Icare

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  • 1er chapitre ici / 2ème / 3ème / 4ème / 5ème / 6ème / 7ème , 8ème , 9ème , 10ème chapitre ci-dessous. ;)

  • Job Deutch


    Job se réveille avec la gueule de bois. Pire que d’habitude. Il tend une main tremblante dans la pénombre, attrape son holocommunicateur sous le deuxième oreiller. Les yeux mi-clos, il regarde : seulement un message... de Riss. Rien de son ex femme. Il sent la pointe dans sa poitrine. Il a mal de ne plus entendre sa voix. Pourquoi souffre-t-il ? Pense-t-elle encore à lui ? Sait-elle la torture qu’elle lui impose ? Sans doute… Elle la savoure. Quand lui déguste...

    Il fait chaud. Job contemple le plafond, couché sur le grand lit. Le soleil se couche. Il a mal. Ses entrailles le brûlent. Il crachote un peu de sang qu’il essuie avec la taie. Les effets des doses qu’ils s’envoient depuis trop longtemps finissent par le rattraper. Il soupire... Malgré tout ce qui s’est passé, malgré ce qu’il a subi, il ne peux s’empêcher de penser à elle. Alors il tourne son regard vers la bouteille posée sur la table de nuit. Il a envie de boire. Tellement envie. Pour l’oublier. Mais il a promis à Riss. Non, songe-t-il. Ce n’est pas tout à fait vrai. Il n'a pas promis d'arrêter. Simplement de diminuer, de rester fonctionnel. C'est tout ce qu'il peut garantir et c'est déjà si dur. Trop. Si bien que Job attrape la bouteille d’Absinthe de Gandor. Malgré les quelques heures de sommeil, il n’a pas décuvé . Et il va boire.

    Première rasade. Elle lui rappe la langue et la gorge comme un couteau. La douleur dissout sa mauvaise conscience. Puis le goût, l'abandon, le plaisir. La deuxième lampée est meilleure. La brûlure, câline. Son esprit s'échauffe. Son mal devient une brume qui se meut vers l'arrière de son crane. Elle disparaîtra à la troisième. Ne restera que la vapeur, la chaleur, le soulagement, la libération. Bientôt le vide, la dissolution.

    Job tousse. Encore du sang. Il jette brusquement la bouteille qui s'écrase contre le mur. Pourquoi n’a-t-elle pas laissé aucun message ? Parce que Riss est un salaud. Parce qu’il a dû filtrer ses appels. Et elle ? Elle, c’est une salope ! Une…

    Job s’arrête, surpris par le droïde qui sort du mur. Le petit robot gris et noir en forme de poire s’approche, aspire le liquide, collecte le verre, refaçonne, réinjecte le breuvage et dépose la bouteille comme si de rien n’était. Job le dévisage hébété. Puis il se met à ricaner. Il était à ce point saoul ce matin qu'il n’a gardé aucun souvenir de son arrivée. Pourtant, il a réussi à entrer... Oui, il a réussi. Il éprouve à l'instant une certaine fierté. Pour le reste, il devine que Riss lui a réservé cette chambre dans un grand hôtel. Un hôtel de la capitale de Mandagora. Un hôtel qu’il a su retrouver alors que tout lui échappait, que tout continue de le faire. Tout sauf sa conversation du matin qui remonte par bribes. Il se souvient maintenant. Il a suivi les traces de Teroni Doval, il a obtenu de précieuses informations. Il n'a plus besoin de s'arrêter sur Ta Diu, d'aller à la pèche aux informations, de perdre son temps avec les téens.

    De sa main encore un peu tremblante, Job cherche son porte feuille. Il se tourne sur le côté, fouille sa poche arrière. Rien. Il enlève son pantalon pour mieux l’inspecter, se débat, l’insulte. Toujours rien. Alors il soulève les draps, aperçoit le petit objet qu'il ramène de son pied vers sa main. Il le prend, l'ouvre, retire le petit papier sur lequel il a noté deux noms et reconstitue ce qui l’a mené ici, sur Mandagora. C’est en observant de vieilles photos - plusieurs milliers - de Teroni Doval qu’il avait remarqué deux fois la présence d’un petit vaisseau. Un transport personnel. Un engin qui n’était pas dans les archives téennes, celles que Riss lui avait procurées. Un vaisseau qu’elle avait sans doute construit. Du moins en était-il persuadé. Malgré tout, ce modèle ne lui avait pas permis d’avancer autant qu’il l’espérait. Il avait donc réfléchi à un autre moyen de creuser le dossier et obtenu faire correspondre les paysages de plusieurs holo-communications à leurs planètes respectives. Le procédé était long, coûteux, nouveau, sans garanti, mais Riss avait dépensé sans compter. Le désormais directeur mécanique voulait comprendre les forcïdes. Il souhaitait les reproduire et il lui avait donné carte blanche. Puisqu’il était désormais possible de recomposer l’arrière plan des holocommunications, Job avait acheté les derniers entretiens de Teroni Doval. Un laboratoire spécialisé s'était ensuite chargé de récupérer les paysages, la composition des atmosphères. Une fois informé des caractéristiques, Riss n’avait eu qu’à soudoyer un employé des Archives Jedi – tout aussi alcoolique mais qui avait su habilement le dissimuler en se trouvant une planque de rat de bibliothèque- pour obtenir la correspondance. De sorte que, le recensement Jedi de toutes les espèces animales, végétales et minérales de la la galaxie, leur avait permis de découvrir où Teroni s’était rendue.

    Par la suite, à l’aide de la typologie du transport personnel combinée à la certitude de son passage sur diffrentes planètes à des dates approximatives, Job avait pu repérer une trace. Le meilleur moyen de suivre quelqu'un dans la galaxie était de passer par les registres des transports, leurs colonnes de chiffres, de numéros ponctués par des nom ou des alias. Il fallait un peu de bouteille pour savoir que rien n’était plus subtil et aléatoire à récupérer que les chiffres. Certains astroports avaient des salles entières consacrées à leurs conservations. D'autres entassaient serveurs sur serveurs sur lesquels ils écrasaient en sus données après données pour des gains de places. Pendant 3 mois, Job les avaient donc épluchés, connectant les disques durs à un par un à la mémoire centrale du serveur de son employeur. Il avait fallu compilé, recompilé, décompilé, restauré mais Riss avait les meilleurs programmes. De cette manière, Job avait fini par trouver la répétition d'un numéro de série, là, sur les registres des dernières planètes où Teroni Doval s'était rendue. Son immatriculation ? AX 567896-T. Accolé à ce numéro, chaque fois un alias différent : Teta Bellande, Kreikan Smo, Doubt Kaminksy... Étrange. Jusqu’à présent, ses voyages étaient parfaitement documentés. Sauf exceptions. Et son dernier l’avait menée loin. A ce titre, Job ne voyait pas le point commun entre toutes ces planètes. Il cherchait une aiguille dans une meule de registres. En vérité, et il en avait acquis la conviction, Teroni Doval n’avait pas cherché à disparaître. Simplement à passer inaperçu. Elle aussi menait une enquête. Mais laquelle ? Que cherchait-elle ? Il le saurait bientôt grâce à la copie du serveur qu’on lui avait apporté ce matin. Jamais, il n’avait été aussi proche de comprendre. Il le devine.

    Job réfléchit. Il reprend une gorgée. Il est satisfait. Le petit papier qu’il tient dans la main comporte le nom de deux planètes sur lesquelles il ne s’est pas encore rendu. Il les a écrit dans le bar où il a pu consulter la copie du serveur. Un serveur de la taille d’un pommeau de sabre laser. Le premier nom lui parle évidemment : Atama. La planète d’Aqual Princeps. Ce ne peut pas être un hasard. Lui et Teroni étaient contemporains, suffisamment reconnus dans leur domaine pour échanger l’un et l’autre malgré les dénégations des téens. Non, il n’y avait pas de hasard.

    Job boit au goulot. Cul sec. Cette fois, il ne boit pas pour oublier, ni par envie. Il boit pour effacer le tremblement qui l’agace. Il s’insupporte de voir le papier qui ballote comme agité par le vent. Il a besoin d’une dose plus forte. Il a trouvé LA connexion même si il n’a pas tout résolu. Pas encore. Certes Atama a été détruite, mais ses archives ont été sauvegardées. Mieux la dernière planète où Teroni s’est rendue existe encore : LBP330. Job en est sûr. Les dates correspondent. Il se souvient d’ailleurs de sa discussion du matin. Il a bien travaillé, se dit-il. Vraiment bien. Il sait qu’il peut boire à sa guise, qu’il peut tout oublier. Oublier qu’il a ruiné sa vie. Oublier son dégoût. Oublier ce qu’il cherche dans l'hébétement, là perdu au fond de la bouteille. Juste la liqueur. Et la paix. Alors il siffle un tiers de l’absinthe. Il est heureux. Il est fier. Il ne tremble plus. Comme ce matin, dans le bar. Le bonheur.

    Job repose la boisson, toussote à peine maintenant que sa gorge est anesthésiée. Il voit le coin de la photo qui dépasse de son portefeuille. Il la sort. Riss, Lian, Elonn et lui sont bras dessus bras dessous. C’était il y a 20 ans, leur adolescence. Finalement, les autres ont bien tourné. Lian et Elonn sont entrés dans l’ordre Jedi. Riss a poursuivi dans la mécanique. D’abord les speeders, ensuite les vaisseaux, enfin les droïdes. Des droïdes haut de gamme faisant la renommé de sa société avant son rachat. Un petit prodige. Et lui dans tout ça ? Un raté. Un nuage de promesses évanouies, dissoutes elles aussi. Au point qu’il n’espère plus de futur. Sans alcool, il serait déjà mort, un de ces suicidés qui se jette de la tour de Tneq. A son contact, il n’est plus qu’une effluve, une vapeur, un liquide. La boisson le maintient en vie. Comme un respirateur.

    Job tourne la photo. Cinq petits mots sont inscrits, tous signés. Le premier d’Elonn est à son image, plein d’encouragement : un jour, tu reviendras devant. Le second de Riss et le troisième de Lian manquent d’inspiration. Aucun intérêt. Le quatrième est de lui-même. Il exprime la vérité du moment, leur espoir : l’avenir sera beau. Il a signé de son nom et de sa main gauche, sa bonne main : Jobary Deutch-Mankenkan. Il voulait marquer la solennité.

    Job ne sourit pas, attrape la bouteille et boit. Cul sec à nouveau. Il repose. Le 5ème mot vient de sa femme… de son ex-femme. Tu ne le savais pas mais j’étais déjà là. Quand l’a-t-elle écrit ? C’était récent. Forcément, après le divorce. Il y a moins de deux ans. Merde ! Même sur cette photo, elle reste son vampire. Il faut donc qu’elle soit partout. Passé, présent, avenir. Par elle, par elle seule. C’est pourquoi elle l’avait isolé. Toujours. Toujours plus. Et lui n’avait pas pu l’en empêcher. Au contraire... Il s’était montré faible, ne voulant qu’elle. Elle avant lui, elle avant tout.. Elle le savait. Elle en avait profité. Elle s’aimait plus encore. Plus encore qu’il ne l’aimerait jamais. Un déséquilibre… Il n’avait jamais pu s'en détacher. Il avait avalé les insultes, les trahisons, parfois les coups. Il avait minimisé en espérant qu’elle change. Elle devait changer. Leur enfant l’obligerait. Malheureusement, elle n’avait pas bougé. Au contraire... Avec le temps et les abus, l’emprise était devenue plus forte pour finalement s’accompagner du chantage. Elle se servait du petit pour le diminuer. Tous les jours, elle l’avait menacé de partir, de l’emmener. Alors il avait dû subir, payer, combler ses caprices, éteindre ses dettes. Au bout du bout, il avait truqué les comptes de l’entreprise dans laquelle il travaillait. Il était ainsi. Il avait toujours voulu lui offrir la vie dont elle avait rêvé sans comprendre que son désir le plus profond était de le détruire, de contempler l’abîme qu’il embrassait pour elle. Héléna avait cette pulsion destructrice qu’un homme fort aurait peut-être pu dompter. Lui était trop lâche, trop amoureux, trop aveugle. Il le serait toujours. Personne n’en avait jamais profité avant. Il n’était pas préparé. Elle était trop séductrice, trop habile, trop voluptueuse. C’est pourquoi, la première fois qu’elle l’avait quitté, il avait bu. C’était la seule chose qu’il avait trouvé à faire. Son monde s’était écroulé. Il n’avait pu plus s’arrêter. A son retour, elle l’avait incité à boire encore plus. Elle avait trouvé le coup de grâce. Il avait tenté de résister avant de s’enfoncer, jusqu’à picoler devant son fils, avant comme après l’école, le jour de son anniversaire, le jour des départs en vacances, des retours de colonies. Nul part et à aucun moment, il n’avait résisté.

    La deuxième fois qu’elle était partie, il savait au plus profond qu’elle ne reviendrait pas. Elle avait accompli son œuvre. Méthodiquement, elle l’avait détruit. Il n’était plus que l’ombre de lui-même… Une effluve… A moins qu’il ne l’ait toujours été. Tous ses amis l'avaient abandonné eux aussi. Pas grave... Il voulait désormais vivre seul. Ils pouvaient crever. Seul Riss était resté. Job avait bien tenté de le chasser, sans réussite. Il ne voulait plus rien, juste boire. Riss l’avait accepté. Il lui avait dit bois mais travaille pour moi, reste fonctionnel. Job avait accepté. Il ne savait pas quel était le métier. Il ne le savait toujours pas. Quand on lui demandait, il répondait fouiller dans les ordures. Car c’était ce qu’il faisait pour Riss : espionner, chercher, tromper. C’était le génie et l’absurdité de la chose. Qui soupçonnerait un alcoolique ? Et qui soupçonnerait le côté sombre de Riss ?

    Job reprend une lampée, regarde son holocommunicateur. Toujours pas de message d’elle. Avant, il recevait des insultes, des moqueries, parfois des bruits indécents. Depuis 15 jours, rien. Riss voulait le voir concentré. Il avait filtré les appels. Pour la peine, il boirait plus encore. Va te faire foutre !!

    Job repend la bouteille. Elle est vide. Il est furieux. Il la jette contre le mur. Tandis que le droïde ramasse, il titube jusqu’au mini bar. Il l’ouvre. Son visage s’illumine. Même ses énormes cernes semblent disparaître. Le bar est garni. C'est bien. Riss n’a pas demandé qu’il soit vidé. Il ne le juge pas. Est-ce qu’il s’en fout ? Peut-être. Pourtant, il reste son employeur. Mais pas que... Lian peut bien faire mumuse avec ses pouvoirs, il n'a pas cette relation avec Riss. Non, il lui dit beaucoup, il révèle ses secrets, à lui l’alcoolique. Parce qu’il sait que personne ne le croira. Parce qu’il sait aussi que personne ne connaît leur connexion à part Elonn et Lian. En un sens, Riss a eu raison de le balader de planète en planète. Oui, il a eu raison de remplir le mini-bar.

    Job fait des bulles avec sa salive. Il ne sait plus vraiment pourquoi Riss a raison mais il sait qu’il doit boire encore. Il y songe d’ailleurs mais quelque chose distille dans son esprit. La pensée l’intrigue. Il se dit qu’il faudrait boire pour ne pas trouver, qu'il ne sent plus cette affaire. Elle l’inquiète. Mieux vaudrait ne pas remuer ce passé. Il y traîne quelque chose. Tant pis. Ou tant mieux, dit-il en goûtant le plaisir au goulot du millésime. Merci Riss !

    La sensation que Job ressent est étrange. Il a suffisamment bu pour s’oublier, effacer toutes ses hontes, toutes ses démissions. Il n’aime pas son fils ? Il le blâme pour leur rupture ? Et alors ? Il l’aime elle ! Juste elle !

    ...

    ..

    Ses douleurs à l’estomac ont disparu. Il retourne au lit avec sa bouteille, actionne l’holocommunicateur. Riss a laissé un message. Il va s’enformir avec. L’hologramme apparaît : Excellente nouvelle Job. L’as est de retour. Il s’occupe de 02. Je veux que tu me transmettes tout ce que tu as appris. Je lui enverrai. Je te mets sur 03.

    Job sourit cruellement. Sourire d’ivrogne qui pépare un mauvais coup. L’as était le surnom d’Elonn à l’époque des courses de speeders. Si elle s’occupe de Teroni, c’est qu’elle est de retour parmi les Jedi. Du moins officieusement. Nom de code oblige.

    Job repose la bouteille. Il ne transmettra rien. Elle et lui ont toujours été en compétition. Il était le meilleur pilote avant cette fameuse course : celle qui avait, d’une certaine manière, décidé de son avenir. Avant il manquait de confiance sauf sur sa bécane. Maintenant il tétait sa confiance au goulot. Il en avait plus rien à foutre. Seulement, il gagnera cette fois. Il apportera à Riss toutes les informations. Juste pour regoûter au passé. Pour sa revanche. Pour partir en beauté...

    Alors Job se lève, met son manteau, titube, remarque qu'il n'a plus de froc. Il va suivre la piste de Teroni, jusqu’à la dernière la planète. Ensuite il passera à 03. 03 pour Aqual Princeps.

    Job a remis son pantalon à l’envers. Il se moque de son état. Il pue l’alcool et la sueur… Sa sueur elle aussi pue l’alcool. Il suinte. Il descend en impair à l’accueil, demande un taxi pour l’astroport, murmure sa destination en mettant son chapeau. Une jeune femme s’engouffre en même temps dans le véhicule. Il tourne la tête. Elle est belle. Elle veut partager le taxi. Il accepte en toussant. Elle tient une bouteille. Il est assis confortablement. Il a soif. Il entend vaguement des mots mais pense à autre chose. Il est là, à 16 ans, sur son speeder. Il fait la course avec Lian, Riss et Elonn. Les deux sont derrière, ils pilotent mal, plus mal que d’habitude. Lui et Elonn font la course en tête. C’est la première fois qu’elle le rattrape. Elle a fait tellement de progrès. La tempête a couché beaucoup d’arbres sur le parcours. La tracé devient dangereux. Il la regarde, elle n’a pas peur. Elle ne faiblit pas, ne ralentit pas. Il y a ce monstre a demi couché sur le sol. Un arbre titanesque : de grandes lignes rouges circulent sur son écorce comme un avertissement. Il n’y a pas assez de place pour passer dessus, coucher le speeder. En tout cas, pas cette vitesse, une erreur et c’est la mort. C’est dangereux. C’est… Job s’écarte. Elonn passe en dessous. Ses cheveux effleurent le tronc. Il ne pourra plus la rattraper. Il ne la rattrapera jamais plus. Le lendemain, il rencontrera Hélena.

    ...

    ..

    Salope !


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  • Riss Delatossa


    Elonn s’assoit sur le bord du lit. Pensive, elle relève doucement la tête. Son sort est cruel. Elle le sait autant qu'elle le ressent alors que son regard se perd dans les fonds bleus et verts de cet horizon sous marin sur lequel donne l'immense fenêtre de sa chambre. Ses larmes coulent.

    Deux jours auparavant, Lian l’a coupée de la force. Depuis, elle se sent vide, seule. Terriblement seule. Elle ne sait pas comment palier cette absence, ce déchirement qui la ronge, comme si on l'avait amputée. Pour combler son manque, elle a invité à Lian à l'aimer. Encore et encore. Pour oublier, pour vibrer, pour ressentir quelque chose. Et si sa langue s’est attardée dans tous les recoins, que ses doigts et sa fougue l’ont investi, qu'elle s'est sentie aimée, prise, adorée, réconfortée par ses bras forts, quelque chose reste cassé. Irrémédiablement. Une chose qui ne reviendra plus. Son âme, sa conscience, chaque atome de son être s'est trouvé fracturé, incapable de se ressouder. A vif. Seul réconfort, son amour pour Lian n’a pas diminué. Elle avait eu peur de sombrer dans le côté obscur, de le haïr. Mais tout cela était faux. Aussi faux que présomptueux. Il n'y avait plus de Force en elle, plus de sensation, plus d'ambivalence, plus de tentation : ni côté obscur, ni côté lumineux... Une sorte de néant. Or dans ce néant, son cœur n'avait pas changé, nul abri pour la haine, nul reproche. Au centre toutefois, un trou s'était formé, aspirant son sentiment de connexion, sa soif de vivre, d'exister. Elle aimait Lian, certes. Elle n'avait pas de colère. Seulement, une partie d'elle-même était morte. Une image l'avait frappée d'ailleurs tant elle semblait lui correspondre : celle d'un être décomposé ne laissant qu'un creux dans le sol. Quelque chose qui avait existé là où la terre s'était légèrement affaissée, là où la vie s'était échappé. Là où le néant avait pris place. De la même manière qu'il y a ce qui est et qu'il manque ce qui n'est plus, elle ressentirait l'absence.

    En vérité, à l'instant même qui avait suivi sa coupure, Elonn n'avait eu ni l'instinct ni le réflexe de sonder la Force. Le mystère s'était dissipé au sens le plus littéral. Ne restait que la vérité froide, presque sale de ce creux. En un instant, elle avait compris : compris à quel point le pouvoir de Lian était sombre, glacial. Un abysse. Indéniablement, cette capacité provenait du côté obscur. Il lui paraissait même absurde qu'un Jedi puisse commettre un acte aussi terrible et violent. Pour autant, à la manière dont Lian l'avait caressé, plein de délicatesse, ses remords étaient évidents. Ce pouvoir était un fardeau. Peut-être aussi un espoir. Celui de terrasser Darth Aetius. Malgré tout, elle se le demandait : pouvait-on combattre le mal par le mal ? Pouvait-on rester Jedi après avoir causé une peine aussi immense ? Elonn avait le sentiment que cette capacité les mènerait au côté obscur, qu'une victoire à ce prix deviendrait une défaite. Et pourtant, malgré l’ambiguïté, malgré les doutes, les crains, elle voyait le moyen de le vaincre, elle voyait une fin, la concevait heureuse. Elle se voyait garder Lian du bon côté : par son amour, par leur lien unique, par sa présence. Elle lui interdirait ensuite de s'en resservir. Ils quitteraient l'ordre, iraient fonder leur famille sur une planète paisible où ils tiendraient un petit commerce de speeders. Un avenir plein de charme. Mais un avenir sans la Force. En soi, un avenir sans bonheur mais sans doute également plein de joies.

    Sur les conseils de Maître Dook', Lian s’entraînait quotidiennement pour projeter son pouvoir, frapper sa victime à distance. Ce devait être la condition sine qua non. Bientôt, avait-il assuré, il s'en révélerait capable. "Couper un être à distance" avait-il murmuré à voix basse, si basse... comme s'il avait espéré secrètement ne jamais y arriver. A ce moment, avait répondu Elonn, il vaincrait Aetius. Elle aimait cette pensée, l'idée de vaincre ce monstre. Cela redonnait du sens à son sacrifice, gonflait sa poitrine, soulager sa perte, son manque sans pour autant la combler. Pourtant elle s'illusionnait. Et le min'khu de l'aquarium le lui rappelait. Cet animal longiligne, à petite tête en forme de pique, qui se divisait en deux, en quatre, en huit, en seize, avant de redevenir un seul lui montrait son futur. A cause d'elle, Lian ne s'arrêterait jamais plus de développer son pouvoir, de chercher encore et encore à l'approfondir pour espérer comprendre et l'inverser. Sa soif de connaissance, son envie de la guérir à tout prix, tel était le danger. Le péril ! Se diviser, se morceler sans jamais pouvoir changer d'état. Voilà la seule route que les destins de Lian l'amèneraient à prendre. Celui de ne voir plus qu'un mirage. Celui de s'aveugler de l'unique sens qui compte : la présence de l'autre. C'était pour cela que le sith s'était fracassé la tête. Isolé de tout, la vie sans la Force devenait inutile. Insupportable.

    Elonn baisse le regard vers la moquette en mousse naturelle. Elle est fatiguée de penser. Son esprit aimerait s'oublier. Puis elle entend le bruit sourd, celui du martèlement, ce crâne qui se fracasse contre mes murs. C'est dur. Si dur. Même de ne penser à rien quand tout vous le rappelle. Alors elle se retourne, réveille Lian en l’embrassant doucement et les deux amants reprennent leur ballet. Elle sait qu’il n’est pas dupe. Mais ils s’aiment et tant qu’ils s’aiment, elle s'en sortira. Ils s'en sortiront. Ils s'endorment.

    A peine quelques heures plus tard, les deux Jedi quittent définitivement leur lit. Fatigués, ils reprennent malgré tout leur ballet sous la douche puis s'habillent avant de quitter leur chambre. Elonn a gardé son sabre. Elle reste un chevalier, quoiqu'il arrive. Même si elle n'est plus une Jedi, elle peut accomplir mille choses. Elle peut se battre, protéger, peser sur les événements.

    Sortis de la chambre, tous deux suivent un couloir qui mènent à l'ascenseur. Ils y pénètrent, sortent au rez de chaussée. Ils ont rendez-vous dans le restaurant de l'hôtel. Aujourd’hui est un autre jour, pense Elonn en laissant Lian s'avancer seul tandis qu'elle fera le tour. Cette fois leur mission commence : déterminer l’origine des droïdes utilisateurs de la Force. Trouver leur créateur. Comprendre.

    - Riss ! s'exclame Lian en voyant son vieil assis à une table. Comme d'habitude, tu as pensé à tout.

    En effet, la table est pourvu de nombreux amuses-gueules, des trisses, des detolias, de bouteilles hors de prix, notamment des Camelac, Emi-Lion.

    - J'ai un certain train de vie, mon ami, sourit-il. Si j'avais voulu rester pauvre, je vous aurais suivi à l'académie.

    - Et je ne regrette pas.

    - Malheureusement, je ne sais pas si un Jedi a droit à ce genre de bouteille, s'amuse Riss en pointant l'Emi-Lion. Est-ce que ton humilité ne t'oblige pas à refuser ?

    - Je pense qu'on va faire une exception, s'amuse Lian. Je ne vais pas laisser un ami boire tout seul. C'est aussi ça la Force : le soutien en cas de coup dur.

    - Tu m'as l'air beaucoup plus heureux que la dernière fois. C'est le jour et la nuit. Et moi qui pensais te réconforter. Tu as des nouvelles ? Quelque chose sur Elonn ?

    - Tu vas constater par toi-même, sourit Lian.

    - Bonjour Riss, vient l'embrasser la jeune femme en le surprenant par derrière pour déposer un baiser sur sa joue. Comment vas-tu ?

    Riss se lève, éberlué, aux anges. Les larmes lui montent aux yeux.

    - Elonn... Ma belle... Ahah, cachottière. je savais que tu t'en sortirais. Merveilleux.

    - Ahah, ça me rappelle notre escapade dans les sous-sols de la Tintorem. Tu avais employé le même mot.

    - Mais là, c'est sans commune mesure. Je suis tellement heureux... Laisse-moi te regarder. Ca fait quoi ? 3 ans et demi ? Tu n'as pas changé ? La Force conserve, y'a pas à dire. A moins que ce ne soit le côté obscur...

    - Riss, s'agace Lian.

    - Pardon... Tu me connais. Si je peux créer le malaise.

    - C'était drôle, sourit Elonn. Et ça fait 3 ans et 8 mois, Riss.

    - Ca me fait tellement plaisir, tu peux pas soir. Et pour moi, et pour Lian, et pour toi. Par contre, vous m'avez l'air fatigué tous les deux. Ca a fait crac boum hue toute la nuit j'ai l'impression !

    - Quelque chose comme ça, sourit-elle.

    - Ahah, vous n'avez pas changé. Faut grandir un peu. Vous n'êtes plus des tourtereaux hein.

    - On va y penser, Riss.

    - Oui, j'y crois fort. Ahah, allez j'arrête de vous taquiner. Faut bien rattraper le temps perdu. Mais c'est parfait. Tout est retourné à la normal. je l'avais dit à Lian. Je savais que ça se passerait bien. Ça s'est toujours bien terminé pour nous. Regarde-moi. Est-ce que t'aurais parié sur mon succès ?

    - Mille fois.

    - Mais tu sais que ma boite a été rachetée ?

    - Rachetée et toi nommé directeur mécanique. Lian m'a tout dit.

    - On est loin de la petite bande de filous et d'amateurs de sensation forte.

    - Pas tant que ça. Et comment va Job justement ?

    - Mieux. Il enquête pour moi en ce moment. Il n'est pas sorti de ses problèmes. Mais il tente de reprendre sa vie en main. En tout cas, j'essaye de l'aider. Je lui ai donné du travail. Le reste lui appartient.

    - C'est triste de voir ce qui lui est arrivé.

    - J'ai toujours dit que ce n'était pas une femme pour lui. D'ailleurs, tu ne l'aimais pas beaucoup plus.

    - Je sais. Mais je ne pensais pas qu'elle le détruirait. Enfin bon, tu l'aides et c'est parfait. Il faut qu'il remonte la pente. Je veux que tout s'arrange. Même pour toi. Toujours célibataire ?

    - Plus depuis 3 mois. Je prépare même mes fiançailles.

    - Non ? Ahah, cette fois, je veux tout savoir.

    - Elle vous le racontera elle-même. Elle sera là dans 10 minutes, j'allais la présenter à Lian.

    - Petit cachottier, s'amuse l'intéressé.

    - Dans ce cas, rétorque plus directement Elonn, nous allons passer aux choses sérieuses. Il faut qu'on parle.

    - Vous n'êtes pas là pour des retrouvailles ?

    - Nous sommes en mission, Riss.

    - Déjà ?

    - Oui. Ce qui nous intéresse, c'est ton point de vue de directeur mécanique. Tu conçois les squelettes des droïdes haut de gamme du secteur, tu supervises la recherche, nous avons besoin de tes lumières.

    - Pourquoi, tu veux acheter un droïde ?

    - Allez, sois sérieux. C'est important. Tu as sans doute entendu parler des machines qui ont fait leur apparition ?

    - Les Forcïdes ? La, c'est toi qui ne l'est pas si tu me poses cette question. On ne parle que de ça dans toutes les boites du secteur.

    - Et ?

    - Entre nous, personne ne comprend comment ils parviennent à utiliser la Force. Je travaille dessus, je n'ai pas encore d'idée. Il paraît que les Sith ont des pièces. J'aimerais bien en récupérer pour analyse. A part eux, personne n'a pu faire d'études.

    - Surtout, n'essaye pas de faire affaire avec les Sith. Même pour récupérer des pièces.

    - Rassure-toi, j'ai une excellente sécurité. De toute façon, ils ne les lâcheraient jamais.

    - Je te le répète. Tu ne les approches sous aucun prétexte. J'ai vécu parmi eux. Si tu t'y frottent. tu es mort ou pire

    - Je sais. Arrête de me couver. Je suis l’aîné ici.

    - N'en parlons plus. Tu penses quoi de ces droïdes ?

    - Rien tant que je n'ai pas vu de pièces. On espère qu'ils viendront sur Mélone, nous leur avons envoyé une invitation. Sans réponse pour l'instant. Mais ils passeront, nous sommes incontournables. Ils nous ont préféré les téens pour l'instant. Ils doivent se méfier de nous mais ils viendront.

    - Tu sais de quelle manière ils manipulent la Force ?

    - Pas à ce niveau. Il y a eu des modèles qui l'ont fait auparavant mais c'était pathétique. Davantage un artifice qu'autre chose. Là, ce sont de vrais utilisateurs. Du niveau des meilleurs Jedi ou des meilleurs sith. Malheureusement, je n'ai aucune idée de la manière dont ils procèdent. C'est pour cela je souhaiterais proposer un partenariat aux Jedi. J'aimerais qu'on tente de construire les nôtres. Tu vois bien que je ne regarde pas vers les siths.

    - Ils n'accepteront pas.

    - Pourtant ces droïdes remettent tout en cause. C'est un chaînon capa.

    - Même. Après, tu peux toujours demander. Nous t'appuierons. Mais je connais déjà la réponse. Maintenant, nous ne sommes pas là pour ces robots à proprement parler mais pour trouver leur créateur. Est-ce que tu saurais quelque chose ? Peut-être qu'ils sont plusieurs.

    - Tu te doutes que nous avons mené notre enquête. Job se charge d'une des pistes à l'heure qu'il est. Pour l'instant, j'ai quatre noms. Teroni Doval, Aqual Princeps, Feren Tsum et SP456, le fondateur de la secte des transformateurs. Si quelqu'un a fabriqué ces robots, que son nom a traversé les frontières de son monde alors c'est l'un de ceux là. C'est la liste que j'ai retenu. Si c'est un autre, je serai surpris. Ou alors c'est quelqu'un qui est inconnu et il faudra élargir les recherches. Mais pas avant d'avoir épuisé les précédents.

    - Tu penches pour lequel ?

    - Aucune idée. Nous avons déjà réduit la liste à 4, tu n'imagines pas les ressources que nous avons dû utiliser. Nous n'avons pas votre base de données. Mais pourquoi ? 4, ça ne te suffit pas ?.

    - Si, c'est très bien. Nous allons suivre tes pistes. Nous commencerons par la première. Teroni Doval.

    - Pour elle, je peux te conseiller d'aller trouver un revendeur téén. C'était une des leur. Visiblement, il connaîtrait la plupart des légendes qui entourent les meilleurs concepteurs. C'est un bon bidouilleur. Il a refusé de parler à mon deuxième enquêteur. Job est censé prendre le relais mais avec vos pouvoirs, vous lui tirerez les vers du nez. Si vous vous en occupez et que vous partagez vos informations alors Job passera sur Aqual Princeps. J'aimerais qu'il le fasse le plus tôt possible

    - Pourquoi ?

    - A cause des lois princeps évidemment. En fait, hormis Teroni, la plupart sont des ingénieurs un peu fous, solitaires, entourés de légendes. Si je devais parier, je miserai sur Feren Tsum. Ce sont les lois de Tsum qui régissent le contrôle de l'IA. Après, ce n'est pas mon domaine. Alors qu' en savoir plus sur Aqual Princeps, c'est mon domaine. J'aurais dû le faire il y a longtemps. Quoiqu'il en soit, savoir qui les a créé n'aidera pas à savoir comment sauf à trouver ses plans. Et vois-tu, ça n'arrivera pas. Nous en saurons mille fois plus par des analyses.

    - Je vois. Merci beaucoup Riss. J'imagine que c'est ta femme qui arrive là-bas. La rousse au grand chapeau. Elle donne un pourboire au chauffeur.

    - Toujours les rousses, s'amuse Lian.

    - Ahah oui, c'est bien elle.

    - Dans ce cas, je termine vite. Personne ne doit savoir que nous enquêtons ni encore que je suis de retour. Tu es l'un des rares à qui je fasse confiance. Les Siths eux-mêmes ne savent pas que je suis parti. Je ne sais pas quand ils s'en rendront compte. Lorsque cela arrivera, ils voudront se venger. Fais attention à toi. Passe le mot à Job. Aucun contact avec des siths.

    - Très bien. Je transmettrai.

    - Maintenant, j'ai un autre service à te demander. Tu connais les droïdes DCR3 ?

    - Non.

    - Tu peux regarder dans ta base de données ?

    Riss tape les informations sur sa tablette.

    - C'est un très vieux modèle, annone-t-il. De la fin de la république galactique, un peu avant l'empire. 38 avant yavin. Sa production a été arrêté 117 ans plus tard. Il y a quasiment 1000 ans.

    - Tu es sûr ?

    - Certain.

    - Aucune erreur possible ?

    - Aucune. C'est un modèle standard. 8 millions d'exemplaires produits.

    - Tu aurais la liste des acheteurs ?

    - Ahah, mais tu en demandes trop là. Ca remonte à loin. Personne ne garde ces infos. Même pas vos archivistes. De toute façon, tu n'aurais que les clients directs alors que ce genre de modèles s'achètent le plus souvent d'occasion.

    - Je vois. Ca veut surtout dire qu'Aetius et Marionetis sont plus âgés qu'on ne le croit, glisse-t-elle discrètement à Lian. Tu pourrais me dire si on en trouve encore ?

    - Non. On ne fait plus les pièces détachés depuis 7 siècles. Ce sont des modèles totalement obsolètes.

    - Tu es sûr de toi ? murmure Lian à Elonn.

    - Oui, répond elle. Marionnetis a souvent insinué qu'il était beaucoup plus âgé. Je le crois. Ce n'était pas innocent. Exactement comme il n'a cessé de me répèter : "Tout commence avec Aetius".

    - Mais Aetius est un nom sith, donné par le maître à son élève.

    - Justement. Marionetis est trop intelligent pour avoir prononcé ses mots innocemment. Et si Aetius n'en était pas un ? Et si tout commençait véritablement avec ce nom ?

    - Hey, vous génez pas surtout, s'amuse Lian. je comprends rien là. je peux pas participer.

    - Trop tard Riss, sourit Elonn. la voilà.



    --- chapitre 10 ---


La couverture du prochain Icare

- 1
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  • Bonjour à tous,

    Je tenais absolument à revenir sur les meilleurs sketchs du duo comique Key and Peele qui s'avoue comme ma révélation de l'année. Certes j'en avais vu plusieurs auparavant (notamment le fameux Office Homophobe) mais sans m'arrêter davantage. Or je ratais l'un des meilleurs duos comiques de l'histoire. C'est tellement drôle, parfois acide, dingue et d'une originalité flamboyante. Ce n'est pas pour rien qu'ils correspondent, à mon sens, à ce que nous avons connu avec Les Inconnus. Du coup, j'ai décidé de vous faire une sélection de leurs meilleurs sketchs (ceux que je peux regarder en boucle) avec des petites explications sur le sous-texte.

    ps: au passage, je viens de découvrir qu'on peut choisir des sous-titres anglais et ils sont très bien faits. De sorte que si vous avez un peu de mal à comprendre, n'hésitez pas à les mettre.


    Substitute teacher

  • Ce sketch, leur plus populaire (120 millions de vues), est particulièrement brillant. Pour en saisir toute la mécanique, il faut avoir à l'esprit plusieurs éléments. D'abord, le professeur est un "substitute", c'est à dire un remplaçant. Il explique notamment avoir enseigné pendant 20 ans en centre-ville ("inner city"). Du point de vue de l'urbanisme, il faut savoir que les USA ont évolué de manière très différente de l'Europe puisque les centre-villes sont l'équivalents de nos banlieues avec leur lot de quartiers difficiles, de ghettos, de concentration de populations de couleur, de gens pauvres (petit article dans la rubrique opinion du New York Times si vous voulez en savoir plus). C'était d'ailleurs une critique adressée à Donald Trump lors de la campagne présidentielle, lui qui assimilait les populations afro-américaines aux centres-villes (le fameux "They're living in Hell").
    Le professeur arrive donc de la "banlieue" dans un lycée plus bourgeois et blanc. Le décalage lui fait inverser une particularité propre aux populations afro-américaines, à savoir celle des prénoms créatifs. En effet, depuis quelques décennies, de plus en plus de familles afro-américaines préfèrent donner des prénoms originaux plutôt que de piocher dans le répertoire traditionnels des noms de baptême anglosaxons. C'est une sorte de réappropriation culturelle, un peu à l'image de ce qu'avaient fait les protestants pour se distinguer des catholiques, en choisissant leurs prénoms dans l'Ancien Testament (Samuel Beckett, Abraham Lincoln, Isaac Newton). A ce titre, si vous regardez les sports américains, vous aurez forcément noté l'originalité de ces nouveaux prénoms. Rien que dans la NBA, vous trouverez Lebron James, Javale McGee, Dejounte Murray, LaMarcus Aldrige, DeAndre Jordan, Tayshaun Prince,Dwyane Wade, DeMarre Carroll, Kentavious Caldwell, Jrue Holiday... Il s'agit souvent d'un mélange de sonorités françaises, anglosaxonnes. A ce titre, si le sujet vous intéresse, je vous invite à lire cet article sur wikipedia.

    Quoiqu'il en soit, l'idée du sketch de Key and Peele consiste à plonger un professeur de banlieue qui s'avère incapable de croire à l'existence de prénoms traditionnels. Dans sa tête, Jacqueline devient donc Ja Cqueline, Blake B-Laké, Denise De Nice et, le meilleur, Aaron A-Aron. C'est même devenu un running gag puisque le duo a fait d'autres sketch en s'appuyant sur le Foot Us. Au-delà, on retrouvera le fameux substitute dans un autre sketch, tout aussi hilarant.



    Slap-Ass : In Recovery.
    Il s'agit ici de la suite direct du sketch Slap-Ass (lui-même résumé au début de ce deuxième épisode) et que je vous encourage à regarder ici.

  • Il y tellement de choses dans ce sketch, incroyable d'intensité dramatique. C'est d'ailleurs l'une de leurs facettes les plus exceptionnelles. Au-delà, ce qui marque peut-être le plus, c'est le talent des deux comiques pour les accents, spécialement Key (le grand chauve). J'y reviendrai avec le prochain extrait.

    Quoiqu'il en soit, ce sketch Slap Ass : In Recovery est truffé de petites pépites, de références. En premier lieu, écoutez bien la musique lorsque Garcia laisse tomber son gant : on est dans le pur hommage au thème de The Thing composé par Ennio Morricone. Globalement, le réalisateur qui officie sur les sketchs a lui aussi un talent de malade. Il arrive à saisir les expressions, à respecter le rythme comique, tragique, c'est remarquable.
    La deuxième référence qui marque vient du "We gonna need a bigger boat", reprise hilarantissime de la ligne de dialogue la plus fameuse des Dents de la mer.
    La troisième référence m'a été apprise par la lecture des commentaires sous la vidéo. En effet, le passage "I am so excited. I am so excited. I am so so scared" vient d'un épisode de Sauvés par le Gong. Un épisode dans lequel le personnage de Jessica était censé prendre des amphétamines pour l'aider à tenir le rythme scolaire mais où, après censure, les amphétes sont devenus des cachets de caféine.



    Make-a-wish

  • Ce "skit" est très particulier. D'abord, parce que j'ai connu l'existence de l'association Make A Wish grâce à un sketch mémorable de Dieudonné. Ensuite, parce que l'accent indien de Peele est incroyable. A ce niveau, c'est de l'art pur (si vous en voulez davantage, vous retrouverez le perso dans cette séquence). Enfin, parce que ce sketch est l'un des plus horrifiques et que le talent montré dans son écriture annonce l'oscar que recevra Jordan Peele pour le scénario de Get Out. On l'avait vu avec The Thing mais cette séquence montre une reprise des codes, un détournement remarquable puisqu'on navigue aussi bien dans l'Exorciste, que dans le 6ème sens ou encore dans Le village des damnés (ahah, la coupe au bol). Mais le cinéma est régulièrement une matière première, à l'image de ce détournement extraordinaire d'Usual Suspect ou encore de ce sketch énormissime sur Michael Jackson qui glisse un clin d'oeil à Bad Taste de Peter Jackson.

    Au-delà, j'ajoute que Key and Peele arrivent souvent à orienter leurs sketchs vers l'horreur de manière très habile. Comme dans Shining, Family Matters, Little Homie ou la très bonne parodie de LMFAO.



    Mister T PSA

  • Encore un sketch absolument époustouflant où Mister T n'a que faire du racisme, de la pédophilie, de la drogue ou de l'alcool pour ne s'intéresser qu'aux problèmes qui le touchent : les vêtements bizarres, les noms bizarres et les coupes bizarres. Ahah...
    Mais ce qui rend ce sketch hilarant, c'est bien que Mister T ait véritablement participé à une vidéo d'éducation contre la drogue financée et diffusée par le gouvernement américain (ce qu'on appelle une PSA pour Public Service Announcement). Vous pouvez voir cette vidéo ici et accrochez-vous !
    Ce que j'apprécie encore dans cette séquence, c'est la qualité de l'imitation de Mister T. Là aussi, comme les inconnus, ce sont d'excellents imitateurs. On appréciera donc mille petits éléments dans la gestuelle, l'intonation. Pour autant, ce qui me parle le plus reste clairement la reprise du célèbre gimmick de Mister T à savoir "I pity the fool" puisque cette expression est devenue l'accroche du bonhomme après son rôle dans Rocky III. C'est même l'une de ses plus fameuses répliques écrites par Sylvester Stalone. Un Stallone à qui Mister T doit sa carrière (Dieu, que ça donne envie de revoir les Rocky).



    Obama's anger translator

  • Pas mon sketch préféré mais il est rare que les comiques entrent dans la sphère politique. Les Inconnus l'avaient réalisé de manière assez phénoménale lorsque François Mitterrand leur avait collé à chacun un contrôle fiscal pour les punir de leur fameuse chanson Rap tout. Autre temps, autre moeurs, Peele a repris son rôle de l'angry translator pour offrir un sketch AVEC Obama lors du fameux discours à la presse (cf discours aux correspondants de la Maison Blanche). En soi, c'est franchement dingue. Quelle reconnaissance... Quel accomplissement...
    On notera quand même le "I said Bitch" totalement hilarant à la fin du premier extrait et qui nous vient là encore d'un de leurs meilleurs sketchs.



    Scat Duel

  • A la manière des Inconnus (et j'arrêterai la comparaison ici), ce sont de vrais musiciens. On leur doit des parodies particulièrement bien trouvés aussi bien sur la country music que sur les comédies musicales. Le sketch que j'ai placé en haut est un duel de Scat proprement hilarant. Entre nous, je ne sais pas quoi dire tant le niveau est remarquable. De vrais chanteurs accomplis, de purs parodistes qui explosent d'ailleurs lors d'un autre sketch sur le coût des clips.



    Leprechaun

    Cette fois, je vous enjoins à regarder d'abord une vidéo qui n'est pas d'eux puisque de manière saississante, plusieurs américains avaient déclaré à la télé locale avoir vu un Leprechaun. Quand la réalité dépasse la fiction, quelle version est la plus drôle ?




  • Je pourrai continuer très longtemps tant leurs sketchs sont nombreux, variés, riches et à mourir de rire. On pourrait parler des problématiques sociales et de leur vision souvent hilarante du racisme, allant parfois à l'encontre du politiquement correct comme ce sketch sur l'esclavage ou cet autre sur Obama. Cette vision bon enfant mais néanmoins piquante n'est pas sans doute pas étrangère au fait que Peele fut victime de racisme de la part de ses camarades noirs pour avoir eu une mère blanche. Quoiqu'il en soit, on trouvera la réunion de tout leur talent dans le brillantissime Negrotown

  • Il y a tellement de séquences créatives, intelligentes, hilarantes qu'il serait difficile de choisir mais je termine sur certaines de mes préférées. En espérant vous avoir permis de découvrir un duo absolument génial. Perso, je me régale.






  • Enfin je conclue avec "Black ice" qui signifie verglas en anglais. Ahah !!

  • ps: je viens de découvrir celui-ci. Là encore, on ne peut que rester pantois devant le dosage de tragi-comique, la réalisation dynamique, le rythme parfait.

  • 1er chapitre ici / 2ème / 3ème / 4ème / 5ème / 6ème / 7ème , 8ème chapitre ci-dessous. Déjà le 8ème, ahah. Merci de votre soutien, chers tipeurs. Vraiment. Je l'aurais jamais fait sans vous. C'est drôle d'ailleurs parce que ce chapitre ouvre deux choix possibles pour le reste de l'histoire. L'un est un retournement qui ferme la narration mais magnifie un personnage et ajoute de la profondeur. L'autre rend l'intrigue plus épique mais aussi plus classique. En fait, la première possibilité développe un personnage au détriment de l'univers. Et l'autre permet l'inverse. Je sais vers quoi m'orienter mais j'aurais forcément des regrets. Sinon, je le dis maintenant mais je proposerai deux fins. Une canonique, dans l'esprit du récit, et une autre façon climax. Bonne lecture. ;)

  • Elonn


    - Pourquoi tu n’es pas venu seul ? demande timidement Elonn, presque honteuse de faire son retour de cette manière, sans trop savoir quoi dire, sans savoir vraiment par où commencer.

    - Mon amour, vient-là.

    Elonn vient se serrer contre Lian. Les deux Jedi s’embrassent. Les retrouvailles sont inespérées, là, dans l’ombre de la station de communication qui flotte dans l'atmosphère d'Omégan.

    - Je suis désolée, se met-elle à pleurer en caressant la cicatrice de Lian, cette oreille à moitié fondue. Tellement désolée.

    - Ce n’est rien, ma chérie. Tu es là, c’est tout ce qui compte. Rien ne t'oblige à voir notre maître si tu ne veux pas. Elle ne sortira pas de la navette. D'ailleurs, je voulais te parler seul avant même que tu ne t’expliques. Tu n'as pas besoin de rendre des comptes. Tu n'as pas besoin de te justifier. Suis-moi et partons. Laissons tomber les Jedi, trouvons-nous une planète, fondons une famille et menons notre vie. Elle sera belle et douce. Dis oui, Elonn. Je t'en prie. Je ne veux plus te perdre. Plus jamais.

    - J’aimerais tellement, Lian. Tu ne peux pas l'imaginer. Mais je ne peux pas. Pas après avoir rencontré Aetius.

    - Pourquoi ?

    - Parce qu’il n’y aura nul part où aller, mon amour. Nul endroit où lui échapper. Nous n'avons pas d'autre choix que celui de combattre. Alors oui, j’aimerais te répondre "partons". J'aimerais tant. Mais j'ai croisé sa route et je ne peux pas m'en détourner. Toi non. Car si tu l'avais vu, tu me dirais la même chose. Nous sommes des chevaliers, Lian. Plus que jamais ! La Force a besoin de nous.

    - Je ne comprends pas tout, Elonn. Je croyais qu’on t’avait forcé à devenir Sith. Et tu es là, comme avant, sans trace apparente mais il y a une faille si profonde. Quelque chose a changé. Que t'est-il arrivée ?

    - Je suis triste, Lian. Triste pour tellement de raisons. Triste à cause de ce que je vais te demander de faire. Triste parce que je n'ai pas le choix. Mais je n’ai jamais été une Sith, sois en sûr. Et je ne le serai jamais.

    - Je sais, ma puce. Tu seras toujours une Jedi. Ma Jedi. C’est pour cela que j’ai prévenu notre maître. Elle arrangera tout.

    - Elle ne pourra rien, Lian. Elle n’en a pas le pouvoir. Le conseil m’enfermera. Il y aura des actes d’accusation. Je devrai apporter des preuves de mon innocence alors que je n'ai que ma parole. De toute façon, même innocentée, je serai traitée comme une pestiférée et ils auront raison. Je ne suis pas fiable, Lian. Il faudrait me mettre en quarantaine.

    - Fais-toi confiance, ma belle ! sussure-il tendrement pour la rassurer alors que ses bras l'enserrent.

    - J’ai été sous son emprise. Je ne peux plus lui échapper.

    - L'emprise de qui ? D'Aetius ?

    - Non. De Marionetis.

    - Ton apprenti ?

    - Il n'a jamais été mon apprenti. Il avait besoin de moi mais je ne connais toujours pas ses raisons. Je ne comprends rien : ni pourquoi il m’a capturé, ni pourquoi il m’a laissé partir. Je ne sais plus quoi penser, Lian. Je suis perdue.

    - Tu veux dire qu'il t’a libérée ?

    - Oui. Il m’a annoncé qu’il n’avait plus besoin de moi. Il m’a donné un vaisseau et c'était fini.

    - Comme ça ?

    - Je sais, c’est incompréhensible. Et ça cache quelque chose. Forcément Il a passé tellement de temps dans ma tête, j’ai l’impression de le connaître, comme s'il faisait partie de moi. C'est étrange. J'ai pu le sentir, le jauger. Il n’est pas mauvais au sens sith du terme. Mais il est implacable. Il n'hésitera jamais. En un sens, il est monstrueux. Et son pouvoir Lian, tu n’imagines pas… Il est si profond. Non, je ne suis pas fiable. Je ne crois pas l'être encore. Du moins pas tant que...

    - Qu’est-ce que tu veux dire exactement ? Que tu retomberas sous son contrôle ?

    - A tout instant s'il le désire.

    - Dans ce cas, nous t'entraînerons. Maître Candeleur t’aidera.

    - Maître Candeleur est extraordinaire, je sais. Il résisterait à l’emprise de Marionetis. Mais pour moi, il est trop tard. Il es trop tard, mon amour.

    - Je vois. Dans ce cas, j'ai besoin de te poser une question. Ne m'en veut pas de le faire, je dois savoir : est-ce qu'il est trop tard pour nous également ?

    - Non, bien sûr que non. Je t’aime. Je t’aimerai toujours. Tu es mon géant.

    - Et tu es ma speedeuse.

    Les deux amants restent fronts contre fronts pendant quelques instants. Lian sent l’amour d’Elonn, son doute, sa crainte mais aussi sa certitude. Il appréhende ce qu’elle va dire.

    - Il connaît tes capacités, Lian. Il a lu en moi. Il sait de quelle manière tu peux agir sur les midi-chloriens. Il sait que tu peux couper n’importe qui de la Force, que tu peux augmenter nos pouvoirs. Je ne sais pas ce qu'il compte faire. Il t'estime beaucoup. Mais il n'aura pas de pitié.

    - Dans ce cas, murmure-t-il en souriant, je ne le laisserai pas me tuer.

    - Ne le sous-estime pas, Lian. J’ai senti une volonté si grande, si pénétrante. Il ne lâchera rien, à personne. Il brûlera tout pour accomplir son objectif. C’est une forme de mal. Une forme absolue.

    - Tu as toujours été une meilleure Jedi que moi, sourit Lian en l’embrassant. Je te fais confiance. Je ne le sous-estimerai pas. Promis.

    - Si je devais donner une image, rougit Elonn devant le regard plein d'admiration de son époux, je prendrai celle d'un Sith blanc. Il me paraît si contre-nature. Plus que ces droïdes, plus qu’Aetius, il a quelque chose qui transcende la Force. On ne peut pas se fier à lui. Comme on ne peut plus se fier à moi. Il me retournera contre vous. Il me transformera en bombe. Il faut que cela cesse, Lian. Tu comprends ?

    - J’ai peur, ma chérie, de ce que tu vas me demander.

    - Je sais, mon amour. Je sais. Mais j’ai beaucoup réfléchi, j’ai sondé la Force, je suis allé au temple d'Ahch-To pour méditer. Je n’ai pas trouvé d’autres solutions. Il n’y en a pas d’autres. Tu dois me couper de la Force, Lian. Sans elle, il ne pourra plus rien. Sans pouvoirs, je n'ai plus d'utilité.

    Lian la serre plus fort encore. Il sait qu'elle a mûrement réfléchi, que ce choix la déchire. Cette fois, c’est à son tour de pleurer. Il vient nicher sa tête dans son cou.

    - Je suis tellement désolé, mon amour. Tellement.

    - Je sais, mon coeur Je sais.

    - J’ai vu ce que ça fait. J’ai ressenti tellement de honte la première fois qu'on m'a demandé de priver un sith de son pouvoir.

    - Je me souviens.

    - Mais je ne t'ai pas dit ce qui arrivé ensuite. Je ne t'ai pas dit qu'il s’est tapé la tête contre les murs, qu'il ne supportait pas d’avoir été séparé. Il s’est tué, Elonn. Je l’ai condamné à la pire des morts.

    - Je le supporterai, Lian. Je tiendrai.

    - Mais ça sera si dur.

    - Tu m’aideras.

    - Mais tu m’en voudras. Je resterai celui qui t’a coupé de la Force. Tu ne pourras plus me regarder en face. Et je ne pourrai pas revenir en arrière. Ma technique est définitive. Jamais plus, tu ne seras en relation avec la Force. Il n’y aura plus plus de méditation, plus d’harmonie, plus de chaleur. Tu me demandes de t'arracher les ailes.

    - Il y aura toi. Tu me porteras.

    - Et comment feras-tu pour te défendre ?

    - J’utiliserai un blaster. Je garderai mon sabre. Tu as oublié ? Je sais me battre. je sais me défendre.

    - Tu sais ce que je veux dire. Que feras-tu contre un Sith ?

    - J’espère bien que tu seras là. A partir d’aujourd’hui, on ne se quitte plus.

    Lian sourit. Ses yeux sont rougis. Leurs regards s'éclairent d'une tendresse infinie. Ils s’aiment plus que tout et il va la faire souffrir. Il va la couper. Elle connaît les risques pour elle, pour eux. Mais il sait que si quelqu'un dans la galaxie peut le surmonter, c’est elle. En échange, il la soutiendra. Il l’aimera jusqu’au bout de lui-même, par-delà la Force. Alors il l’embrasse. Leurs lèvres se collent l’une à l’autre, mêlant le goût salé de leurs regrets, de leur appréhension et de leur Force.

    - Quand veux-tu que je le fasse ? finit-il par demander.

    - Demain matin. A l’aurore. Je veux passer la nuit avec toi. Je veux nous retrouver. Je veux que la Force soit avec nous. Ensuite, tu me couperas.

    - Où souhaiterais-tu aller ?

    - A l’arche de Luth. J’aimerais voir les poissons bulles, écouter leur chant.

    - C’est une bonne idée. Nous allons partir. Mais avant, je dois te le demander : est-ce que tu accepterais de parler à Maître Dook ?

    - Bien sûr. Fais-là venir.

    Maître Dook’Athis descend de la navette à l'appel de la Force émis par Lian. Elle marche lentement, comme si elle portait un poids.

    - Bonjour maître, s’incline respectueusement Elonn.

    - Ah, mon apprentie !

    Elonn sourit. Elle n’est plus son apprentie depuis longtemps mais ce témoignage d’affection la touche. Il y a tellement de bienveillance en elle. Quelle chance d’avoir été trouvée par elle. La Force l'avait bien inspirée. La Force...

    - J’aimerais que tu me racontes ce qui s’est passé. Mais sois brève où Lian ne me pardonnera pas de te retenir.

    Elonn explique brièvement son enlèvement par Marionetis, son entraînement, ses missions, ses soit disant meurtres alors qu'il se chargeait lui-même des assassinats. En vérité, il ne cherchait qu' grandir sa réputation, l’amener à la table du conseil Sith.

    - Pourquoi t’a-t-il relâché ?

    - Je ne sais pas. Je ne comprends pas maître. Je sais juste qu’il ne voulait pas me souiller. Et en même temps, il était prêt à mon sacrifice. Mais ce projet de bombe n’aurais pas pu marcher. Il devait le savoir. La table du conseil était trop éloignée du trône et l’usage de la Force y était prohibée, surveillée.

    - Il n’a pas passé 3 ans avec toi sans avoir un plan. Tu t’en rends compte, j'imagine ?

    - Oui, Maître. Mais il y a encore quelque chose que je ne vous ai pas dit.

    - Quoi ?

    - Aym Fallas. Il est en vie. Je l’ai vu cloué au dos du trône d’Aetius.

    Dook’Athis écoute. Elle ne laisse pas transparaître ses sentiments.

    - Que sais-tu sur lui ? demande-t-elle en se reprenant.

    - Ce que vous m’avez appris, maître. Qu’il était un Jedi légendaire, un peu fou, qu'il vous avait tout appris.

    - Pas fou. Passionné. Indomptable. Incapable de respecter la hiérarchie. Mais le plus vaillant des utilisateurs de la Force que j'ai jamais rencontré. Et le meilleur professeur. Sans lui, je ne maîtriserai pas la méditation de combat. Il a été si bon avec moi. Comme un père.

    - Je suis désolé, maître.

    - C'est à moi maintenant de te révéler quelque chose. Quand nous nous sommes vus pour la dernière fois, il enquêtait sur un sith. Un sith qui manipulait la Confédération pour réintroduire l'ordre noir. Un sith qui cherchait parallèlement à limiter la puissance des Jedi. Ce sith, m’a-t-il confié le jour de sa disparition, avait un don particulier. Un don qui nous menaçait tous. Je pense qu'il parlait de résurrection.

    - Marionetis ?

    - Exactement.

    - Je ne crois pas maître. Je ne saurais dire pour quelles raisons mais il était troublé de voir Aym Fallas. Il a éprouvé de la compassion, de la pitié, de la tristesse. Non, c'est Aetius qui...

    - J’ai rencontré Aetius, Elonn. Je n’ai pas senti la monstruosité dont tu parles. Nos espions parmi ses serviteurs n’ont rien révélé. Pas plus que les agents de la Confédération qui maîtrisent la Force. En tout cas, rien qui qui sorte de l'ordinaire Sith. Il n'y a rien de tout cela dans leurs rapports. Or certains de leurs espions sont devenus des maîtres.

    - Où voulez-vous en venir ?

    - Au fait que je ne crois pas qu'Aym soit encore en vie. Je l’aurais su, je l’aurais vu. Marionetis l’a tué. Comme je l'ai toujours suspecté. En revanche, je crois qu’il est entré dans ta tête, qu’il t’a fait voir des choses. C'est de cette manière qu'il a pu tromper tant de gens. Il prend le contrôle des morts et des vivants. Il peut contrôler les esprits à sa guise, leur faire croire ce qu'il veut. Mais nous ne lui donneront plus le plaisir de se servir de toi. Nous le vaincrons. Nous l'empêcherons de mener son plan. Car je crois qu'il cherche à mener une véritable résurrection. Pas de simples pantins.

    - Je ne pense pas avoir imaginé quoique ce soit, maître. Tout ça était trop réel.

    - Je sais Elonn. Mais je te le prouverai. En attendant , je suis très inquiète. Il va nous frapper, je le sens. Il sera aidé de ces robots qui prêchent contre notre ordre. Peut-être les ai-je pris trop à la légère. Nous étions 6 voix pour et 6 voix contre au conseil. Je n'ai pas voulu les déclarer ennemi de la Force. Je n’avais pas vu la menace. A présent, il en a fait ses alliés.

    - Je ne sais pas ce que Marionetis trame, maître. Et vous avez peut-être raison. C'est un meurtrier. Il n'a pas ma sympathie. Mais vous n’auriez aucun doute sur la menace si vous aviez vu le vrai visage d'Aetius.

    - N'en parlons plus, Elonn. Je ne te convaincrai pas. Surtout qu'à ce stade, ça n’a pas d’importance. Marionetis ou Aetius, notre priorité va à la paix, à la consolidation de la Confédération. Pour l’instant, la menace vient des droïdes. Ils viennent de détruire Fort K.

    - Ce n'est pas une grande perte, répond-elle machinalement.

    - Toujours aussi spontanée, sourit maître Doo'k. C’est vrai que Lian et toi venez du système Mundu.

    - De la troisième lune de Kléros pour moi. De Fandis pour lui.

    - Le souci Elonn, c’est que nous n’avons trouvé aucun survivant. Tout a été nettoyé. Comme sur Oortha, les droïdes n'ont pas fait de quartier. Notre vaisseau espion a capté les images de leur fuite, je peux te les montrer.

    - Non, je vous crois évidemment.

    - Marionetis les a fait embarquer dans sa navette. Alors je ne sais pas ce qu’il attend de toi. Mais il le fait contre nous, contre la Confédération et contre les Sith. En outre, mon maître n’aurait jamais disparu s'il n'avait pas eu un adversaire à sa mesure. Et le pire, mon enfant, c'est que j’ai recherché Aym. Mais je n’ai pas retrouvé sa trace. Puis il y a quelques mois j’ai commencé à suspecter ce Marionetis d'être le manipulateur dont il parlait. J'ai cherché, enquêté, relié. Et j'ai vu sa main derrière de nombreux d’événements en apparence anodins. C'est pour cela que j'ai commencé à le soupçonner d'être derrière ton changement.

    - Je ne voudrais pas vous contredire, maître. Vous avez beaucoup plus d’expérience que moi et je peux me trompern j'en suis consciente. Encore maintenant, je peux être manipulée. Mais je ne crois pas qu’on puisse faire ressentir et imaginer la sensation que j'ai eu en présence d'Aetius. La Force hurlait maître. Elle hurlait.

    - Prend garde à tes émotions, Elonn. Celui qui t’as manipulé s'est trouvé capable de te faire passer pour une Sith. Tu avais des yeux jaunes, infestés de haine. Il peut te faire ressentir ce qu'il veut.

    - La colère est son vecteur, maître. Je le reconnais. Il est capable de la susciter, de l'exploiter de l'augmenter. Mais pas cette peur viscérale, pas ce dégoût. Malgré tout, vous avez raison sur un point : il joue un double jeu. C'est certain.

    - C’est bien. Tu restes objective. J'ai toujours apprécié ton sang froid. C’est pour cette raison que j’ai besoin de toi. Je veux que tu enquêtes à ton tour. Il est difficile de savoir à qui me fier. Certains Jedi répondent à l’appelle des droïdes. Ils croient leur message, ils se persuadent que nous nous sommes détournés de notre mission. Je sens ce qui se murmure.

    - Mais nous ne l'avons pas fait. Nous sommes de Jedi.

    - Je le sais, Elonn. Malgré tout, il y a des éléments radicaux, des maîtres et des apprentis qui doutent. D’autres pensent trouver une nouvelle puissance auprès d’eux.

    - La quête de puissance est la voie des sith.

    - Tu dis vrai, Elonn. Nous faisons corps avec la Force par l’harmonie, l’assiduité, l’équilibre, l’abnégation, le courage. Mais ces droïdes ont quelque chose d’hors du commun. Et j’ai besoin d’en savoir davantage. Nous avons cherché partout. Nous n’avons rien trouvé. Mais tu as d’autres connexions. Tu es moins classique dans tes raisonnements, dans tes fréquentations. Toi et Lian étiez des hors-la loi. Vous avez toujours eu votre façon d’entrer dans les milieux les plus interlopes. Vous avez le bon langage. De mon côté, les enfants de bonnes familles qui font le gros de mes espions ne peuvent rien dans cette affaire. Nous nous sommes trop intéressés à certaines classes sociales. Nous les voulions capables de nous élever, de nous introduire, de changer la loi. La décision n'a pas eu que des aspects positifs.

    - Je comprends. Pourtant, je ne vois pas comment je pourrai vous aider, maître. Je ne serai plus une Jedi demain matin. Lian me coupera de la Force. Car malgré tout ce que je vous ai dit, je suis consciente du danger, de la noirceur de Marionetis. Je veux échapper à son emprise.Je le dois.

    - Je sais. Je l’ai compris au son de la voix de Lian. Tu es courageuse, Elonn. Si courageuse. Mais tu n’as pas besoin de faire corps avec la Force pour rester une Jedi. Tu le seras toujours. Et tu pourras m’aider. Je ne veux pas ton utilisation de la Force, je veux ton esprit, ton audace.

    - Que voulez-vous que je fasse ?

    - Trouvez-moi le créateur ces robots. Ils ne viennent pas de nul part. Tu auras toutes les accréditations. Met un masque respiratoire. Personne ne doit te reconnaître. Apporte-moi des informations sur ces robots, que je puisse éteindre le feu qui couve dans notre ordre. Ensuite, je persuaderai la Confédération de les bannir.

    - Je le ferai maître.

    - Je sais, mon apprentie. Je n'ai jamais douté de toi. Je ne douterai jamais. Et si ces robots sont liés à Aetius comme tu me l'expliquais alors apporte-moi des preuves. Prouve-moi qu'il représente un danger majeur. Et nous nous occuperons de lui.

    - Je le ferai, maître.


    --- chapitre 9 ---



  • 1er chapitre ici / 2ème / 3ème / 4ème / 5ème / 6ème / 7ème chapitre ci-dessous. Bonne lecture. ;) ps: en référence, le nom du système Mundu vient d'un personnage de DMC. Moins le "s" :D.

  • Ev-A


    5 heures du matin. Une navette se pose à quelques kilomètres de la capitale klerosienne. Deux membres du premier cercle émergent de la cale : T4 et Algo. Ils sont suivis d’une cinquantaine de prétoriens. Tous observent les signaux lumineux qui clignotent comme des lucioles au pied de la colline. Ils y retrouvent des mineurs. Dolem ne s’était pas trompé lorsqu’il avait pris la décision de répandre le message de la Force. Oui, ils gagneraient des alliés. Et ceux-là se manifestaient depuis les discours et la victoire contre Maître Nidas et Darth Zion. On murmurait déjà leurs noms dans mille endroit de galaxie : Huit, Rep, Orol, Algo, T4, Zemla,Vlad-Ozimonor, Sostè, jusqu’à ceux des prétoriens. Comme une traînée de poudre...

    Pour autant, si Dolem avait pris la décision de révéler leurs existences, il n’acceptait pas que ses compagnons puissent être arrêtés, emprisonnés, étudiés, démontés. Au contraire, tout devait être fait pour préserver leur intégrité. Si bien que les droïdes avaient ordre de quitter n'importe quelle planète aux premières tentatives sérieuses d’arrestation puis de passer à la suivante. L’objectif était de dévoiler leur message, de compter sur la viralité d’attendre, d’être recontactés via les holocommunicateurs. Pas de provoquer des incidents. Clairement, ils ne pouvaient plus perdre d’autres membres après l’autodestruction de Femto, de P473 et de la cinquantaine de prétoriens.

    Bien sûr, les risques resteraient inhérents. Prise au sérieux, leur tactique trouverait rapidement une réponse impitoyable. En attendant, le manque d’implication des autorités leur accordait une sorte d'immunité. Peu de gouverneurs à part Artem Mandialis et Iséphine Xept avaient exigé leur arrestation. A ces exceptions près, ils pouvaient donc aller et venir, sans craindre la répression. Pour cette raison, Huit aurait dû fuir vers un système plus accueillant. Or Kléros n’était pas seulement la planète des mineurs d’abssysses, elle abritait également « Fort K » un verrou militaire doublé d'une prison parmi les plus réputées de la galaxie : 1000 soldats d’élite formés au maniement des lances électriques et de fusils sniper laser, 5000 droïdes en veille, 200 pilotes d’intervention rapide, J-Wings dernière génération, des casernes capables d’accueillir les renforts venus de la capitale et surtout des batteries de canons antiaériens suffisamment puissants pour repousser des destroyers stellaires.

    C'est justement parce que Fort K était imprenable - sauf à employer des moyens militaires d’envergure - que deux ailes avaient été aménagées pour accueillir des détenus. En premier lieu, il s'était agit d'enfermer les chefs de syndicats de mineurs, parfois leur famille, afin de calmer les velléités de révolte. Puis, du fait de son inexpugnabilité, la prison avait reçu les pirates les plus endurcis de la bordure extérieure avant d'élargir ses capacités d'accueil à d'autres criminels : tueurs, assassins, chasseurs de prime dégradés... A Fort K, bruissait la galaxie, on savait quand on y entrait, pas quand on en sortait.

    Dolem avait donc une bonne idée de ce qu’il faisait lorsqu’il avait proposé à Huit de se faire capturer. Il avait d'ailleurs obtenu les plans du complexe en dépêchant Rep et Orol auprès du Bha’lir Noir, une mafia introduite dans la plupart des sytèmes. En échange, 7 de leurs membres devraient quitter leur cellule pour rejoindre un transport anonyme. Pas de questions. Pas d’excuses. La réussite ou les représailles. Dolem avait accepté. Il avait besoin d’un coup d’éclat qui résonnerait socialement. Terrasser des sith, battre des jedi, transmettre le message de la Force était une chose. Obtenir la sympathie et l’espoir des habitants de la Galaxie en était une autre. Fort K les leur offrirait. Dans l’imaginaire collectif, le complexe incarnait l’oppression, continuant d'exhaler son parfum éventée d'autoritarisme avec son lot de règles absconses, d’humiliations, de décisions arbitraires, d'ajouts d'années d'enfermement pour des faits aussi futiles que d'avoir refusé une promenade par moins 30 degrés. L'évasion de Huit jouerait un petit air de révolution.

    Les plans obtenus, Dolem les avaient minutieusement analysés. A priori, il n’existait que deux moyens de sortir Huit de sa cellule. Le premier, le plus rapide, ne permettait pas l’évasion des 7 chefs du Bhal’hir. Le second, plus risqué, avait l’avantage de la réussir. Fruit de son approche, cette seconde possibilité lui avait été révélé par les mineurs klérosien. Il faut dire que ces derniers avaient mangé le sous-sol pendant des générations, perçant à travers les minerais. Lentement, patiemment, les mineurs avaient élaboré des nouvelles techniques de forage, creusé des galeries dans ce sous-sol capable d'effriter les tiges les plus dures au premier tour de chauffe. Bien sûr, une telle entreprise avait pris un temps fou mais, désormais, les mineurs étaient capables d'entrer dans le Fort, de délivrer les leurs et pourquoi pas de s'emparer de l'arsenal. D'évidence, Dolem percevait l’utopie d'un tel projet. Que pourraient faire 10 000 ou 20 000 gueules noires contre des troupes entraînées et réactives ? Rien. Il n'en restait pas moins que ces galeries offraient le moyen d’entrer. Lui se chargerait du reste. Il piloterait les deux plans conjointement. D'ailleurs, le premier allait commencé.

    En effet, une navette confédérale s'approche de Fort K. Les barrières de protection s’abaissent automatiquement et le petit vaisseau se pose dans la cours. Ev-A sort en premier suivie d’officiers : des mineurs déguisés. Dolem s’inquiète malgré lui. Il ne voulait pas la choisir, il aurait aimé prendre sa place. Créée par Père d'après le modèle de la femme d’Aetius, elle a reçu une capacité de mimétisme étonnant : corps et visage. Des 3 membres du premier cercle construits pour imiter les humains, les infiltrer, elle reste la plus remarquable. Dolem admire son code, ses formes, sa prestance, son nez si fin, si droit. Il y a une alchimie particulière, une beauté dans ce mystère mathématique où le métal prend des airs organiques. La femme d’Aetius était-elle pleine de cette grâce, elle aussi ? Les machines ont-elles des sentiments ? Qu’est-ce que l’amour ? Il y a quelque chose qui le gène terriblement à l’avoir désigné pour organiser le transfert de Huit : quelque chose qui lui tord les circuits. Il avait d'ailleurs refusé qu’elle porte la parole de la Force, prétextant le problème de l'anthropomorphisme même s'il était certain que des imitations apporteraient la confusion. Les droïdes devaient rester des droïdes pour ne pas provoquer de malaise. Il le pensait. Mais il pensait à Ev-A plus encore. Peut-être parce qu'elle le fascinait. Sans doute également parce qu'elle le renvoyait à lui-même. Si elle et le défunt Femto tenaient leur apparence de la famille d’Aetius, à qui ressemblait-il. Père n’avait rien écrit à ce sujet. Qui était-il dans l'équation ? Que signifiait Dolem ? Cette interrogation avait gonflé son premier rêve. Ev-A avait peuplé le second. De manière si naturelle, il se voyait elle et lui comme une famille. Infortunément, puisque les autres avait refusé qu'il se rende sur Kléros, il s'était résigné à lui confier cette mission.

    Ev-A se présente donc en uniforme devant la porte du Fort, escortés des faux soldats de la Confédération : des mineurs déguisés. Elle glisse son passe. La barre d'acier de 3 mètres de large pour 12 de longs et 5 de hauteur s'ouvre tandis que le virus élaboré par Dolem entre dans le système.

    Étrange. Lui-même aurait dû prendre possession des caméras mais la plupart se révèlent hors service. Ev-A s'avance. A travers ses capteurs, Dolem découvre le sang qui ruisselle sur les murs. Dans la nano-seconde, il lui ordonne de courir au vaisseau. Il est trop tard. Ev-A se fait transpercer par la lance laser qui l’emporte et la cloue au mur. Ses capteurs s’affolent. Dolem dévisage le Sith.qui l'a frappée. C’est un géant, extrêmement élancé, d'une maigreur presque maladive. Il donne l'impression d'être tenu par son habit échancré. Son chapeau rouge en demi cercle qui couvre le haut de sa tête pour s’arrêter au-dessus de sa bouche lui ajoute un air indescriptible. 4 autres lances dépassent de son dos. Il sourit, révèle des dents tranchantes. Dolem désespère. Il aimerait pleurer. Que pourrait-il faire d'autres ?

    Le Grand Examinateur s’approche d'Ev-A. La droïde a accepté son sort, déclenche son autodestruction. Le sith place sa main vers l’avant, concentre la Force, contrôle l’explosion vers l’intérieur tandis que de son autre main, il ferme la porte sur les mineurs qui meurent écrasés.

    Dolem est sous le choc. La construction de son armée s'arrête. Lentement, elle reprend. A-t-il le choix ? Il circonscrit ses circuits émotionnels. Il ne peut pas supporter ce qui vient de se passer, efface Ev-A de sa mémoire, prévient Algo et T4 qui patientent dans le sous-sol, sous la buanderie de l'aile sud. Faut-il entrer ? Faut-il fuir ? Que deviendra Huit ? Est-il possible de tout perdre ? Non, si les Siths étaient au courant de l’existence des tunnels, ils les auraient effondré. Ils ne savent pas. Alors Dolem prend la décision. Algo et T4 percent aussitôt le sol, entrent dans la buanderie suivis de 50 prétoriens. Il s'emploie à les guider jusqu’à la cellule 455 située dans le bloc B, au bout de l'aile sud. L’absence de caméra le rend aveugle aux mouvements des gardes mais les plans restent les plans. De toute façon, comprend-il en observant à travers les capteurs, il n'y aura aucune résistance. Partout, les murs ruissellent. Hommes et Femmes ont été massacrés.

    Soudain, T4 aperçoit le Grand Examinateur. Trois prétoriens sont embrochés par une de ses lances. Il est arrivé depuis le couloir. Il leur fait face.

    Comment ? s'étonne Dolem. Comment a-t-il pu les trouver ? Connaissait-il l'accès par la buanderie ? Et l'itinéraire qu'il choisirait parmi les 20 possibles pour retrouver Huit ? Sont-ils plusieurs ? Non, la reconnaissance faciale ne ment pas. Ce bas du visage, c’est le même.

    - Fuyez ! ordonne-t-il.

    Mais T4 sort ses deux sabres et fonce avec une dizaine de prétoriens. Le Grand Examinateur sort une autre lance, allume la lame. Les prétoriens chargent. Soudain, Dolem s'effare.. Le Sith a découpé les robots. Il a anticipé chaque coup, frappé pile dans la zone faible. 10 mouvements, 10 prétoriens découpés puis envoyé au fond d’un geste de la main pour éviter le contre-coup de l'explosion tandis que sa dernière lance transperçait le crane de T4. Dolem réfléchit, détermine un autre itinéraire jusqu’à la cellule de Huit. Les droïdes courent. Dolem ferme porte sur porte en utilisant son programme pour ralentir le sith. Ses compagnons s’échappent, atteignent enfin le bloc B. Ils traversent les cellules. Les prisonniers sont morts. L'air est légèrement opaque. Quelqu’un a utilisé un gaz sophorique à un niveau léthal. Le mécanisme de défense censé endormir les détenus en cas d’urgence a été poussé au-delà des limites. Mais pourquoi tuer les prisonniers ? Dolem tente d’échafauder des hypothèses tandis que ses compagnons continuent à travers le bâtiment, empruntent des escaliers, montent, descendent, courent. Finalement, ils atteignent la cellule de Huit. Il ne reste que son tronc et sa tête. Le resté a été démembré pour l'empêcher de fuir, de se servir de la Force.

    - Enfin, prononce simplement Huit. Ça fait des heures que je n’ai vu aucun garde, que je n'entends plus aucun bruit. Est-ce que quelqu'un peut me dire ce qui se passe ?

    - Tout le monde est mort, répond Algo en sortant son sabre pour trancher les barreaux.

    - Qui a fait ça ?

    - Les sith !

    Huit est extirpé de sa cellule. Les droïdes s’apprêtent à repartir lorsque le Grand Examinateur leur coupe leur retraite. C’est comme si il avait anticipé leur timing. Exactement comme toute à l'heure lorsqu' il donnait l'impression d'avoir lu les gestes, les attaques, les déplacements. Dolem a une sensation désagréable : ils vont tous mourir, là, dans cette prison. A moins que… Non, ce n’est pas possible… Et pourtant, c’est la seule explication. Oui, puisqu'il ne peut plus y avoir de fuite, il y aura un combat. T4 avait dû le sentir. Dolem sait ce qu’il doit faire. Mais il a besoin de temps. Il leur propose un itinéraire pour s’enfoncer dans vers le Bloc C, lui laisser le temps de se télécharger en partie.

    - Mêmes si tu l’emportais, tu perdrais tout.

    Dolem vient de recevoir ce message par l’holocommunicateur. Parmi des milliers de réclamations, de réflexions, de prières, celui-ci l’a interpellé. La Force l’imprègne étrangement.

    - Qui es-tu ?

    - Est-ce que ça a de l'importance ?

    - Evidemment.

    - Je suis celui qui vous a laissé fuir d'Oortha.

    - Marionetis.

    - Et tu es ?

    - Dolem.

    - Bien. Tu es le planificateur. Dans ce cas, tu as compris le pouvoir du Grand Examinateur.

    - Oui, j'ai compris. Mais je peux le battre. Toute est question de prédictibilité.

    - J'en doute. Même si tu calculais toutes les probabilités de coups, d’attaque, de défense et que tu dépassais ses capacités de prédictions, tu perdrai quand même

    - Je perdrai en le battant ?

    - A cet instant, tous les moyens d'écoute des sith et de la Confédération sont employés pour te trouver. Depuis son trône, Aetius sonde la Force dans des proportions que tu n'imagines pas. Si tu te sers de ta puissance de calcul et que tu te connectes profondément à des compagnons pour affronter son pion, il te trouvera. Et sa flotte sera devant ta porte en moins de temps qu'il ne faut pour dire "bip". Crois-moi, il n’y a pas de victoire possible.

    Dolem hésite. Marionetis a sans doute raison. Aetius doit le chercher en ce moment. Mais dans toute guerre, il y a des risques.

    - Vous êtes trop pressés, lâche Marionetis. Aetius l’a compris. Exactement comme il a compris que vous aviez chacun votre rôle. Il te cherche, toi le planificateur. Il y en a toujours un. Et si je ne me trompe pas, tu dois avoir une petite cicatrice au-dessous de l’oeil droit.

    - Comme le sais-tu ?

    - Ton créateur connaissait bien son ennemi. Sa femme Alba, son fils Peel, tu boucles la boucle ?

    - C'est à dire ? De qui suis-je le portrait ?

    - D'Aetius.

    - Tu mens. Je connais son visage, je ne lui ressemble pas.

    - Tu ressembles au véritable Aetius. Ce n'est qu'un nom d'emprunt. Mais tout cela n’a pas d’importance. Tu ne peux pas fuir la prison. Le Grand Examinateur s’est placé entre toi et la sortie. Il y a la porte d’entrée mais elle a été conçue pour empêcher des utilisateurs de la Force de pénétrer dans la base. Vous n'y arriverez pas.

    - Et les navettes ?

    - Détruites. Il est arrivé dans la nuit. Il a tout nettoyé.

    - Seul ?

    - Bien sûr. Que craint-il ?

    - Dans ce cas, il n'y a pas de solution. Soit je tente de le battre au risque de tout perdre, soit je perds mes camarades ici et, ultimement, j'ai perdu.

    - C’est le dilemme dans lequel Aetius place ses ennemis. C'est le risque quand on le sous-estime.

    - Sous-estime ? Parce que je n’ai pas envisagé qu’un Sith pourrait voir le futur ?

    - Parce que tu t’es révélé trop tôt, répond Marionetis qui sait parfaitement que seuls ses dessins ont déclenché un tel degré de férocité dans la riposte. Mais ton raisonnement n’était pas faux. Tu as besoin d’alliés. Me voilà.

    - Un allié ? Et que peux-tu faire contre le Grand Examinateur ? Qui peut battre quelqu'un qui voit l'avenir ? Comment nous sauveras-tu ? N'a-t-il pas déjà vu le tien ?

    - Si. D'ailleurs, il m'aurait exécuté si j'avais représenté une menace pour l'empereur. C’est son rôle. Pour autant, observer l’avenir demande une concentration extraordinaire. C’est une faculté que peu de Sith ont pu acquérir. Les Jedi ont plus facilement accès à la prescience mais leur vision sont diffuses. Elle manque de précision. Le côté obscur est plus rapide, plus focalisé. Dans le cas qui nous intéresse, le talent du Grand Examinateur arrive à conjuguer les deux.

    - Seulement, personne ne peut voir le futur entièrement.

    - En effet. Un utilisateur de la Force ne verra que des moments plus ou moins longs, plus ou moins précis, plus ou moins datés, plus ou moins situés. Mais le Grand Examinateur, lui, choisit ces moments. En général, il va directement à la mort. La sienne comme celle de celui qui se tient en face de lui. De cette manière, il prévoit les coups, il devine à quel moment frapper.

    - Si ce que tu dis est vrai alors il nous a déjà vaincu ici, quoi que nous fassions

    - Connaître l'avenir ne rend pas invincible. Le libre arbitre n'est pas un vain mot. Le Grand Examinateur ne voit pas tout. Plus l'avenir est lointain, moins la certitude est grande. En revanche, plus le futur est proche et plus sa vision est efficace. C'est pour cela que tu ne peux pas l'emporter. Je ne dis pas non plus que c'est impossible. Comme de futurs peut-il voir ? Combien de combats peux-tu calculer ? Mais je ne parierai pas sur toi, c'est évident.

    - Ce qui est évident, c'est que tu ne menaces pas Aetius. Sinon, tu serais mort. Dans ce cas, pourquoi devrais-je t'écouter ?

    - Pour être honnête Grand Examinateur a vu la fin que je me suis predestiné. Je mourrai de la main d'un Jedi. Mais tu as raison, en l’état, je ne pourrai pas tuer Aetius. En revanche, vous le pourriez. Vous avez été créé pour. J’ai vu sa colère. Il vous redoute. Mais votre empressement lui a offert un espace. Il vous a piégé.

    - Je ne sais pas quoi dire. Son empire grandit, sa puissance est incomparable et son premier serviteur est invincible. Nous ne sommes plus que huit du premier cercle. J'ai perdu Femto, P473, T4 et... Et...

    - Un seul d'entre vous suffirait à l'emporter.

    - Un seul ? Mais nous ne serons plus que 6 dans quelques minutes. Tu ne te rends pas compte..

    - Bien sûr que je m'en rends compte. C'est pour cette raison que je viens de me poser sur le toit de la prison.

    - Tu es là ?

    - Oui.

    - Pour nous sortir d'ici ?

    - Oui.

    - Mais là aussi, il l'a forcément vu. Comment pourrais-tu nous sauver ?

    - Son pouvoir n’est pas infaillible. Sinon il vous aurait arrêté sur Oortha. Il a sans doute lu l’avenir de tous les Siths mais avec la difficulté, parfois l'impossibilité de comprendre ce qu'il voyait. Mieux, dans son équation, j'ajoute beaucoup de confusion. D'ailleurs, à ce jour, le Grand Examinateur n'a tué que 3 siths, sais-tu pourquoi ?

    - Parce que chaque mort prématurée bouleverse le reste de ce qu'il peut lire ?

    - Exactement. Certains futurs n'ont déjà plus cours. Il faudrait qu'il nous passe en revue plusieurs fois. Or c'est impossible. Son travail consiste d'abord à voir la mort d'un Sith , à évaluer sa dangerosité dans un rapport remis à Aetius. Le reste concerne le contre-espionnage. Il chercher les agents de la Confédération qui tentent de faire enrôler leurs hommes. Idem pour les Jedi qui tentent de noyauter les serviteurs. Le Grand Examinateur les identifient, ensuite Aetius les place là où ils le serviront. Ce n'est pas n'importe qui. Il compte. C'est parce qu'Aetius reconnaît votre valeur qu'il l'a envoyé.

    - Je comprends les limites de son pouvoir, Marionetis. Mais je ne comprends toujours pas comment tu pourrais nous aider.

    - Tous les pouvoirs ont une faille. Vous êtes celle d’Aetius, je suis celle du Grand Examinateur.

    - Que veux-tu dire par là ?

    - Que les morts n’ont pas d'avenir, Dolem.

    Marionetis a prononcé ses mots alors que le Grand Examinateur a refait son apparition, défonçant un mur de séparation. Il ne se tient plus qu'à quelques mètres de Huit, d'Algo et des prétoriens. Il sort sa lance.

    Marionetis tend ses bras comme s'il dressait ses fils. Il prend possession de tous les corps du complexe. Les gardent sortent de leurs dortoirs, prennent les lances électriques. Des dizaines d'entre eux déboulent par les couloirs. Ils se ruent vers lui. Le Grand Examinateur voit la masse de cadavres qu'il avait laissé derrière lui. Il ne comprend pas. Il ne voit rien de leur futur ni du sien. Malgré tout, il accepte le combat. Il projette deux lances, en garde une dans chaque main, embroche et découpe. Il se bat avec violence et efficacité même s'il ne peut empêcher les lances électriques de le frapper par intermittence. Dolem observe ses gestes à travers les capteurs d’Algo. Il se sent minuscule. Il existe 3 monstres d'une puissance inégalée. Deux d'entre se battent devant lui. Mais ces deux mêmes ne pourraient rien contre Aetius.

    Le Grand Examinateur se bat sans s'économiser. Il est assailli par le nombre, ces cadavres qui arrivent par vague. Il tranche et tranche encore et encore. Il repousse avec la Force, abat son poing, saisit les corps par le cou, les cheveux, la nuque, projette. Mais il ne peut tout parer et des frappes parviennent à le ralentir. Soudain, son chapeau s’envol, laisse apercevoir un visage horriblement balafré aux yeux crevés. Sous la violence, il ploie une première fois. Il se redresse. Les lances frappent encore. Il s'écroule. La pluie de coups tombe. Ce n'est plus une tempête mais mille orage qui crépitent. Lorsque les marionnettes s’arrêtent, il ne reste plus qu’un tas de chair.

    Les gardes et les prisonniers tombent inertes. Les droïdes ne disent rien. Ils regardent le champ de bataille. Lorsque... Non, d'un coup, leur niveau d'alerte repart. "Impossible !" Le Grand Examinateur se relève. Algo charge avec l’énergie du désespoir pour l’empêcher de... Mais le géant s’écroule à nouveau.

    - Pardon, s'amuse Marionetis. Je voulais savoir si je pouvais utiliser son pouvoir.

    A cet instant, deux de ses pantins apparaissent avec les jambes et les bras de Huit. Ils les confient aux droïdes avant de tomber inhertes à leur tour.

    - Maintenant, intime-t-il à Dolem, rejoignez-moi sur le toit.

    Les droïdes retrouvent Marionetis, s’engouffrent dans sa navette qui décolle. Quelques instants plus tard, le complexe explose. Fort K est anéanti.

    Dolem et Algo pensent aux mineurs.

    - Je ne pouvais pas les laisser envie, justifie Marionetis alors que ses pantins ont placé les explosifs aux points faibles du complexe. Personne ne doit savoir que vous avez survécu. Si une enquête venait à prouver l’absence de Huit parmi les victimes, les soupçons se retourneraient contre vous. Vous allez déjà devoir persuader les mineurs et le Bah’lil noir que les Siths sont responsables. Ils vous croiront peut-être. Il faudra envoyer un robot qu’ils ne connaissent pas, cacher Huit et l’autre arrivé par les tunnels. Ce sera difficile. Aetius fera courir la rumeur. Il vous accusera. Et les mafias s'y joindront. Il leur sera de toute façon plus facile pour celles qui ne sont pas contrôlées par lui, de se tourner contre vous que contre les Sith. N'en doutez pas, Aetius l'a emporté aujourd'hui.

    - Tu peux donc tuer des innocents sans que ça ne te fasse rien, le dévisage Huit en pleine possession de ses moyens

    - J’ai de la compassion pour les morts, les familles. Mais il n'y a pas d'innocents. Pas tant qu'Aetius sera parmi nous. Combien de vies ai-je sauvé en intervenant aujourd’hui ? Combien de vies ai-je pris ? A quoi bon tenir des comptes ? Ca ne ramènera personne. Ca n'en épargnera pas moins.

    - Pourquoi nous avoir aidé ? demande Dolem. Que veux-tu ?.

    - Tout dépend. Avez-vous une flotte ? Une armée ?

    - Oui. Les deux.

    - Dans ce cas, je les veux. Je veux briser Aetius maintenant.

    - Tu penses vraiment que nous allons nous mettre à ton service ? demande Algo. Après ce que nous t'avons vu faire ?

    - J'ai sauvé vos vies. J'ai préservé votre but. Vous m'êtes redevables. Je vous demande de me laisser m'en servir une fois. Une seule fois et je couperai Aetius d'un pouvoir immense. Une seule fois et nous rééquilibrerons les chances.

    Dolem réfléchit. Les autres droïdes sont silencieux.

    - Nous te laisserons nos troupes si tu réponds à une dernière interrogation. Comment pourrions-nous vaincre Aetius si le Grand Examinateur a prédit son avenir ?

    - Ne t'en fais pas pour ça. Si l'Histoire du côté obscur nous apprend quelque chose, c'est que celui qui redoute sa fin la provoque. Aetius le sait. Il connaît les forces et les faiblesses des Sith. Il n'a jamais demandé à connaître son Destin. De toute façon, il ne fait pas confiance à ce pouvoir. Le Grand Examinateur n'était qu'un pion. Sans doute son meilleur. Mais ses visions avaient des limites. Il ne vous avait pas vu. Il n'avait pas pu prédire votre arrivée. Si je devais parier, je dirai qu'Aetius trouve même son compte dans sa mort.

    - Pourtant, il a pu prédire nos combats dans cette prison.

    - C'est vrai. Sais-tu pourquoi ?

    - Non.

    - Moi non plus. Mais si ce que je suppose de votre naissance est exact, alors j'aurais peut-être une réponse.

    --- chapitre 8 ---


  • 1er chapitre ici / 2ème / 3ème / 4ème / 5ème / 6ème chapitre ci-dessous. Bonne lecture. ;)
    Dans le genre petit détail, j'ai trouvé le nom d'un personnage en transformation celui du basketteur Markannen.

  • Artem Mandialis


    - Gouverneur Mandialis ?

    - Mark, répond Artem Mandialis à son chef de la sécurité alors que celui-ci vient d'entrer dans son bureau. Qu'y a-t-il de si urgent ?

    - Nous avons un problème.

    - Encore les mineurs ? s'agace Artem. Après tout ce que j'ai obtenu ? Dis-leur que s'ils reconduisent leur grève, ça ne sera plus le même refrain.

    - Non, ce n’est pas ça.

    - Dans ce cas, qu'y a-t-il ?

    - Nous avons deux utilisateurs de la force qui s'amusent à faire des démonstrations sur la place du quartier de Coror.

    - Des Jedi ou des Sith ?

    - On ne sait pas.

    - Est-ce qu’ils avaient l’air enflammés, colériques ? Étaient-ils habillés en noir ?

    - C’est plus compliqué.

    - Peu importe, arrête-les. L’usage de la Force reste interdite en public. Fais venir les ambassadeurs Sith et Jedi. J’aimerais qu’on le leur rappelle. Nous ne sommes pas sur Omegan. Ni sur Van.

    - Le souci, c’est que nous avons essayé maus la foule ne nous a pas laissé intervenir. Elle a fait reculer nos agents. Comme la période est sensible, j'ai préféré temporisé, connaître vos ordres.

    - Attend la fin de leur spectacle, interviens quand la foule sera partie.

    - C’est que j'ai fait Gouverneur. Cela fait deux jours qu’ils tiennent la place.

    - Deux jours ? Et tu ne me préviens que maintenant ?

    - Je pensais qu’ils en auraient assez. Mais les mineurs ont pris fait et cause pour ces choses. Et l'intérêt ne faiblit pas.

    - Pourquoi ces choses ?

    - Parce que je ne sais pas vraiment comment les qualifier, Gouverneur. Ce sont des droïdes. Des droïdes qui utilisent la force.

    - Mais qu’est-ce que tu racontes ?

    - Ca rend la situation plus délicate. Les mineurs disent que la loi ne s'applique pas puisqu'ils ne sont ni Sith ni Jedi.

    - Dans ce cas, je vais le leur expliquer. Va chercher les ambassadeurs des deux ordres. Nous calmerons la foule ensemble.

    Mark Tannen quitte le bureau du gouverneur Mandialis. Ce dernier reste pensif. Il n'aime pas les événements inattendus. Il a beau être le représentant de Confédération dans le système Mundu, avoir établi son gouvernorat sur la planète Kléros, il en est également issu. Et si chaque planète se gère de manière autonome, les barrières douanières, les quotas commerciaux et les affaires galactiques sont du ressort de la Confédération donc du gouverneur. Ce poste a l'originalité de tenir son mandat des deux parties, à la fois des planètes d'un système qui s'accordent pour envoyer un de leurs citoyens mais aussi de la Confédération qui valide le choix et fait de chaque Gouverneur un membre de son bureau exécutif. Ensuite ce bureau nomme le chancelier, lui-même validé à la majorité par le Parlement. C’est le moyen imaginé par les fondateurs de la Nouvelle Confédération Galactique pour éviter les désordres stellaires, unifier les comportements planétaires. De sorte que le gouverneur n'est pas que le représentant des intérêts de son système mais encore le garant du rôle de la Confédération.

    Artem Mandialis a un mauvais pressentiment. Il se tient sur le balcon de son bureau. Sa navette personnelle se pose. Il y monte, découvre avec satisfaction la présence de Maître Nidas et de Darth Zion, les représentants Jedi et Sith. A leur côté, Mark Tannen et deux officiers commandants.

    - Messieurs les ambassadeurs, salue le gouverneur en s'installant.

    - Gouverneur.

    - Est-ce qu'on vous a mis au courant ?

    - Nous le sommes, répond maître Nidas. Mais nous l'étions déjà.

    - Dans ce cas, pouvez-vous m'éclairer ?

    - Il y a quelques semaines, notre académie de Tatouine a reçu la visite de droïdes. Ils nous ont expliqué que nous faisions erreur dans la compréhension de la Force, que nous étions un facteur de déséquilibre en tentant de nous l'accaparer, d'en faire une rente au nom de notre ordre.

    - Nous avons eu la même visite, ajoute Darth Zion. Moins courtoise malheureusement puisqu’ils ont tué plusieurs des notres.

    - Des Sith ont été tués ?

    - Des jedi également, ajoute maître Nidas. Nous n’avons pas de preuves que ce sont eux mais nous avons des certitudes. D'autant qu'ils nous ont menacé de mort sur Tatouine.

    - Dans ce cas, pourquoi ne pas avoir porté l'affaire devant le Tribunal ? Les Sith doivent bien avoir des preuves, non ?

    - Aucune malheureusement, répond Darth Zion. Juste des témoignages indirects. Ces droïdes nous ont frappé par surprise en s’arrangeant pour ne laisser aucun trace. Depuis, nous avons rapporté d’autres incidents dans la galaxie.

    - D'autres morts ?

    - Non, Gouverneur. Des prêches. Ces robots vont par équipe de 2 ou 4. Ils vont de planète en planète pour « éduquer à la Force ». Ils ne restent jamais longtemps.

    - J’aurais cru que pour des assassins ayant ciblé vos ordres, ils auraient commis d'autres attaques.

    - C’est plus grave que vous ne pensez, Gouverneur. D’abord parce que ces droïdes ont massacré les nôtres. Ensuite parce qu’ils violent systématiquement le code de la Force.

    - Je partage l'avis de Darth Zion, appuie Maître Nidas. Plus largement, nous sommes troublés par leur nature. Des droïdes ne devraient pas pouvoir utiliser la Force. Ils nous paraissent dangereux. Incontrôlables. Et contre-nature.

    - A quel danger faîtes-vous allusion ?

    - Nous voyons des révolutionnaires, Gouverneur. De ceux qui allument l'incendie.

    - Des révolutionnaires ? Alors que la Galaxie n'a jamais été aussi prospère ? Que la pauvreté recule ?

    - Je ne crois pas que cette réalité entre en considération. Ce ne serait pas la première fois que des citoyens épouseraient des théories et des guides en contradiction avec leurs intérêts. En un mois, nous avons recensé 250 incidents. Tous ont laissé des traces. Des parents ont retiré leurs enfants de nos académies, des apprentis sont allés à leur rencontre avec l'objectif de partager des connaissances.

    - Je vois, réfléchit le gouverneur. Le problème est sérieux. Je vais d'abord constater si ce sont des lunatiques ou de dangereux révolutionnaires. Ensuite, j'aviserai.

    - Ils ont tué, Gouverneur.

    - J'ai pour habitude de faire confiance à mon jugement, ambassadeur Nidas. Je veux connaître la menace. Pour le reste, les lois de la Confédération s'appliquent. J'ai déjà signé l'ordre d'arrestation. Reste que je trouve étrange que vous ne soumettiez aucune preuve de leurs méfaits.

    La navette se pose dans une ruelle, non de la place du quartier de Coror. Le gouverneur revêt un manteau à capuche . Lui, les ambassadeurs et son chef de la sécurité s’avancent jusqu’à la place. Ils fendent la foule discrètement. Artem Mandialis comprend qu'il s'agit pour majorité des familles des ouvriers et, pour minorité, d'ouvriers eux-mêmes, des gueules noirs ayant terminé leur tour dans les mines d'abssysses ou encore ceux qui n’ont pas pu s'y rendre suite à l'inondation des tunnels 7 et 9. Il observe les visages souriants, apaisés et intéressés des spectateurs. Il lève les yeux vers l’estrade pour voir ce qui les contente tant. Il découvre le droïde.

    - Voyez, moi par exemple, j’ai choisi mon nom. Je m’appelle Huit. J’aime ce chiffre, j’aime sa forme. De manière amusante, il se trouve que je suis le huitième de ma lignée. Ce n'est pas un hasard. La Force est une source d’inspiration. Tous les êtres vivants y sont liés. Elle n’est pas l’apanage d’une élite, elle est la matière même qui entre et sort par nos souffles. Je sais que certains resteront dubitatifs mais elle offre le mystère de la créativité, elle ne cesse d'être l’appuie dans le drame, le réconfort dans la peine, le bonheur dans la joie. Alors je vous le dis mes amis, la Force est avec vous et vous avec elle. Elle n’est ni l’ascétisme ni la colère. Elle est l’harmonie, le rire, la vie.

    D'un geste, le droïde prend un pot, montre son contenu à l'assistance. Il y a de la terre à l’intérieur. Il place ses mains, se concentre et une petite plante se met à grimper lentement, doucement.

    - Vous voyez ce qu’est la Force. Elle permet à une machine telle que moi de soutenir la vie, de l'aider à croître, à s'épanouir. Nous sommes là pour cette raison, pour nous épanouir les uns les autres. Nous vous apprendrons à la maîtriser. Peu importe le degré, peu importe la capacité, si vous avez besoin d’elle, si vous avez envie d’elle, elle vous écoutera, elle vous supportera. Je sais vos conditions de vie et de travail difficiles mais elles le sont plus encore parce que la Force ne vous touche pas. On vous a coupé de son plus grand mystère. Vous n'en avez simplement pas conscience. Et nous autres Forcïdes dans tout ça ? Nous, nous venons réparer cette erreur. Vous êtes orphelins. Nous l'étions aussi. Je viens faire votre rencontre. Ensemble nous ferons la sienne.

    - Les Jedi ne nous ont jamais appris la Force, crie un homme dans la foule. Ils la gardent pour eux. Ils ne nous jugent pas assez bons. Et les Sith, bah, ils peuvent la garder. Je ne veux pas chopper leurs yeux rouge.

    La foule rit aux éclats.

    - Il n’y a pas de niveau exigé dans la Force, répond Huit avec douceur. Peu importe le degré d’utilisation, elle vous parlera.

    - Et si nous tombons du côté obscur ? reprend plus sérieusement un spectateur. Et si nous devenons des Siths ?

    - Voulez-vous devenir un Sith ?

    - Non, absolument pas.

    - Alors vous ne le deviendrez pas. Ne vous y trompez pas. La Force ne nous dicte pas notre volonté, elle est une oreille, une parole, une caresse. Mais elle ne nous soumet pas. Elle ne nous promet rien d'autre que ce que nous nous promettons nous-mêmes. Il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises utilisations de la Force, juste de mauvais utilisateurs. Comme il y a des gens tournés vers eux-mêmes et d’autres tournés vers les autres. Son message est contenu dans sa nature. Et sa nature est l'harmonie. Vous pouvez ne pas respecter ce message, vous pouvez choisir de devenir un sith, un jedi ou ne pas choisir mais vous devriez tous pouvoir l'entendre. Elle est celle par qui nous allons, celle vers qui nous reviendrons. Car nous finirons tous par revenir à la Force, mes amis. Mieux vaut le faire dans cette vie.

    Maître Nidas écoute patiemment. Mais il décide d'enlever sa capuche, de prendre la parole :

    - Vous trompez ces gens. Vous les persuadez de leur capacité à utiliser la Force mais la plupart ne le pourront jamais. La Force demande des dons particuliers. Des dons que vous avez et qu’ils n’ont pas. Vous leur offrez de faux espoirs.

    - Vous êtes un maître Jedi, n’est-ce pas ?

    - Maître Tor Nidas, ambassadeur de mon ordre dans ce système.

    - Je vois. J’aimerais savoir quelles sont ces capacités dont vous parlez.

    - Celle de mouvoir les objets ou encore d'accélérer la croissance de plantes. Bref, tous ces tours que vous faîtes pour les appâter.

    - Vous vous méprenez, maître. Je n’ai pas fait croître cette plante en expliquant qu’ils pourraient le faire. Certains le pourront, d’autres non. Ce n’est pas une question de capacité mais de croyance. La Foi, c’est ce que la Force nous demande. Vous semblez l’avoir perdu, sans quoi vous ne tiendriez pas ce genre de discours. Avoir foi dans la Force, c'est déjà guérir des maux de notre Galaxie.

    - La foi en la Force n’offre pas sa maîtrise. Il faut une pratique, un talent, une volonté, une humilité.

    - La Force a bien des façons de se manifester. Que faîtes-vous quand vous recherchez la paix intérieure ? Vous faîtes bien appel à la Force ?

    - Oui.

    - Pensez vous qu'il faille un don pour la trouver ? Du talent pour vivre en paix ?

    - Il faut un don oui. Sans quoi, tout le monde en serait capable.

    - Mais tout le monde en est capable. C'est comme respirer. Seul le degré de maîtrise varie. La Force est le cadeau fait à ceux qui n’ont rien, à ceux à qui vous n’avez jamais tendu la main. Elle n'est pas réservée aux vertueux, aux gens bien éduqués. Elle appartient à tous.

    - Ne me parlez pas de cadeau. Nous sommes des chevaliers Jedi. Nous avons passés des millénaires à garantir la paix dans la Galaxie, à chercher son équilibre. Nous avons sacrifiés beaucoup. La Force reste une pratique, un devoir, un respect. Il faut de la sagesse pour s'en servir à bon escient. Et la sagesse s'apprend.

    - Je ne crois pas. Le bon sens est la chose la mieux partagée dans l'univers. Du reste, vous et les Sith n'avaient apporté que vos guerres et vos divisions. Vous vous êtes appropriés la Force, vous l'avez coupé en deux, vous l'avez isolée du reste de la Galaxie alors que vous aviez été choisis pour porter son message. Pourquoi ne pas réfléchir à votre pratique ? Nous vous offrons une chance de renouer avec elle, de la transmettre au plus grand nombre. Pourquoi croyez-vous que nous autres droïdes sommes capable de la maîtriser ? Que croyez-vous qu'elle nous dise ? La vérité Jedi, c'est que la Force est aussi notre mère. Nous lui devons ce que nous sommes, nous Forcïdes. Comme nous connaissons intimement le besoin qu'on les êtres vivants de se connecter à elle. Alors oui, nous ne souhaitons pas être des chevaliers. Rien ne nous révulse plus que vos organisations. Nous ne souhaitons pas plus devenir un nouvel ordre moral qu'imposer notre vision à la Galaxie. L'Harmonie s'en chargera.

    - La Force n’est pas garante de l’harmonie. Et même si vous parveniez à éduquer chaque habitant à la Force, tout ce que vous ferez se retournera contre vous. Vous voulez convertir la Galaxie ? Vous aurez mille empire Sith qui s’entre-dévoreront. Simplement parce que le côté obscur est plus facile, plus rapide, que la plupart de ceux que vous formerez choisiront le raccourci. Nous ne sommes pas parfaits, nous autres Jedi, mais nous connaissons la nature des êtres vivants, à commencer par leur ambivalence. La Force est notre guide mais elle exige un prix. En échange de la vertu, elle apporte ses bienfaits. Sans principes, il ne reste que la colère, la peur. Voilà donc ce que je vous réponds : en échange de ce bon sens qui ne rime à rien, vous perdrez ceux qui s'abandonneront à l'espoir et connaîtront la déception.

    Le Sith enlève sa capuche à son tour. Il ne dit rien. Il n'est pas convaincu par Maître Nidas. En temps normal, il aurait applaudi mais un droïde ne devrait pas pouvoir utiliser la Force. Ce changement est majeur. C'est pourquoi ce robot donne envie de croire en lui. C'est pourquoi lui-même ne croit pas à l'idée que leur pratique pourrait venir grossir le rang des Sith. Ces Forcïdes, comme ils s'appellent, pourraient mettre fin aux deux ordres, créer une synthèse, un premier, un unique qui les rendrait inutiles. Nidas ne le réalise pas. Le Seigneur Aetius doit savoir.

    - Sith et Jedi mains dans la main, plaisante Huit en découvrant le Sith. Vous voyez, nous rétablissons déjà l’harmonie.

    - Il n’y a pas besoin de premier ordre, répond simplement Darth Zion. La Galaxie prospère, nous bénéficions de la paix, de la tranquilité. Vous n'avez pas d'utilité.

    - La tranquillité se paie du prix de ceux que vous exploitez, de l'horreur de ce matérialisme qui vous coupe de nos racines, de vos êtres. Cela fait des millénaires que vous avez abandonné la Force pour l'aliéner. L'exploitation, c'est tout ce dont vous êtes capables. Voilà pourquoi vous avez failli et vous faillirez encore. C'est aussi contre cela que nous nous dressons.

    - Arrêtez-le, murmure le gouverneur aux deux ambassadeurs. Je dois connaître l'étendu de ses pouvoirs. Je veux le plus d'informations possibles avant d'aller trouver le chancelier Gregori.

    Maître Nidas hésite, le Sith n'a pas cette pudeur. Il sort son sabre laser. La foule s’écarte, laisse le passage vers l’estrade.

    - Voyez, raille Darth Zion. Voilà tout le soutien de vos ouailles qui tremblent alors qu'ils ont le nombre pour eux. Et ce sont ces gens que vous tentez de convertir ? Pathétique.

    - Là encore vous vous trompez, s'amuse Huit. Ces gens valent mieux en s'écartant que vous en m'attaquant,

    Darth Zion s'élance. Maîre Nidas aimerait le suivre. Il prend la menace très au sérieux. Il sait que ce droïde devrait être battu, ne serait-ce que pour casser son charisme, ramener la population a la raison. A l'inverse, sa défaite comme celle de Zion accroîtrait la popularité du Forcide. Elle se répandrait dans la galaxie, propagée par les mineurs. Aussi même s'il sent la puissance de Huit, Nidas ne peut se joindre à Zion, il attendra son tour. Le battre à deux en ferait une victime, perdre en ferait un héros. Les deux solutions sont lourdes de conséquences. Et pourtant, il sait qu'il devrait intervenir. A deux, ils auraient une chance. Ce droïde n'est pas n'importe qui. Il le sent.

    Zion a rejoint l'estrade. Il lance ses éclairs de la main gauche. Huit les absorbe en tendant simplement sa paume. Le Sith engage avec son sabre. Le droïde pare, éteint sa lame après le premier contact, la rallume derrière celle de son ennemi puis la rabat à la verticale pour trancher le manche. Désarmé, Zion se fait projeter contre une colonne qui borde l'estrade. Il est vaincu.

    Maître Nidas s’avance. Sa lame a jailli. Huit est à distance. Il concentre la Force sur son poing puis l’abat sèchement en direction du Jedi qui se prend le choc dans la poitrine et vole 3 mètres en arrière. Le coup l’a assommé. Huit rit de manière presque ingénue. Voilà deux mois qu’il s’entraîne, se prépare pour affronter Darth Virgo. Il sent ses progrès. Il sait qu’il devra mettre de la distance, que son maniement du sabre ne lui garantira pas la victoire, qu'il devra la déstabiliser afin de trouver la fenêtre et l'engager corps au à corps. Cette capacité lui permettra de s'adapter.

    En face, le gouverneur est stupéfait. Huit les a vaincu avec une facilité déconcertante. Il n'a pas plus le choix maintenant. Il le sait. Il sort son holocommunicateur, ordonne à la sécurité d’investir la place. Elle le fait sous les protestations de la foule. Les gardes sont armés de bâtons électriques, seuls moyens de se mesurer aux possesseurs de sabres laser. Ils ont aussi de grands boucliers capables de se joindre les un aux autres afin de résister aux pressions des utilisateurs de la Force. Cette fois, la foule n'est pas en reste. Elle commence à lancer ce qui lui tombe sous la main.

    - Vous n’avez besoin d'attaquer, lance Huit en figeant les objets avant de les poser par terre. Je n’ai pas fait usage de la Force par envie mais pour me défendre. Nous ne sommes pas là pour provoquer un conflit. N'est-ce pas Gouverneur ?

    Huit s'adresse au gouverneur qui enlève sa capuche. La Foule le reconnaît. Silencieuse, elle s'interroge. Artem Mandialis est extrêmement populaire parmi les mineurs et, bien au-delà, dans tout le système.

    - Je ne veux pas d'une bataille rangée. Mais mes hommes sont là pour vous arrêter droïde.

    - Je le conçois. Mais pourquoi autant de troupes ? Ne pouviez vous pas envoyer un seul garde ? Ou le faire vous-mêmes ?

    - Pour finir comme ce Sith ou ce Jedi?

    - Je ne suis pas venu combattre, répond tranquillement Huit. Si un agent de police me demande de le suivre, je l'accepte. S’il vient pour me soumettre par la violence, je ne cède rien.

    - Dans ce cas, j’aimerais que vous suiviez mes agents.

    - Très bien. A quel titre ?

    - Pour violation de l’article 1 du code de réglementation des Ordres.

    - Je ne suis pas familier de vos réglements. Que dit-il?

    - Qu'aucun individu ne peut utiliser la Force en publique à moins d'y avoir été expressément autorisé par le gouverneur de son système.

    - Quelle absurdité. J'imagine qu'il s'agit de ce fameux code de la Force dont nous avons entendu parler. Quoiqu'il en soit, je veux bien vous suivre. Je crois pouvoir vous convaincre de nous autoriser à tenir nos conversations avec les peuples de Mundu. Vous verrez à quel point nous sommes utiles, bienveillants.

    - Nous verrons.

    Huit descend de l'estrade, escorté par un policier dans une navette-fourgon. Un agent tente de lui prendre son sabre, il le fige. Les policiers s’écartent, sortent leur blaster. Un officier les arrête, s’approche du droîde.

    - Pouvez-vous me remettre votre sabre, s'il vous plaît ?

    - Bien sûr, répond Huit.

    Le Gouverneur n’aime pas ce qu’il voit. La foule est subjuguée par ce robot, son allure. Il respire une forme de noblesse, mêlé de cordialité et d'ironie. Il y aura des troubles si ces machines continuent. Quand on lit le sous-texte, le message n'est pas plus tendre avec la Confédération qu'avec les autres Ordres.

    Pensif, le gouverneur repart à sa navette. Il sait qu’il devra organiser une parodie de procès, que la population lui en voudra. Alors il se demande comment reporter la responsabilité sur la Confédération. Sans doute tentera-t-il de persuader le chancelier de créer une juridiction spéciale. Et sans doute échouera-t-il. Une telle juridiction mettrait en lumière ce qui apparaît pour l'instant comme un micro problème. Clairement, faire de la publicité à ces droïdes provoquerait le contraire de l'effet recherché. Il vaudrait mieux étouffer tout ça. Dans un procès à huit-clos ? On accuserait la Confédération de conspirer contre la population, de manipuler les tribunaux. "Ces droïdes sont habiles", reconnaît Mandialis. "Quoique que nous fassions, chaque solution apporte plus d'inconvénients que d'avantages."

    Le gouverneur s'installe dans sa navette. Maître Nidas se tient à ses côtés, encore un peu grogui. Darth Zion est furieux d’avoir été humilié. Le chef de la sécurité entre à son tour.

    - Ils distribuent ça un peu partout, annonce-t-il en montrant un holocommunicateur. Les 3 autres droïdes se sont dispersés ce matin pour en faire la distribution.

    - Cherche-les et arrête-les.

    - Je le ferai. Ces appareils permettent de communiquer, d'entendre les prêches, de poser des questions, bref de dialoguer avec les droïdes. Il propose aussi aussi une méthode de développement de la Force.

    - Peut-on tracer le signal jusqu’à leur base?

    - Nous allons essayer.

    - Vous perdrez votre temps, assure Darth Zion. Ils changent constamment leurs émetteurs de place. Ils utilisent des vaisseaux capables de passer en hyper espace.

    - Dans ce cas, assure maître Nidas, il devrait être possible de tracer certains trajets. Il y a des fluctuations, des schémas de navigation.

    - La Galaxie est grande, répond le Gouverneur. Pour les trouver, il faudrait mettre en commun nos ressources. Puisqu'ils utilisent la Force, cela permettra d'affiner les recherches.

    - Nous n’avons pas besoin de les trouver, murmure Darth Zion sur un ton pour le moins désagréable. Ce sont eux qui nous trouvent. Il suffira simplement de les éliminer des planète où ils se rendent. Autorisez-nous à employer la Force en public et nous les défierons. Ensuite, une fois que nous les aurons réduit à néant, rétablissez la loi. Je sais que vous avez l’oreille du Chancelier, Gouverneur. Dîtes-lui à quoi nous pensons.

    --- Chapitre 7 ---