Mais le Grand Examinateur, lui, choisit ces moments. En général, il va directement à la mort. La sienne comme celle de celui qui se tient en face de lui. De cette manière, il prévoit les coups, il devine à quel moment frapper. 

    - Si ce que tu dis est vrai alors il nous a déjà vaincu ici, quoi que nous fassions

    - Connaître l'avenir ne rend pas invincible. Le libre arbitre n'est pas un vain mot. Le Grand Examinateur ne voit pas tout. Plus l'avenir est lointain, moins la certitude est grande. En revanche, plus le futur est proche et plus sa vision est efficace. C'est pour cela que tu ne peux pas l'emporter. Je ne dis pas non plus que c'est impossible. Comme de futurs peut-il voir ? Combien de combats peux-tu calculer ? Mais je ne parierai pas sur toi, c'est évident.

    - Ce qui est évident, c'est que tu ne menaces pas Aetius. Sinon, tu serais mort. Dans ce cas, pourquoi devrais-je t'écouter ?

    - Pour être honnête Grand Examinateur a vu la fin que je me suis predestiné. Je mourrai de la main d'un Jedi. Mais tu as raison, en l’état, je ne pourrai pas tuer Aetius. En revanche, vous le pourriez. Vous avez été créé pour. J’ai vu sa colère. Il vous redoute. Mais votre empressement lui a offert un espace. Il vous a piégé.

    - Je ne sais pas quoi dire. Son empire grandit, sa puissance est incomparable et son premier serviteur est invincible. Nous ne sommes plus que huit du premier cercle. J'ai perdu Femto, P473, T4 et... Et... 

    - Un seul d'entre vous suffirait à l'emporter.

    - Un seul ? Mais nous ne serons plus que 6 dans quelques minutes. Tu ne te rends pas compte..

    - Bien sûr que je m'en rends compte. C'est pour cette raison que je viens de me poser sur le toit de la prison.

    - Tu es là ?

    - Oui.

    - Pour nous sortir d'ici ?

    - Oui.

    - Mais là aussi, il l'a forcément vu. Comment pourrais-tu nous sauver ?

    - Son pouvoir n’est pas infaillible. Sinon il vous aurait arrêté sur Oortha. Il a sans doute lu l’avenir de tous les Siths mais avec la difficulté, parfois l'impossibilité de comprendre ce qu'il voyait. Mieux, dans son équation, j'ajoute beaucoup de confusion. D'ailleurs, à ce jour, le Grand Examinateur n'a tué que 3 siths, sais-tu pourquoi ?

    - Parce que chaque mort prématurée bouleverse le reste de ce qu'il peut lire ?

    - Exactement. Certains futurs n'ont déjà plus cours. Il faudrait qu'il nous passe en revue plusieurs fois. Or c'est impossible. Son travail consiste d'abord à voir la mort d'un Sith , à évaluer sa dangerosité dans un rapport remis à Aetius. Le reste concerne le contre-espionnage. Il chercher les agents de la Confédération qui tentent de faire enrôler leurs hommes. Idem pour les Jedi qui tentent de noyauter les serviteurs. Le Grand Examinateur les identifient, ensuite Aetius les place là où ils le serviront. Ce n'est pas n'importe qui. Il compte. C'est parce qu'Aetius reconnaît votre valeur qu'il l'a envoyé. 

    - Je comprends les limites de son pouvoir, Marionetis. Mais je ne comprends toujours pas comment tu pourrais nous aider. 

    - Tous les pouvoirs ont une faille. Vous êtes celle d’Aetius, je suis celle du Grand Examinateur.

    - Que veux-tu dire par là ?

    - Que les morts n’ont pas d'avenir, Dolem.

    Marionetis a prononcé ses mots alors que le Grand Examinateur a refait son apparition, défonçant un mur de séparation. Il ne se tient plus qu'à quelques mètres de Huit, d'Algo et des prétoriens. Il sort sa lance.

    Marionetis tend  ses bras comme s'il dressait ses fils. Il prend possession de tous les corps du complexe. Les gardent sortent de leurs dortoirs, prennent les lances électriques. Des dizaines d'entre eux déboulent par les couloirs. Ils se ruent vers lui. Le Grand Examinateur voit la masse de cadavres qu'il avait laissé derrière lui. Il ne comprend pas. Il ne voit rien de leur futur ni du sien. Malgré tout, il accepte le combat. Il projette deux lances, en garde une dans chaque main, embroche et découpe. Il se bat avec violence et efficacité même s'il ne peut empêcher les lances électriques de le frapper par intermittence. Dolem observe ses gestes à travers les capteurs d’Algo. Il se sent minuscule. Il existe 3 monstres d'une puissance inégalée. Deux d'entre se battent devant lui. Mais ces deux mêmes ne pourraient rien contre Aetius.

    Le Grand Examinateur se bat sans s'économiser. Il est assailli par le nombre, ces cadavres qui arrivent par vague. Il tranche et tranche encore et encore. Il repousse avec la Force, abat son poing, saisit les corps par le cou, les cheveux, la nuque, projette. Mais il ne peut tout parer et des frappes parviennent à le ralentir. Soudain, son chapeau s’envol, laisse apercevoir un visage horriblement balafré aux yeux crevés. Sous la violence, il ploie une première fois. Il se redresse. Les lances frappent encore. Il s'écroule. La pluie de coups tombe. Ce n'est plus une tempête mais mille orage qui crépitent. Lorsque les marionnettes s’arrêtent, il ne reste plus qu’un tas de chair.

    Les gardes et les prisonniers tombent inertes. Les droïdes ne disent rien. Ils regardent le champ de bataille. Lorsque... Non, d'un coup, leur niveau d'alerte repart. "Impossible !" Le Grand Examinateur se relève. Algo charge avec l’énergie du désespoir pour l’empêcher de... Mais le géant s’écroule à nouveau.

    - Pardon, s'amuse Marionetis. Je voulais savoir si je pouvais utiliser son pouvoir.

    A cet instant, deux de ses pantins apparaissent avec les jambes et les bras de Huit. Ils les confient aux droïdes avant de tomber inhertes à leur tour.

    - Maintenant, intime-t-il à Dolem, rejoignez-moi sur le toit.

    Les droïdes retrouvent Marionetis, s’engouffrent dans sa navette qui décolle. Quelques instants plus tard, le complexe explose. Fort K est anéanti.

    Dolem et Algo pensent aux mineurs.

    - Je ne pouvais pas les laisser envie, justifie Marionetis alors que ses pantins ont placé les explosifs aux points faibles du complexe. Personne ne doit savoir que vous avez survécu. Si une enquête venait à prouver l’absence de Huit parmi les victimes, les soupçons se retourneraient contre vous. Vous allez déjà devoir persuader les mineurs et le Bah’lil noir que les Siths sont responsables. Ils vous croiront peut-être. Il faudra envoyer un robot qu’ils ne connaissent pas, cacher Huit et l’autre arrivé par les tunnels. Ce sera difficile. Aetius fera courir la rumeur. Il vous accusera. Et les mafias s'y joindront. Il leur sera  de toute façon plus facile pour celles qui ne sont pas contrôlées par lui, de se tourner contre vous que contre les Sith. N'en doutez pas, Aetius l'a emporté aujourd'hui.

    - Tu peux donc tuer des innocents sans que ça ne te fasse rien, le dévisage Huit en pleine possession de ses moyens

    - J’ai de la compassion pour les morts, les familles. Mais il n'y a pas d'innocents. Pas tant qu'Aetius sera parmi nous. Combien de vies ai-je sauvé en intervenant aujourd’hui ? Combien de vies ai-je pris ? A quoi bon tenir des comptes ? Ca ne ramènera personne. Ca n'en épargnera pas moins. 

    -  Pourquoi nous avoir aidé ? demande Dolem. Que veux-tu ?.

    - Tout dépend. Avez-vous une flotte ? Une armée ?

    - Oui. Les deux.

    - Dans ce cas, je les veux. Je veux briser Aetius maintenant.

    - Tu penses vraiment que nous allons nous mettre à ton service ? demande Algo. Après ce que nous t'avons vu faire ?

    - J'ai sauvé vos vies. J'ai préservé votre but. Vous m'êtes redevables. Je vous demande de me laisser m'en servir une fois. Une seule fois et je couperai Aetius d'un pouvoir immense. Une seule fois et nous rééquilibrerons les chances.

    Dolem réfléchit. Les autres droïdes sont silencieux.

    - Nous te laisserons nos troupes si tu réponds à une dernière interrogation. Comment pourrions-nous vaincre Aetius si le Grand Examinateur a prédit son avenir ? 

    - Ne t'en fais pas pour ça. Si l'Histoire du côté obscur nous apprend quelque chose, c'est que celui qui redoute sa fin la provoque. Aetius le sait. Il connaît les forces et les faiblesses des Sith. Il n'a jamais demandé à connaître son Destin. De toute façon, il ne fait pas confiance à ce pouvoir. Le Grand Examinateur n'était qu'un pion. Sans doute son meilleur. Mais ses visions avaient des limites. Il ne vous avait pas vu. Il n'avait pas pu prédire votre arrivée. Si je devais parier, je dirai qu'Aetius trouve même son compte dans sa mort.

    - Pourtant, il a pu prédire nos combats dans cette prison. 

    - C'est vrai. Sais-tu pourquoi ?

    - Non.

    - Moi non plus. Mais si ce que je suppose de votre naissance est exact, alors j'aurais peut-être une réponse.

    --- chapitre 8  ---


  • 1er chapitre ici / 2ème  / 3ème  / 4ème là / 5ème / 6ème chapitre ci-dessous. Bonne lecture. ;)
    Dans le genre petit détail, j'ai trouvé le nom d'un personnage en transformation celui du basketteur Markannen.

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    Artem Mandialis


    - Gouverneur Mandialis ?

    - Mark, répond Artem Mandialis à son chef de la sécurité alors que celui-ci vient d'entrer dans son bureau. Qu'y a-t-il de si urgent ?

    - Nous avons un problème.

    - Encore les mineurs ? s'agace Artem. Après tout ce que j'ai obtenu ? Dis-leur que s'ils reconduisent leur grève, ça ne sera plus le même refrain.

    - Non, ce n’est pas ça.

    - Dans ce cas, qu'y a-t-il ?

    - Nous avons deux utilisateurs de la force qui s'amusent à faire des démonstrations sur la place du quartier de Coror.

    - Des Jedi ou des Sith ?

    - On ne sait pas.

    - Est-ce qu’ils avaient l’air enflammés, colériques ? Étaient-ils habillés en noir ?

    - C’est plus compliqué.

    - Peu importe, arrête-les. L’usage de la Force reste interdite en public. Fais venir les ambassadeurs Sith et Jedi. J’aimerais qu’on le leur rappelle. Nous ne sommes pas sur Omegan. Ni sur Van.

    - Le souci, c’est que nous avons essayé maus la foule ne nous a pas laissé intervenir. Elle a fait reculer nos agents. Comme la période est sensible, j'ai préféré temporisé, connaître vos ordres.

    - Attend la fin de leur spectacle, interviens quand la foule sera partie. 

    - C’est que j'ai fait Gouverneur. Cela fait deux jours qu’ils tiennent la place.

    - Deux jours ? Et tu ne me préviens que maintenant ?

    - Je pensais qu’ils en auraient assez. Mais les mineurs ont pris fait et cause pour ces choses. Et l'intérêt ne faiblit pas.

    - Pourquoi ces choses ?

    - Parce que je ne sais pas vraiment comment les qualifier, Gouverneur. Ce sont des droïdes. Des droïdes qui utilisent la force.

    - Mais qu’est-ce que tu racontes ?

    - Ca rend la situation plus délicate. Les mineurs disent que la loi ne s'applique pas puisqu'ils ne sont ni Sith ni Jedi.

    - Dans ce cas, je vais le leur expliquer. Va chercher les ambassadeurs des deux ordres. Nous calmerons la foule ensemble.

    Mark Tannen quitte le bureau du gouverneur Mandialis. Ce dernier reste pensif. Il n'aime pas les événements inattendus. Il a beau être le représentant de Confédération dans le système Mundu, avoir établi son gouvernorat sur la planète Kléros, il en est également issu. Et si chaque planète se gère de manière autonome, les barrières douanières, les quotas commerciaux et les affaires galactiques sont du ressort de la Confédération donc du gouverneur. Ce poste a l'originalité de tenir son mandat des deux parties, à la fois des planètes d'un système qui s'accordent pour envoyer un de leurs citoyens mais aussi de la Confédération qui valide le choix et fait de chaque Gouverneur un membre de son bureau exécutif. Ensuite ce bureau nomme le chancelier, lui-même validé à la majorité par le Parlement. C’est le moyen imaginé par les fondateurs de la Nouvelle Confédération Galactique pour éviter les désordres stellaires, unifier les comportements planétaires. De sorte que le gouverneur n'est pas que le représentant des intérêts de son système mais encore le garant du rôle de la Confédération. 

    Artem Mandialis a un mauvais pressentiment. Il se tient sur le balcon de son bureau. Sa navette personnelle se pose. Il y monte, découvre avec satisfaction la présence de Maître Nidas et de Darth Zion, les représentants Jedi et Sith. A leur côté, Mark Tannen et deux officiers commandants.

    - Messieurs les ambassadeurs, salue le gouverneur en s'installant.

    - Gouverneur.

    - Est-ce qu'on vous a mis au courant ?

    - Nous le sommes, répond maître Nidas. Mais nous l'étions déjà.

    - Dans ce cas, pouvez-vous m'éclairer ?

    - Il y a quelques semaines, notre académie de Tatouine a reçu la visite de droïdes. Ils nous ont expliqué que nous faisions erreur dans la compréhension de la Force, que nous étions un facteur de déséquilibre en tentant de nous l'accaparer, d'en faire une rente au nom de notre ordre.

    - Nous avons eu la même visite, ajoute Darth Zion. Moins courtoise malheureusement puisqu’ils ont tué plusieurs des notres.

    - Des Sith ont été tués ?

    - Des jedi également, ajoute maître Nidas. Nous n’avons pas de preuves que ce sont eux mais nous avons des certitudes. D'autant qu'ils nous ont menacé de mort sur Tatouine.

    - Dans ce cas, pourquoi ne pas avoir porté l'affaire devant le Tribunal ? Les Sith doivent bien avoir des preuves, non ?

    - Aucune malheureusement, répond Darth Zion. Juste des témoignages indirects. Ces droïdes nous ont frappé par surprise en s’arrangeant pour ne laisser aucun trace. Depuis, nous avons rapporté d’autres incidents dans la galaxie.

    - D'autres morts ?

    - Non, Gouverneur. Des prêches. Ces robots vont par équipe de 2 ou 4. Ils vont de planète en planète pour « éduquer à la Force ». Ils ne restent jamais longtemps.

    - J’aurais cru que pour des assassins ayant ciblé vos ordres, ils auraient commis d'autres attaques.

    - C’est plus grave que vous ne pensez, Gouverneur. D’abord parce que ces droïdes ont massacré les nôtres. Ensuite parce qu’ils violent systématiquement le code de la Force. 

    - Je partage l'avis de Darth Zion, appuie Maître Nidas. Plus largement, nous sommes troublés par leur nature. Des droïdes ne devraient pas pouvoir utiliser la Force. Ils nous paraissent dangereux. Incontrôlables. Et contre-nature.

    - A quel danger faîtes-vous allusion ?

    - Nous voyons des révolutionnaires, Gouverneur. De ceux qui allument l'incendie.

    - Des révolutionnaires ? Alors que la Galaxie n'a jamais été aussi prospère ? Que la pauvreté recule ?

    - Je ne crois pas que cette réalité entre en considération. Ce ne serait pas la première fois que des citoyens épouseraient des théories et des guides en contradiction avec leurs intérêts. En un mois, nous avons recensé 250 incidents. Tous ont laissé des traces. Des parents ont retiré leurs enfants de nos académies, des apprentis sont allés à leur rencontre avec l'objectif de partager des connaissances.

    - Je vois, réfléchit le gouverneur. Le problème est sérieux. Je vais d'abord constater si ce sont des lunatiques ou de dangereux révolutionnaires. Ensuite, j'aviserai.

    - Ils ont tué, Gouverneur.

    - J'ai pour habitude de faire confiance à mon jugement, ambassadeur Nidas. Je veux connaître la menace. Pour le reste, les lois de la Confédération s'appliquent. J'ai déjà signé l'ordre d'arrestation. Reste que je trouve étrange que vous ne soumettiez aucune preuve de leurs méfaits.

    La navette se pose dans une ruelle, non de la place du quartier de Coror. Le gouverneur revêt un manteau à capuche . Lui, les ambassadeurs et son chef de la sécurité s’avancent jusqu’à la place. Ils fendent la foule discrètement. Artem Mandialis comprend qu'il s'agit pour majorité des familles des ouvriers et, pour minorité, d'ouvriers eux-mêmes, des gueules noirs ayant terminé leur tour dans les mines d'abssysses ou encore ceux qui n’ont pas pu s'y rendre suite à l'inondation des tunnels 7 et 9. Il observe les visages souriants, apaisés et intéressés des spectateurs. Il lève les yeux vers l’estrade pour voir ce qui les contente tant. Il découvre le droïde.

    - Voyez, moi par exemple, j’ai choisi mon nom. Je m’appelle Huit. J’aime ce chiffre, j’aime sa forme. De manière amusante, il se trouve que je suis le huitième de ma lignée. Ce n'est pas un hasard. La Force est une source d’inspiration. Tous les êtres vivants y sont liés. Elle n’est pas l’apanage d’une élite, elle est la matière même qui entre et sort par nos souffles. Je sais que certains resteront dubitatifs mais elle offre le mystère de la créativité, elle ne cesse d'être l’appuie dans le drame, le réconfort dans la peine, le bonheur dans la joie. Alors je vous le dis mes amis, la Force est avec vous et vous avec elle. Elle n’est ni l’ascétisme ni la colère. Elle est l’harmonie, le rire, la vie.

    D'un geste, le droïde prend un pot, montre son contenu à l'assistance. Il y a de la terre à l’intérieur. Il place ses mains, se concentre et une petite plante se met à grimper lentement, doucement.

    - Vous voyez ce qu’est la Force. Elle permet à une machine telle que moi de soutenir la vie, de l'aider à croître, à s'épanouir. Nous sommes là pour cette raison, pour nous épanouir les uns les autres. Nous vous apprendrons à la maîtriser. Peu importe le degré, peu importe la capacité, si vous avez besoin d’elle, si vous avez envie d’elle, elle vous écoutera, elle vous supportera. Je sais vos conditions de vie et de travail difficiles mais elles le sont plus encore parce que la Force ne vous touche pas. On vous a coupé de son plus grand mystère. Vous n'en avez simplement pas conscience. Et nous autres Forcïdes dans tout ça ? Nous, nous venons réparer cette erreur. Vous êtes orphelins. Nous l'étions aussi. Je viens faire votre rencontre. Ensemble nous ferons la sienne.

    - Les Jedi ne nous ont jamais appris la Force, crie un homme dans la foule. Ils la gardent pour eux. Ils ne nous jugent pas assez bons. Et les Sith, bah, ils peuvent la garder. Je ne veux pas chopper leurs yeux rouge.

    La foule rit aux éclats.

    - Il n’y a pas de niveau exigé dans la Force, répond Huit avec douceur. Peu importe le degré d’utilisation, elle vous parlera.

    - Et si nous tombons du côté obscur ? reprend plus sérieusement un spectateur. Et si nous devenons des Siths ?

    - Voulez-vous devenir un Sith ?

    - Non, absolument pas.

    - Alors vous ne le deviendrez pas. Ne vous y trompez pas. La Force ne nous dicte pas notre volonté, elle est une oreille, une parole, une caresse. Mais elle ne nous soumet pas. Elle ne nous promet rien d'autre que ce que nous nous promettons nous-mêmes. Il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises utilisations de la Force, juste de mauvais utilisateurs. Comme il y a des gens tournés vers eux-mêmes et d’autres tournés vers les autres. Son message est contenu dans sa nature. Et sa nature est l'harmonie. Vous pouvez ne pas respecter ce message, vous pouvez choisir de devenir un sith, un jedi ou ne pas choisir mais vous devriez tous pouvoir l'entendre. Elle est celle par qui nous allons, celle vers qui nous reviendrons. Car nous finirons tous par revenir à la Force, mes amis. Mieux vaut le faire dans cette vie.

    Maître Nidas écoute patiemment. Mais il décide d'enlever sa capuche, de prendre la parole :

    - Vous trompez ces gens. Vous les persuadez de leur capacité à utiliser la Force mais la plupart ne le pourront jamais. La Force demande des dons particuliers. Des dons que vous avez et qu’ils n’ont pas. Vous leur offrez de faux espoirs.

    - Vous êtes un maître Jedi, n’est-ce pas ?

    - Maître Tor Nidas, ambassadeur de mon ordre dans ce système.

    - Je vois. J’aimerais savoir quelles sont ces capacités dont vous parlez.

    - Celle de mouvoir les objets ou encore d'accélérer la croissance de plantes. Bref, tous ces tours que vous faîtes pour les appâter.

    - Vous vous méprenez, maître. Je n’ai pas fait croître cette plante en expliquant qu’ils pourraient le faire. Certains le pourront, d’autres non. Ce n’est pas une question de capacité mais de croyance. La Foi, c’est ce que la Force nous demande. Vous semblez l’avoir perdu, sans quoi vous ne tiendriez pas ce genre de discours. Avoir foi dans la Force, c'est déjà guérir des maux de notre Galaxie.

    - La foi en la Force n’offre pas sa maîtrise. Il faut une pratique, un talent, une volonté, une humilité.

    - La Force a bien des façons de se manifester. Que faîtes-vous quand vous recherchez la paix intérieure ? Vous faîtes bien appel à la Force ?

    - Oui.

    - Pensez vous qu'il faille un don pour la trouver ? Du talent pour vivre en paix ?

    - Il faut un don oui. Sans quoi, tout le monde en serait capable.

    - Mais tout le monde en est capable. C'est comme respirer. Seul le degré de maîtrise varie. La Force est le cadeau fait à ceux qui n’ont rien, à ceux à qui vous n’avez jamais tendu la main. Elle n'est pas réservée aux vertueux, aux gens bien éduqués. Elle appartient à tous.

    - Ne me parlez pas de cadeau. Nous sommes des chevaliers Jedi. Nous avons passés des millénaires à garantir la paix dans la Galaxie, à chercher son équilibre. Nous avons sacrifiés beaucoup. La Force reste une pratique, un devoir, un respect. Il faut de la sagesse pour s'en servir à bon escient. Et la sagesse s'apprend.

    - Je ne crois pas. Le bon sens est la chose la mieux partagée dans l'univers. Du reste, vous et les Sith n'avaient apporté que vos guerres et vos divisions. Vous vous êtes appropriés la Force, vous l'avez coupé en deux, vous l'avez isolée du reste de la Galaxie alors que vous aviez été choisis pour porter son message. Pourquoi ne pas réfléchir à votre pratique ? Nous vous offrons une chance de renouer avec elle, de la transmettre au plus grand nombre. Pourquoi croyez-vous que nous autres droïdes sommes capable de la maîtriser ? Que croyez-vous qu'elle nous dise ? La vérité Jedi, c'est que la Force est aussi notre mère. Nous lui devons ce que nous sommes, nous Forcïdes. Comme nous connaissons intimement le besoin qu'on les êtres vivants de se connecter à elle. Alors oui, nous ne souhaitons pas être des chevaliers. Rien ne nous révulse plus que vos organisations. Nous ne souhaitons pas plus devenir un nouvel ordre moral qu'imposer notre vision à la Galaxie. L'Harmonie s'en chargera.

    - La Force n’est pas garante de l’harmonie. Et même si vous parveniez à éduquer chaque habitant à la Force, tout ce que vous ferez se retournera contre vous. Vous voulez convertir la Galaxie ? Vous aurez mille empire Sith qui s’entre-dévoreront. Simplement parce que le côté obscur est plus facile, plus rapide, que la plupart de ceux que vous formerez choisiront le raccourci. Nous ne sommes pas parfaits, nous autres Jedi, mais nous connaissons la nature des êtres vivants, à commencer par leur ambivalence. La Force est notre guide mais elle exige un prix. En échange de la vertu, elle apporte ses bienfaits. Sans principes, il ne reste que la colère, la peur. Voilà donc ce que je vous réponds : en échange de ce bon sens qui ne rime à rien, vous perdrez ceux qui s'abandonneront à l'espoir et connaîtront la déception.

    Le Sith enlève sa capuche à son tour. Il ne dit rien. Il n'est pas convaincu par Maître Nidas. En temps normal, il aurait applaudi mais un droïde ne devrait pas pouvoir utiliser la Force. Ce changement est majeur. C'est pourquoi ce robot donne envie de croire en lui. C'est pourquoi lui-même ne croit pas à l'idée que leur pratique pourrait venir grossir le rang des Sith. Ces Forcïdes, comme ils s'appellent, pourraient mettre fin  aux deux ordres, créer une synthèse, un premier, un unique qui les rendrait inutiles. Nidas ne le réalise pas. Le Seigneur Aetius doit savoir.

    - Sith et Jedi mains dans la main, plaisante Huit en découvrant le Sith. Vous voyez, nous rétablissons déjà l’harmonie.

    - Il n’y a pas besoin de premier ordre, répond simplement Darth Zion. La Galaxie prospère, nous bénéficions de la paix, de la tranquilité. Vous n'avez pas d'utilité.

    - La tranquillité se paie du prix de ceux que vous exploitez, de l'horreur de ce matérialisme qui vous coupe de nos racines, de vos êtres. Cela fait des millénaires que vous avez abandonné la Force pour l'aliéner. L'exploitation, c'est tout ce dont vous êtes capables. Voilà pourquoi vous avez failli et vous faillirez encore. C'est aussi contre cela que nous nous dressons.

    - Arrêtez-le, murmure le gouverneur aux deux ambassadeurs. Je dois connaître l'étendu de ses pouvoirs. Je veux le plus d'informations possibles avant d'aller trouver le chancelier Gregori.

    Maître Nidas hésite, le Sith n'a pas cette pudeur. Il sort son sabre laser. La foule s’écarte, laisse le passage vers l’estrade.

    - Voyez, raille Darth Zion. Voilà tout le soutien de vos ouailles qui tremblent alors qu'ils ont le nombre pour eux. Et ce sont ces gens que vous tentez de convertir ? Pathétique. 

    - Là encore vous vous trompez, s'amuse Huit. Ces gens valent mieux en s'écartant que vous en m'attaquant,

    Darth Zion s'élance. Maîre Nidas aimerait le suivre. Il prend la menace très au sérieux. Il sait que ce droïde devrait être battu, ne serait-ce que pour casser son charisme, ramener la population a la raison. A l'inverse, sa défaite comme celle de Zion accroîtrait la popularité du Forcide. Elle se répandrait dans la galaxie, propagée par les mineurs. Aussi même s'il sent la puissance de Huit, Nidas ne peut se joindre à Zion, il attendra son tour. Le battre à deux en ferait une victime, perdre en ferait un héros. Les deux solutions sont lourdes de conséquences. Et pourtant, il sait qu'il devrait intervenir. A deux, ils auraient une chance. Ce droïde n'est pas n'importe qui. Il le sent.

    Zion a rejoint l'estrade. Il lance ses éclairs de la main gauche. Huit les absorbe en tendant simplement sa paume. Le Sith engage avec son sabre. Le droïde pare, éteint sa lame après le premier contact, la rallume derrière celle de son ennemi puis la rabat à la verticale pour trancher le manche. Désarmé, Zion se fait projeter contre une colonne qui borde l'estrade. Il est vaincu.

    Maître Nidas s’avance. Sa lame a jailli. Huit est à distance. Il concentre la Force sur son poing puis l’abat sèchement en direction du Jedi qui se prend le choc dans la poitrine et vole 3 mètres en arrière. Le coup l’a assommé. Huit rit de manière presque ingénue. Voilà deux mois qu’il s’entraîne, se prépare pour affronter Darth Virgo. Il sent ses progrès. Il sait qu’il devra mettre de la distance, que son maniement du sabre ne lui garantira pas la victoire, qu'il devra la déstabiliser afin de trouver la fenêtre et l'engager corps au à corps. Cette capacité lui permettra de s'adapter.

    En face, le gouverneur est stupéfait. Huit les a vaincu avec une facilité déconcertante. Il n'a pas plus le choix maintenant. Il le sait. Il sort son holocommunicateur, ordonne à la sécurité d’investir la place. Elle le fait sous les protestations de la foule. Les gardes sont armés de bâtons électriques, seuls moyens de se mesurer aux possesseurs de sabres laser. Ils ont aussi de grands boucliers capables de se joindre les un aux autres afin de résister aux pressions des utilisateurs de la Force. Cette fois, la foule n'est pas en reste. Elle commence à lancer ce qui lui tombe sous la main.

    - Vous n’avez besoin d'attaquer, lance Huit en figeant les objets avant de les poser par terre. Je n’ai pas fait usage de la Force par envie mais pour me défendre. Nous ne sommes pas là pour provoquer un conflit. N'est-ce pas Gouverneur ? 

    Huit s'adresse au gouverneur qui enlève sa capuche. La Foule le reconnaît. Silencieuse, elle s'interroge. Artem Mandialis est extrêmement populaire parmi les mineurs et, bien au-delà, dans tout le système.

    - Je ne veux pas d'une bataille rangée. Mais mes hommes sont là pour vous arrêter droïde.

    - Je le conçois. Mais pourquoi autant de troupes ? Ne pouviez vous pas envoyer un seul garde ? Ou le faire vous-mêmes ?

    - Pour finir comme ce Sith ou ce Jedi?

    - Je ne suis pas venu combattre, répond tranquillement Huit. Si un agent de police me demande de le suivre, je l'accepte. S’il vient pour me soumettre par la violence, je ne cède rien.

    - Dans ce cas, j’aimerais que vous suiviez mes agents.

    - Très bien. A quel titre ?

    - Pour violation de l’article 1 du code de réglementation des Ordres.

    - Je ne suis pas familier de vos réglements. Que dit-il?

    - Qu'aucun individu ne peut utiliser la Force en publique à moins d'y avoir été expressément autorisé par le gouverneur de son système.

    - Quelle absurdité. J'imagine qu'il s'agit de ce fameux code de la Force dont nous avons entendu parler. Quoiqu'il en soit, je veux bien vous suivre. Je crois pouvoir vous convaincre de nous autoriser à tenir nos conversations avec les peuples de Mundu. Vous verrez à quel point nous sommes utiles, bienveillants.

    - Nous verrons.

    Huit descend de l'estrade, escorté par un policier dans une navette-fourgon. Un agent tente de lui prendre son sabre, il le fige. Les policiers s’écartent, sortent leur blaster. Un officier les arrête, s’approche du droîde.

    - Pouvez-vous me remettre votre sabre, s'il vous plaît ?

    - Bien sûr, répond Huit.

    Le Gouverneur n’aime pas ce qu’il voit. La foule est subjuguée par ce robot, son allure. Il respire une forme de noblesse, mêlé de cordialité et d'ironie. Il y aura des troubles si ces machines continuent. Quand on lit le sous-texte, le message n'est pas plus tendre avec la Confédération qu'avec les autres Ordres. 

    Pensif, le gouverneur repart à sa navette. Il sait qu’il devra organiser une parodie de procès, que la population lui en voudra. Alors il se demande comment reporter la responsabilité sur la Confédération. Sans doute tentera-t-il de persuader le chancelier de créer une juridiction spéciale. Et sans doute échouera-t-il. Une telle juridiction mettrait en lumière ce qui apparaît pour l'instant comme un micro problème. Clairement, faire de la publicité à ces droïdes provoquerait le contraire de l'effet recherché. Il vaudrait mieux étouffer tout ça. Dans un procès à huit-clos ? On accuserait la Confédération de conspirer contre la population, de manipuler les tribunaux. "Ces droïdes sont habiles", reconnaît Mandialis. "Quoique que nous fassions, chaque solution apporte plus d'inconvénients que d'avantages."

    Le gouverneur s'installe dans sa navette. Maître Nidas se tient à ses côtés, encore un peu grogui. Darth Zion est furieux d’avoir été humilié. Le chef de la sécurité entre à son tour.

    - Ils distribuent ça un peu partout, annonce-t-il en montrant un holocommunicateur. Les 3 autres droïdes se sont dispersés ce matin pour en faire la distribution.

    - Cherche-les et arrête-les.

    - Je le ferai. Ces appareils permettent de communiquer, d'entendre les prêches, de poser des questions, bref de dialoguer avec les droïdes. Il propose aussi aussi une méthode de développement de la Force.

    - Peut-on tracer le signal jusqu’à leur base?

    - Nous allons essayer.

    - Vous perdrez votre temps, assure Darth Zion. Ils changent constamment leurs émetteurs de place. Ils utilisent des vaisseaux capables de passer en hyper espace.

    - Dans ce cas, assure maître Nidas, il devrait être possible de tracer certains trajets. Il y a des fluctuations, des schémas de navigation.

    - La Galaxie est grande, répond le Gouverneur. Pour les trouver, il faudrait mettre en commun nos ressources. Puisqu'ils utilisent la Force, cela permettra d'affiner les recherches.

    - Nous n’avons pas besoin de les trouver, murmure Darth Zion sur un ton pour le moins désagréable. Ce sont eux qui nous trouvent. Il suffira simplement de les éliminer des planète où ils se rendent. Autorisez-nous à employer la Force en public et nous les défierons. Ensuite, une fois que nous les aurons réduit à néant, rétablissez la loi. Je sais que vous avez l’oreille du Chancelier, Gouverneur. Dîtes-lui à quoi nous pensons.

    --- Chapitre 7 ---


  • 1er chapitre ici / 2ème  / 3ème  / 4ème / 5ème chapitre ci-dessous. Bonne lecture. ;)

    Dans le précédent, j'avais glissé une référence à Starship Troopers (Zegaima pour Zeguema Beach), une autre à Berserk (Femto), cette fois vous trouverez un clin d'oeil à Dune, un autre à un jeu Capcom sorti sur Gamecube. Ah et le nom d'Apothéon provient d'un jeu que je viens de terminer et dont le nom est a une forte connotation.


  • Darth Aetius


    Elonn se réveille allongée sur un canapé en sustentation. Elle garde en bouche le goût de cette mixture bleue que Marionetis lui fait avaler tous les soirs. Ses pensées s'éclaircissent progressivement. Elle sait qu’elle n’a rien rêvé ni cauchemardé malgré une semaine passée dans un état second, à somnoler la plupart du temps, à peine alerte pour prendre ses repas. En vérité, ce matin, pour la première fois depuis leur retour d’Oortha, son esprit est vivace, son corps en pleine possession de ses moyens. Elle s'est réveillée comme si elle avait 20 ans, comme si elle en avait effacé 15. Bien sûr, ce sentiment ne la rassure pas. Elle sait pourquoi elle se sent si vive. Les paroles de Marionetis résonnent encore : « tuer Aetius ». Aujourd’hui, quoiqu’il arrive, elle affrontera son Destin. En un sens, elle se sent délivrée du poids de l’interrogation. Malheureusement, un autre s’est substitué, infiniment plus lourd : celui de sa propre mort. A côté, l’incertitude restait un moindre mal. Son unique réconfort vient de ses pensées pour Lian. Mais l'instant ne dure pas et ses souvenirs se déchirent dans un sanglot. Elle aimerait tant le revoir, le serrer dans ses bras, l’embrasser une dernière fois. Il ne reste que leurs souvenirs… Elle essuie ses larmes avant de relever la tête, étonnée. Elle était trop absorbée pour payer attention mais elle remarque qu'elle se trouve dans un laboratoire. Pour la première fois en 3 ans de captivité, il l’a amenée ici. Des corps flottent dans des cuves translucides, des cuves individuelles. Certains se décomposent, d’autres paraissent encore en vie tandis que le petit droïde DCR3 va de l’un à l’autre, recueillant et traitant les données. Dans des bocaux alignées sur les étagères nagent membres et organes.

    - Enfin, se réjouit Marionettis qui se tient dans l’encadrure de la porte.

    - C'est ça que tu cachais ? demande-t-elle dégoûtée. Des expériences ?

    - Je suis un scientifique, Elonn. Je fais des tests. Je devais savoir. Maintenant, j'ai mes réponses.

    - Tu n'es qu'un monstre.

    - Il faut savoir faire des sacrifices, répond-il simplement alors qu’elle tente former une bulle de force avant de tomber à genoux sous l'emprise de son maître. La "volonté", Elonn, c'est le secret de mon pouvoir. Je ne lâcherai rien. A personne. Mais tu comprendras. Tu comprendras tout.

    - Il n'y a rien à comprendre. Je sais ce que tu es.

    Marionetis appuie sur un bouton. L’acide injecté dans les cuves vient ronger les corps. Une fois dissous, l’évacuation se débarrasse du liquide brun.

    - Je te l'ai déjà dit, tout commence et tout s'arrête avec Aetius. De deux monstres, il faut choisir le moindre.

    Marionetis n'attend cette fois aucune réponse. Il prend immédiatement le contrôle de Cinna, s'aperçoit  del'imperfectionde sa maîtrise. Elonn lutte. Pourtant, il n'a aucune inquiétude. La Force lui a souri cette semaine. DCR3 avait raison. Les variations positives annoncées par le droïde ont changé sa compréhension. Chaque pièce du puzzle prend sa place, chaque action trouve sa finalité.
    Cinna se lève, vient le rejoindre dans le hangar. Les deux se préparent, ceignent leur sabre laser, enfilent leur manteau, puis rejoignent la navette. Dart Cinna s’installe au poste de pilotage. Marionetis attend. Sa poche vibre. Il sort le petit appareil. Comme convenu, le message holographique contient les coordonnées de leur rendez-vous. Il s’efface aussitôt. Marionetis sourit en coin. Il sait à quel point Aetius est paraonïaque, il a contribué à le rendre ainsi.

    La navette sort de l’hyper espace. Le rendez-vous a été pris sur PN03, petite planète de sable à l’image de ses soeurs du système Orba, chacune baptisée des lettres PN suivi de leur ordre croissant par rapport à l’étoile : de 01 à 06. La navette suit les coordonnées, les radars ne détectent rien. Marionetis devine l’utilisation de brouilleurs dernier cri. Puis, alors que le vaisseau a atteint la basse altitude, le temple se découvre. Ses colonnes, son dôme se dressent massivement dans des couleurs si proches de cet environnement désertique qu'ils se confondent. Des troupes s’entraînent sur les esplanades dans des tenues aux tons sablonneux. Marionetis fait rapidement le compte. Il y a 4 divisions de 10 000 hommes. Clairement, Aetius n’a plus l’intention de végéter. Oortha n'était que la partie émergée de l'iceberg. Il prépare une armée. 

    La navette plonge soudain. La base a pris les commandes du pilotage. Le vaisseau s'infiltre dans une faille, suit des veines à l'intérieur de la roche, avant de déboucher dans une galerie si longue qu'elle pourrait paraître infini. Plusieurs croiseurs interstellaires se cachent dans ses profondeurs, d'autres sont en construction. A peine posés, des gardes en tenues rouge viennent les chercher. Marionetis ne peut s’empêcher de sourire intérieurement. Aetius joue à l’empereur, ses hommes arborent la tenue de l’ancienne garde, chargée de protéger le Chancelier Palpatine. Les deux sith sont immédiatement séparés. Marionetis se voit escorter vers la salle d’interrogatoire tandis que Cinna est menée à travers un long corridor. A mesure qu'elle s'avance, Elonn perçoit un esprit malveillant, une source sombre qui irrigue ce temple. Elle essaye de résister à l'emprise mais elle se met à douter. "Tu comprendras" n'avait-il cessé de répéter pendant 3 ans. Pouvait-il avoir raison ? Quel est ce sentiment, cette impression de ténèbres, d'océan noir dans lesquelles elle s'enfonce ? 

    A présent arrêtée devant une porte colossale, elle voit les gardes s'écarter pour se poster de chaque côté. Elle doit entrer seule. Elle pose la main, tente de la pousser, échoue. C’est un test. Elle devine l’extraordinaire poids qui la rend si complexe à mouvoir. Elle fait donc appel à la force, la concentre avant de parvenir difficilement à l’ouvrir. Lorsqu’elle relève la tête, son regard s'arrête sur Aetius. Le Sith se tient au bout de la pièce en haut, assis sur son trône de pierre, en haut d'une plateforme, d'une sorte de pyramide plate. Il est drapé dans une longue tunique pourpre, porte un masque très sobre avec quelques arrêtes saillantes, deux longues encoches parallèles au niveau du regard d’où percent une lumière violette. En un instant, elle ressent toute la poisse qui émane de lui. Elle a dû mal à respirer. Malgré le contrôle de Marionetis, son regard bascule pour s'échapper, vient se poser sur les deux siths qui se tiennent en bas de l'escalier. La première est une femme, dressée dans une robe noire et violette de combat. De l'autre côté, en miroir, elle reconnaît Darth Valel, assis à son pupitre. Enfin, à quelques mètres devant eux, il y a cette longue table carrée où se tiennent les 12 membres du conseil.

    Marionetis fait avancer Elonn. Il sait à quel point l'instant est sensible. Mais il ressent son affaiblissement. Elle ne lutte plus contre son contrôle. Elle est en train de lâcher prise. Il comprend qu'elle voudrait quitter cette pièce où elle étouffe, où son corps la brûle. A mesure qu’elle s’approche, elle découvre la peur dans le regard des maîtres. Certains suent à grosse goutte. A cet instant, elle se tient au fond d'elle-même, se remémorant les derniers mots dans la navette : « Tu ne verras aucune fierté chez ses subordonnés. Aetius ne laisse que des esprits dévorés. Sous son joug, on ne peut plus fuir. »

    Elonn ressent le mal qu'il habite, sa férocité, sa soif absolue. Comme si une ombre partait du trône pour se dresser devant elle, immense, insondable, ivre de souffrance, prête à déferler. Elle sait désormais qu’elle n'a pas les qualités que Marionetis lui prêtait. Comment pourrait-elle opposer la Jedi alors qu'elle voudrait simplement fuir, disparaître, loin, dans les étoiles ? Même au fond d'elle-même, même au bord de l'inconscience, elle ne supporte plus ce poignard qui la frappe et la frappe encore. Alors elle s'abandonne. Elle laisse Marionetis s’emparer de son esprit. Elle plonge dans l’oubli, se cache derrière le rideau. Ce qui se tient dans cette pièce est plus obscur, plus sombre, plus froid que ses angoisses les plus viscérales. Il est les Ténèbres. Il est le Dévoreur. Elle n'a plus aucun doute. La Force hurle dans cette pièce. Son cri est silencieux, son silence est effroyable. Elle ne veut plus l’entendre. Elle s'efface. Elle s'oublie

    - Darth Cinna.

    Aetius n’a pas parlé fort. Pourtant, sa voix emplit la pièce.

    - Prend ta place, ordonne-t-il.

    Darth Cinna regarde la table, les douze sièges sont occupés.

    - Lequel dois-je éliminer ? demande-t-elle.

    L’un des sith se lève brusquement. Ses traits sont figés, on sent qu’il lutte sans pouvoir se contrôler. Sa chaise tombe à la renverse tandis qu’il prend son sabre malgré lui. Le sith l’approche de son cou, tente désespérément de résister. Les veines palpitent sur son front, semblables à des vers. Quand, d'un coup, la lame jaillit. Sa tête roule sur le sol.

    - Qu’avait-il fait ? demande Cinna sans rejoindre la place. 

    - Manquer de clairvoyance, répond Aetius.

    Aucun autre mot. Pendant une interminable minute, Aetius n’a ajouté aucun autre mot. Marionetis comprend à quel point il a renforcé son emprise. Ce mutisme est oppressant, douloureux. Son pouvoir de constriction a grandi, terriblement grandi. A présent, il serait capable de provoquer le suicide de tout ces maîtres. De manière substantielle, ce que Marionetis ressent dans cette pièce, ce n'est pas tant cette noirceur mais la différence de statut. Il y a là un Dieu et ses serviteurs.

    - Darth Mandalor était l’un de nos meilleurs sabreurs, annonce Darth Virgo, la Sith qui se tient en bas de l'escalier qui descend depuis le trône. Malheureusement pour sa tête, il était également responsable d’Oortha. A trop déléguer, à ne pas avoir supervisé, il a déçu son maître.  L'Empereur n'a pas besoin de combattants, fussent-ils parmi les plus doués. A lui seul, il changera le cours de nos batailles. Mais il n'entraînera pas les officiers pilotes Siths. C'était la tâche de Mandalor. Perdre Oortha était concevable s’il avait mené ses troupes et battus en retraite. La soumission à l’Empereur, la compréhension de ses ordres, le respect de l'esprit qu'il nous inspire, c'est la seule chose qui compte.

    - Oui Maître, répond-t-elle en regardant Aetius.

    La Sith qui faisait la leçon à Cinna se préparait à reprendre lorsque...

    - Peu de Sith ont fait preuve d’autant de sang froid au moment de notre première entrevue, constate Aetius. Je n'en compte que trois dans mon empire. Darth Virgo, le Grand Examinateur et Darth Valel.

    - C’est un grand honneur de compter parmi eux, s'agenouille Cinna.

    - Il y a quelques années, j’ai affronté le maître Aym Fallas. Un immense Jedi. Malgré la torture, il n’a jamais rien concédé au côté obscur. Sais-tu pourquoi ?

    - Non, maître.

    - Parce qu’il avait accepté le prix de sa foi. Il était prêt à souffrir. Dans ma  vie, je n’ai rencontré que quatre types d’utilisateurs échappant à ma peur, capable de préserver leur intégrité. Il y a ceux dont la cruauté est égale à la mienne. Darth Virgo, par exemple, se délecte de la haine. Elle cherche des esprits à briser, à hanter, à perdre. Mais la Force me dit que tu n’es pas de ce genre là.

    - En effet, Maître. 

    - Darth Valel est différent. Il a soif de pouvoir. Il s’est garanti la position de premier conseiller. Il est ma voix et mes yeux pour la plupart des Sith. Celui qui dicte ma volonté. Mais tu n'as pas d'ambition.

    - Il est vrai, maître.

    - Le troisième relève de la folie. Il m’est arrivé de torturer si profondément mes victimes qu'elles n’étaient plus que haine et douleur. Le Grand Examinateur en est l'incarnation. Puis il reste un dernier type : l'esprit Jedi. Celui qui a une foi si intense dans le côté lumineux qu’il est prêt à souffrir l’impensable. Alors je me pose la question, si tu n'es ni cruel, ni folle, ni ambitieuse, as-tu gardé ta foi ?

    - Non, maître. Je ne suis plus une Jedi. Et même à l'époque, je n’avais pas cette conviction.

    - Dans ce cas, murmure férocement Aetius tandis que l’ombre de sa malveillance grandit brutalement, pourquoi n’as-tu pas peur ? Qu’est-ce que tu ne nous dis pas ?

    La pression s'est considérablement renforcée. Les autres maîtres ont baissé la tête. De pauvres chiens bien dressés.

    - Je suis égoïste, maître. Je suis venu chercher la revanche dans le côté obscur. Je veux détruire l’ordre Jedi. Je veux la mort de ses serviteurs. A commencer par celles de mon mari puis de mon maître.

    Cinna s’est tue. Aetius la regarde. Marionetis se sent transpercé. Là encore, l'empereur Sith ne dit rien. Darth Virgo prend la suite.

    - Ce qui nous amène à ton arrivée. J'ai relu les notes du Grand Examinateur. Malgré tout, j'aimerais savoir comment comment une petite Jedi qui n’avait jamais alerté notre attention autrement qu'avec ses dons de pilote a pu réussir un tel coup ? Darth Laeto n'était pas n'importe qui. Il était membre du conseil. Il était aussi l'un des rares à avoir embrassé sa peur pour la dominer. Il ne suait pas comme un porc lui.

    - Comme je l’ai dit au Grand Examinateur, j’ai été capturé par le seigneur Laeto. J’étais en mission ce jour-là, sur la trace d’enfants enlevés. J’étais aussi troublée. J’avais été trahie par celui en qui j’avais le plus confiance. Il m'avait ouverte de l'intérieur.

    - La trahison mène toujours au côté obscur.

    - Cette colère, je m’en suis servi pour m’échapper de la prison de Darth Laeto. Je l'ai affronté. Je me suis montré plus endurante, attendant qu'il s'épuise. Ensuite, je lui ai tranché chaque membre, le laissant geindre sur le sol. Je me sentais libérée : libérée du poids des conventions, libérée d'une idéal inatteignable, libérée de mes chaînes.  Pourtant, je n’en avais pas assez. Je voulais écraser Laeto plus encore, le détruire. Je voulais réduire à néant l'univers. Et paradoxalement, j’avais eu du mal à le vaincre, j’enviais ses pouvoirs, je brûlais d’augmenter les miens, de devenir celle dont les Jedi craindraient le nom. Alors oui, je ne cherche ni la douleur, ni les honneurs. Mais je veux ma revanche. Je veux leur chute.

    Aetius ricane. Son rire est froid, sourd, angoissant.

    - Tu n'as pas d'intérêt pour mon empire, conclut-il. Tu n’as pas non plus d’intérêt pour nos affaires. Tu es tourné vers ton but.

    - Je le reconnais, Maître.

    - J’apprécie cette soif. Je la sens forte. Tu partages mon objectif, tu reconnais ton infériorité, tu as rapporté d'excellentes informations d'Oortha, tu as exécuté fidèlement toutes les missions qui t'ont été confiées depuis plus de 2 ans, tu as prouvé ta valeur. Or les sith de valeur comptent beaucoup à mes yeux. J'étais roi seul. Je suis empereur avec vous. Je serai bientôt Dieu. En fait, il n'y a qu'une seule exception qui rende un sith inutile : sa désobéissance.

    - Je comprends maître.

    - J'en doute. Sinon tu n'aurais pas désobéi au Grand Examinateur. Ce qui sort de sa bouche sort de la mienne. Il t'avait demandé de tuer l’apprenti de Laeto. 

    Aetius fait apparaître le profil holographique de Marionetis sur la table des maîtres. Son visage se découvre ainsi que les informations les plus essentielles : sa date de naissance, sa planète d'origine, son recrutement.

    - Ceux qui désobéissent, menace Aetius, doivent se préparer à la mort. Ceux qui trahissent à une longue agonie. 

    - Je comprends, Maître s'excuse-t-elle tandis que Marionetis a déjà anticipé cette discussion. Pourtant, je n'ai pas désobéi.

    Marionetis se remémore chaque mot, chaque geste d'Elonn tandis que le Grand Examinateur l'interrogeait. Il se rappelle de son casque rouge en demi-lune s'arrêtant juste au-dessus d'une bouche cruel aux lèvres pincées ne laissant échapper que des mots froids, laconiques. D'évidence, Marionetis connaissait cette règle de "la mort du deuxième", il aurait pu disparaître, manipuler Cinna à distance. Exactement comme il savait que le Grand Examinateur déterminait les places de maître et d'apprenti, qu'on ne pouvait s'élever que de deux manières : être nommé ou provoquer un duel lors de la Grande Assemblée. Aetius avait profondément modifié les règles de gouvernance des Sith. Il avait changé leur tradition dans l'unique but de limiter les tentatives d'assassinats contre lui. La trahison n'était plus encouragé chez les Sith. Elle devait être enterrée par la terreur, la mort, peu importe les réticences.

    - Le Grand Examinateur, reprend Cinna, m’a effectivement demandé d’exécuter Marionetis, coupable de ne pas avoir défendu son maître. J'ai acquiescé, pensant m'en débarrasser une fois qu'il aurait épuisé son utilité. Clairement, je n'ai pas senti d'urgence dans le commandement du Grand Examinateur. C'est une faute. Je l'exécuterai aujourd'hui.

    - Tout de même, intervient Darth Valel, il est à vos côtés depuis 2 ans et demi. C'est beaucoup. Ne me dîtes pas qu'il n'a pas révélé tout ce qu'il savait. L'homme est jeune, beau. Nous pourrions comprendre d'autres raisons.

    - Ses connaissances sont vastes, répond-t-elle en ignorant l'allusion. Darth Laeto n’avait pas pris quelqu'un d'ordinaire. 

    - Je ne dirai pas non plus qu’il a fait le bon choix.

    - Je connaissais mal les sith, le côté obscur, j'avais besoin de lui. Ce n'est plus cas. Je le tuerai dès que le conseil m'aura libéré.

    - Marionetis, prononce Aetius. Son nom n’est peut-être pas usurpé. J’ai toujours cru que Laeto l'avait choisi pour en faire sa créature. Il recherchait constamment l'intelligence, le génie, recrutant parmi les élèves plus prometteurs avant de s'en débarrasser dès que leur plafond avait été découvert. Marionetis était plus jeune que les autres. Puisqu'il a survécu, il est sans doute digne de son maître.

    - Il est habile, répond Cinna. Ses connaissances du côté obscur et de l'histoire sith sont étonnantes.

    - Tu prendras néanmoins un autre apprenti. Tu le formeras. Les deux s'affronteront lors de la Grande Assemblée. Si ton élève tue Marionetis, tu prendras les attributions de Darth Mandalor et tu superviseras la formation des officiers pilotes. Dans le cas contraire, ta tête finira à côté de la sienne.

    - Oui, Maître.

    - A présent, raconte-moi les événements d'Oortha. N'omet aucune spécificité, je veux saisir leur personnalité.

     A travers Cinna, Marionetis détaille les évènements, ment sur les pouvoirs utilisés pour les vaincre, donne le beau rôle à la jeune femme.

    - Vous n’avez pas d'images ? interrompt Virgo. Des enregistrements ?

    - Ces droïdes utilisent des brouilleurs. Nos caméras-espions n'ont pas fonctionné.

    - Les brouilleurs sont incorporés à leur squelette, répond la sith. J’en ai combattu deux avant hier.  Nous n’avons rien appris non plus. 

    - Ils se sont échappés ?

    - Autodétruits. Il ne restait que de petits bouts de ferrailles. J'attends le résultat de l'analyseur.

    - Néanmoins, relève Cinna, nous avons pu récupérer un élément.

    Joignant le geste à la parole, Cinna utilise la Force pour sortir un objet de sa tunique. En un instant, elle se retrouve paralysée. Virgo a été la plus rapide. De la main, elle a fait peser un énorme poids pour la ralentir avant de modifier la pression et de la soulever. Cinna se retrouve prisonnière, légèrement surélevée au-dessus du sol. Son dos commence à s’arquer comme si Virgo cherchait à lui casser la colonne. A cette seconde, Marionetis est concentré à l’extrême. Il parvient peu à peu à la faire se redresser, à la poser sur le sol. Il se concentre encore, ouvre le manteau de Cinna, parvient à faire sortir les morceaux de sabre.

    - Ca suffit, ordonne Valel. Ce n’était pas contre Aetius.

    Darth Virgo relâche son emprise. Cinna reste impassible.

    - Impressionnant, reconnaît l'Empereur. De la concentration, de la colère, de la maîtrise. Pour autant, deux choses sont interdites au conseil : les masques et l'usage de la Force. Mon apprentie se charge toujours de punir ceux qui désobéiraient.

    - Je ne savais pas, maître, reconnaît-elle humblement sachant pertinemment le test qu'on lui faisait passer. Je voulais vous montrer ce que nous avions rapportés. 

    Valel s'approche, regarde le sabre laser avec attention avant de répondre :  "Nous allons nous en occuper ». Marionetis s'en amuse. Le sabre ne les aidera pas. En revanche, il a découvert les pouvoirs de Darth Virgo, sa rapidité. Cette sith l'intrigue depuis qu'Aetius l'a prise sous son aile. Il faudra la tuer.

    - SI je n’ai pas de photos, ajoute Cinna, j’ai malgré tout dessiné les portraits de plusieurs robots. Deux des droïdes avaient un visage humain. Celui d'une femme et d'un enfant. 

    Cinna sort les dessins pour les montrer. En une fraction de seconde, l'espace d'un battement, une marée sombre a envahi la pièce. Aetius s'est levé de son trône. Les feuilles sur lesquelles sont dessinées les portraits fuient vers lui à une vitesse inouïe. Il écarte son manteau, laisse découvrir un bras entièrement cerclé dans un brassard de métal allant des doigts jusqu'à l'épaule. A la sensation dégagée par l'irruption de ce membre qui attrape les feuilles, Marionetis ne peut empêcher la réaction d’Elonn. Elle hurle à l’intérieur. Elle ressent tout le mal qui s’exhale, la pourriture et l’horreur. 

    Marionetis est stupéfait. Il est trop tard. Elle a jailli. Il a beau la contraindre immédiatement, reprendre un contrôle ferme quoiqu'imparfait, sa lumière a brillé. Elle a ressenti le besoin de l'arrêter à tout prix, peu importe la souffrance, peu importe la terreur, peu importe ses chances. Désormais, elle a compris. Elle sait. Et tout ce qu'elle reprochait à Marionetis s'est évanoui. Aetius doit mourir. Quel qu'en soit le prix. Elle est prête à payer, prête à préparer la bombe, c’est le moment. Il y a une ouverture. Elle le lui dit, elle le lui crie, elle le supplie. Mais Marionetis lui répond de se taire, de le laisser faire. D'ailleurs, il observe Aetius. Il n'a pas réagi. Il devine son visage crispé derrière son masque, la lumière violette est plus intense. Mais cela n'a rien à voir avec Elonn. Il n’a rien senti du trouble de la Jedi. Les autres non plus d'ailleurs. Tous sont noyés dans la peur. Même Valel. Même Virgo. Le mal qui habite Aetius fait écho dans chaque parcelle de leur corps. L'onde a probablement été ressenti par les soldats à la surface. 

    - Alors nous y sommes, annonce Aetius en observant les portraits. Voilà ce qu'il préparait. Mais ils ne pourront rien contre moi.

    Marionetis sent la colère d'Aetius. Il ne veut pas paraître faible, laisser ne serait-ce qu'une poussière d'espoir quant à sa chute. Pourtant sa réaction est trop radicale. Et lui seul sait pourquoi. Parce que les robots portent les visage de sa femme et de son fils. En vérité, Marionetis n’était pas sûr d’avoir bien vu les droïdes alors que ces derniers récupéraient Huit pour l'exfiltrer du temple. Il leur avait trouvé une sorte de ressemblance, avait choisi de dessiner ces visages familiers pour troubler sa proie. En vérité, ce qu'il avait pris pour une ressemblance avouait un véritable dessein. Les droïdes et Aetius étaient liés. Comme tous deux le sont. Pour la première fois, Marionetis, se met à rire. Là, assis sur cette chaise, le visage en sang, alors que la pointe du sabre laser a brûlé son oeil, laissé une marque sur la joue, il rit. La Force est avec lui. Elle l'a toujours été. 

    - Tu le reconnais ? demande Aetius à Virgo.

    - Oui, dit-elle en regardant le portrait du jeune enfant. Il disait s’appeler Femto.

    Les feuilles de dessin se désagrègent. La poussière tourbillonne dans la pièce. Personne ne comprend. Ni Virgo, ni Valel, ni les autres. Marionetis sait qu'Aetius se moque du souvenir. Il a tué sa famille, n'éprouve ni regret, ni remords, juste une satisfaction morbide. Ce n'est qu'un détail. Mais un détail majeur.  L’homme qui a créé ces machines a pensé à tout. En cela, il l'admire. Voilà pourquoi son propre pouvoir ne marchait pas sur ces machines. Ce créateur connaissait le secret d'Aetius. Il avait réfléchi au moyen de le vaincre. Même cause, même effets, sa "résurrection" devenait impossible. Voilà donc ce qui inquiétait le nouvel Empereur. Il l'avait compris par instinct. Ces instruments de vengeance dirigés contre lui pouvaient en théorie l'emporter. Ils avaient été crée dans ce but. Dans la pratique, Marionetis ne leur donnait aucune chance. Mais ils offraient une opportunité. Et pour Aetius, une opportunité restait insupportable. Il entendait devenir Dieu.

    - Nous avons terminé

    Aetius a parlé. Les maîtres se lèvent, passent à côté de l'escalier pour disparaître par une petite porte. Elonn les suit. Lorsqu'elle se retourne une dernière fois, c'est pour découvrir le cadavre de maître Aym Fallas crucifié au dos du trône. A cet instant, elle perçoit la tristesse de Marionetis. Elle sent une terrible douleur alors que le cadavre bouge. Le Jedi n'est pas mort. L'empereur le garde en vie.


    ---- Chapitre 6 ----



  • 1er chapitre ici / 2ème  / 3ème  / 4ème chapitre ci-dessous. Bonne lecture. ;)

    J'avais glissé une référence à Metroid dans le dernier chapitre (la planète Tallon), cette fois, j'en ai placé 2 : une à Starship Troopers, une autre à Berserk.


  • Dolem


    Huit se tient au côté de Dolem. Les deux droïdes observent la flotte en construction dans le périmètre de Zegaima, la naine blanche du système Orr-dane situé aux confins de la bordure extérieure. Ils examinent les squelettes de leurs croiseurs interstellaires à travers le verre hyper-teinté de leurs capteurs optiques. Aucun autre moyen de détection ne saurait révéler l'immense chantier composé d'assemblages de stations, de ponts, de rails, de grues... Les moindres mouvements, les moindres transmissions sont dissimulés par le champ magnétique, par la lumière irradiante, par la gravité, par la masse... Mais Zegaima n'est pas seulement l'endroit idéal pour cacher leurs préparatifs, elle est surtout la pierre angulaire de leur projet.

    Devant eux, des milliers de machines s’affairent, toutes pilotées par Dolem. Il y a ces gigantesques plateformes de constructions qui vont et viennent tandis que des navettes-foreuses repartent des astéroïdes attirés comme des aimants vers Zegaima et promis à la désintégration. Ces navettes sont chargées d'extraire les matières premières, les métaux, les cristaux et les terres rares nécessaires à la fabrication de milliers de bâtiments, de véhicules, de droïdes, d'armes. Le balai incessant de ces fourmis augmente à mesure que chaque croiseur dessine sa silhouette depuis les pontons. Tout est construit, raccordé méthodiquement, sans temps mort, sans hésitation. Malgré tout, Huit reconnaît difficilement la forme de certains bâtiments. Quelque chose a évolué.

    - Tu as changé le modèle des croiseurs ?

    - Pas seulement des croiseurs, j’ai trouvé une nouvelle mécanique optimale, acquiesce Dilem. Une structure souple qui nous donnera l’avantage, au moins dans les premiers temps. Tu peux la voir en détail en te connectant à la base de données.

    - Non. Les autres et moi avons choisi d'arrêter. Aucune connaissance de nos systèmes de combat ne doit pouvoir fuiter. Et puisque nous prenons le risque d'être capturé chaque fois que nous quittons la base, c'est plus sûr.

    - Je suis d'accord.

    - Comment les as-tu appelés ?

    - Les "Recomposeurs". Ils nous feront remporter des batailles mais ils ne changeront pas le cours de de la guerre. Malgré des capacités maximales, nous restons incapables de l'emporter alors que rien n'a encore commencé.

    - Plus que 9 mois et 3 jours d’après les calculs de Père. Ni plus, ni moins. Avons-nous le choix ?

    - Non. C'est tout ce que nous avons. Du moins tant que je n’aurais pas compris comment il a pu obtenir ses résultats.

    - Et tu progresses ?

    - Pas d'un pouce. Il me manque son intuition. J’emmagasine le plus de données, je fais appel à la Force mais quelque chose m’échappe. Si la mémoire du vaisseau n’avait pas été endommagée, je pourrai peut-être… En fait, je ne peux rien faire avec de simples notes. Il va falloir accepter le calendrier. Nous avons moins de 10 mois pour réussir. 

    - L’Année Zéro. 

    - Si c'est la manière qu'a trouvé la Force a de nous mettre à l'épreuve, le défi me dépasse. Je ne vois qu'un mur devant nous, sans solution pour le franchir. 

    - Tu as recalculé les probabilités optimale de succès ? Toujours aussi basses ?

    - Non ? Elles sont montées à 30 % depuis Oortha.

    - 30% ? C'est inespéré. Pourquoi ce défaitisme ? 

    - Parce que ce n'est pas de l'espoir. Juste notre plafond. Et, pour l'instant, ce plafond reste inatteignable. Tu ne te rends pas compte de ce qu'il faudra, ne serait-ce que pour l'effleurer. Mais nous suivrons le meilleur plan. Nous tenterons l'impossible.

    - Qu’y avait-il dans ce que nous avons rapporté pour atteindre un tel pourcentage ? Un tel doute ?

    - Ce sont moins les données du temple d'Oortha que leur croisement avec celles du vaisseau Sith et de la banque de données de Coruscant qui l'expliquent. Les Sith ont un système de découpage et de cryptage des informations pour le moins sophistiqué. Les informations mises bout à bout donnent accès à un document précis mais chaque information est morcelée et chaque morceau cachée dans un système informatique. De sorte qu'il n'est possible de les assembler qu'en sachant exactement où les trouver ou en ayant accès à l'ensemble des données. Celui qui a conçu ce système l'a pensé pour être seul capable de réunir les informations. Malgré tout, j'ai pu craquer le chiffrement. J'ai redirigé toute ma puissance de calcul mais ça a fonctionné.

    - La panne de toute à l'heure ?

    - Je n'avais pas le choix. A présent, je peux lire chaque morceau indépendamment. C'est de cette manière que  j’ai appris l’existence de l'artefact Sith. C'est lui qui changera la donne.

    - Comment l'as-tu compris ?

    - Son nom était dans le temple d'Oortha, un détail de sa fabrication dans la banque de données de Coruscant et un composé dans le croiseur. Les trois vont ensemble. Je peux me tromper mais j'en doute. C'est trop spécifique.

    - Et nous atteindrons 30% ?

    - Mieux. Si nous survivons à l'année zéro après l'avoir construit, la probabilité de victoire monte à 100. 

    - Impossible. De quoi peut-il s'agir ? Non, ne le précise pas, reste seul au courant. Explique-moi juste ton calcul.

    - Le nom de l'artefact indique la catégorie et la taille approximative, le reste des informations importantes portent sur la composition, ensuite j'ai fouillé dans les légendes Sith pour connaître l'impact. Dès lors, j'ai pu calculer un plan de probabilité de construction et de réussite. Tout est très hypothétique mais nous parlons d'un calcul optimal.

    - Je vois. Inversement, la probabilité de victoire diminue si nous ne le fabriquons pas rapidement. 

    - Pas forcément. L'artefact pourrait être utilisé rapidement mais il y a trop de variable. Je devrais ralentir la construction pour tout calculer et je ne veux pas. Le modèle le plus efficient à première vue donne 30%. Et il intègre sa construction dans le mois. Notre véritable problème Huit, c’est le temps. Quelle que soit la configuration, quel que soit la puissance de nos armes, tout y est subordonné. Quitte ou double. En fait, il faudrait en acheter, c'est à dire raccourcir les processus ou augmenter notre puissance. Et dans cet immense calcul, je dois prendre en compte les variables, les accidents, le hasard. C'est complexe. D'ailleurs, je ne l’ai pas encore dit aux autres mais j’ai reçu le signal d’autodestruction de Femto et de P473. Ils n'ont pas voulu prendre le risque d'être capturés. J'ai isolé la vidéo dans ta banque, tu n'as qu'à te connecter puisque tu refuses de passer par le serveur. Tu verras les pouvoirs de la Sith. Une certaine Darth Virgo. Je calcule en ce moment combien de troupes il nous faudra pour la vaincre, dans quelle configuration mener le combat. Il va falloir éliminer leurs meilleurs combattants. Nous ne prendrons pas le risque de les voir à la tête de divisions

    - Femto... P473...

    - Je sais. Et sans vouloir être défaitiste, regarde par toi-même la durée du combat.

    Huit se connecte. Le flux se projette sur ses capteurs optiques.

    - Ils sont trop confiants, constate-t-il en observant le jeu de la Sith. Elle les piège immédiatement. Ils pourraient s'éloigner mais ils ne font pas attention aux signes. Ils l'attaquent de front.

    - Ils n'étaient pas prêts. Nous ne le sommes pas davantage. A plonger dans l’inconnu, il impossible de lui faire face.

    - Elle utilise la Force pour les ralentir. Comme si elle augmentait la gravité. Tout est plus lent : leurs gestes, peut-être leurs pensées. Tu crois que ce procédé pourrait altérer nos circuits ? Nos transmissions ?

    - Je ne sais pas. Je n'ai pas eu le temps d'éplucher les données.

    - Je comprends ton défaitisme. Je vois l'effet désastreux du combat, l'impact sur tes calculs de probabilités. Mais c'est aussi la raison pour laquelle nous avons quitté notre vaisseau. Pour nous tester, pour apprendre, pour savoir à qui nous avions à faire. De ce point de vue, nous avons réussi. Oortha fut un triomphe. Regarde ce qui tu y as trouvé.

    - Les faits disent le contraire, Huit. Il n'y a eu aucun triomphe, nul part. Tu as été battu par Darth Cinna, Rep a perdu contre Lian Euly, Femto et P473 ont tenu une minute, 50 prétoriens ont choisi leur autodestruction soit pour sauver l'un d'entre vous, soit pour vous permettre de quitter Oortha. Ce sont des sacrifices, des pertes lourdes. En contre-partie, nous sommes loin de pouvoir obtenir l'artefact.

    - Les Siths sont plus puissants que nous ne l'imaginions. Mais ce n'est pas ce qui nous a fait défaut. De nous tous, je suis le meilleur au sabre. Père m'a pensé pour l'être. Cinna ne pouvait pas rivaliser. Il a dû casser ma lame. L'effet de surprise a fait le reste. J'étais trop confiant. La Force est une remise en question, elle est l'humilité. Nous ne sommes pas aussi parfaits que nous l'espérions. Et nous ne le sommes pas parce que nous avons été créé par un homme, avec ses failles, ses faiblesses mais aussi sa grandeur, son courage, sa compassion. J'en prends conscience en regardant Femto. Nous sommes des machines, Dolem. Nous devons accepter notre nature. Nous n'avons peut-être pas suffisamment de temps de progresser pour les contrer mais nous avons la technologie. La Force est une inspiration, un appui. Elle ne se substitue pas. Des générateurs anti-gravité incorporés à notre squelette, des sur-tenseurs dans les pommeaux de nos sabres, voilà comment nous ferons face. Nous sommes des droïdes. Notre potentiel technologique nous aidera dans la maîtrise de la Force comme dans la manière de contrer son utilisation. 

    - Tu voudrais que je vous modifie ?

    - Oui. La fierté ne doit pas nous conduire à la chute. J'ai beaucoup de respect et d'amour pour notre Père. Nous sommes ses créatures mais nous pouvons être améliorés. Nous avons nos failles. Nous avons sous-estimé la puissance des Sith et des Jedi. Nous ne ferons plus cette erreur. Nous devons poursuivre la logique de notre création, pas en faire abstraction. La vie évolue, nous en sommes certes un produit artificielle mais pas contre-nature. Suivons-là.

    - Je comprends. Si les autres sont d'accords, je ferai les changements. Je travaillerai sur des plans puis vous monterez dans le préparateur. Je proposerai des modifications chaque fois que vous sortirez d'un combat, peu importe l'issue.

    - Parfait. Et ne te fie pas qu'aux chiffres, Dolem. Je ne crois pas que nous ayons été amenés à la vie par hasard. La manière dont les utilisateurs de la Force pervertissent la création, le comportement étrange de certains sith, tout cela laisse beaucoup d'inconnues. Tu ne peux pas tout quantifier, laisse-toi porter par l'intuition. Il y a de nombreux mystères dans ce monde, chez les êtres. Prends Cinna par exemple, elle m'a battu. Pourtant, je ne peux pas m'empêcher de penser à son disciple, Marionetis. Si le maître choisit le nom de son acolyte, pourquoi l'avoir appelé ainsi ? Par ironie ? Par mépris ? Par confiance absolue en son pouvoir ? Quel maître ferait cela ?

    - Il peut y avoir beaucoup d'explications. Une histoire personnelle, une volonté d'humiliation, une plaisanterie malveillante. Dis-moi plutôt ce qui te trouble chez lui.

    - Je ne sais pas. Un tas de petits détails. Je t'ai envoyé la vidéo de notre combat.

    - Je sais. Je n'ai pas eu le temps de m'y pencher. Il y a eu tellement d'informations, de choses à faire, à diriger.

    - Nous avons tous nos priorités. En revanche, il y a des éléments que mes capteurs ne perçoivent pas ou que je ne peux pas traiter. Je n'ai pas ta rapidité et je ne peux pas te retranscrire par images ma sensation. Concrètement, j'ai senti de la colère en lui mais aucune haine. Et cette colère semblait artificielle. Peut-être parce que je suis moi-même artificielle, que certaines de mes émotions sont des programmes, que j'ai du mal à m'y faire. Franchement, aussi fou que cela puisse paraître, j'avais l'impression que la Force était avec lui. Je ne sais pas. Je ne peux pas te dire. Quand je me mets en veille, je ne cesse de revoir son masque, son oeil, le moment où il a relevé les corps des Jedi.

    - Tu fais des rêves ?

    - Bien sûr. Les autres aussi. Pas toi ?

    - Non. Je ne me suis pas mis en veille depuis notre réveil.

    - Fais-le quand tu auras moins de charges. Tu auras des surprises

    - A quoi rêves-tu ?

    - Depuis Oortha, je me vois face à lui. Parfois, je vois les prétoriens se relever. Ils sont sous son influence. Ils me combattent. Mais souvent, je pense à l'explosion et je me rallume sur cette idée : pourquoi n'a-t-il pas cherché à nous poursuivre ? Il aurait pu. J'étais endommagé, les 6 autres également, nous n'avions plus de prétoriens. C'est comme s'il nous avait laissé partir. Et ça m'a marqué. Il avait une assurance, un espoir, une attente quand il a compris que ses pouvoirs ne marcheraient pas sur nous. Il paraissait tellement différent des autres.

    - Tout cela transparaissait dans la Force ?

    - Je crois qu'il le laissait transparaître.

    - Tu te bases beaucoup sur ton intuition, Huit. Tu es le plus singulier d'entre nous, le plus chevaleresque aussi. Tu cherches de la valeur, des qualités à tes ennemis, c'est dans la fiche que père m'a préparé. Tu les veux à ta hauteur. Mais je ne voudrais pas que ce soit le produit de ton égo. N'oublie pas son nom, tu l'as dit toi-même. Il manipule. C'est sa raison d'être.

    - Exactement. C'est pourquoi plus j'y pense, plus je crois qu'il a choisi de s'appeler ainsi. Ce qui signifierait qu'il n'est ni maître, ni apprenti, qu'il ne suit pas les règles des siths. J'aimerais que tu analyses notre combat. J'aimerais savoir, compte-tenu de la configuration, quelles étaient les chances qu'il nous ait laissé nous enfuir.

    - Tu sais ce que tu me demandes ? Il y a mille autres priorités avant.

    - C'est justement parce que le temps joue contre nous que tu devrais le faire. Il faut suivre notre intuition.

    - Très bien, je vais rediriger une partie de mon calcul pour la traiter, comparer les comportements types, analyser les configurations. 

    Huit patiente. Il fixe Dolem. Il a du mal à s'habituer à son visage étrangement humain. A dire vrai, trois des membres du premier cercle sont des imitations quasi parfaites : un homme, une femme, un enfant - Femto -. Il n'y a que la couleur grise de leur peau et quelques menus détails qui permettent de savoir que ce sont des machines tout comme lui. 

    De manière presque infime, Huit remarque le ralentissement de la construction des vaisseaux. Il comprend à quel point Dolem est sous tension, qu'il ne se ménage pas, que toute sa puissance de calcul, son utilisation de la force irrigue la préparation de leur plan. "Minutieux", c'est d'ailleurs la qualité première qu'il lui avait reconnu à leur réveil.

    - 90%, s'étonne Dolem. C'est la probabilité que les deux sith t'aient laissé partir. Ils auraient pu te poursuivre. On voit les corps des Jedi former un mur avec une densité suffisante pour les protéger de l'impact. Marionetis ne montre aucun doute, aucune peur. Ils sont encore deux alors que vous êtes endommagés.Il a le temps de vous rattraper. Étrangement, j'aboutis au résultat qu'il attendait quelqu'un. On le voit parfois jeter des coups d'oeil discrets, sonder son environnement. Entre nous, tes capteurs se sont bien améliorés. Tu es plus performant que Femto. Tu progresses dans la Force et cela renforce tes outils. Sans t'en rendre compte, tes rapports sont devenus d'une précision étonnante. J'en tire beaucoup plus d'informations que des seules images.

    - Merci. Surtout, les deux solutions ne s'excluent pas. Il aurait pu choisir de me laisser partir et attendre.

    - C'est évident. Tu as bien lu en lui. Il n'a rien à voir avec les autres. Un sith nous aurait pourchassé. Et Cinna n'a pas bougé. S'il y a une apprentie, c'est elle. Elle ne bouge pas.

    - Il faut nous faire confiance, Dolem. Notre technologie, c'est notre avantage. Mais nous avons été trop arrogants. Rep a eu la seule bonne attitude. Je suis un droïde. Je peux compenser mécaniquement, trouver une parade. Nous n'avons pas 6 semaines de vie. "Des nouveaux nés avec de grandes ambitions", c'est ce que tu as dit à notre réveil. Nous sommes trop jeunes au regard de de la Force. 

    - Et ça n'a pas changé. 

    - Exactement. C'est notre année zéro à nous également. C'est pour cette raison que tu trouveras une solution. Parce que nous n'avons pas de limite à notre apprentissage, peu importe. La technologie n'est pas l'ennemie de la Force. Elle n'est pas l'ennemie de la nature. Nous en sommes la preuve. Alors oui, nous avons perdu des frères. 2 membres du premier cercle, 50 de la garde. Mais nous ne sommes pas vaincus.

    - Le vrai problème Huit, c'est que cette tragédie se double de notre incapacité à renouveler notre groupe. Pour l’instant, nous ne pouvons produire que des droïdes de combat, incapables de manier la Force. Nous n’aurons rien d’autres que l’armée qui a perdu contre les clones de la République auxquels tu ajouteras les  450 prétoriens restants et nous, le premier cercle.

    - Mais dans 9 mois, nous aurons construits des milliers de prétoriens. Et une fois sorti du puits, ils pourront rivaliser.

    - Nos capacités sont limitées. La production commence la semaine prochaine. La chaîne sera lente, il faut beaucoup de matériaux. Même dans une production optimale, nos chances restent quasi inexistantes. Habités ou non par la Force, les prétoriens ne changeront pas le cours de la guerre. Ils nous feront résister plus longtemps. Les espoirs de Père reposent sur le premier cercle. Nous devons trouver la solution. Et cette solution réside dans l’artefact Sith. C'est notre meilleure chance. C'est même la seule. Le reste ne servira qu'à résister. Il nous la faut. A partir de là, la conversation sera différente. Là, nous pourrons peut-être survivre.

    - Dans ce cas, comment les obtenir si tu ne peux pas pirater ses plans ?

    - En prenant Apotheon. Aetius en a forcément une réplique. Nous nous y rendrons, je piraterai l'artefact, j'aspirerai les informations et j'en produirai une version plus adaptée.  C'est le seul moyen.

    Huit est subitement pris d'un fou rire. C'est la première fois qu'il rit de cette manière, avec innocence, folie et désinvolture. C’est un rire plein d’émotions contradictoires, de désespoir, d’espérance, de peur, de défi, de volonté, d'absurdité, de tristesse.

    - Autant tirer un trait, concède-t-il. Je comprends mieux ton humeur. Apotheon... Ahah ! C’est la première chose que nous avons cherché à notre réveil. Et la planète n’était plus là. Aetius est encore plus intelligent que Père l’a décrit. Il l’a déplacé.

    - Jusqu’où ? Telle est la question ! Je consacre 10 % de ma puissance à son traçage. Mais je ne peux pas produire une flotte de guerre, construire des droïdes de combat, traiter vos données, chercher Apotheon, améliorer nos corps. J'ai des limites

    - Sans oublier que nos droïdes espions rapportent des millions d'informations inutiles.

    - J'ai renvoyé de nouveaux modèles. Nous verrons. La Galaxie est vaste. Mais si Aetius a caché Apothéon comme nous nous sommes cachés, elle restera indétectable.

    - A quoi bon de toute façon ? Père a décrit ses systèmes de défense. La flotte ne suffirait pas à l’emporter.

    - L’ancienne, non. Mais les recomposeurs changeraient les choses. De toute façon, pour obtenir l'artefact, il faudra des sacrifices. Et perdre pour gagner beaucoup.

    - Est-ce que ça vaut le coup ? J'en doute maintenant que tu m'as tout dit. As-tu pensé à abandonner le projet ? A partir ? A vivre une vraie vie ?

    - Allons bon, tu deviens plus pessimiste que je ne le suis. Et pour te répondre : non. Nous vivons une vraie vie. Elle sera juste très courte. Trop.

    - Nous pourrions nous contenter de notre mission d’origine. Nous pourrions prendre la voie du sacrifice. Protéger le puits jusqu'à ce qu'il s'évanouisse, prier pour tenir.

    - C'est ce que nous ferons. Père nous a donné un but. Mais ne te trompe pas, ce but mène à Apotheon. Sans quoi, nous ne l'aurions cherché en premier. Quoiqu'il arrive, elle se trouvera sur notre route. Si nous n'allons pas à elle, elle ira à nous. Il faudra la trouver avant. En outre, Mère a un plan pour nous. En fin de compte, les deux sont liés. 

    - Tout est lié dans l'univers, Dolem. La Force nous lie par principe mais j'ai du mal à la comprendre parfois.

    - Cela dit, tu as raison. Nos chances sont faibles mais parce que je les calcule mal. Je ne fais pas confiance à la Force, je ne suis pas mon intuition. Je suis ton contraire, Huit. Je faisais trop appel à la machine en moi alors que tu la repousses. Notre conversation d'aujourd'hui est essentielle. Nous devons apprendre les uns des autres. Et mon intuition me dit d'avancer le plan. Nous voulions bâtir une flotte, une armée pour protéger le puits, protéger les nôtres, accroître nos connaissances, nos capacités. Mais nous gardons cette épée de Damoclès au-dessus de notre tête. Il reste 9 mois avant que le puits ne se manifeste. Nous ne pouvons pas le manquer, nous ne pouvons pas le fuir mais peut-être que nous en attendons trop. Nous sommes déjà vaincus parce que nous avons renversé la problématique. Nous nous pensons seuls alors que nous ne le sommes pas. La Force est avec nous. Nous devons embrasser notre Destin, montrer la voie. Nous devons avancer sans crainte, porter le message de la Force de planète en planète, suivre l'inspiration de Mère. La probabilité de guerre restera toujours de 100%. C'est inévitable. Siths, Jedi, Confédération. Ils nous traqueront de la même manière qu'ils se jetteront sur le puits.

    - Dans ce cas, pourquoi prendre le risque de nous affaiblir ? Pourquoi prêcher ?

    - Parce que nous sommes bénis de la Force, Huit. Parce que des croyants nous suivront. Parce que nous incarnons l'espoir dans une société pervertie par les marchands et les faux prophètes. Parce que nous sommes l'avenir. 

    - Tu veux vraiment nous envoyer porter le message de la Force ? Tu veux nous envoyer au milieu des loups et tout risquer ?

    - Ce sera dur, injuste, cruel. Nous nous affaiblirons sans doute mais ce sera aussi libérateur. Je sens que nous devons le faire. Je me fie trop à la machine, tu t'en défie . A nous deux, nous pouvons changer les choses.

    - Tu as vu les réactions sur Tatooine. Tu as vu les réactions sur Oortha quand la navette Jedi a surpris l'appel au secours des Siths, que nous avons utilisé le rayon tracteur pour les amener. Nous voulions seulement discuter, ils nous ont combattu. Ils n’ont pas cherché à comprendre, ils nous ont vu comme des monstres.

    - Sith et Jedi, ne sont pas si différents. Tu t'attendais à autre chose ?

    - Oui. En outre, la Confédération ne sera pas retournée sans corruption. Les bons sentiments n'y ont pas leur place.

    - Nous ne la corromprons pas. Nous venons changer la Galaxie, pas la perpétuer. Mais certains embrasseront ce changement. Oui, certains l'attendent. Certains nous attendent, Huit.

    - Mais à quel prix ? Et comment défendre efficacement le puits si nous nous découvrons ?

    - Entendons-nous bien, je ne dis pas que tu as tort. Nous avons vu les réactions. Nous avons nous-mêmes été trop loin. Femto a été malhabile sur Tatooine mais les Jedi étaient si arc-boutés, si méprisants. J'ai les mêmes réserves que toi. Je sais ce qu'ils nous ferons. Ils n'auront aucune pitié. 

    - Ils nous traiteront comme des machines.

    - Oui. Mais ta vidéo de Marionetis m'a ouvert les yeux. Il y a parfois des détails qui nous échappent. Nous devons sortir des modèles prédictifs. Utilisons le premier cercle et les prétoriens pour convaincre. Certains verront l'espoir en nous, certains le saisiront. Ne parions pas sur le pire, parions sur la paix. Mais quand la guerre arrivera, je te promets que nous seront prêts : prêts à vaincre, prêts à tenir, prêts à mourir, prêts à changer la galaxie. Parce que nous ne sommes ni faibles ni crédules. Tu l'as dit toi-même. Faisons confiance à la Force. Nous étions venu sur Oortha et Tatooine pour porter un message de paix. Ils nous ont obligé à nous battre, ils nous ont obligé à être menaçants. Mais nous n'avons pas à l'être. Personne ne trouvera Zegaima avant l'apparition du puits. Personne ne connaîtra nos plans. En revanche, nous dirons à haute voix notre message. Les peuples comprendront. La nature est ainsi faite que la Force finira par reprendre ses droits. Et si nous sommes persécutés, alors nous nous défendrons par l'héroïsme, la splendeur, loin de l'ascétisme et de la médiocrité. Mais il faudra l'artefact pour l'emporter. 

    - Je sais. Mais nous ne l'aurons jamais à temps. C'est un mur, un plafond que l'on ne peut espérer qu'effleurer.

    - Dans ce cas, inverse le raisonnement. Que restera-t-il lorsque nous aurons échoué à protéger le puits ? Rien. Et même si nous y arrivons au prix de nos vies ? Nous n'aurons changé qu'un futur et repoussé le problème. En revanche, si nous gagnons dès maintenant les coeurs, nous changerons des millions d'avenirs, peut-être des milliards.. Il y a plusieurs guerres à mener, certaines peuvent être gagnées, d'autres non. Portons le front là où personne ne nous attend. Embrassons notre nature. Et si le puits tombe entre leur mains alors nous aurons fait le maximum.

    - C'est un bon plan, réagit une voix féminine derrière Huit tandis que le reste du premier cercle apparaît. Dolem a raison, Huit. Nous verrons bien comment les choses tourneront avec ou sans artefact, avec ou sans troupes. Nous embrasserons notre Destin. Parce que la Force est avec nous.

    - Toujours, répond Dolem en direction d'Ev-A.

    - Toujours, répond Huit.

    ---- Chapitre 5 ----



  • 1er chapitre ici / 2ème là. 3ème chapitre ci-dessous. Bonne lecture. ;)


  • Darth Cinna 


    La navette de Darth Cinna et de Darth Marionettis s'approche d'un astéroïde en orbite lente, perdu dans le champ gravitationnel de la planète Xi. Cette dernière n’est plus qu’un astre mort, sans davantage de bouillonnement du noyau que de gaz dans son atmosphère. De ses fastes années où la vie rayonnait, où les civilisations s'implantaient par dizaine, il ne reste qu’un corps froid, inerte, prêt à retourner à la Force.

    Darth Cinna mène le vaisseau à la surface de l’astéroïde, entre dans un cratère, suit un long boyau jusqu’à une porte massive. Celle-ci se lève sur un immense hangar, laisse passer l’engin qui se pose un peu plus loin sur une plate-forme, à côté d’une quinzaine de vaisseaux : X-Wing, crucible, chasseur stellaire Umbaran, chasseur Tie, intercepteur Delta-7, cargo léger VCX-100, B-Wing, ARC 170.... La porte se referme. Marionetis est le premier à descendre par la soute. Il est accueilli par un petit droïde rouge en forme de cube. Celui-ci roule cahin-caha dans sa direction, baragouinant dans un langage informatique que seul Marionetis comprend.

    - Merci DCR3, répond-il. Et désolé d’apprendre que tu t’es senti un peu seul.

    Le droïde continue, s’emporte.

    - D’accord. Plus qu’un peu cette fois. Mais tu devais te trouver de nouvelles occupations. 

    Le droïde ne s’arrête plus.

    - Oui, ça s’entend. On changera ça. Promis. Sinon, des changements ?

    Les boutons du droïde s’allument comme des lucioles.

    - Des variations positives ? Je vais regarder ça. Ne t’emballe pas trop. Tu sais ce qui se passe quand ça t’arrive. Oui, c'est souvent la déception après.

    Le droïde fait demi-tour sur lui-même, bougonne à sa manière.

    - D’accord. J'ai compris. Je t’emmènerai à mon prochain voyage. C’est promis.

    A son tour, Darth Cinna apparaît dans l’encablure de la soute. Elle descend difficilement du promontoire qui mène à la plate-forme. Elle semble épuisée, tombe au sol en mettant la main à la poitrine. Elle a du mal respirer. Marionetis la regarde puis s’éloigne pour entrer dans une petite pièce. Il revient avec un verre, lequel contient une espèce de mixture bleue. Il se tourne vers DCR3 :

    - Au fait, j’ai enlevé le transpondeur et les balises de la navette. Démonte-la, récupère les bonnes pièces et envoie le reste s’écraser sur Xi.

    Marionetis se retourne, s’approche de Cinna qui le regarde étrangement. Ses yeux ont repris une couleur normal, le liserai bleu a envahi l'iris, le jaune et le rouge ont disparu. Elle tend sa main, prend le verre, le jette au loin.

    - Ordure, murmure-t-elle en tentant de reprendre son souffle, épuisée par l’effort.

    - Ne parle pas, répond simplement Marionetis en pointant au droïde les salissures. Tu dois récupérer. Je vais te chercher un autre verre. Ne le gâche pas. Sinon tu l'avaleras de force.

    - Lian était là, souffle-t-elle alors que les larmes coulent malgré elle sur ses joues. Tu l’avais prévenu. Il aurait pu mourir dans l’explosion.

    - Je lui ai laissé le temps de s’éloigner. Tu devrais l’avoir compris par toi-même. Je tue par nécessité.

    Elonn essaye de se relever. Elle y parvient dans de gigantesques efforts, attrape difficilement son sabre laser, sort sa lame.

    - Tu es tellement volontaire, admire son adversaire, alors que d’un geste de la main, il l’oblige à ranger la lame. C’est aussi pour ça que je t’ai choisie.

    - Quoi que tu veuilles, tu ne réussiras pas. Je finirai par te tuer. Tu paieras pour m’avoir réduite en esclavage. Tu paieras pour nous avoir séparés.

    Marionetis ne répond rien. Il s'éloigne, ôte son masque en forme de main qu’il dépose sur un petit établi, parmi d’autres de toute forme et de toute taille. Se faisant, il révèle un visage doux, d’une étrange beauté, celle d'une vingtaine d’année à peine froissé par les cernes et encadrée de longs cheveux blancs. Son œil reprend sa couleur naturelle, le rouge disparaît pour laisser place au vert émeraude.

    - JE TE TUERAI ! hurle Elonn.

    - Ne cède pas à la colère. Tu es frustrée, je le conçois. Mais tu finiras par comprendre, nous ne sommes plus loin du but. Je ne t’ai pas menti quand j’ai dit que j’admirais ta volonté. Elle te rend capable d’endurer ma manipulation, de ne pas sombrer dans le côté obscur. Je ne veux plus qu'une de mes marionettes s'y abandonnent. Tu es une Jedi, Elonn. Reste sur ta voie. Surtout que Lian n'a rien. Il te suffit donc de patienter encore un peu. Tu comprendras.

    - Attendre. Encore et encore ! Tu ne cesse de dire que je comprendrai. Tu le répètes depuis 3 ans. 3 ans Marionetis ! 3 ans que tu m’as volés ! 3 ans que tu mens.

    - Je t’ai dit que tu servais un plan, un objectif précis. Je t'ai laissé entrevoir un horizon. Mais tu dois patienter. Ce ne sera plus long maintenant.

    Brusquement, Marionetis s’arrête. Il a senti la vibration dans sa poche. Il sort l’holocommunicateur de Cinna. Un seigneur noir des Sith apparaît. Il s'agit de Darth Valel, le messager d’Aetius. Il est reconnaissable entre mille avec sa cicatrice en forme de X sur le visage. Valelordonne d’un ton sec à Cinna de faire son rapport la semaine prochaine au conseil des Sith. Le conseil sera présidé par le Seigneur Aetius. A cet instant, Elonn est frappé par l'intensité du regard de Marionetis.

    - Je t'avais dit que tu n'aurais plus beaucoup à attendre, sourit-il simplement alors que la lueur a disparu. Le message que j’ai écrit de ta part à propos d’Oortha a fait son effet. Aetius veut te voir , il t’invite. Cette fois, je ne te laisse pas le choix, Elonn. Tu bois la concoction et tu dors. Nous n’avons pas de temps à perdre. Pas aujourd’hui. Il t'a choisi. Tu vas lui être présentée. Tu vas participer au Conseil.

    - Pourquoi ? Pourquoi n'a-t-on pas le temps ? Pourquoi ce conseil est-il si important ?

    - Parce que tu y assassineras Aetius. C'est ta mission depuis le début.

    Le visage de la Jedi se fige. Elle sent toute la volonté, la méticulosité de Marionetis. Toutes les pièces s’emboîtent parfaitement : ses talents pour la création d'éclairs, ses entraînements, les possessions pour la mener toujours plus dans l’utilisation de la force, son amabilité apparente, les conversations sur l'ordre Jedi, les Sith, l'importance du bras qui ne tremble pas quand on abat sa cible, le fait même qu'elle n'ait jamais croisée Aetius, recevant ses ordres et ses appréciations de Valel, la voix du maître. Même ses moments de repos et de tranquillité prisonnière de cet astéroïde, dans son petit confort, tout cela n'avait servi qu'un but. Rien n’avait été laissé au hasard. Tout avait été conçu pour qu’elle ne se doute jamais de son sort, elle qui pensait avoir été formée pour devenir une apprentie, elle qui pensait devoir être convertie à sa cause, à ses plans quels qu'ils soient, elle qu'il l'obligeait à l'accompagner, à observer le massacre de ces Siths qui croisaient leur route avant d'en faire porter la responsabilité sur d'autres, sur elle.« Il m’a eu. Il m’a complètement eu. » 

    - Je n’ai pas eu le choix, répond Marionetis qui lit en elle comme dans un livre. Mais tu le comprendras par toi-même. Tu le ressentiras. Tu accepteras ton sacrifice.

    - Accepter mon sacrifice ? rit-elle nerveusement, le visage plongée dans la désolation, se sachant pertinemment sous le contrôle de Marionetis, incapable de s'en libérer. Mais quel est ce monde tordu dans le lequel tu vis ?

    - C'est un monde où je déguise l’agneau pour le faire entrer parmi les loups. C'est un monde où je prends des femmes pour en faire des armes et les tourner contre lui. C'est un monde enfin débarrassé de son vice. C'est un monde où tu as réussi Elonn. 

    - J'aurais réussi quoi ? A servir tes plans ? A prendre le pouvoir ? Tout s'explique. Je suppose aussi que c’est toi qui as créé ces droïdes, que c’est toi qui as provoqué l’incident d'Oortha !

    - J'aurais aimé mais non. Je n’ai aucune idée de ce qui s’est passé. Ces droïdes ont offert à Aetius l’opportunité de tester tes capacités d’analyse, tes talents. Il a deviné qu’il lui fallait envoyer un élément d’exception. Il connaissait tout de toi, il était temps pour lui de passer à l’étape supérieure. Quoiqu'il se serait produit dans la galaxie, tu serais partie en mission. Mais, pour être honnête, je devrais remercier ces droïdes. Je perçois le trouble chez les Siths, chez les Jedi. Il m'offre des opportunités, ils dissipent leur attention.

    - Comment ne pas être troublés ? Ces droïdes sont le fruit d’un esprit pervers, d’un esprit comme le tien.

    - J’en doute, ma chère. Ils sont beaucoup plus que cela. Tu le saurais si tu te souvenais précisément de celui qui s'appelait huit. Mais ça te reviendra peut-être. Je n’ai pas voulu relever quand il a parlé de son prénom sa personnalité, sa sensibilité et sa capacité d'abstraction transparaissait dans ses parole Le chiffre huit est le symbole du croisement des deux cycles, peut-être aussi de la reconnaissance de sa nature profonde, de son système octal. J'en conclue que Huit est bien plus qu'un droïde mais un être à part entière. Un individu complexe, subtil, rempli d’émotions, capable de manier la force avec une grande dextérité. Tout cela a transpiré des nos combat, de nos échanges. Clairement, son existence  signifie que celui qui l'a créé, lui et ses congénères, les a voulus uniques. Il ne peut y avoir de perversion à l’origine d’une telle générosité. Pour le reste, ils sont la preuve que la Force est capable de bouleverser l’ordre de la nature. Je ne sais comment ni pourquoi, mais elle les accompagne. Malheureusement, je doute que la Galaxie soit prête pour eux. Encore moins les Jedi. Mais je leur souhaite bonne chance.

    - Les Jedi sauront quoi faire.

    - S'ils sont capables de comprendre, d’interpréter. Mais j'en doute. En tout cas, ton intérêt pour ces  ces robots est étonnant. Vraiment, Elonn, tu resteras exceptionnelle. S’il y en avait eu davantage de Jedi de ta trempe, les choses auraient été différentes. Maintenant, il est temps de passer aux choses sérieuses. Il faut se préparer. J’ai patienté, étudié, fomenté pendant un temps que tu ne saurais imaginer. Dans une semaine, tu assassineras Aetius. Pour cela, il va falloir un minimum de coopération. Les échanges que nous avons lorsque tu es sous mon contrôle ne servent pas seulement à tromper, ils me permettent de réfléchir. J’en ai besoin car j’ai du mal à me concentrer puisque que tu combats  en permanence mon contrôle. C’est le seul moyen que j’ai trouvé. Mais dans une semaine, si tu luttes, je risque de vaciller. Pendant que tu siégeras, je serai interrogé sur toi. Je serai torturé pour  avouer tes faiblesses, tes ambitions, tes secrets, au moins autant que pour renforcer mon côté obscur et me punir d'avoir survécu à mon précédent maître. Les conditions n'auront rien d'idéales, tu peux en être sûr. De sorte que si tu ne coopères pas, je devrais écraser ton esprit. Dans ce cas, tu n’émergeras jamais du chaos, Elonn. Et ça, je ne le veux pas. Je ne le ferai pas. Ce n'est pas une fin digne de toi. Alors je te laisserai le choix.

    - Tu ne le veux pas ? Et moi alors ? Qui accepterait de collaborer à sa propre mort ?

    - Un véritable Jedi. 

    - Pourquoi ? Quel Jedi ferait ça ?

    - D’abord, parce qu’il y a pire que la mort. Ensuite parce tu n’es pas prête à encaisser le choc de ta rencontre avec Aetius. Si je ne te contrôle pas totalement, que je ne domine pas tes réactions, tu lui opposeras tes vertus, ta droiture. Et crois-moi, cette réaction fera échouer mon plan. Quoiqu’il se passe, Aetius ne doit pas s'en sortir. Au moment propice, tu créeras ta bombe, la plus puissante que tu aies jamais faîte. Et tu la feras exploser.

    - Mais je ne veux pas mourir. Si tu tiens à ton plan, que tu me laisses le choix, change-le. Trouve un moyen pour moi d'y échapper.

    - J'y ai déjà réfléchi. C'est impossible. D'abord, je ne vois rien d'autre que la bombe pour l'atteindre. Ensuite, même si tu y survivais, le palais serait fermé, les navettes interdites de décollage, et nous serions traqués. Non, il y a trop peu d'opportunités et aucun moyen de faire autrement, crois-moi... Mais tu comprendras. Je n’ai pas d’inquiétudes. Je te prépare, je te fais mûrir mais avant tout, je te fais confiance. Je sais qui tu es. Tu feras ce qu’il faut.

    - Ca n’a aucun sens. Pourquoi le ferai-je ? Et pourquoi Aetius ? Que t'a-t-il fait ?

    - Tu l'accepteras parce que tu sentiras sa nature. Mais je peux te raconter une histoire à laquelle tu réfléchiras durant le voyage. Vois-tu, il existe une légende qui court depuis des centaines d’années chez les Sith. Une parmi d’autres. A dire vrai, elle n’est pas la plus populaire. Je crois d’ailleurs que les Sith ne l’aiment pas. Elle n’a ni l’aura extraordinaire de celle de Darth Plagueis, ni la puissance de celle de Darth Bane, ni la grandeur de celle de Darth Sidious. Pourtant, il arrive à certains maîtres de la conter à leurs jeunes apprentis. Ils le font pour graver la peur. Et chaque fois, ils imposent les images mentales d’un masque qui a imprégné les consciences de tous ceux qui l’ont vu, qui ont réussi à témoigner, à la transmettre.

    A cet instant, Marionetis imprègne dans la conscience de Cinna l’image d’un visage fait d’un métal tordu dans lequel on devine à peine une forme humaine.

    - Je ne ne crois pas aux légendes, défie Elonn. Je n'ai pas peur des Sith.

    - Tu devrais. Il y a une part de vérité dans chacune d’entre elles. Celle dont je parle relate la vie d’un Sith si torturé, si fou, si investi par le côté obscur qu’il n’existait que pour la prédation de ses congénères, se délectant du cadavre de ses victimes quand celles-ci avaient la chance de mourir. Les autres finissaient enfermées dans son repaire, incapables de proposer la moindre résistance, l’esprit écrasé par sa malveillance.

    - Un sith qui tue d’autres siths. Ton portrait craché.

    - Ironiquement, on lui a attribué certains de mes actes. Mais non. D'ailleurs, je ne suis pas un Sith. En revanche, celui dont je te parle est à la tête de l'ordre aujourd’hui. Il règne sans partage, se gave de la peur qu'il inspire, se nourrit. Il fera éternellement jusqu’à ce que quelqu’un l’arrête. Et ce quelqu'un, c'est toi.

    - S'il est aussi épouvantable et que tu ne cherches qu'à l'arrêter alors préviens les Jedi. Nous t'aiderons, je te le promets.

    - Pourquoi le changerai-je? Je l’ai aidé à prendre la tête de l’ordre. Je lui ai coupé le bétail sous le pied, je l’ai incité à sortir du bois. J’ai contribué à ce qu’il est aujourd’hui. Et d’une certaine manière, j’ai contribué à bien d'autres choses.

    - Si tu penses me convaincre en tentant de m’effrayer, c'est peine perdue. Je n’ai pas peur du côté obscur. Je n'ai pas peur de lui ni de toi. Je ne veux simplement pas mourir. Je veux vivre.

    - Oh, tu auras peur. Crois-moi. Et si je pouvais prendre ta place, je le ferai. Mais il faut voir loin. C’est ce qui nous distingue lui et moi des autres utilisateurs de la Force. Nous durons parce que nous anticipons alors que ton ordre ne fait jamais que réagir, englué dans la passivité. C'est la tragédie des Jedi. Se perdre en palabres, incapable de voir les enjeux. Mais dans une semaine Elonn, tu entreras dans un autre monde : un monde que tu n’imagines pas, un monde où un homme n’a pas choisi le côté obscur mais où il l’est devenu. Tu le sentiras en une fraction de seconde. Et tu feras ton choix. Je t’ai fait rencontrer Lian plusieurs fois durant mon contrôle pour l'approfondir. Chaque fois tu bouillais de lui crier de venir à ton secours, de se méfier de moi, de ne pas t’abandonner, de croire en toi. Chaque fois, il me fallait des ressources extraordinaires pour te dominer. Mais devant Aetius, ce sera plus dur. Parce que je serai dans une autre pièce, affaibli. Et parce que tu auras envie de lui opposer ta vaillance. Mais tu me feras confiance, tu me laisseras faire. Sans quoi, tu le défieras en duel. Et tu perdras. Prie alors la Force qu'il ne te garde pas en vie.

    - Je ne te céderai jamais.

    - STu le feras. Parce que tu es juste, Elonn. mais aussi parce que tu es coincée. Soit tu résistes à mon contrôle et tu te fais démasquer. Soit tu acceptes le destin que j’ai forgé pour toi et tu délivres la galaxie. Dans le premier cas, tu seras torturée pendant des années et tu tomberas dans le côté obscur. Dans le second, tu seras honorée comme une héroïne. Et je veillerai à ce que Lian apprenne ton courage. Ton rôle et ta mémoire restera gravée dans l’Histoire des Jedi.

    - Et si tu te trompais ? Si tu comprenais mal le côté obscur ?J’ai déjà entendu parler d'Aetius. Cela fait 20 ans qu’il est à la tête de l’ordre. Durant cette période, il n’a jamais fait preuve de cruauté, de sauvagerie, juste d’ambition, d’autorité, d’assurance. Il est un Sith respecté de la Confédération. Maître Doo’k l’a rencontré a plusieurs reprises. Elle le croit de ceux pour qui le côté obscur possède sa noblesse, son honneur. « De tous les maîtres possibles, c’est le moins pire » a-t-elle dit en intervenant dans ma classe.

    - J'en rirai si ce n'était pas si dramatique. Vraiment, il n’y a pire aveugle que celui qui ne veut pas voir. Si maître Fallas savait ce qu’est devenu son apprentie… Si seulement, il avait pris la tête du Haut Conseil. Les Jedi en ont voulu autrement. Leur aveuglement ne cessera jamais de surprendre. Ils ne voient pas Aetius comme ils n'ont pas vu Palpatine. Mais il faut reconnaître aux Siths leur maîtrise de la dissimulation. Pour autant, ce n’est pas impossible à comprendre. Vois-tu, je ne tiens pas ma sensibilité de ma vénération de la Force, ni de ma croyance. Je la tiens parce que je l’écoute, que chaque variation est un murmure et chaque murmure une vérité. Même quand quelqu'un se dissimule, elle parle. C’est ironique parce qu’à l’époque où je n’avais pas encore ces dons, je savais à quoi m’en tenir avec beaucoup de gens. Je l'écoutais sans savoir. Le fait est que le visage séduisant que prend Aetius pour jouer les ambassadeurs n’est pas celui que tu verras. Tu sentiras la peur. Tu voudras l'affronter, tu voudras l'abattre. Exactement comme tu perçois que je te dis la vérité en ce moment même.

    - Tu me dis ce que je veux entendre. Et tu caches des choses essentielles. Tu es un manipulateur. Tu vis dans l'ombre, tu frappes dans le dos.

    - Bien sûr, je cache mille choses : mon identité, ma connaissance des ordres, ma maîtrise de la Force. J’aimerais t’en dire plus mais je dois prendre en compte l'idée que tu puisses être capturée. Malgré l’affection, malgré l’admiration que j’ai pour toi, tu n'en sauras jamais plus. Comprend simplement que mes décisions sont rationnelles. Il n’existe aucun seigneur noir des Siths plus cruel ni plus impitoyable que le Dévoreur. Il n’obéit à aucune règle, à aucun code. Il est le Seigneur Absolu,

    - Pourtant, si tu y réfléchissais, je suis sûr que nous trouverions un autre moyen. Je t'en prie. Pense à...

    Elonn aurait aimé argumenter, le persuader de ne pas se servir d’elle, de lui laisser la vie sauve. Pourtant, ses yeux se ferment, elle s’écroule. Elle n’en peut plus. L’épuisement a finalement triomphé de sa résistance. Dans l’inquiétude, dans la peur, malgré le désir puissant de retrouver Lian, malgré sa volonté, sa soif de vivre elle est allée au bout d'elle-même.


    ---- Chapitre 4 ----